L’association arthrose et pathologies vasculaires est assez fréquente. Il s’agit de pathologies dégénératives chroniques reliées par l’âge, l’obésité et l’hygiène de vie. Une récente revue de la littérature avait conclu que les pathologies vasculaires périphériques représentent un facteur de risque pour la gonarthrose [1]. L’objectif de ce travail est d’évaluer cette association et d’étudier son impact sur le cours évolutif de la maladie. Il s’agit d’une étude transversale descriptive sur une période de 6 mois colligeant les patients suivis pour gonarthrose symptomatique (critères EULAR [2]). Les patients ont été répartis en deux groupes : un groupe (V) (n = 52) comportant les patients ayant des pathologies vasculaires (athérosclérose, insuffisance veineuse ou artérielle) et un groupe contrôle (C) (n = 102) pour les patients n’ayant pas de pathologies vasculaires. Les différents paramètres liés aux patients et à la maladie ont été évalués. Une étude comparative des deux groupes a été faite. Cinquante-deux patients étaient recensés dans le groupe (V). Les pathologies vasculaires comptaient : l’athérosclérose (n = 3), l’insuffisance veineuse (n = 46) et artérielle (n = 3). Les deux groupes étaient comparables en termes de données sociodémographiques (le sexe et l’âge [âges moyens respectifs 63,3 et 63,5 ans]). Le taux d’obésité et de surpoids, soit un IMC ≥ 25 kg/m2, était significativement plus élevé dans le groupe V (92 % vs 79 % ; p = 0,032). Un équilibre postural précaire prédisposant (déviation axiale) était moindre dans le groupe (C) 44,2 % vs 50 % sans différence significative (p = 0,489). La durée d’évolution de la maladie était significativement plus courte chez les patients ayant des pathologies vasculaires 4 ± 2 ans vs 5,8 ± 4 ans (p = 0,031). Il n’y avait pas de différence entre les 2 groupes en termes de caractéristique de la gonarthrose : le type de l’arthrose (fémoro-tibial ou fémoro-patellaire), la bilatéralité, le stade radiographique de Kellgren–Lawrence et la présence d’autres localisations articulaires (p = 0,11 ; p = 0,91 ; p = 0,4 et p = 0,6, respectivement). L’intensité de la douleur était comparable entre les deux groupes (l’EVA douleur respectives 5 et 4 p = 0,1). La prévalence des douleurs neuropathiques, évaluée par le score DN4, était plus importante dans le groupe V (76,6 vs 56,8 % p = 0,032). L’évaluation du retentissement fonctionnel par le score de KOOS-PS n’a pas montré d’impact lié aux pathologies vasculaires, p = 0,373. Concernant le retentissement sur la qualité de vie par les Scores normalisés des dimensions de la qualité de vie selon (l’AMIQUAL) à cinq niveaux, aucune différence significative n’a été trouvé dans tous les domaines, avec une moyenne de score total de 44/100 (V) vs 60/100 (C) (p = 0,37). Selon nos résultats, la présence de pathologies vasculaires n’était pas particulièrement associée à une altération de la fonction et la qualité de vie chez les patients gonarthrosiques. Cependant, la composante douloureuse neuropathique était plus importante et la durée d’évolution était plus courte, ce qui laisse suggérer une accélération des dommages structuraux et une sensibilisation centrale excessive.
