
L’étude des mouvements oculaires occupe une place importante en neurologie. Les anomalies oculomotrices constituent des marqueurs sensibles des dysfonctionnements cérébraux et renseignent sur les réseaux impliqués dans le contrôle moteur et cognitif. L’exploration clinique et instrumentale de l’oculomotricité représente ainsi un outil utile pour l’évaluation des maladies neurologiques. Dans cette publication, nous proposons une synthèse des principales anomalies oculomotrices observées dans les maladies neurodégénératives les plus fréquentes.
La fonction oculomotrice regroupe plusieurs mouvements oculomoteurs. Les plus étudiées, encore aujourd’hui, sont les saccades et la fixation. Elles permettent à la fois une exploration et une discrimination visuelle fine du monde environnant. Ce sont les mouvements oculaires les plus utilisés au quotidien que ce soit sur des tâches visuelles simples ou plus complexes. La poursuite est bien plus singulière. Sa fonction est de permettre aux yeux de suivre une cible mobile dans un contexte visuel global. La poursuite a longtemps été considérée comme difficile à étudier du fait de sa particularité puisqu’il s’agit d’un mouvement lent, fluide et continu. La poursuite est bien mieux connue aujourd’hui grâce aux neurosciences et aux études menées avec des systèmes d’oculométrie de plus en plus perfectionnés. La connaissance des différents systèmes et sous-systèmes corticaux nécessaires à la mise en œuvre de la poursuite permet une approche plus précise dans le bilan neurovisuel ainsi que dans le diagnostic orthoptique. Sa rééducation optomotrice est alors mieux ciblée et adaptée au patient même si elle reste complexe dans sa réalisation.
L’ataxie SCA27B engendre des troubles oculomoteurs et une instabilité posturale sévère, menaçant l’autonomie de déplacement. À travers l’étude clinique de Monsieur M (63 ans), cet article démontre comment une prise en soin orthoptique ciblée permet de stabiliser le regard et de sécuriser la marche. En optimisant la vision fonctionnelle, cette rééducation devient un pilier essentiel pour restaurer l’autonomie et le confort de vie du patient.
PAMPERO est un programme mis en place à l’hôpital de Lyon pour des patients porteurs d’une ataxie cérébelleuse. Il vise à améliorer l’équilibre, la marche, l’autonomie et la confiance, grâce à une rééducation précoce et coordonnée. Mme B, 39 ans, incluse dans le programme PAMPERO présente une ataxie cérébelleuse avec des troubles de l’équilibre et des troubles neurovisuels. Elle bénéficie de la collaboration récente kinésithérapie-orthoptie au sein du programme qui place l’équilibre au cœur de la vision et montre l’efficacité d’une prise en soin orthoptique à visée visuo-vestibulaire.
La vision joue un rôle déterminant dans le contrôle postural, influencée par l’acuité visuelle, les vergences, l’accommodation et la qualité de la correction optique. À distance (5m), un sujet emmétrope n’accommode pas ; tout déséquilibre réfractif, même minime, peut induire une accommodation réflexe susceptible de modifier la stratégie posturale. Cette étude rétrospective (2021–2024) analyse 190 patients âgés de 6 à 76 ans, comparés à eux-mêmes avant et après optimisation réfractive, à l’aide d’enregistrements stabilométriques standardisés. Le quotient de Romberg (QR) est utilisé pour évaluer la pondération de l’entrée visuelle. Après optimisation, la proportion de QR<1 diminue nettement, traduisant une meilleure contribution visuelle au contrôle postural, quel que soit l’âge. Les résultats suggèrent qu’une correction optique finement ajustée modifie objectivement la stratégie posturale. L’usage d’une plateforme de force apporte un outil quantifiable d’évaluation et de suivi. Malgré l’hétérogénéité de la population, l’analyse intra-individuelle renforce la pertinence des observations. L’optimisation réfractive apparaît ainsi comme un levier essentiel dans la prise en charge pluridisciplinaire des troubles de l’équilibre.
