
This article analyzes Les Pages Indochinoises as a key platform for colonial literary production in French Indochina. While promoting aesthetic exploration, the journal functioned as a colonial institution that legitimized a French-centered vision of Indochina and excluded Vietnamese voices. Drawing on literary field theory, postcolonial studies, and enunciative scenography, the study examines how the journal constructed symbolic capital through exoticism, editorial strategies, and the publication of special issues consecrating French authors. Particular attention is given to Eugène Pujarniscle, whose writings and critical reflections sought to define a colonial poetics grounded in ethical observation and aesthetic rigor. The article argues that Les Pages Indochinoises reveals both the mechanisms of symbolic domination and the ambivalent spaces of cultural transfer. By asking who speaks, for whom, and with what authority, this article demonstrates that Les Pages Indochinoises functioned not only as a stage of colonial discourse but also as a site of negotiation, tension, and literary experimentation.
Résumé Le secteur éditorial de la littérature jeunesse constitue un domaine majeur des industries culturelles à destination des enfants. Pourtant, en France, les travaux scientifiques se sont concentrés sur l’analyse littéraire ou didactique de ses productions, laissant souvent de côté les représentations sociales qu’il véhicule. En particulier, les recherches qui se sont penchées sur les représentations ethnoraciales dans les albums de littérature jeunesse sont peu nombreuses. Cet article entend combler ce manque en présentant les résultats d’une enquête quantitative qui s’appuie sur un corpus exhaustif d’albums jeunesse publiés en septembre 2021. En articulant les propriétés ethnoraciales des personnages à leur genre, à leur classe sociale et aux contextes géographiques au sein desquels ils apparaissent, il met en évidence des inégalités de représentation ethnoraciale. On observe une augmentation de la visibilité des personnages perçus comme non blancs dans les albums, mais leur cantonnement relatif dans des positions périphériques ne traduit pas toujours des représentations ethnoraciales plus égalitaires. L’étude explore enfin l’influence des politiques éditoriales, des traductions et des franchises en littérature jeunesse, révélant un contexte de sensibilité apparemment croissante à la question des inégalités de représentation ethnoraciale, mais où la norme de blanchité reste dominante.
Résumé À travers l’examen de la persona de Diam's, cet article interroge la façon dont la race se pose en signifiant flottant dans le rap de la seconde moitié des années 2000 en France. Première rappeuse française à avoir rencontré le succès auprès du grand public, Diam's est l’objet d’une attention particulière de la part des médias, qui l’érigent en représentante de la jeunesse métissée des banlieues. La médiatisation de l’artiste emprunte à la figure de la «jeune fille de banlieue», construite à l’intersection du genre, de la race et de la classe. Dans le contexte français où parler ouvertement de race est un tabou et où la culture vient signifier la différence, l’association de la rappeuse à la banlieue et son ascendance chypriote par son père participent alors à une forme de trouble dans son identification raciale.
Résumé La critique s’est souvent intéressée à l’enracinement de l’histoire de Carmen dans l’histoire politique de la monarchie de Juillet. J’approfondis l’association des bohémiens et du républicanisme en étudiant la fiction dans le contexte de l’imaginaire ambivalent du peuple et de la république démocratique, à la suite de la révolution de 1830. Le mythe bourgeois de la femme fatale se révèle ainsi être une « parole dépolitisée » (Barthes), dont l’enracinement historique et politique apparaît notamment lorsqu’on étudie l’évolution de l’association des ‘bohémiens’ à la révolution, d’ Hernani (1830) à Carmen (1845), en passant par Notre-Dame de Paris (1831). Le héros populaire hugolien d’avant la révolution cède alors la place à une femme fatale diabolisée, qui doit elle-même fatalement mourir. La nouvelle de Mérimée peut alors être lue comme une recherche des raisons de l’issue de la révolution de Juillet, à savoir la ‘mort’ de la république, dans le contexte d’une réflexion sur le césarisme dans les années 1840. La hantise fantastique de La Vénus d’Ille (1837) comprise comme la hantise d’un imaginaire de la république refoulée confirme ensuite la thèse sur le mythe de la femme fatale comme parole dépolitisée.
Résumé L’introduction au numéro spécial « Race and the cultural industries in France » explore la façon dont la race, comprise comme un rapport social de pouvoir, structure le fonctionnement ordinaire des industries culturelles françaises comme les propriétés formelles de leurs productions. Elle invite en ce sens à dépasser l’ignorance du racisme qui caractérise la majeure partie des recherches sur l’organisation des industries culturelles françaises. Elle propose également de déplacer le regard académique sur les œuvres, souvent saisies dans une opposition terme à terme entre rhétorique républicaine d’aveuglement à la race, et dévoilement esthétique de la réalité de la race dans l’Hexagone. Ce texte plaide au contraire pour une analyse des logiques multiples et contestées de racialisations informant tant les politiques de production culturelle que les politiques de représentation des œuvres littéraires, musicales et audiovisuelles. Ce faisant, l’introduction offre un état des lieux interdisciplinaires des travaux consacrés aux processus de racialisation dans les industries culturelles hexagonales, qu’ils s’inspirent de la sociologie, de l’histoire, des cultural studies , ou de l’esthétique.