
RÉSUMÉ: Cet article analyse les inégalités environnementales en Afrique, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest et au Burkina Faso. L’environnementalisme dominant tend à occulter les causes historiques, sociales, politiques et économiques de la dégradation environnementale et les inégalités qu’elle engendre. Nous retraçons d’abord les inégalités écologiques engendrées entre l’Afrique et le Nord en soulignant le rôle du colonialisme, du racisme, des échanges écologiquement inégaux, ainsi que des politiques d’ajustement structurel et de « développement durable ». Nous examinons ensuite les inégalités internes à travers deux études de cas au Burkina Faso : i) l’accès au foncier et aux res-sources, et ii) la production cotonnière et l’exposition aux pesticides. Ces analyses montrent à la fois les inégalités historiques et actuelles (distributives et participatives) et les mobilisations sociales qui y résistent. ABSTRACT: This article analyzes environmental inequalities in Africa with a focus on West Africa and Burkina Faso. We address a tendency in mainstream environmentalism to downplay the historical, social, political, and economic drivers of environmental degradation as well as interlinked social inequalities. We trace historically produced environmental inequalities between Africa and wealthier nations, underscoring the role of colonialism and racism, patterns of ecologically unequal exchange, and the effects of neoliberal structural adjustment policies and “sustainable development” programs. We then examine two case studies in Burkina Faso: 1) land and access to natural resources, and 2) cotton production and pesticide exposure. These case studies illustrate both historical and present-day inequalities (distributional and participatory), yet also reveal social movements pushing for change.
RÉSUMÉ: Cette recherche analyse les représentations du Covid-19 au Burkina Faso par les personnes déplacées internes (PDI) et par les familles hôtes, et la manière dont ces représentations sociales ont été façonnées, modifiées et intériorisées par la rumeur et les fausses informations. Menée dans les villes de Kaya, Pissila et Kongoussi, localités situées au nord du Burkina Faso, elle repose sur des entretiens qualitatifs réalisés auprès de 153 PDI et personnes hôtes. L’article expose la nature profondément dynamique des représentations sociales pendant la crise. Entre déni et instinct de survie, les communautés étudiées insèrent la pandémie dans un registre socio-économique hiérarchisé et clivé mettant en opposition Blancs et Noirs, citadins et villageois, riches et pauvres et, in fine, ‘votre maladie’ et ‘notre médicament’. ABSTRACT: This research analyzes representations of COVID-19 created in Burkina Faso by internally displaced persons (IDPs) and host families, and how these social representations have been shaped, modified, and internalized by rumors and misinformation. Conducted in the towns of Kaya, Pissila, and Kongoussi in northern Burkina Faso, it is based on qualitative interviews with 153 IDPs and host families. The article highlights the profoundly dynamic nature of social representations during the crisis. Between denial and survival instinct, the communities studied place the pandemic within a hierarchical and divided socio-economic framework that pits whites against blacks, city dwellers against villagers, rich against poor and, ultimately, “your disease” against “our medicine.”
RÉSUMÉ: Malgré des décennies d’investissements dans l’agriculture commerciale, l’insécurité alimentaire au Mali n’a fait qu’empirer. Au cœur de ce problème se trouve un modèle colonial qui privilégie l’agriculture de production au détriment de la sécurité alimentaire. Cette approche a vu le jour pendant la période coloniale, puis a été réappliquée avec une férocité étonnante à la suite de plusieurs crises alimentaires et économiques pendant la période postcoloniale. Une exception notable a été une expérience de courte durée menée par des agriculteurs qui ont adopté une approche de souveraineté alimentaire ou d’agroécologie au milieu des années 2000. Cet article explore les conséquences de l’agronomie coloniale au Mali ainsi que les promesses d’une alternative agroécologique. Plus précisément, l’étude explore deux questions. 1) Comment l’agronomie conventionnelle a-t-elle conduit à une approche du développement agricole qui ne parvient pas à résoudre l’insécurité alimentaire ? 2) Quelles sont les alternatives prometteuses qui pourraient conduire à une agriculture plus décolonisée et à une sécurité alimentaire renforcée dans le contexte malien ? Les conclusions s’appuient sur une série d’études distinctes menées au Mali sur une période de 30 ans à l’aide de multiples méthodes de recherche telles que des entretiens semi-structurés, des analyses de sol et des recherches archivistiques. ABSTRACT: ABSTRACT: Despite decades of investment in cash crop agriculture, food insecurity in Mali has only grown worse. At the heart this problem is a colonial model emphasizing production agriculture at the expense of food security. This approach began in the colonial period and then was reapplied with amazing ferocity following several food and economic crises in the postcolonial period. A notable exception was a short lived, farmer-led experiment with a food sovereignty or agroecology approach in the mid-2000s. This paper explores the consequences of colonial agronomy in Mali as well as the promise of an agroecological alternative. More specially, the study explores two research questions. 1) How has conventional agronomy led to an approach to agricultural development that fails to address food insecurity? 2) What are promising alternatives that might lead to a more decolonial agriculture and enhanced food security in the Malian context? The findings are based on a series of discrete studies in Mali over a 30-year period using multiple research methods such as semi-structured interviews, soil analysis and archival research.
