
Résumé Se basant sur un corpus de 1800 tweets, cet article compare deux constructions verbales du français informel : la construction pronominale se taper (ex. se taper une randonnée, se taper la gastro, se taper une bonne bouteille ) et la construction active taper (ex. taper un foot, taper un coma, taper un grec ), une variante plus récente qui semble gagner du terrain dans le langage des jeunes sur les réseaux sociaux. En s’appuyant sur les résultats de notre étude, nous montrerons que ces deux constructions se distinguent au niveau (i) de la fréquence et de l’ouverture lexicale des emplois que celles-ci ont en commun, (ii) des restrictions sémantiques et morphosyntaxiques imposées sur le syntagme nominal sélectionné, et (iii) des nuances sémantiques véhiculées par ces deux formes verbales. Nous montrerons que ces nuances sémantiques tiennent au fait que les emplois pronominaux mettent principalement en oeuvre des constructions datives tandis que les emplois actifs sont des extensions du sens de base du verbe.
Previous research shows that speakers use prosody to disambiguate between string-identical canonical information questions and noncanonical questions conveying surprise. In this study, we investigated whether the prosodic cues produced by speakers are enough for na & iuml;ve listeners to distinguish between the two readings of two distinct question structures in French that can express either a request for information or an emotive reaction of surprise: 'qu'est-ce que' and 'c'est quoi ce NP' questions. This article provides experimental evidence that listeners can in fact disambiguate between the two interpretations based on prosodic cues alone, in particular the contour and the duration of the question word. Des recherches ant & eacute;rieures ont & eacute;tabli que les locuteurs utilisent la prosodie pour faire la distinction entre des demandes d'information, qui sont des questions canoniques, et des questions non canoniques exprimant une r & eacute;action de surprise lorsque celles-ci ont la m & ecirc;me forme. La pr & eacute;sente & eacute;tude cherche & agrave; & eacute;tablir si les indices prosodiques produits par les locuteurs suffisent pour que des destinataires na & iuml;fs fassent la diff & eacute;rence entre les deux lectures possibles de deux types de questions en fran & ccedil;ais : les questions en 'qu'est-ce que' et les questions en 'c'est quoi ce SN', toutes deux susceptibles d'exprimer soit la demande d'information soit la surprise. En se basant sur des r & eacute;sultats exp & eacute;rimentaux, cet article montre que les indices prosodiques seuls permettent en fait aux destinataires de d & eacute;sambiguiser les deux interpr & eacute;tations. La dur & eacute;e du mot interrogatif et le contour intonatif sont des crit & egrave;res importants pour cette d & eacute;sambiguisation.
This study examines how two French and two U.S. companies engage in self-praise in press releases. Drawing on politeness theory and previous research on press releases, it focuses on salient forms of self-praise (sentences containing at least one intensified subjective or objective linguistic element) and explores how these are pragmatically mitigated.The results show several shared tendencies across the French and U.S. corpora. Roughly half of all salient self-praise remains pragmatically unmitigated, while explicit self-praise clearly dominates. Mitigation strategies mainly operate through shifts in perspective, including third-party praise, self-quotation, and several forms of implicit self-praise that redirect attention to benefits for third parties, product qualities, or emotional stances.Despite these similarities, cross-cultural differences emerge. U.S. press releases contain a significantly higher density of self-praise markers than French ones, suggesting a greater tolerance for assertive self-promotion. Differences also appear in the use of point-of-view distancing and self-quotations. Overall, the findings suggest that the modesty principle operates not only in interpersonal facework but also in the management of professional face in institutional communication. Cette & eacute;tude examine comment deux entreprises fran & ccedil;aises et deux entreprises am & eacute;ricaines recourent & agrave; l'autopromotion dans des communiqu & eacute;s de presse. S'appuyant sur la th & eacute;orie de la politesse