
Certains éleveurs ont mis en place des stratégies pour valoriser localement des veaux laitiers non destinés au renouvellement, en particulier par l’élevage de bœufs herbagers. Cette étude décrit les pratiques d’élevage mises en place, présente de premières références sur les performances d’animaux élevés à l’herbe dans des fermes commerciales et recueille les retours d’expérience des éleveurs. Vingt entretiens semi-directifs ont été réalisés dans l’Ouest et le Nord-Est de la France, puis croisés avec les données de croissance et d’abattage de 797 animaux. Trois typologies de pratiques ont été établies (phase lactée, phase d’engraissement et conduite générale entre la naissance et l’abattage) pour analyser les liens entre les conduites d’élevage et les résultats zootechniques. La phase lactée peut être réalisée sur la ferme de naissance ou chez un engraisseur voisin, dans le cadre de partenariats. Après sevrage, les conduites sont principalement basées sur l’herbe : le temps passé au pâturage représente en moy
Le semis des prairies sous couvert de mélanges céréales et protéagineux récoltés en vert (appelés « CERPRO ») est une technique éprouvée pour sécuriser l’implantation des prairies. Des travaux antérieurs ont démontré l’intérêt de mélanges CERPRO à dominante céréales qui s’avèrent productifs en récolte tardive mais ayant des valeurs nutritives modestes (protéine). D’autres mélanges plus riches en protéagineux ont été testés mais des récoltes précoces s’imposent (risque de verse), ce qui pénalise le potentiel de rendement (Daveau et al., 2018 ; 2020 ; 2023). Ainsi, l’utilisation de la féverole (espèce non sensible à la verse) dans les mélanges CERPRO apparait comme une hypothèse prometteuse pour permettre l’accumulation de biomasse et conserver des valeurs nutritives satisfaisantes. Pour tester cela, un essai analytique conduit durant 3 ans sur la Ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou a étudié l’impact de 3 natures de mélanges CERPRO enrichis en féverole et de plusieurs stades de récolte (intermédiaire vs tardif) sur la productivité et la qualité d’implantation de la prairie sur l’été/automne suivants. Les résultats montrent que l’implantation de la prairie est réussie quel que soit la nature du couvert et le stade de récolte. Une récolte tardive permet un gain significatif sur le rendement sans effet de la nature du CERPRO. L’utilisation de la féverole permet de conserver des valeurs nutritives satisfaisantes en récolte tardive (stratégie « volume »).
L'agroécologie est une approche prometteuse pour intégrer l’élevage dans des systèmes alimentaires durables. Pour la définir, un groupe d'experts de la FAO a proposé 13 principes génériques fondés sur les services écosystémiques, et visant à accroitre la résilience des systèmes agricoles, l’équité et la responsabilité sociale. Nous analysons comment ceux-ci sont mobilisés dans trois territoires herbagers en Suisse, en France et en Bulgarie. Les contrastes observés montrent que l'agroécologie laisse la place à différents équilibres entre ces principes selon l’histoire et le contexte local, tout en promouvant une démarche intégrée et transdisciplinaire. Au-delà des effets de cette diversité de contextes, nous étudions la pluralité des discours des acteurs engagés dans la transition agroécologique grâce à deux enquêtes, l’une menée auprès de 30 experts des systèmes herbagers dans huit pays européens, l’autre auprès de 158 chercheurs, acteurs agricoles et citoyens du Massif central. Ces enquêtes révèlent de nombr
Le réseau thématique RT14 « Finition à l’herbe sous Signes d’Identification de Qualité et d’Origine (SIQO) » mobilise des experts et éleveurs en production bovin viande répartis sur toute la France pour explorer des conduites de finition basées sur l’herbe (pâturée ou conservée) de bovins produits sous SIQO et établir des références technico-économiques. Dans ce cadre, cette étude a pour objectif d’évaluer les performances des systèmes bovins allaitants qui valorisent l’herbe. Elle repose sur la mobilisation des données d’un échantillon de 199 exploitations suivies sur la période 2017-2023 dans le dispositif INOSYS Réseaux d’Elevage et analysées selon leur degré de valorisation de l'herbe. Performantes, rentables et économes en ressources, les exploitations bovines allaitantes qui engraissent leurs gros bovins avec des rations à base d'herbe, et sous cahier des charges SIQO, tirent leur épingle du jeu. L’analyse montre qu’il est possible de produire de la viande bovine avec une quantité limitée de concentrés (en moyenne 418 kg/UGB) et que ces systèmes peuvent être rémunérateurs grâce à une maîtrise du niveau de charges liée à une faible consommation d’intrants (engrais, paille, fioul). Pour cela, ces systèmes naisseurs et naisseurs-engraisseurs de bœufs s’appuient sur un fort niveau d’autonomie alimentaire (93% d’autonomie massique) et sur une bonne maîtrise technique de la conduite de leur troupeau allaitant. Au-delà des performances technico-économiques, les systèmes qui valorisent l’herbe affichent également des qualités environnementales : faible consommation énergétique, faible utilisation d’intrants, forte mobilisation de surfaces en herbe, etc.