RÉSUMÉ: Depuis 2015, le Burkina Faso subit des attaques de groupes armés terroristes contre les postes des services de sécurité et des services techniques de l’État, mais aussi contre les populations civiles. Ces attaques qui ont débuté dans la région du Sahel ont atteint plusieurs aires culturelles et géographiques du pays. Indépendamment de la réponse de l’État, plusieurs communautés se sont organisées pour se protéger. Parmi celles-ci se trouvent les Kurumba, une population habitant un vaste territoire chevauchant les régions administratives du Yaadga, du Soum et du Koulse du Burkina Faso et une partie du Mali. S’inspirant de leur histoire et de leur culture, faites d’insoumission, les Kurumba ont formé des groupes de vigilantisme dans l’optique de se protéger des terroristes qu’ils considèrent comme des acteurs porteurs de projet de conquête et d’anéantissement de l’être kurumbo. C’est de ce discours, mettant en avant l’incertitude à laquelle ferait face la culture kurumbo en cas de triomphe des groupes armés terroristes, qu’émerge la nécessité de résister aux groupes armés terroristes. ABSTRACT: Since 2015, Burkina Faso has been suffering from attacks by armed terrorist groups against government security and technical service posts, but also against civilian populations. Starting in the Sahel region, these attacks have reached several cultural and geographical areas of the country. Independently of the State’s response, several communities have organized their own protection. Among these are the Kurumba, a population inhabiting a vast territory straddling the administrative regions of the North, Sahel and North-Central regions of Burkina Faso and part of Mali. Drawing on their history and culture of insubordination, the Kurumba have formed vigilante groups to protect themselves from terrorists, whom they see as carrying out plans to conquer and annihilate the Kurumba people. It is from this discourse that emerges the need to resist armed terrorist groups. The mobilization discourse of the resistance movement highlights the uncertainty facing Kurumbo culture in the event of the triumph of armed terrorist groups.
ABSTRACT: This article analyzes the representation of spaces that enable and/or stifle queer desire in the film Dakan (1997) by Mohamed Camara. This discussion showcases heterosexual familial and social structures that push queer characters to reinvent spaces in which they can freely experience love and pleasure. This article argues that the visual and sonic elements of the film reflect competing desires of the lead characters’ families for heterosexuality and the desires for queer freedom of the lead characters. It mainly engages with queer African studies theory to interpret these spaces of desire, and intervenes in current scholarship about the film to highlight the ability of African queerness to change its environments and confront social conventions. RÉSUMÉ: Cet article analyse la représentation des espaces qui permettent et/ou étouffent le désir queer dans le film Dakan (1997) de Mohamed Camara. La discussion porte sur les structures familiales et sociales hétérosexuelles qui poussent les personnages africains homosexuels à réinventer des espaces où ils peuvent librement faire l’expérience de l’amour et du plaisir. Cet article soutient que les éléments visuels et sonores du film reflètent les désirs concurrents des familles des personnages principaux pour l’hétérosexualité et le désir de ces personnages principaux de la liberté queer. Il s’appuie principalement sur la théorie des études africaines queer pour interpréter ces espaces de désir et intervient dans les études actuelles sur le film pour souligner la capacité de l’homosexualité africaine à modifier son environnement et à s’opposer aux conventions sociales.