et sur des recherches ant & eacute;rieures consacr & eacute;es aux communiqu & eacute;s de presse, elle porte sur des formes saillantes d'autopromotion (des phrases contenant au moins un & eacute;l & eacute;ment linguistique subjectif ou objectif intensifi & eacute;) et explore la mani & egrave;re dont celles-ci sont att & eacute;nu & eacute;es sur le plan pragmatique.Les r & eacute;sultats mettent en & eacute;vidence plusieurs tendances communes dans les corpus fran & ccedil;ais et am & eacute;ricain. Environ la moiti & eacute; des formes saillantes d'autopromotion restent pragmatiquement non att & eacute;nu & eacute;es, tandis que l'autopromotion explicite domine nettement. Les strat & eacute;gies d'att & eacute;nuation reposent principalement sur des d & eacute;placements de perspective, notamment l'& eacute;loge par des tiers, l'auto-citation et plusieurs formes d'autopromotion implicite qui redirigent l'attention vers les b & eacute;n & eacute;fices pour des tiers, les qualit & eacute;s des produits ou des prises de position affectives.Malgr & eacute; ces similitudes, des diff & eacute;rences interculturelles apparaissent. Les communiqu & eacute;s de presse am & eacute;ricains pr & eacute;sentent une densit & eacute; significativement plus & eacute;lev & eacute;e de marqueurs d'autopromotion que les communiqu & eacute;s fran & ccedil;ais, ce qui sugg & egrave;re une plus grande tol & eacute;rance & agrave; l'& eacute;gard d'une autopromotion assertive. Des diff & eacute;rences apparaissent & eacute;galement dans l'utilisation de la distanciation du point de vue et des auto-citations. Dans l'ensemble, les r & eacute;sultats sugg & egrave;rent que le principe de modestie op & egrave;re non seulement dans la gestion de la face sur interpersonnelle, mais aussi dans la gestion de la face professionnelle dans la communication institutionnelle.
We present results from a qualitative analysis illustrating how people handle criticism in a workplace environment, including both the production of and responses to criticism. Our data comes from responses provided by 80 participants in a written Discourse Completion Task (DCT) in French. In the scenarios, relative power (equal vs. hierarchical) and social distance (close vs. distant) were manipulated. Our analysis focuses on three recurrent patterns. First, we illustrate how criticism and replies to criticism are the product of several speech acts, in line with the concept of speech act set. Second, we argue that criticism and replies to criticism are both impacted by external and internal downgrading and upgrading strategies. Third, we give examples of how pronouns can be used to increase or decrease the level of politeness. Our findings provide new insights into the preferred linguistics strategies for criticizing and responding to criticism in French. Nous pr & eacute;sentons les r & eacute;sultats d'une analyse qualitative illustrant la mani & egrave;re dont les personnes utilisent la critique dans un environnement professionnel, tant au niveau de la production de critiques que les r & eacute;ponses & agrave; celles-ci. Nos donn & eacute;es sont issues de r & eacute;ponses fournies en fran & ccedil;ais par 80 participants & agrave; une t & acirc;che & eacute;crite de compl & eacute;tion du discours (DCT). Dans les sc & eacute;narios pr & eacute;sent & eacute;s, la relation de pouvoir relatif (& eacute;gal ou hi & eacute;rarchique) et la distance sociale (proche ou & eacute;loign & eacute;e) ont & eacute;t & eacute; manipul & eacute;es. Notre analyse se concentre sur trois patrons r & eacute;currents. Premi & egrave;rement, nous illustrons comment les critiques et les r & eacute;ponses aux critiques sont le produit de plusieurs actes de langage, conform & eacute;ment au concept d'ensemble d'actes de langage. Deuxi & egrave;mement, nous soutenons que les critiques et les r & eacute;ponses aux critiques sont toutes deux influenc & eacute;es par des strat & eacute;gies d'att & eacute;nuation externes et internes. Troisi & egrave;mement, nous donnons des exemples illustrant le r & ocirc;le des pronoms afin d'augmenter ou diminuer le niveau de politesse. Nos r & eacute;sultats offrent ainsi de nouvelles perspectives sur les strat & eacute;gies linguistiques privil & eacute;gi & eacute;es pour critiquer et r & eacute;pondre & agrave; la critique en fran & ccedil;ais.