L’élevage structure les paysages dans les Alpes françaises avec des chargements inférieurs à 1 UGB/ha et de larges espaces en prairie entretenus. Le projet Decarbon’Alpes analyse les performances environnementales de 41 fermes herbivores, dont 49 % recourent aux alpages. Les exploitations ayant le plus haut degré de pastoralité ont une empreinte carbone plus faible par hectare. Comparées à d’autres systèmes pastoraux/de montagne, les fermes alpines étudiées montrent de meilleures contributions à l’entretien de la biodiversité, à la qualité de l’eau, mais une dépendance énergétique variable. L’intensité des émissions (quantité de gaz à effet de serre par unité de produit) est plus élevée. L’impact climatique final des fermes alpines est sensiblement réduit lorsque la séquestration de carbone (C) des sols est intégrée au calcul par CAP’2ER®. Aujourd’hui, les stocks de carbone organique mesurés sur le sol d’une vingtaine de parcelles d’élevage du projet sont élevés (i.e 110 tC/ha sur 0–30 cm) en comparaison à la
Les systèmes d’élevage de ruminants font face au changement climatique avec un double enjeu : adapter leurs pratiques pour faire face aux aléas et atténuer leurs émissions de GES pour réduire leur impact sur le climat. Dans le cadre du projet ClimaTerra, l’Institut de l’élevage et le réseau Chambres d’agriculture (dispositif INOSYS Réseaux d’élevage) ont testé différents leviers d’adaptation et d’atténuation au sein de 16 systèmes herbivores (cas-types) représentatifs de la diversité des contextes pédoclimatiques en France. Chaque cas type a été dégradé pour reproduire l’impact des aléas correspondant essentiellement à l’année 2022. Ensuite, différentes combinaisons de leviers ont été étudiées afin de retrouver un équilibre technique. L’impact économique et environnemental des simulations a été chiffré. Les différents scénarios étudiés couvrent trois voies possibles d’adaptation : la diversification fourragère, l’optimisation de la conduite du troupeau et l’extensification. Ceux-ci permettent d’améliorer l’au
L'étude menée dans la forêt d'Aghbalou Laarbi au Parc National d'Ifrane (PNI), compare une zone mise en défens (MD) depuis 10 ans avec une zone pâturée pour évaluer l’effet du repos pastoral sur la restauration de la structure, de la productivité et de la diversité floristique des parcours. L'état initial correspond aux formations soumises à un surpâturage (>90%) représentatif des 74% de forêt, dégradée. L'écosystème de référence est défini par le groupement climacique à Lonicero arboreae-cedretosum atlanticae et Junipero thuriferae-Quercetosum rotundifoliae (26% forêt, stade proche du climax) avec structure tri-stratifiée et espèces indicatrices de maturité. La méthodologie intègre l'évaluation de la densité, du recouvrement, de la phytomasse et de la diversité floristique par strate, avec analyses statistiques multivariées. Les résultats montrent un effet hautement significatif du traitement. La densité étant le paramètre le plus discriminant (R² = 0,297). La MD génère 2070,1 kg MS/ha contre 413,3 kg MS/ha en zone pâturée. L'indice de Shannon-Weaver passe de 2,11 à 3,57. Les espèces indicatrices de maturité (Dactylis glomerata, Koeleria vallesiana, Poa bulbosa, Thymus spp.) dominent en MD, tandis que Vulpia geniculata et Hordeum murinum prévalent en zone pâturée. Le repos pastoral constitue un levier efficace de restauration écologique vers l'état de référence des parcours du PNI.
