
Cet article propose d'étudier les formes de réaction et de mobilisation citoyennes dans la ville d'Hasankeyf contre la construction d'un barrage hydroélectrique qui a entrainé la disparition de cette ville. Il s'interroge sur la nature des projets de développement en Turquie mis en place d'une manière autoritaire et qui deviennent parfois les instruments d'une politique de discrimination multidimensionnelle de la part des institutions publiques. Tout en étudiant la résistance sous contrainte au sens politique et culturel, l'article analyse les liens entre la mobilisation et l'espace en termes d'identification et d'appropriation. Il montre également comment le contexte autoritaire influence les stratégies de mobilisation en termes d'enjeux spatiaux et ethniques. Dans le cas d'Hasankeyf, l'article démontre comment les habitants ont développé des formes alternatives de résistance pour éviter un rapport de force identitaire et légitimer ainsi leur cause dans l'opinion publique en mettant en avant les risques environnementaux du projet.
Cet article défend l'hypothèse que les luttes pour l'accès ou la défense des ressources naturelles en Amérique Latine ne sont pas seulement des luttes environnementales. Il prend pour cas d'étude le Mouvement des 13 villages, qui a surgi dans l'État du Morelos, au Mexique, en 2007, pour protéger une source d'eau dénommée Chihuahuita contre la construction de nouveaux lotissements. L'article montre que si le problème a été défini en termes environnementaux dans l'espace public, c'est surtout à une fin stratégique, pour renforcer l'adhésion de l'opinion publique à la cause. En réalité, dans l'espace local, la protection de la source Chihuahuita est surtout appréhendée comme un enjeu identitaire. Les communautés paysannes souhaitent conserver la source Chihuahuita et le réseau qu'elle alimente parce qu'ils sont le support d'une forme d'organisation sociale et permettent la reconstruction mémorielle du groupe.