RÉSUMÉ: La démocratisation de l'Internet facilite le recours massif aux applications de messagerie instantanée comme WhatsApp. Celle-ci, très prisée mondialement, favorise la socialisation et le partage d'informations variées. Cependant, en l'absence de toute prise de conscience, certains des contenus qui sont abondamment relayés dans les groupes WhatsApp peuvent conduire à la violence, à la haine, et pourraient être potentiellement dangereux pour la cohésion sociale dans un contexte de fragilité politique comme celui de la Côte d'Ivoire. Cette recherche, menée à l'aide d'une approche qualitative, repose sur un corpus d'une quinzaine d'informations provenant de deux groupes WhatsApp. Nous mobilisons ici le concept de gatekeeping. Nous parvenons à la conclusion que WhatsApp charrie d'abondants messages, mais comporte aussi des limites, ne parvenant pas à freiner la propagation de contenus toxiques. ABSTRACT: The democratization of the Internet has facilitated the widespread use of instant messaging applications such as WhatsApp. This platform, widely popular worldwide, encourages socialization and the sharing of diverse information. However, without sufficient awareness, some of the content that circulates on WhatsApp can incite violence, hatred, and potentially undermine social cohesion, particularly in politically fragile contexts like that of Côte d'Ivoire. This qualitative study is based on a corpus of about fifteen pieces of information from two WhatsApp groups. We employ the concept of gatekeeping in our analysis. We conclude that while WhatsApp serves as a vehicle for a vast array of messages, it also has significant limitations in controlling the spread of toxic content.
RÉSUMÉ: Cet article examine les modalités et les conséquences des pratiques de gatekeeping sur la circulation des personnes et des biens dans la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). A partir d'un terrain réalisé auprès de pêcheurs migrants à la frontière Bénin-Niger, l'auteur décrit et analyse ces pratiques en croisant les points de vue des contrôlés (gated) et des « contrôleurs d'accès » (gatekeepers). Il montre que les contrôles aux frontières opérés par les agents de l'État sont cosmétiques et peu effectifs. Les divers types de contrôle d'accès, dont la création de postes de contrôle fictifs, se caractérisent par des formes de racket systématique qui renvoit essentiellement à des logiques d'accumulation de rente. Même si les « contrôlés » disposent de marges de manœuvre pour négocier leur passage aux points de contrôle, les pratiques de gatekeeping au quotidien sont principalement orientées vers la prédation et sont ancrées dans l'économie morale de la corruption. La gouvernance de la frontière Bénin-Niger illustre la nature extractive des relations État-citoyens et explique le paradoxe du non-respect des engagements des États membres de la CEDEAO d'assurer la libre circulation effective des biens et des personnes dans l'espace communautaire en s'appuyant sur les théories du gatekeeper state, du patrimonialisme et de la corruption. ABSTRACT: This article examines the modalities and consequences of gatekeeping practices on the circulation of people and goods in the Economic Community Of West African States (ECOWAS). Based on fieldwork carried out among migrant fishermen at the Benin-Niger border, the author describes and analyzes gatekeeping practices from the points of view of both the "gated" and the "gatekeepers." The article shows that controls carried out by gatekeepers are mostly cosmetic and ineffective. Gatekeeping and gate-making practices (creation of fictitious checkpoints) are characterized by systemic forms of racketeering operated by gatekeepers, who essentially relate to the logic of rent accumulation. Even if the "gated" have room to negotiate their passage through checkpoints, gatekeeping practices are mainly oriented toward predation and are anchored in the moral economy of corruption. The governance of the Benin-Niger border illustrates the extractive nature of state-citizen relations and explains the paradox of noncompliance with the commitments of ECOWAS member states to ensure the effective free movement of goods and people in the regional community by relying on theories of the "gatekeeper state," corruption and patrimonialism.
ABSTRACT: This commentary reflects on the online experience of attending the 2024 Mande Studies Colloquium in Bamako, Mali. The context for this commentary is an active debate in some disciplines regarding carbon emissions related to air travel, part of a larger debate about climate coloniality, for in-person attendance at academic conferences. I attended nearly the entire Bamako conference online and was impressed by how well the hybrid piece was orchestrated, but I left feeling simultaneously grateful that I could participate from afar, but also deeply cognizant of the inadequacies of my experience. While I have no easy solution for this conundrum, here I try to complicate the debate in the Global North about air-travel-related climate emissions and in-person conference attendance using a scale frame perspective from geography. RÉSUMÉ: Ce commentaire est une réflexion sur mon expérience en ligne du colloque de l'association des Etudes mandé à Bamako, Mali, en juin 2024. Ce commentaire se situe dans le cadre d'un débat vigoureux dans certains domaines académiques sur les émissions de carbone produites par les voyages par avion pour se rendre à des conférences universitaires, qui fait lui-même partie d'un débat plus large sur la colonialité du climat. J'ai assisté à la quasi-totalité de la conférence de Bamako en ligne, et cela m'a laissé à la fois reconnaissant d'avoir pu y participer à distance, mais aussi profondément conscient des insuffisances de mon expérience bien qu'impressionné par la qualité de la mise en place de la communication hybride. Je n'ai pas de solution facile à ce dilemme mais j'essaie ici de renou-veler le débat dans le Nord global sur les émissions de gaz à effet de serre liées au transport aérien et la participation en présentiel à des conférences en ayant recours au concept de changement d'échelle important en géographie.