A substantial body of research has demonstrated that, in French as in other gender-marked languages, masculine generic terms tend to induce a male bias in the readers' mental representations of the person referred to. The current study investigates whether this bias extends to hybrid nouns, a particular class of nouns with a fixed grammatical gender that can refer to either a man or a woman (e.g. "une personne", 'aFEM personFEM', or "un individu", 'anMASC individualMASC'). We used a sentence evaluation paradigm where participants had to judge the acceptability of a sentence describing a character of a specific gender, either male or female, following a context sentence containing a hybrid noun. The results revealed that masculine hybrid nouns yielded faster processing of male continuation sentences, with response times 130 ms shorter than for female continuations on average. In contrast, no such difference was observed for feminine hybrid nouns. These results point to an asymmetry in the processing of grammatical gender: while feminine hybrid forms do not influence gender representation, masculine hybrid forms tend to elicit a male bias. De nombreuses recherches ont mis en & eacute;vidence le fait que, en fran & ccedil;ais comme dans d'autres langues poss & eacute;dant un genre grammatical, l'emploi de formes au masculin g & eacute;n & eacute;rique tend & agrave; induire un biais en faveur d'une interpr & eacute;tation masculine du r & eacute;f & eacute;rent. La pr & eacute;sente & eacute;tude vise & agrave; d & eacute;terminer si ce biais s'& eacute;tend & eacute;galement aux noms hybrides, une classe particuli & egrave;re de noms de genre grammatical fixe et pouvant se r & eacute;f & eacute;rer & agrave; des individus de n'importe quel genre (par exemple, & laquo; une personne & raquo; ou & laquo; un individu & raquo;). Nous avons mis en oeuvre un paradigme exp & eacute;rimental d'& eacute;valuation de phrase dans lequel les participants devaient juger de la compatibilit & eacute; d'une phrase se r & eacute;f & eacute;rant soit & agrave; un homme, soit & agrave; une femme, avec une phrase de contexte introduisant le sujet au moyen d'un nom hybride. Les r & eacute;sultats ont r & eacute;v & eacute;l & eacute; que les noms hybrides masculins entra & icirc;naient un traitement plus rapide des continuations masculines, avec des temps de r & eacute;ponse plus courts de 130 ms en moyenne que pour les continuations f & eacute;minines. En revanche, aucune diff & eacute;rence de ce type n'a & eacute;t & eacute; observ & eacute;e pour les noms hybrides f & eacute;minins. Ces r & eacute;sultats indiquent une asym & eacute;trie dans le traitement du genre grammatical : alors que les formes f & eacute;minines hybrides n'interf & egrave;rent pas avec la repr & eacute;sentation du genre, les formes masculines hybrides ont tendance & agrave; susciter un biais masculin.
This article revisits the provenance of the preverbal imperfective aspect marker ka, which characterizes the French-lexicon creoles of the Lesser Antilles and French Guiana and sets them apart from those of Haiti, Louisiana, and the Indian Ocean, which instead employ reflexes of apr & egrave;s 'after'. The origin of ka is controversial and still not properly understood. We argue that earlier proposals have focused too narrowly on the syntactic properties of the alleged source constructions, while neglecting semantic and functional motivations. We show that the emergence of ka follows the well-attested Location Schema, i.e. the grammaticalization pathway from locative predication to progressive aspect, and identify the French locative construction n'(en) & ecirc;tre qu'& agrave; X 'to be only at X' as the most plausible source. In addition to its semantic aptness, the perceptual salience of this construction made it an ideal candidate for grammaticalization in a creolizing context. We bolster our argumentation by means of typological data from creoles and non-creoles. By situating ka within this broader typological framework, the article not only solves a much-debated etymological puzzle, but also demonstrates that, although creoles innovate, the cognitive-semantic mechanisms shaping their grammars are essentially the same as those shaping 'traditional' languages. Cet article r & eacute;examine l'origine du marqueur imperfectif pr & eacute;verbal ka. Ce marqueur caract & eacute;rise les langues cr & eacute;oles & agrave; base lexicale fran & ccedil;aise des Petites Antilles et de la Guyane fran & ccedil;aise et les distingue de celles d'Ha & iuml;ti, de Louisiane et de l'oc & eacute;an Indien, qui emploient des r & eacute;flexes d'apr & egrave;s. L'origine de ka est controversielle et mal comprise. Nous soutenons que les propositions ant & eacute;rieures se sont trop concentr & eacute;es sur les propri & eacute;t & eacute;s syntaxiques des constructions sources suppos & eacute;es, en n & eacute;gligeant les motivations s & eacute;mantiques et fonctionnelles. Nous montrons que son & eacute;mergence s'inscrit dans une trajectoire de grammaticalisation bien attest & eacute;e, dite Location Schema, allant de la pr & eacute;dication locative & agrave; l'aspect progressif, et identifions la construction fran & ccedil;aise n'(en) & ecirc;tre qu'& agrave; X comme la source la plus plausible. Outre sa pertinence s & eacute;mantique, la saillance perceptuelle de cette construction en a fait un candidat id & eacute;al & agrave; la grammaticalisation dans un contexte de cr & eacute;olisation. Nous & eacute;tayons notre argumentation par des donn & eacute;es typologiques tir & eacute;es de langues cr & eacute;oles et non cr & eacute;oles. En repla & ccedil;ant ka dans ce cadre typologique plus large, l'article r & eacute;sout une & eacute;nigme & eacute;tymologique longtemps d & eacute;battue et montre que, si les langues cr & eacute;oles innovent, les m & eacute;canismes cognitivo-s & eacute;mantiques qui structurent leur grammaire sont fondamentalement les m & ecirc;mes que ceux qui fa & ccedil;onnent les langues & laquo; traditionnelles & raquo;.