Les prairies constituent un élément central des systèmes d’élevage herbagers, assurant l’alimentation des animaux et la fourniture de nombreux services. Cependant, la compréhension des effets des différentes méthodes de pâturage sur un bouquet de services reste encore peu documentée. Cette étude analyse les impacts de trois méthodes de pâturage : pâturage continu, pâturage tournant et pâturage adaptatif multi-paddock (AMP) sur plusieurs services rendus : valorisation des prairies, performances animales, séquestration du carbone, diversité faunistique, charge de travail des éleveurs. Un dispositif expérimental a été déployé sur 18 fermes réparties dans 3 régions françaises (Charolais, Normandie et Grand Est) et suivi sur 3 années (2022–2024). L’analyse des données brutes montre que le pâturage tournant optimise la valorisation de l’herbe et la qualité de la ressource fourragère, tandis que le pâturage continu présente des performances intermédiaires associées à une charge de travail d’astreinte réduite. L’AMP montre un potentiel intéressant avec les performances animales les plus élevées et une capacité plus élevée de séquestration du carbone sur l’ensemble du profil de sol 0–60 cm. L’analyse des Carabidés montre que l’AMP semble être au moins aussi favorable à la richesse spécifique que le pâturage tournant, alors que le pâturage continu apparaît comme plus défavorable aux Carabidés, en particulier les individus de milieux fermés et les individus carnivores. Les méthodes de pâturage constituent un levier intéressant pour orienter les systèmes d’élevage vers une meilleure fourniture de services et l’AMP présente un potentiel à creuser étant donné la grande variabilité des données.
La luzerne peut servir de plante de couverture pérenne pour naturellement limiter les adventices et apporter de l’azote aux cultures de rente. Cependant, sa croissance vigoureuse induit une compétition excessive avec les cultures de rente. La sélection de variétés de luzerne adaptées au mulch vivant pourrait être une solution pour réduire cette compétition. Nous synthétisons l’état de l’art sur ce sujet. Les interactions blé–luzerne existent dès les premiers stades du blé jusqu’à sa récolte et sont influencées par les traits morphologiques et phénologiques des variétés de luzerne. La dormance automnale, le port, la hauteur et l’état du couvert de la luzerne déterminent le compromis entre la réduction de la compétition avec le blé et le maintien des services écosystémiques fournis par la luzerne. Une dormance intermédiaire, associée à une hauteur modérée et à un couvert dressé, produit la combinaison la plus favorable. Les corrélations génétiques entre les caractères mesurés en plantes espacées et en mulch viv
Depuis plusieurs décennies, la production laitière canadienne a connu des gains majeurs de productivité, largement attribuables à l’adoption d’outils de mesure, à la modernisation des pratiques et à l’appui de données probantes. Or, malgré l’importance stratégique des plantes fourragères pérennes dans les systèmes laitiers, on observe au Québec un recul des superficies en prairies pérennes et pourtant ces cultures jouent un rôle déterminant. Le rendement fourrager, indicateur central du coût de production, demeure souvent estimé plutôt que mesuré, limitant la capacité des producteurs à optimiser leurs systèmes et à démontrer la valeur réelle des prairies. Les données disponibles montrent que peu de producteurs connaissent précisément leur rendement ou leur coût de production en matière sèche, ce qui freine les améliorations agronomiques et économiques. À l’inverse, les cultures annuelles, comme le maïs fourrager, bénéficient d’un suivi rigoureux et gagnent du terrain. Or, les plantes fourragères pérennes offrent des bénéfices majeurs : amélioration de la santé et de la matière organique des sols, captation du carbone, biodiversité accrue, résilience face aux stress climatiques et contribution positive à la perception sociétale de l’agriculture. Les recherches à long terme démontrent également que l’intégration de prairies dans les rotations améliore la productivité des cultures subséquentes. Dans un contexte de transition agroenvironnementale et d’objectifs de neutralité carbone, la mesure harmonisée des rendements et des services écosystémiques devient un levier essentiel. Lorsque la mesure est simple, cohérente et soutenue par des incitatifs adéquats, elle transforme la prise de décision, renforce la reconnaissance des prairies et permet d’ancrer durablement les plantes fourragères pérennes au cœur des stratégies de durabilité du Québec.