Cette étude analyse l’apport d’une rééducation orthoptique dans la prise en charge des troubles posturaux dans les pathologies centrales de la verticalité. L’étude porte sur le cas d’un patient parkinsonien présentant un syndrome de la Tour de Pise avec altération de la perception de la verticale. La prise en charge repose sur une évaluation orthoptique et posturale avant et après un protocole de rééducation visuo-vestibulo-proprioceptive structuré. Les résultats montrent une amélioration significative de la posture, de la perception de la verticale et des malpositions oculaires. La discussion confronte ces résultats aux données de la littérature et souligne l’intérêt d’une recalibration de la hiérarchie sensorielle. Cette observation suggère que l’orthoptie pourrait constituer une approche pertinente dans la prise en charge multidisciplinaire des atteintes centrales.
Les problèmes de dysgraphie sont rarement adressés à l’orthoptiste, si ce n’est pour lui confier un contrôle de la vision et de la motricité oculaire, mais ils sont plutôt adressés aux psychomotriciens, aux ergothérapeutes, aux orthophonistes et aux graphothérapeutes, dans le but de rééduquer une praxie motrice fine, intimement liée au langage et nécessitant une grande attention en période d’apprentissage. Néanmoins, des recherches récentes portant sur les bénéfices d’un exercice visuo-vestibulaire tel que celui réalisé avec le Panneau Panoramique Stéréoscopique (PPS) ont montré que la modulation de l’intégration visuo-vestibulaire-proprioceptive, en priorisant la vision centrale, permettait d’améliorer la qualité du graphisme.
Le trouble perceptif postural persistant (PPPD) se caractérise par une instabilité chronique et une intolérance aux environnements visuellement complexes, traduisant une dépendance visuelle excessive et un dysfonctionnement de l’intégration multisensorielle. Cet article propose une lecture physiopathologique du PPPD. Des enregistrements EEG/EOG lors de stimulations devant le Panneau Panoramique Stéréoscopique (PPS) ont été réalisés et mettent en évidence l’apparition chez le sujet sain d’un rythme alpha centro-pariétal, marqueur de la bonne harmonie physiologique des mécanismes intégratifs. Chez le patient PPPD, ce rythme n’apparaît pas et suggère une dysplasticité des mécanismes intégratifs. La rééducation par le PPS, centrée sur le mécanisme clé d’un renforcement de la voie visuelle parvocellulaire en inhibant les voies visuelles magnocellulaire et vestibulaire permet la plupart du temps la réapparition de ce rythme alpha centro-pariétal.
Ce cas clinique met en lumière l’intérêt de l’utilisation du Panneau Panoramique Stéréoscopique de Bauwens dans la rééducation orthoptique d’une patiente souffrant du mal des transports également appelé cinétose. Venant en complément de la rééducation dite « classique » il a permis de rétablir, en vision dynamique, un juste équilibre entre la perception centrale (fixation) et la perception périphérique (flux optique) afin de réduire ou d’éliminer les réactions neurovégétatives handicapantes chez cette patiente.
Nous rapportons le cas d’une patiente présentant une instabilité posturale sévère dans un contexte vestibulo-cérébelleux, initialement non corrigée pour la vision de loin. La stabilométrie objectivait en 2023 une surface d’oscillation très augmentée, majorée yeux fermés. L’instauration d’une correction optique de loin précisément ajustée a entraîné une diminution immédiate, majeure et reproductible des paramètres stabilométriques, confirmée sur deux plateformes distinctes. En 2025, la recrudescence de l’instabilité a conduit à une nouvelle adaptation réfractive. Celle-ci a de nouveau permis une amélioration instantanée et significative de la stabilité posturale.
La manœuvre de Bielschowsky est réalisée en clinique orthoptique en présence de toute déviation verticale afin d’en déterminer l’origine. Cet article propose de décrire les mécanismes physiologiques intervenant au cours de cette manœuvre et de revoir l’intégralité du « three step test » (« test en trois étapes ») dans lequel elle intervient.