Pour analyser la situation de la sociologie, on peut distinguer, à partir du cas français, les attaques externes et les disputes internes à la discipline, en cherchant à comprendre comment celles-ci se combinent. Le rôle d’instance critique de la sociologie peut se comprendre selon quatre modalités d’expression, distribuées d’une part entre critique artiste et critique sociale, d’autre part entre réformisme et contestation. Or ce rôle critique de la sociologie tend, par ailleurs, vers deux modèles de fonctionnement, celui de l’innovation scientifique et celui des avant-gardes artistiques. Lorsque la fonction critique de la sociologie se conjugue avec le modèle d’avant-garde et que crise interne et attaque interne s’articulent l’une avec l’autre, l’intensité du sentiment d’une mise en danger de la discipline est maximale.
Dans une société de commerce, où chacun peut non seulement acheter mais aussi vendre une chose, on peut considérer que l’échange marchand nécessite trois composantes : déterminer la qualification de cette chose, fixer un prix par rapport à un « métaprix » et attribuer une valeur à cette chose. La valeur n’est pas dans une chose, mais elle peut être analysée comme une critique ou une justification du prix.
L’originalité des recherches de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre n’est plus à démontrer. Les deux sociologues s’intéressent dans ce nouvel ouvrage à deux processus constitutifs de l’espace public. D’une part, les processus de mise en actualité : se saisissant de ce qui se passe maintenant, ces processus font connaître à nombre de personnes l’existence de faits que ces dernières n’ont pas, pour la plupart, directement vécus et les accompagnent généralement d’une description et d’une interprétation. Et, d’autre part, les processus de politisation : se saisissant de faits mis en actualité, ces processus les problématisent, en sorte que l’actualité concerne chacun, et par conséquent aussi l’État, tout en donnant lieu à des interprétations dont les divergences suscitent des commentaires, des polémiques et des divisions. Boltanski et Esquerre fondent leurs analyses sur les milliers de commentaires mis en ligne par des lecteurs du quotidien Le Monde en septembre et octobre 2019 ; et les milliers de commentaires postés sur deux chaînes de vidéo d’actualité passée mises en ligne en janvier 2021 par l’Institut national de l’audiovisuel. Chemin faisant, ils reconstituent la norme du dicible en comparant les commentaires publiés et les commentaires rejetés par les instances de modération ; ils saisissent des opinions en train de se faire, au lieu de les recueillir sous la forme stabilisée, souvent réflexive et prudente, des réponses à des entretiens ou des sondages. Ils cartographient les processus de politisation à notre époque, tels le féminisme, l’écologie, l’immigration, les religions, le nationalisme, l’Europe, etc. Loin d’être un livre de plus sur la presse, les médias ou les réseaux sociaux, c’est ici un grand livre sur la formation de l’opinion politique en démocratie et la manière dont en sont affectées nos vies quotidiennes.
In 2017, the same year when the prominent French sociologists Luc Boltanski and
On peut distinguer deux formes de « censure » : une censure institutionnelle, reconnue comme telle par une institution, comme l’État ou une Église, et qui a été pratiquée en France pour le cinéma jusque dans les années 1970 ; une censure accusatoire, qui s’est développée largement à partir de Mai 68 et de la disparition de la censure institutionnelle, et qui a été théorisée notamment par Pierre Bourdieu, Jacques Derrida et Judith Butler. Toutefois, il est resté, en France, une action de « classification » des films au début du xxi e siècle exercée par l’État, qui est difficilement compatible avec les théories d’une censure accusatoire.
The authors of this book argue that Western capitalism has recently undergone a fundamental transformation that especially apparent in those countries responsible fpr European industrial primacy. There are two significant dimensions of the work: historical and analytical. The first dimension focuses on economic changes that have been observed since the late 20th century and dramatically modified the way value and wealth are created today: on one hand, the transformation characterized by de-industrialization; and, on the other, the increased exploitation of certain resources that, while not entirely new, have taken on an unprecedented importance. The second direction aims to understand how different commodities can generate transactions perceived as normal by buyers and sellers and that fit preliminary expectations to a certain degree. From a theoretical perspective, the authors deliberate pragmatic structuralism that combines social history with the analysis of cognitive competences upon which actors rely. In terms of empirical data, the authors use statistics enriched with a set of various formal and informal interviews, focusing on France as a case where the mentioned transformation is more distinctive. The Journal of Economic Sociology publishes some excerpts from the second chapter "Toward Enrichment" where the authors define the main sources and benefits of the enrichment economy. The enrichment economy is based less on producing new objects and more on enriching existing things and places by connecting them with specific narratives.
Les extraterrestres mis en scène par l’écrivain Philip K. Dick ne sont pas directement la source de l’incertitude concernant la réalité, à la différence des événements extraterrestres dont rendent compte ceux qui en sont témoins et qui ne parviennent pas à lever l’hésitation sur ce qu’ils ont vu. S’il y a du genre fantastique chez Dick, il est davantage introduit par le rapport que les personnages entretiennent à la réalité, faisant douter le lecteur lui-même de ce qu’il a lu. Cependant, Dick recourt à une conception tantôt moniste, tantôt dualiste de la réalité. Dans une conception dualiste, le problème soulevé par les écrits de Dick à propos de la réalité n’est pas seulement de distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas, mais de savoir qui maîtrise la réalité, ce qui suppose que cette réalité puisse être construite. Trois conceptions peuvent être distinguées (écran, scène, monde). Se posent alors d’une part la question du temps, d’autre part celle de ce qui n’est pas construit, le « hors-construit ».
De quelle manière des personnes chargées, dans le cadre d'une commission d'État, de veiller à la « classification » des films, décident-elles de soustraire à la vue de mineurs des films au motif qu'ils contiennent des images d'actes sexuels et violents ? La plupart du temps, les travaux sur la « censure » cinématographique, s'appuyant sur des archives, ignorent les débats, couverts par le secret, pour n'en garder que l'avis final. Cette étude, qui se fonde sur une observation ethnographique exceptionnelle réalisée en France en 2017-2018, permet de montrer comment des commissaires statuent en utilisant un nombre limité de procédés argumentatifs. Le principal d'entre eux est la comparaison, largement déniée par les acteurs, au motif que chaque œuvre est unique et donc incomparable. Ce dispositif vise à imputer des effets aux images en mettant à distance les intentions du réalisateur du film, et au nom d'un spectateur mineur projeté.