Depuis les années 1970, les exploitations agricoles françaises se sont spécialisées, augmentant leur dépendance aux intrants de synthèse et aux importations de matières riches en protéines (MRP). Les crises récentes ont ravivé les débats sur la souveraineté protéique et azotée. La luzerne, légumineuse fourragère, est une solution prometteuse pour répondre aux besoins azotée et protéique de la France. En effet, elle permet de réduire les besoins en azote minéral de 53 kg/ha/an dans une rotation culturale de 11 ans avec 3 années de luzerne. En outre, première productrice de protéines à l’hectare, c’est environ 284 000 tonnes de protéines digestibles dans l’intestin (PDI) qui sont produites chaque année. Ainsi, en augmentant les surfaces cultivées, la luzerne pourrait remplacer une grande partie du soja importé. Cependant, des défis subsistent, notamment les coûts de récolte et de conservation, ainsi que la nécessité de débouchés locaux. La filière luzerne déshydratée permet une synergie entre les zones d’élevage et de grandes cultures, contribuant à la souveraineté protéique et à la réduction des intrants de synthèse.
Le maintien de l’élevage urbain exige la disponibilité permanente de source d’alimentation pour le bétail. A Bouaké, deuxième ville de la Côte d’Ivoire, une frange importante de la population pratique l’élevage de bovins et de petits ruminants. Des petits emboucheurs, les élevages familiaux de caprins et d’ovins, des emboucheurs occasionnels et les commerçants de bétail y cohabitent. Mais, avec l’extension de la ville et le développement de l’élevage intra-urbain, la vente de fourrages verts composés de graminées et de feuilles de ligneux collectés directement par fauchage dans la nature prend de l’ampleur. Cet article analyse les modalités d’insertion de la commercialisation de fourrage à Bouaké malgré le manque d’importance que lui accorde majeure partie de la population et les autorités publiques. Il s’inscrit dans un contexte de production de connaissance en vue d’une formalisation de cette activité indispensable pour la survie des embouches bovines et de petits ruminants dans les villes ivoiriennes. Des enquêtes ont été réalisées sur trois principaux points de commercialisation de fourrages auprès 66 vendeurs installées sur ces sites et 5 vendeurs occasionnels. Les principaux résultats montrent que cette activité est dominée par les non nationaux (64,79%). Elle est assez rentable car les gains journaliers atteignent parfois 6000 FCFA (9,15 Euros) et est indispensable à la survie de l’élevage urbain et péri-urbain. En effet, le coût relativement élevé des sous-produits agro-industriels pousse les éleveurs les moins nantis et les petits emboucheurs à s’orienter vers l’achat de fourrages verts qui sont vendus par bottes d’environ 1 kg et auprès des restauratrices pour acheter les épluchures de manioc et d’igname très peu valorisées par ces dernières. Le manque d’encadrement, la précarité des sites occupés par les vendeurs et l’éloignement des espaces de collecte de fourrages ligneux qui sont disponibles à toutes les périodes de l’année mettent en cause la durabilité de cette activité pourtant nécessaire.
