
Dans un environnement précaire, le décrochage scolaire peut astreindre certains jeunes à entreprendre un parcours de formation qui, au bout du compte, les révèle comme des acteurs sociaux à part entière. À partir d’une recherche effectuée dans la ville de Yaoundé, au Cameroun, cet article retrace certaines étapes décisives du parcours de jeunes entreprenants soucieux de se prendre en charge, en montrant comment leurs expériences biographiques s’efforcent d’atténuer les effets négatifs de la précarité existentielle en vue de se forger une identité professionnelle autonome. L’affinité décelée entre le décrochage scolaire et l’émergence d’un acteur social inscrit dans la dynamique de productivité sociale confirme la nécessité d’examiner des voies alternatives de faire l’école en Afrique.
Le Burkina Faso connaît depuis 2015 des attaques de groupes armés terroristes sur son territoire. Parmi les cibles de ces attaques, il y a l’institution scolaire, accusée de véhiculer un savoir impie. Les violences perpétrées par les groupes terroristes ont entraîné la fermeture de milliers d’écoles et le déplacement de populations et d’acteurs de l’éducation vers des localités plus sûres. Les déplacés se retrouvent dans une condition de vulnérabilité et, pour y faire face, orientent les membres de leur ménage vers des activités rémunératrices en concurrence avec la rescolarisation des élèves dont la crise a interrompu les études. À travers une démarche socio-anthropologique, l’article décrit cette nécessité de rescolariser des élèves déplacés internes. Il montre que le coût de la vie en ville et l’obligation pour les ménages de prendre en charge les dépenses incompressibles de la survie rendent difficile la poursuite des études par les élèves dont la mise au travail apparaît souvent comme une stratégie de survie pour les déplacés internes.
Le parcours de l’enseignement islamique en Côte d’Ivoire et en Guinée est analysé dans deux pays côtiers dont les trajectoires politiques n’ont pas été identiques. Anciennes colonies françaises, d’abord solidaires dans les luttes de décolonisation, ils se sont séparés dans la stratégie d’accession à l’indépendance, puis dans les choix politiques visant l’enseignement islamique. Reposant sur des données de terrain et un corpus de rapports d’études, ce travail questionne les interactions entre acteurs étatiques et promoteurs privés pour la co-construction d’une école islamique adaptée aux aspirations socio-économiques et politiques de chaque pays. Partant d’une immersion dans l’univers des écoles islamiques, il analyse des réformes politiques entreprises pour l’intégration des institutions de cet ordre d’enseignement aux systèmes éducatifs ivoirien et guinéen, en dépit des défis institutionnels et structurels observés.
Ce dossier consacré à l’école en Afrique poursuit la diversification des enracinements des réflexions et l’attachement aux études comparatives particulièrement entre nord et sud. En donnant la parole à des autrices et auteurs africains, il vise à mettre en lumière ce que la connaissance et l’étude des modes de fonctionnement de systèmes d’enseignement africains et de leurs difficultés suggèrent à la sociologie de l’éducation. Il rassemble des contributions qui n’analysent pas les situations africaines au départ de grilles élaborées dans le nord, mais en les replaçant dans les conditions matérielles et culturelles où elles peuvent être observées. L’Afrique est immense et le périmètre a été resserré sur des systèmes éducatifs de l’aire subsaharienne francophone, initialement pensés comme des prolongements de ceux de la métropole, mais tropicalisés car les conditions sociales, culturelles, religieuses, démographiques, économiques, technologiques et le discrédit de l’école occidentale leur ont interdit de se maintenir dans leur état premier. La demande d’éducation et le taux d’exclusion de l’éducation formelle y sont les plus forts au monde. La mise en concurrence avec les institutions héritées de la culture arabo-islamique y est constante et la présence du courant wahabite-salafiste fréquente. Ils ne sont toutefois pas d’un exotisme qui les rendrait incomparables à ceux de l’Occident : les maux, les tensions, les difficultés décrits dans ce dossier ont des équivalents dans les pays du Nord.
Les auteurs montrent comment l’évolution de l’école à travers les différentes approches en termes d’enseignement et d’apprentissage des élèves est à l’origine de son adaptation, elle-même fortement influencée par les crises multidimensionnelles qui caractérisent le Niger. L’article décrit les différentes approches qui ont structuré cette évolution et les principaux changements qui en résultent en termes d’enseignement et d’apprentissage en redéfinissant la relation de l’enfant-élève dans ses rapports à l’école et à l’insertion. Il ouvre ensuite la réflexion sur les grandes mutations scolaires prenant leurs origines dès l’époque coloniale et l’indépendance de l’État. L’avènement de la forme scolaire qui caractérise le système éducatif nigérien place l’école dans un processus de résilience qui dépasse le cadre de l’enseignement stricto sensu pour embrasser les populations dans une situation de crise au Sahel.