Background: Overweight is a major risk factor for the development and progression of knee osteoarthritis (OA). Weight loss for patients with knee OA has been associated with improvement in self-reported pain and function and is recommended by EULAR as part of the therapeutic management. Objectives: The aim of the study was to evaluate the relation between overweight and functional impairment in adults with knee OA. Methods: It was a prospective study conducted in a rheumatologic department over a 4 months period. Patients with symptomatic knee OA based on the ACR criteria, were included. A screening of body mass index (BMI) was carried out for all patients. It was categorized following the WHO classification into: normal (<25 kg/m2), overweight (25 to <30), obese (up to 30). Pain level was evaluated using the Visual Analogue Scale (VAS). Function was assessed by the short form of the Knee injury and Osteoarthritis Outcome Score (KOOS-PS) (KOOS-PS scores to 0 representing no difficulty and 100 representing extreme difficulty). The patients’ knee radiographies were graded according to Kellgren Lawrence criteria (KL). The patients were allocated in two groups; as grade I-II KL (Group 1) and grade III-IV KL (Group 2). Results: We included 143 patients with a mean age of 65.17± 10.7 years and 88.1% of women. Patients were from low socio-economic class in 30.8% of cases. Mean disease duration of the KOA was 5.4 years [3months-20 years] and mean BMI was 31.8±5.6kg/m 2 . Patients were with normal weight in 16.1%, overweight in 19.6% and obese in 64.3%. Knee OA was bilateral in 85.3% and other OA sites were associated in 37.8% of patients. Mean VAS pain of knee OA was 6.6±1.5 and KOOS-PS was 48.8±16.5/100. Concerning the radiographic damage; we found grade I-II (KL) in 22.6% and grade III-IV (KL) in 77.4%. High BMI (BMI≥25 kg/m 2 was not significantly associated with worse KOOS score (p=0.9), more pain (p=0.5) or an increasing severity of radiological knee osteoarthritis (p=0.14). Moreover, the level BMI was not associated with the presence of other OA sites (p=0.9) or a bilateral KOA (p=0.07). Conclusion: These data, from a subset of participants with symptomatic radiographic knee OA, demonstrate no correlation between obesity and pain, functional impairment and radiographic severity. Acknowledgments: none Disclosure of Interests: None declared
La gonarthrose est la plus fréquente des arthropathies dégénératives chroniques. Son impact fonctionnel, psychologique et socioéconomique sont considérables. Reconnaître les différents facteurs favorisants permet de prévenir l’apparition et les complications liées à cette atteinte. L’objectif de ce travail était de l’impact du tabac sur l’aggravation de la douleur, la fonction et la qualité de vie au cours de la gonarthrose. Il s’agit d’une étude transversale sur une période de 6mois portant sur 154 patients atteints d’une gonarthrose symptomatique (critères EULAR 2010 [1]). Les données sociodémographiques, les comorbidités ainsi que les caractéristiques de la gonarthrose ont été recueillis. L’évaluation de la fonction et de la qualité de vie ont été faite à l’aide des outils spécifiques de mesure du genou arthrosique validé en français : questionnaire KOOS-PS pour l’impact fonctionnel et Arthrose des Membres Inférieurs et Qualité de vie (AMIQUAL) pour la qualité de vie. L’âge moyen des patients était de 63,7 ans [37–95 ans]. Le sex-ratio H/F était de 0,15. L’IMC moyen était 19 ± 2,3 kg/m2 [19,9–52,3]. Une déviation axiale était présente chez 71 patients (46,6 %). La durée d’évolution moyenne de la gonarthrose était de 5 ± 2,3 ans. Une autre localisation arthrosique associée à la gonarthrose a été trouvée chez 59 patients (49,9 % des cas), répartis comme suit : 29,3 % rachis, 6,5 % hanche et 3,9 % mains. Le taux de tabagisme était de 13,6 % (n = 21) ; touchant 54,5 % des hommes. Le tabagisme n’était pas associé à l’âge (p = 0,21) ; au poids (p = 0,917) ni à l’IMC (p = 0,72). Un équilibre postural précaire à type de déviation axiale était moindre (23,8 %) chez les patients fumeurs vs les non-fumeurs (53,6 %, p = 0,027). Concernant les caractéristiques de la gonarthrose : le type de l’arthrose (fémoro-tibiale ou fémoro-patellaire), la bilatéralité de l’atteinte, le stade radiographique de Kellgren–Lawrence et la présence d’autres localisations articulaires n’était pas corrélés au tabagisme (p = 0,934 ; p = 0,523 ; p = 0,525, p = 0,937, respectivement). La durée d’évolution de la maladie était significativement plus longue chez les patients fumeurs 7,1 ± 4 ans vs 4,9 ± 4 ans chez les non-fumeurs (p = 0,044). Le tabagisme n’avait pas d’impact sur la fonction, évaluée par le score KOOS-PS (p = 0,373). L’intensité de la douleur calculée par l’EVA douleur était comparable (6,5 vs 6,2 p = 0,946). En termes de la qualité de vie, le domaine « activité physique » du score AMIQUAL était significativement plus altéré (p = 0,033). Par contre, il n’y avait pas de différence significative concernant les autres dimensions à savoir la douleur, la santé mentale, le soutien social et les activités sociales (p = 0,962 ; p = 0,332 ; p = 0,762 ; p = 0,742, respectivement). Dans notre étude, le tabagisme n’est pas un facteur prédisposant à la gonarthrose ce qui concorde avec la littérature [2]. Il n’y a pas d’aggravation chez les fumeurs de l’intensité de la douleur et l’incapacité fonctionnelle chez les patients gonarthrosiques. Le domaine activité physique est significativement plus altéré chez les fumeurs.