Une quinzaine d’éleveurs laitiers herbagers du Grand Ouest, accompagnés par l’Institut de l’Elevage dans le cadre du projet européen Pathways, a travaillé sur l’avenir de l’élevage à horizon 2050 et fait le constat que les systèmes herbagers auront un rôle à jouer à l’avenir car ils sont économiquement performants et répondent aux enjeux environnementaux et sociétaux. Pourtant, les futurs éleveurs connaissent peu ces systèmes. Le groupe a décidé de développer un argumentaire chiffré pour sensibiliser les étudiants aux multiples atouts des systèmes herbagers au travers de deux portes-ouvertes. La comparaison des résultats du groupe aux bases de données Insosys Réseaux d’élevage pour l’économie et CAP’2ER® pour l’environnement montre que ces fermes herbagères sont robustes économiquement grâce à une réduction drastique des charge grâce à une maximisation du pâturage. Les fermes du groupe sont également plus vertueuses pour l’environnement. Haies et prairies permanentes compensent 51% des émissions de gaz à effet de serre grâce au stockage carbone, contre 10% pour les systèmes avec plus de 30% de maïs dans la SFP. Plus de 280 étudiants allant de la Première au BPREA ont participé aux deux portes-ouvertes organisées à l’automne 2024 en Bretagne et en Pays de la Loire. Ils y ont découvert divers ateliers animés par les éleveurs sur l’intérêt économique, social et environnemental des systèmes herbagers ainsi que sur la gestion du pâturage et l’organisation du travail. 70% des jeunes présents ont découvert ce profil d’exploitation lors de la journée porte-ouverte, confirmant le manque de connaissance de ces systèmes. A la suite de la visite et des échanges, 63% affirment que cette journée leur a permis d’envisager le métier d’agriculteur autrement.
Depuis la fin des quotas laitiers en 2015, les éleveurs de vaches laitières français ont dû s'adapter à un marché libéralisé et à des aides européennes PAC découplées. Deux stratégies ont émergé : augmenter la production par vache ou réduire les coûts de production. Cet article examine les impacts économiques, sociaux et environnementaux de ces stratégies en utilisant les données de l'Observatoire technico-économique des systèmes bovins laitiers pour l'année comptable 2022. Les fermes du Réseau d’Information Comptable Agricole (RICA) se caractérisent par une production laitière plus élevée par vache et par élevage, mais sont plus sensibles aux fluctuations des prix du lait et des intrants. En revanche, les fermes du Réseau « Agriculture Durable » (RAD) misent sur l'autonomie alimentaire et la réduction des coûts. Ils sont ainsi plus efficaces pour dégager de la richesse et sont plus stables économiquement sur le long terme. Les systèmes herbagers du RAD présentent des avantages environnementaux, notamment un bilan azoté plus favorable et une meilleure compensation des émissions de carbone grâce aux prairies et aux haies du bocage associé. Ces fermes sont également plus efficaces pour rémunérer leurs travailleurs, émettant moins de CO2 par unité de revenu généré. En conclusion, les systèmes herbagers pâturant, basés sur les ressources locales et la réduction des charges, apparaissent comme une stratégie durable et économiquement viable, malgré les défis persistants liés à la gestion de l’herbe ou plus nouveaux associés au dérèglement climatique.
Depuis la fin des quotas laitiers en 2014, les exploitations ont dû faire face à un contexte marqué par une grande instabilité climatique et conjoncturelle. Le changement climatique menace l’autonomie des exploitations, et les éleveurs bovins lait en particulier doivent s’adapter pour y faire face et en atténuer les effets. Nous proposons d’étudier les trajectoires de 214 exploitations bovins lait françaises suivies de 2014 à 2022. Ces exploitations, représentatives de la diversité des exploitations françaises, sont suivies dans le cadre du dispositif INOSYS Réseaux d’élevage. La méthodologie de l’approche globale permet d’étudier les performances technico-économiques des fermes. Sur la période d’étude, les exploitations se sont restructurées avec notamment l’augmentation de la taille des exploitations, des cheptels et de la production laitière. Si la taille moyenne des exploitations a augmenté, on distingue en réalité plusieurs trajectoires. Nous choisissons d’en présenter cinq ici : les exploitations qui ont augmenté la part de maïs, au détriment de l’herbe (25 exploitations), les exploitations qui ont réduit la part de maïs ensilage au profit de l’herbe (36 exploitations), les exploitations conventionnelles stables en termes de répartition de la SFP (110 exploitations) et les exploitations bio ou en conversion durant la période (25 et 18 exploitations respectivement). Pour ces cinq trajectoires, nous comparons l’évolution des performances techniques et économiques. Les trajectoires d’évolution évoquent des stratégies d’adaptation qui se révèlent parfois payantes au-delà de toute attente. Les systèmes maïs, renforcés par l’augmentation du prix du lait, ressortent de cette période particulièrement compétitifs sur le plan économique.