RÉSUMÉ: Dans cette enquête sur les processus du gatekeeping en réseau aujourd'hui présents dans les radios communautaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger, les auteurs s'appuient sur les institutions de gatekeeping (pré)coloniales telles que le griot et l'interprète colonial. Ils tiennent également compte de l'importance du téléphone portable et des réseaux sociaux dans l'écologie de communication de ces trois pays qui est située dans un contexte d'insécurité grandissante. Leur recherche prend en compte à la fois les attentes des donateurs, les besoins des communautés locales et les pressions exercées par les différents publics, pour finalement souligner l'importance de la redevabilité envers les communautés locales. Ils discutent également de diverses stratégies de contrôle de l'information, telles que l'utilisation des langues locales, l'édition de messages vocaux préenregistrés et l'autorisation de contributions anonymes. ABSTRACT: In this study of networked gatekeeping processes in community radios in Burkina Faso, Mali and Niger, the authors draw on (pre)colonial gatekeeping institutions such as the griot and the colonial interpreter. They also consider the significance of cell phones and social media in the communication ecology studied, which is situated in a context of pervasive insecurity. Their research takes into account the expectations of donors, the needs of local communities, and the pressures exerted by various audiences, ultimately foregrounding the importance of accountability to local communities. The authors discuss various gatekeeping strategies, such as using local languages, editing pre-recorded voice messages, and allowing anonymous contributions.
RÉSUMÉ: Dans la région de l'Est au Burkina Faso, notamment dans la commune de Madjoari, les journalistes et d'autres acteurs professionnels des médias locaux ont dû faire face récemment à de grands défis en couvrant des actes terroristes répétés. L'embargo de la localité par les terroristes a rendu le travail des journalistes extrêmement complexe alors que leur responsabilité est de mettre à la disposition du public des informations précises sur les actes et les menaces terroristes potentiels et d'éviter le sensationnalisme pouvant conduire à la propagation des sentiments de peur et de chaos. La couverture offerte par ces médias locaux joue un rôle important dans le débat sur la crise sécuritaire à l'est du pays et pour le pays tout entier. ABSTRACT: In the Eastern region of Burkina Faso, in particular the Madjoari area, journalists and other (local) media professionals have recently faced major challenges in covering repeated acts of terrorism. The embargo of the area by terrorists complicates the work of journalists and other media players whose responsibility it is to provide the public with accurate information on potential terrorist acts and threats. Local journalists must, therefore, accomplish their work while avoiding any kind of sensationalism that could lead to the propagation of feelings of fear and chaos. Local media coverage can, as a result, play a role in stimulating debate on the security crisis in the east of the country and in Burkina Faso as a whole.
RÉSUMÉ: L'insécurité qui secoue le Burkina Faso depuis 2015 a modifié les pratiques journalistiques et le rôle des radios communautaires au Burkina Faso. Cet article analyse comment les radios communautaires font face aux défis liés à la crise sécuritaire. L'article s'appuie sur la théorie du gatekeeping comme cadre d'analyse. A partir d'entretiens avec les responsables de sept stations de radio émettant dans des zones d'insécurité et de l'étude d'une grille de programmes, nous montrons que les groupes terroristes sont le principal filtre, ou gatekeeper, au vu de l'influence qu'ils exercent sur la production des émissions des médias locaux ainsi que sur leur fonctionnement. ABSTRACT: The insecurity that has shaken Burkina Faso since 2015 has changed journalistic practices and the role of community radio stations in Burkina Faso. This article analyzes how community radio stations are coping with the challenges associated with the security crisis. The article uses gate-keeping theory as an analytical framework. Based on interviews with the managers of seven radio stations broadcasting in insecure areas, and on the examination of a program schedule, it demonstrates that terrorist groups are the main filter, or the gatekeeper, as they influence the production of local media broadcasts as well as their operation.