
Résumé Moreau de Saint-Méry, juriste martiniquais et colon de Saint-Domingue, rédige à Philadelphie entre 1796 et 1798 une Description topographique et politique de l’île, divisée en deux parties, espagnole et française. Cet ouvrage, autopublié, témoigne d’une double ambition : dresser un état précis de la colonie avant la révolution haïtienne et défendre les intérêts des planteurs face aux bouleversements révolutionnaires et à la cession espagnole. Moreau offre une vision naturaliste où la violence cyclique de l’histoire humaine s’inscrit dans celle, plus ancienne, de la nature insulaire : ouragans, tremblements de terre, érosion. Il décrit une île riche mais fragile, un palimpseste de sociétés successives – amérindiennes, espagnoles, françaises – confrontées aux forces brutales de la nature. L’œuvre illustre un régime d’historicité insulaire spécifique, relativisant la révolution haïtienne comme un épisode parmi d’autres dans la longue et violente histoire de Saint-Domingue.