
Cet article analyse la privation de nature comme une peine spécifique de l’enfermement, en mobilisant la théorie des « souffrances de l’enfermement » de Gresham Sykes. À partir de documents officiels portant sur des prisons « vertes » et des établissements agricoles en Suisse, il met en évidence un contraste entre les discours sur le verdissement carcéral et la réalité matérielle des lieux de détention. Cette contribution, qui s’appuie sur une enquête ethnographique, montre que les références à la durabilité participent à la légitimation de l’institution carcérale, tout en révélant les ambiguïtés d’un greenwashing pénitentiaire. Les données suggèrent que l’absence de végétation et de contact sensoriel avec le vivant est vécue comme une privation, dont l’intensité varie selon les trajectoires des personnes détenues. Les témoignages du personnel pénitentiaire soulignent également les effets délétères d’un environnement minéralisé, en contradiction avec les objectifs de réinsertion.
Les crimes de haine anti-LGBT sont thématisés dès 2018 en Suisse, notamment à travers les revendications d’organisations LGBT pour leur incrimination. L’article analyse et questionne cet investissement du champ pénal par ces organisations ainsi que par des représentants politiques, à l’aune de deux champs théoriques ordinairement séparés – les hate crime studies et les théories queer abolitionnistes – et en s’appuyant sur des documents associatifs et des travaux parlementaires. Il examine les forces symboliques et discursives de la réponse pénale, ainsi que ses coûts en termes de renforcement d’un système d’oppression.
Cet article vise à expliquer les raisons pour lesquelles le bracelet anti-rapprochement (BAR), mesure phare du Grenelle des violences conjugales de 2019 déployée sur le territoire national français en 2021, est une mesure qui est rarement prononcée. Cela vient se heurter à l’affichage politique qui en a été fait comme un dispositif central de la lutte contre ces violences et, parallèlement, à la massification actuelle de ce contentieux. Nous montrons que, pour les magistrat·e·s, le BAR est adapté à un faible nombre de situations liées au profil des auteurs et des victimes de violences conjugales. De plus, cette mesure est lourde à prononcer et s’insère difficilement dans l’organisation judiciaire et ses rythmes.
Cet article explore comment la non-binarité de l’enquêteur·ice sert de ressource épistémologique unique pour étudier le genre en prison. L’auteur·ice, une personne non binaire, analyse les contraintes et les stratégies d’adaptation mises en place lors de son enquête dans l’environnement strictement binaire de la prison. Le texte démontre comment l'institution pénitentiaire renforce les normes de genre binaires, affectant à la fois les personnes incarcérées, le personnel et les chercheur·se·s. Enfin, il met en avant qu'une éthique de recherche ancrée dans la positionnalité de la personne chercheuse permet une compréhension plus nuancée des dynamiques de pouvoir et des injustices épistémiques au sein du système carcéral.