
Cette contribution étudie l’accord en genre des adjectifs attributs et des participes passés en français quand ceux-ci sont combinés avec le pronom inclusif iel / iels . Même si plusieurs études se sont consacrées à iel , en étudiant par exemple les attitudes de différentes personnes envers ce pronom ou son emploi dans divers contextes, la question de l’accord n’a pas encore été étudiée de façon systématique jusqu’à présent. Une analyse de sites internet français à l’aide du logiciel Sketch Engine montre que l’accord se fait dans plus de 50% des cas sous forme de doublets abrégés, employant différents signes typographiques tels que le point médian, préférence encore plus forte au pluriel qu’au singulier. En revanche, l’emploi de nouvelles formes morphologiques s’avère quasi inexistant. Les accords traditionnels, principalement au masculin, représentent toujours environ un quart des cas.
Les recherches en acquisition des langues secondes ont mis en évidence les difficultés que les complexités linguistiques provoquent aux apprenants. Il n’est toujours pas clair comment la relation typologique entre la langue maternelle et la langue seconde impacte l’acquisition de ces structures complexes de la langue seconde (Bartning, 2005 ; Housen et al. , 2019). Avec cette étude, nous avons analysé un corpus de 60 écrits d’apprenants turcophones de niveau intermédiaire en français, en tenant compte de la distance typologique entre le turc et le français. Nous avons étudié l’exemple de complexité linguistique représenté par le présent du subjonctif français. Les résultats montrent une bifurcation de la complexité du subjonctif qui génère à la fois (1) une conjugaison erronée et (2) une sélection du mode inexacte. Le niveau de maîtrise du français suggère d’un côté, une fluctuation de l’emploi du mode avec des structures plus correctes et plus variées pour le niveau intermédiaire-avancé et, de l’autre côté, une sélection inexacte du mode ainsi que des erreurs morphologiques pour le niveau intermédiaire-bas. Les apprenants optent fréquemment pour l’infinitif comme stratégie d’évitement, confirmant que l’incertitude morphologique freine l’usage du subjonctif. Ce phénomène s’accentue au niveau intermédiaire-avancé, où les connaissances métalinguistiques des contextes propices au subjonctif sont plus développées, à cause, à notre avis, d’une prise de risque plus élevée et d’une production plus développée. Les tâches formelles (lettres) suscitent davantage d’évitement que les courriels, suggérant une influence du registre sur les choix morphosyntaxiques. L’étude montre que la maîtrise du subjonctif repose sur une interaction complexe entre la distance typologique du turc avec le français, le niveau de maîtrise du français et la typologie des tâches.
Cet article propose une analyse de la construction venir + infinitif (p. ex. venir poser les mains au sol ) dans un corpus de coaching sportif en ligne. En interrogeant le statut syntaxique de venir (verbe plein ou élément d’un prédicat complexe), l’étude montre que venir fonctionne comme un opérateur aspectuo-déictique sélectionnant la phase pré-processuelle du procès, tout en modulant la force directive de l’énoncé. La comparaison avec d’autres structures ( venir pour Vinf, venir de Vinf) permet de situer venir + Vinf sur un nouveau seuil de grammaticalisation, façonné par des contraintes énonciatives et pragmatiques liées à la guidance corporelle et à l’atténuation des directives. Ces résultats, qui dépassent le seul cadre du discours sportif, mettent en lumière des dynamiques plus générales d’émergence grammaticale dans des pratiques langagières finalisées et invitent à reconsidérer l’articulation entre syntaxe, pragmatique et grammaticalisation.
Cet article a pour but d’explorer un pan méconnu de l’œuvre de Gustave Guillaume (1883-1960), à travers l’étude des comptes rendus que ce dernier publia. Que peut apporter la prise en compte de ces écrits à l’historiographie guillaumienne ? Quel dialogue Guillaume établit-il avec les ouvrages qu’il commente ? Comment s’inscrit-il dans le débat linguistique de son époque ? Nous nous penchons ici tout particulièrement sur quatre éléments : le choix des livres recensés ; la façon dont Guillaume se positionne par rapport aux problématiques de la langue et du discours d’une part, de la grammaire générale d’autre part ; les points qui auraient pu l’intéresser dans les ouvrages qu’il recense mais qu’il n’évoque pas ; enfin, l’hypothèse qu’il formule sur l’origine du langage et l’évolution des langues à l’occasion du compte rendu du livre de Jacques van Ginneken, La reconstruction typologique des langues archaïques de l’humanité .
L’article se penche sur la genèse et les fonctions de Tu en français acadien du sud-est du Nouveau-Brunswick, issu de la forme interrogative Vois-tu ? . Trois emplois sont distingués : d’abord une opposition binaire entre Tu 1 (référentiel) et Tu 2 - Tu 3 (marqueurs discursifs), puis une opposition entre ces derniers, issus d’un processus de pragmaticalisation : Tu 2 , à intonation montante, typiquement suivi d’une pause et souvent final, marque une pseudo-question maintenant un semblant de relation intersubjective en se basant sur un assentiment présupposé du colocuteur ; Tu 3 , non suivi d’une pause, majoritairement non final et dont l’intonation n’est jamais montante, est un marqueur de continuité du discours, le locuteur traitant l’accord de son partenaire comme acquis. L’étude lie cette évolution à la persistance en Acadie de la structure à inversion Vois-tu ? , disparue au premier tiers du 19 e siècle du français de France parlé. Ainsi, Tu 2 et Tu 3 apparaissent comme des innovations du français acadien, témoignant d’un développement endémique distinct, pour des raisons différentes, à la fois du français hexagonal et du français québécois.