Interroger la violence des mondes du travail ouvre de multiples lignes de fuite possibles pour saisir l’ampleur et la complexité du champ et s’avère un exercice périlleux. Ce texte s’appuie sur mon expérience de salariée, d’activiste et de chercheuse pour ouvrir la réflexion sur le sens féministe de la lutte contre les violences de genre dans la sphère professionnelle, que ce soit dans un cadre militant ou dans l’espace académique. En prenant comme point d’ancrage la création de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), en 1985, je propose quelques repères dans la mise au jour et le traitement des violences dans le champ du travail, je m’interroge sur le caractère subversif de la dénonciation desdites violences, et je mets en regard les défaillances des politiques publiques, malgré les nombreuses mais laborieuses avancées législatives. En balayant ainsi une quarantaine d’années, l’espoir est d’ouvrir d’autres perspectives d’action, tant collective que publique, tant académique que militante. À tout le moins, il s’agit de mettre en exergue quelques traces, contribuer à historiciser le moment #Metoo, plaider pour une meilleure appréhension des violences de genre au travail par le biais d’enquêtes spécifiques.