
Nous présentons trois dessins tracés par des enfants avec une pointe, sur le vernis noir de poteries trouvées sur le site archéologique d’Ensérune (Hérault). Leur datation, -2200 ans, en fait, à notre connaissance, les dessins les plus anciens sur support mobile connus à ce jour. Deux dessins de bonshommes, trouvés en 1931 au même endroit, ont été réalisés par deux enfants différents. Celui d’un cheval et d’un oiseau, trouvé en 1961, est la copie du motif figuré sur une pièce de monnaie. La qualité de ces dessins autorise une analyse de leurs propriétés et une notation permettant une estimation de l’âge de l’enfant. Les dessinateurs étaient probablement âgés de 7 à 10 ans et droitiers. La valeur patrimoniale de ces vestiges présentés au musée de l’Oppidum d’Ensérune est unique.
En retraçant le fil d’une enquête de terrain menée dans la sierra centrale du Pérou, cet article propose de mettre en lumière les biais interprétatifs que le prisme de l’authenticité, construit au préalable de l’immersion ethnographique, a déposés sur le chemin de l’analyse. Les différentes séquences d’une festivité observée en 2017 à Chiquián, une bourgade du département d’Ancash, ouvre une discussion critique sur trois thèmes classiques de l’anthropologie andiniste : l’historicité, le rituel et l’économie cérémonielle des communautés rurales.
Cet article traite du rapport entre écriture et géographie sacrée au mont Qingcheng, lieu saint majeur du taoïsme de Chine continentale. Il s’intéresse à l’histoire de ce grand pèlerinage, à ses transformations récentes et au regard que ses acteurs portent sur le passé du site. Ceux-ci ne font que peu voire pas de cas de l’authenticité historique des vestiges, plaçant au premier plan leur nature légendaire. L’étude de la faille du Pinceau jeté, brèche géologique que les textes disent avoir été ouverte par le fondateur du taoïsme, nous montre que l’écrit possède dans ce contexte religieux une puissance modelante, au point de se matérialiser directement au creux de la montagne.
Cet article entend documenter les modalités et les enjeux liés aux activités de falsification monétaire antiques, du ier siècle av. n. è. au iiie siècle de n. è. Il s’agit de dévoiler les contours d’un artisanat essentiellement clandestin qui connut un essor exceptionnel à la période romaine et qui n’est plus perceptible que par ses seules traces matérielles : les fausses monnaies elles-mêmes et les structures, outils, déchets et semi-produits associés aux opérations métallurgiques, en particulier les coins et les moules monétaires. L’enquête archéologique porte essentiellement sur les provinces occidentales et danubiennes de l’Empire romain. Elle est complétée par des analyses de laboratoire et par des expérimentations paléométallurgiques visant à mieux comprendre les modes de fabrication et les propriétés physico-chimiques des trouvailles archéologiques.
Cet article interroge la notion d’authenticité à la lumière des processus de fabrication et de vente d’œuvres appelées « copies » par les acteurs ouest-africains, et commercialisées sur le marché de l’art classique en Afrique de l’Ouest. Il s’appuie sur deux ethnographies : l’une réalisée au Burkina Faso auprès d’artisans spécialisés dans la création de telles pièces, l’autre à Dakar auprès de marchands chargés de leur vente. L’article montre que le paradigme de l’authenticité qui régit, depuis l’Occident, le système de valeurs appliqué à ces œuvres occulte les logiques de valorisation et les façons de créer propres à ces acteurs. Pour ces professionnels, il ne s’agit pas simplement d’imitations ou d’opportunités marchandes. Porteuses de traces de vies, les copies sont conçues comme des vecteurs de savoirs, de techniques et de récits – autant d’héritages que leur matérialité permet de réactiver, d’actualiser et de faire circuler.
Le Misteri d’Elx, drame sacro-lyrique par lequel est célébrée, à Elche (Espagne), l’Assomption de la Vierge, mobilise un ensemble complexe d’objets scéniques et rituels. Parmi eux, une place centrale est accordée à la palme qu’un ange apporte à Marie pour qu’elle la remette à son tour à saint Jean. À partir d’une enquête ethnographique auprès des participant·es du Misteri, j’interroge les modalités d’authentification de cette palme et des palmitas (« petites palmes ») qui en sont issues. L’authenticité relève en effet d’un faisceau de pratiques rituelles fondées au premier chef sur le contact matériel avec l’image de la Vierge. Entre normes officielles, accommodements pragmatiques et appropriations du rituel, l’authentification apparaît comme un processus négocié, révélateur de rapports de pouvoir et de savoir, et lié au degré de proximité au sacré des personnes impliquées.
L’omniprésence des fleurs et des broderies aux motifs floraux dans tous les rituels d’offrandes au village indien nahua de La Esperanza, situé au nord-est du Mexique, invite à en sonder non seulement la symbolique, mais aussi la relation entretenue dans ces rituels entre les fleurs naturelles et brodées. Une plongée dans la pensée autour des fleurs dans l’univers mésoaméricain précolombien et le suivi des processus de sa translation-transition dans le monde mésoaméricain christianisé permet de suggérer qu’un principe fleur ordonne les rituels d’offrandes contemporains. Les broderies florales, en miroir des fleurs naturelles, sont ainsi investies d’une valeur spécifique et de qualités sensibles liées à la régénération et à la médiation qui en font des actrices majeures dans les pratiques rituelles observées à l’époque contemporaine.
This article examines the ethnographic and historical realism of a graphic novel, Antipodes, whose hero is a Calvinist translator who lives among the Tupinambá in Antarctic France, in the second half of the 16th century. Although the text leaves plenty of space for the imagination, and the drawing style resolutely turns its back on naturalism, Antipodes paints a relatively accurate picture of the Native Americans, and successfully exploits the multimodal potential of the graphic novel to do so. The album thus renews the vast repertory of artworks, many of which are influenced by Antarctic France, that have shaped the Western image of the Americas over the centuries. Antipodes is an ode to tolerance, and also to reversibility, conveyed as much by the content of the story as by the album’s formal characteristics.