
Le Pacte sur la migration et l’asile institue une procédure de « filtrage » aux frontières extérieures pour les ressortissants de pays tiers qui ne remplissent pas les conditions d’entrée sur le territoire de l’Union européenne. Cette procédure repose sur une fiction juridique, celle de la non-entrée des migrants sur le territoire d’un État membre durant l’examen de leur situation. Au départ, d’une typologie distinguant les approches traditionnelles, post-souverainistes et post-traditionnelles de la souveraineté, cet article analyse les effets de cette fiction juridique sur l’articulation des concepts de territoire et de souveraineté. Il montre que la fiction de non-entrée s’inscrit dans un mouvement de déconnexion progressive des concepts de territoire et de souveraineté susceptible d’être éclairé par une approche post-traditionnelle de la souveraineté.
De plus en plus d’études démontrent l’impact des inégalités sur le traitement des morts. Selon cette logique, le statut des personnes ante-mortem détermine les conditions de leur prise en charge post-mortem . Moins nombreux sont les travaux qui interrogent comment le traitement des corps morts et des restes humains contribue aux inégalités. En effet, si le traitement des morts incombe aux personnes vivantes, il ne repose pas équitablement sur toutes les personnes et les catégories sociales. Dans cet article, je défends l’idée que pour mieux répondre au problème des inégalités dans la mort, il peut être utile de considérer que les morts constituent une charge pour les vivants. Mon argument est le suivant : en France, cette « charge » qu’entraîne le traitement des morts est non seulement inégale d’une personne à l’autre, mais surtout, inégalement répartie dans la société. Elle repose sur les efforts invisibles des proches des personnes défuntes, comme sur le travail souvent peu reconnu, et peu valorisé, des professionnels des secteurs de la santé et du funéraire notamment. En mobilisant les outils développés par les théorisations féministes de la reproduction sociale et du care , je montre la nécessité d’une répartition collective de la charge des morts, afin de pallier les effets de ce poids qui pèse inégalement sur l’ensemble de la société.
Les immigrés qui parviennent à franchir la frontière extérieure de la souveraineté, et donc à entrer sur le territoire de l’État, doivent encore acquérir la citoyenneté s’ils souhaitent franchir la seconde frontière, cette fois intérieure, de la souveraineté. Ce mouvement à travers la souveraineté, territorial d’abord, personnel ensuite, conduit à s’interroger sur un cas limite : les États qui ne permettent pas aux immigrés de devenir citoyens. En mobilisant le cadre théorique bâti par Alf Ross, autour des critères d’intensité, d’efficacité et d’étendue de l’influence populaire en démocratie, l’article établit d’abord qu’un État qui maintient durablement la population immigrée hors de la citoyenneté prend une dimension oligarchique qui l’éloigne du modèle démocratique. Prenant appui, ensuite, sur trois États (Monaco, Autriche et Estonie) qui, en Europe, organisent une telle clôture de la citoyenneté, l’article expose les modalités (exclusion de la naturalisation, droit du sang exclusif) et les rationalités (aristocratiques, ethniques et stratégiques) qui y sont à l’œuvre. Nommer et comparer les régimes de clôture de la citoyenneté devient dès lors une condition indispensable du jugement démocratique des États.