
« On tend à définir aujourd’hui la Théorie critique de l’École de Francfort comme une philosophie sociale proposant un “diagnostic” portant sur des “pathologies sociales”. Or ces termes recouvrent en réalité une pluralité de démarches. Le propos de l’article est d’en interroger la continuité, depuis la position de Horkheimer et Adorno pour lesquels le mal social est plutôt identifié à la barbarie ou à l’irrationalité, les maladies psychiques de l’individu étant l’indice d’un tout social malade, jusqu’à l’analyse par Honneth des évolutions pathologiques ou manquées du social, qui font état d’obstacles à l’intégration sociale, en passant par l’analyse habermassienne des pathologies. L’article étudie plus précisément deux variantes très différentes de l’analyse du rapport entre le normal et le pathologique, selon que la pathologie est prise en un sens métaphorique ou plus littéral. Dans chaque cas, la question de la thérapeutique se pose différemment. »
« Même si elles sont datées par bien des aspects, les thèses de l’École de Francfort sur le marché et la consommation permettent de mettre au jour les contours et les manques de la critique du capitalisme que constitue la consommation éthique contemporaine. Nous en discutons dans cet article deux éléments. D’une part, la consommation éthique repose sur le postulat qu’il est possible et nécessaire d’injecter des normes morales dans le marché, posé comme en étant dépourvu. Or, la question de savoir si le marché est arraché aux normes, ou s’en donne simplement l’apparence, est le lieu d’un débat complexe au sein de la Théorie critique. Déplier les arguments avancés aide à comprendre comme nécessaire le désajustement des intentions morales des consommateurs et des effets de leurs pratiques sur le monde. D’autre part, la consommation éthique appelle à une forme de vertu qui serait à même de briser le fétichisme de la marchandise, engageant à ne pas oublier ce qui se tient derrière la relation entre des choses (des travailleurs, des personnes singulières, de la peine, etc.) dont l’illusion réificatrice est instituée par le marché. La discussion, par Adorno et Benjamin tout particulièrement, de ce thème marxien du fétichisme permet de mettre en évidence l’insuffisance du geste éthique pour amender ou réformer le capitalisme. »