
Ce texte s’inscrit dans le champ des études des interactions sur site commercial et des pratiques langagières sur les marchés. Il a pour objet la description et l’analyse d’interactions entre des arabes de nationalité libanaises, palestiniennes et des migrants du Bangladesh sur un marché cosmopolite de la ville de Beyrouth au Liban. Ces derniers occupent une position inférieure dans la hiérarchie sociale et politique du marché dominée par les Palestiniens et les Libanais en vertu, respectivement de leur légitimité historique sur cet espace, ancienne centralité politique palestinienne, et de la jouissance de la nationalité. Les nouveaux-venus originaires du Bangladesh sont porteurs d’une altérité spécifique, et considérés comme des « étrangers » ( ajānīb ). Trois interactions clients-vendeurs sont analysées au cours desquelles des Libanais et des Bangladais cherchent à établir une compréhension mutuelle pour performer le type d’activité spécifique qui les réunit. Deux interactions infléchissent les positions structurelles entre les locaux arabes et les étrangers bangladais, en faisant jouer une asymétrie épistémique inversée. On observe dans la troisième rencontre un rappel à l’ordre qui rétablit les positions statutaires. Le dernier cas montre l’emploi de termes bangladais et l’usage du gentilé dans les adresses d’un marchand palestinien aux Bangladais. L’étude met en lumière aussi bien, des reconfigurations de l’autorité épistémique des interlocuteurs qui se produit lors des interactions que la présence de « rappels à l’ordre » qui réaffirment l’autorité des Libanais et Palestiniens sur les Bangladais.
Cet article propose de réinterroger les approches interactionnelles de la performativité, souvent centrées sur des logiques de coordination, de multimodalité ou d’alignement, au détriment d’une conceptualisation du sujet. Dans une perspective critique, nous inscrivons notre analyse principalement dans le cadre de la grammaire interactionnelle développée par Martina Wiltschko, tout en la mettant en dialogue avec la pensée d’Henri Meschonnic, dont la réflexion sur le rythme et la subjectivation permet d’interroger les fondements mêmes du sujet dans le langage. Bien que leurs cadres conceptuels diffèrent, tous deux placent la question du sujet au cœur de leur démarche : Wiltschko, en développant une grammaire interactionnelle fondée sur l’interdépendance des phénomènes linguistiques ; Meschonnic, en concevant le rythme comme opérateur de subjectivation. Ce dialogue conceptuel permet d’appréhender la performativité sous un jour nouveau : non plus seulement comme une coordination située, mais comme actualisation d’un sujet dans et par le langage. C’est à partir d’une séquence vidéo enregistrée lors des répétitions de Na, wegen Friedrich! – spectacle créé dans le cadre des cours d’allemand par les étudiants de deuxième Bachelier de la Faculté de Traduction et d’Interprétation de l’Université de Mons – que nous avons analysé les tensions qui traversent les deux terrains de la structure interactionnelle : le terrain commun et le terrain d’entente.
Cette étude a pour objectif d’analyser la mise en scène linguistique de la jeunesse dans le webtoon français en fonction, d’une part, de l’identité de genre et sexuelle des personnages, et, d’autre part, de leurs origines rurales ou urbaines. Deux webtoons originaux français récents, Double Date Quest et Sex, drugs & RER , mettant en scène une jeunesse diverse servent de corpus pour l’analyse des indices linguistiques d’intérêt (ex. les formes verlanisées, les apocopes, le lexique familier). L’analyse révèle que bien que les personnages utilisent toustes les traits sélectionnés, ils en font un usage différent en fonction de leur identité de genre, sexuelle et socio-territoriale. Par ailleurs, les données suggèrent que l’intersectionnalité des identités à l’étude doit aussi être prise en compte. Ces résultats soulignent la pertinence de ne pas considérer la jeunesse comme un groupe monolithique dans les analyses sociolinguistiques.
Les variétés du français écrit sont nombreuses. Dans cette étude linguistique, nous nous intéressons aux textes de l’État destinés au grand public, et notamment, à la présentation de projets de loi. Il s’agit donc d’un contenu référentiel bien précis, bien défini, mais présenté de plusieurs façons : les autorités utilisent différents canaux de diffusion pour adapter leur texte selon le public cible. Aujourd’hui, un fil conducteur dans la communication des autorités est l’accessibilité. Pour garantir le fonctionnement de la démocratie, les textes doivent répondre aux besoins de tous les citoyens, qui ont des ressources communicatives variables. La transmission réussie du message passe par une formulation linguistique claire associée à un contenu bien organisé. L’étude des textes orientée vers le lecteur montre que malgré l’importance donnée à l’accessibilité, cette communication envers le public n’est pas toujours claire.