
Les efforts de la direction du Parti communiste de Yougoslavie en faveur de l’avenir du Kosmet menèrent à un projet de fédération balkanique au sein de laquelle le Kosmet serait rattaché à l’Albanie, comme une partie de cette fédération. L’échec de ce projet en janvier 1945 lança le processus de réintégration politique et administrative du Kosmet dans la Yougoslavie nouvelle, c’est-à-dire socialiste. Non seulement cette réintégration influa sur toutes les relations d’après-guerre entre cette dernière et l’Albanie, mais elle devint aussi la cause majeure de l’instrumentalisation de la question du Kosovo, avant tout par la direction albanaise, au cours du conflit soviéto-yougoslave.
L’article dresse un panorama des incendies urbains dans la France du xix ᵉ siècle. Distinguant trois figures du feu — politique, criminel, accidentel — replacées dans une production historiographique pléthorique mais éclatée, il confronte les représentations qui y sont liées — ville en flammes, fantasme de l’incendiaire, imaginaire de la catastrophe — aux séries statistiques produites par l’État (ministère de la justice) et par les municipalités à partir des chiffres des polices et des pompiers. Cette confrontation permet de faire émerger des tendances et de mieux mesurer la réalité conflictuelle, criminologique et accidentogène des incendies dans les villes françaises du xix e siècle.
L’existence éphémère d’un mont-de-piété à Paris, au milieu du xvii e siècle, suscite un vif procès entre son créateur, Théophraste Renaudot, et ses opposants, les principales corporations de la ville. Tout en discutant de la légalité de cet établissement, les parties discutent surtout de l’acceptabilité morale de sa vocation, et du fait que les biens des pauvres puissent y devenir à nouveau des marchandises. C’est ainsi que le commerce de seconde main voit ses conditions soumises à la fois aux périmètres du privilège, mais aussi aux préceptes moraux et théologiques qui font la compréhension des liens sociaux, au sens large. L’impact de ces préceptes, qui occasionne ici la fermeture du mont-de-piété en 1644, reste encore à mesurer d’un point de vue pratique, et non pas théorique, sur l’ensemble des relations économiques de la période.
Destiné à une carrière ecclésiastique, l’archidiacre Dormer est l’un des chroniqueurs officiels d’Aragon les plus prolifiques du xvii e siècle. Producteur d’écrits d’utilité publique traitant du passé aragonais depuis 1673, il s’est pleinement consacré à son office auquel il s’identifie professionnellement et socialement. Pourtant, les aléas de sa trajectoire ne manquent pas de surprendre. En 1691, il entame une carrière d’agent au service de la fiscalité royale en Aragon. En 1703, peu après la parution du sixième tome des annales du royaume, il est contraint de démissionner au motif « qu’il ne correspond pas à l’emploi ». Ces inflexions de carrière attirent l’attention sur la pluriactivité structurante d’une trajectoire de plume renvoyant à une large gamme d’activités plus ou moins compatibles en termes de lieu d’exercice, de temps et de fidélité à différents maîtres. En prenant en considération la mise en œuvre et les conditions pratiques des activités intellectuelles, l’historien peut se saisir de la question de la pluriactivité afin de démonter les rouages de la carrière à « triple-fond » de Dormer et restituer ainsi les stratégies et les univers relationnels sur lesquels cette carrière se construit. En d’autres termes, il s’agit d’appréhender les possibles sociaux corrélés aux compétences et aux réseaux de Dormer et, plus largement, les rapports qui se nouent entre son activité professionnelle et sa vie sociale.