Based on a sample of 1800 tweets, this article examines two verb constructions in non-standard French involving the verb taper 'hit': pronominal se taper (e.g. se taper une randonn & eacute;e 'to go on a hike', se taper la gastro 'to have a stomach bug', se taper une bonne bouteille 'to enjoy a good bottle') and active taper (e.g. taper un foot 'to play a football game', taper un coma 'to go into a blackout', taper un grec 'to eat a kebab'), a more recent variant that appears to be spreading in French youth varieties on social media. The results of our study will show that these verb constructions differ from each other in several respects, which include (i) the frequency and the lexical openness of shared uses, (ii) the semantic and morphosyntactic restrictions on the NP object slot and (iii) the semantic nuances associated with each verb form. We argue that these nuances follow from the fact that pronominal uses predominantly instantiate dative constructions, whereas non-pronominal uses constitute extensions of the verb's basic meaning.
Cet article d'introduction pr & eacute;sente l'ambition et la contribution de ce num & eacute;ro th & eacute;matique consacr & eacute; aux travaux sur l'im/politesse en langue fran & ccedil;aise. L'article contextualise et pr & eacute;sente cinq & eacute;tudes empiriques qui illustrent la vitalit & eacute; du champ : l'& eacute;tude historique des rapports de pouvoir entre ma & icirc;tres et domestiques par Paternoster, la comparaison des compliments ordinaires et m & eacute;diatiques de Claudel et Moallemi, l'& eacute;tude constructionnelle de l'insulte chez Van Olmen et Grass, les strat & eacute;gies de critique professionnelle de Bersier et al., et enfin la comparaison de l'auto-& eacute;loge en fran & ccedil;ais hexagonal et en anglais & eacute;tasunien par Tobback et Moens. En faisant dialoguer ces travaux, l'introduction d & eacute;montre que la gestion des faces positive et n & eacute;gative ne d & eacute;pend pas de simples calculs strat & eacute;giques, mais de normes sociales et de genres discursifs sp & eacute;cifiques. Le num & eacute;ro th & eacute;matique dans son ensemble souligne la n & eacute;cessit & eacute; de prendre en compte la multimodalit & eacute;, les nouveaux m & eacute;dias et la diversit & eacute; des vari & eacute;t & eacute;s du fran & ccedil;ais & agrave; travers le monde, positionnant ce num & eacute;ro th & eacute;matique comme un jalon essentiel pour les futures recherches dans les domaines de l'analyse du discours et de la pragmatique du fran & ccedil;ais. This introductory article presents the aims and contribution of this special issue devoted to research on im/politeness in the French language. It contextualizes and introduces five empirical studies that illustrate the vitality of the field: Paternoster's historical study of power relations between masters and servants; Claudel and Moallemi's comparison of everyday and media compliments; Van Olmen and Grass's constructional analysis of insults; Bersier et al.'s examination of workplace criticism strategies; and finally, Tobback and Moens' comparison of self-praise in Hexagonal French and American English. By bringing these studies together, the introduction demonstrates that the management of positive and negative face does not rely on simple strategic calculations, but, rather, on social norms and specific discourse genres. The special issue as a whole underscores the need to take into account multimodality, new media, and the diversity of French varieties across the world, positioning this volume as a milestone for future research in French discourse analysis and pragmatics.