Cet article rend compte de l’évolution et de la dispersion du revenu des éleveurs français d’herbivores, en distinguant plusieurs orientations de production (bovins-lait, bovins-viande, bovins-mixtes, ovins-caprins et polyculture-polyélevage) et systèmes fourragers (en prenant pour critères de segmentation le poids des surfaces de maïs fourrage et de prairies permanentes dans la surface fourragère principale). Cette analyse est basée sur des traitements appliqués aux données du Réseau d’Information Comptable Agricole (Rica) sur une longue période (2010 à 2023) et plus courte période (de 2020 à 2023), ce en exprimant toutes les valeurs citées en euros constants de 2023. L’indicateur de revenu pris en référence ici est le Résultat Courant Avant Impôt (RCAI) par Unité de Travail Agricole Non Salariée (UTANS). Plusieurs enseignements peuvent être mis en avant suite à ce travail : i) les exploitations françaises orientées vers les productions d’herbivores ont dégagé, en moyenne annuelle sur la période 2010 à 2023, un revenu (28 300 euros) assez nettement inférieur à celui des autres exploitations agricoles non orientées vers la production d’herbivores (42 300 euros) ; ii) il existe une forte dispersion des revenus, tant entre les différents systèmes identifiés qu’au sein de chacun d’eux ; iii) la productivité du travail, l’efficience productive et le poids du service de la dette sont des indicateurs déterminants des niveaux de revenus ; iv) les aides directes jouent un rôle important dans la formation du revenu de nombreuses exploitations d’élevage.
La multiplication de « semences fourragères et à gazon » regroupe deux familles principales de plantes fourragères : les légumineuses (32 000 ha de multiplication de semences, principalement la luzerne) et les graminées (11 000 ha de multiplication de semences). Les porte-graines fourragers trouvent toute leur place dans les exploitations d’élevage. La finalité même des cultures, la semence fourragère, indique leur intérêt pour l’éleveur. Deux principaux modèles d’exploitations souscrivent des contrats de multiplication de semences fourragères : les exploitations de polyculture élevage (principalement dans le Centre et l’Ouest de la France) et des exploitations de grandes cultures (Nord-Est et Sud-Ouest de la France). Il existe de nombreuses connexions entre les pratiques d’élevages et la multiplication de semences. Le premier, et le plus évident, est l’utilisation des effluents d’élevage pour amender les parcelles de multiplication. Les espèces de graminées sont particulièrement sensibles à l’apport azoté. Par exemple, en moyenne, les multiplicateurs de semences de dactyle apportent 150 unités d’azote pour une bonne croissance. Les multiplicateurs qui n’ont pas d’atelier d’élevage sur l’exploitation procèdent souvent à des échanges entre les pailles issues des précoupes de régularisation des productions de semences contre les boues d’élevage. En effet, les précoupes sont intéressantes pour les éleveurs, avec des bonnes valeurs fourragères. Par ailleurs, les éleveurs qui produisent des céréales dans le cadre de la fabrication d’aliments à la ferme peuvent trouver dans les cultures de fourragères porte-graine de très bons précédents, notamment les légumineuses (luzerne, trèfles, vesce, etc).
La capacité des chèvres à s’adapter à l’ordre de distribution de deux fourrages différents dans la même journée n’est pas connue, alors que cette pratique est très répandue. Une série de 5 essais, combinant chacun 2 fourrages, ont été conduits pour déterminer les effets de l’ordre de distribution de ces fourrages sur l’ingestion volontaire journalière, la production laitière et le comportement d’ingestion de chèvres laitières Alpine en milieu de lactation. Les combinaisons testées ont été les suivantes : herbe verte et ration semi-complète (ensilage de maïs - tourteau de soja), foin de luzerne de bonne qualité et ensilage de maïs, enrubannage de graminées et foin de luzerne de bonne qualité, foins de luzerne de bonne et de moyenne qualité, et enfin herbe verte et foin de graminées de mauvaise qualité. Dans chaque essai, 24 chèvres ont été étudiées au cours de 3 ou 4 périodes successives, avec 300 à 600 g de concentré par jour selon les essais. Les chèvres ont montré des réactions très différentes selon les combinaisons de fourrages étudiées, avec parfois aucune préférence marquée entre les deux fourrages, et parfois une nette préférence pour l’un des deux fourrages (ratio de 50:50 à 90:10 dans la ration). Un fourrage a toujours été plus ingéré lorsqu’il a été distribué le soir plutôt que le matin (+53% en moyenne), l’ordre de distribution affectant largement la proportion de chaque fourrage dans la ration. En moyenne, l’ingestion totale a eu tendance à augmenter, mais faiblement, lorsque le fourrage préféré a été distribué le soir, en lien avec un temps d’accès au fourrage plus élevé. Les effets de l’ordre de distribution sur la production laitière ont varié selon les essais, en fonction de l’écart de préférence et de valeur alimentaire entre fourrages, ainsi que des variations d’ingestion totale.
Cet article présente les résultats du projet de conception mené sur la Ferme du Cochon Bleu, système d’élevage porcin biologique fourrager et agroforestier. Face aux enjeux du changement climatique et des défis économiques de l’agriculture biologique, l’objectif était de développer des pratiques agroécologiques visant à améliorer l’autonomie alimentaire, l’équilibre économique et le bien-être animal sur la ferme. La méthodologie a reposé sur une approche participative et itérative, impliquant des éleveurs, des experts en élevage porcin et en agroforesterie et des acteurs de la distribution. Des ateliers de co-conception ont permis de définir deux scenarios d’évolution pour la ferme : un scénario de diversification, visant à élargir les activités agricoles ; et un scenario d’optimisation du système existant via l’agroforesterie et l’amélioration du pâturage. Des outils complémentaires comme des essais pour acquérir de nouvelles connaissances spécifiques, un atelier d’approche paysagère ou encore un outil qui retrace l’histoire d’apprentissage de la ferme ont enrichi la démarche. Cette conception innovante a favorisé la montée en compétences de l’éleveur, l’adoption de nouvelles stratégies pour renforcer l’autonomie et la résilience de la ferme, l’identification de leviers à mobiliser pour l’avenir tout en initiant une réflexion sur la valorisation commerciale de systèmes alternatifs.
La production Française de luzerne à vocation de déshydratation est principalement réalisée dans une zone géographique où les cultures industrielles, à forte marge, sont très présentes. Les agriculteurs, en se basant souvent sur la marge pour planifier leurs assolements, considèrent la luzerne comme une culture moins rentable, ce qui menace sa présence dans les rotations. Cependant, la luzerne offre des cobénéfices pour les exploitations agricoles, qui ne sont pas prises en compte dans les calculs économiques traditionnels. Cette étude, inspirée de la démarche OSER (pour Opportunités et Stratégies pour des Exploitations Résilientes), valorise des données pluriannuelles issues des centres de gestion dans le département de la Marne. L'objectif est d'analyser l'impact de différentes stratégies d'intégration de la luzerne sur les résultats technico-économiques des exploitations par rapport à des exploitations sans luzerne et donc d'évaluer économiquement les cobénéfices de cette culture. Les résultats montrent que les exploitations avec luzerne ont les mêmes niveaux d’Excédents bruts d’exploitation (EBE) que celles sans luzerne et obtiennent des résultats courant d’exploitation supérieurs. Cela s’explique notamment par une marge supplémentaire à ajouter à celle de la luzerne traduisant économiquement les cobénéfices de cette culture.