Il existe récemment un regain d’intérêt pour la fréquence élevée de survenue d’arthrose chez les patients ayant de multiples comorbidités [1], [2]. Ces constatations ont soulevé la question du lien entre la présence de comorbidités, la douleur et le retentissement fonctionnel de l’arthrose. Notre but à travers cette étude était d’évaluer l’impact des comorbidités sur la douleur, le retentissement fonctionnel et la progression radiographique au cours de la gonarthrose. Une étude prospective a été menée dans un service de rhumatologie sur une période de quatre mois incluant des patients atteints de gonarthrose symptomatique (critères de l’ACR). Un dépistage exhaustif des facteurs de risque (tabagisme) et des comorbidités (maladies cardiovasculaires (MCV), diabète, dyslipidémie, ostéoporose, hypertension artérielle (HTA), goutte, néoplasie, ulcère gastro-duodénal (UGD), dépression et fibromyalgie) a été fait pour tous les patients inclus. L’intensité de la douleur a été évaluée par l’Échelle Visuelle Analogique (EVA). La composante douloureuse neuropathique a été évaluée par le score DN4. Le retentissement fonctionnel a été évalué par le Short form of the Knee Injury and Osteoarthritis Outcome Score (KOOS-PS) avec un score allant de 0 (aucune difficulté) jusqu’à 100 (extrême difficulté). Les radiographies des genoux étaient classées selon les critères de Kellgren Lawrence (KL). Les patients ont été répartis selon les grades radiographiques KL en deux groupes : groupe 1 (grades 1 et 2) et groupe 2 (grades 3 et 4). Au total, 104 patients ont été inclus (10 hommes/94 femmes). L’âge moyen était de 65,83 ± 11,08 ans. L’indice de la masse corporelle moyen était de 31,64 ± 6,27 kg/m2. Quatre-vingt-douze patients (88,4 %) avaient au moins une comorbidité. La répartition des comorbidités était par ordre de fréquence décroissant : surpoids ou obésité (78,8 %), HTA (61,5 %), varices des membres inférieurs (41,3 %), diabète (36,5 %), hypertriglycéridémie (34,6 %), hypercholestérolémie (28,8 %), pathologie respiratoire (7,7 %) et tabagisme (3,5 %). Les antécédents suivants ont été relevés : MCV (n = 3), dépression (n = 2), néoplasie (n = 1) et une goutte (n = 1). Nous avons noté que 83,9 % des patients avaient maintenu une activité physique. L’EVA douleur moyenne était de 6,56 ± 1,72 et le KOOS-PS moyen était de 45,58 ± 6,73/100. Le score DN4 moyen était de 4,81 ± 2,45 ; 64 % des patients avaient une douleur neuropathique. Les patients étaient classés au groupe 1 dans 22,6 % des cas et au groupe 2 dans 77,4 % des cas. L’évaluation de l’impact de comorbidités sur la gonarthrose a révélé une corrélation significative avec l’âge (p = 0,04), le score DN4 (p = 0,02), l’EVA douleur (p = 0,04), et les grades radiographiques KL (p = 0,04). Aucune association statistiquement significative n’était trouvée entre la présence de comorbidités et le score KOOS-PS (p = 0,12). La coexistence de gonarthrose et de comorbidités chez les patients était associée à un âge avancé, une douleur plus intense, une composante neuropathique et une atteinte structurale sévère. Cependant les comorbidités n’ont pas d’impact sur la fonction au cours de la gonarthrose.
Background: Discordance between radiographic and pain severity in osteoarthritis (OA) has led researchers to investigate other pain mechanisms, including neuropathic pain (NP). Recent meta-analysis concluded that NP prevalence in people with knee or hip OA was 23% [1]. Objectives: The primary objective of this study was to determine the prevalence of NP in patients with painful knee OA. Secondarily, we evaluated the relationship between NP and pain intensity, function and radiographic severity of knee OA. Methods: This cross-sectional study enrolled patients with knee OA (ACR criteria) from a rheumatology outpatient Hospital over a four-month period. Exclusion criteria were: knee surgery, chronic conditions of the nervous system, cognitive or psychiatric disorders. The patient’s characteristics and pain severity using the Visual Analogue Scale (VAS) were evaluated. The NP was assessed according to the Douleur Neuropathique 4 questionnaire (DN4) (arabic valid version). Functional impairment was estimated using the short form of the Knee injury and Osteoarthritis Outcome Score (KOOS-PS) (KOOS-PS scores to 0 representing no difficulty and 100 representing extreme difficulty). Radiographs were rated using the Kellgren Lawrence (KL) grade classification (I-IV). Statistical analysis was performed to find the factors closely related with NP. Results: Ninety three patients with knee OA were included in the study. The mean age was 65.03±18.5 years with a sex ratio of 0.08. Mean duration of symptoms was 3.5 years [3months-20 years]. Concerning the marital status: 53.8% were married, 34.4% were widow and 10.8% were divorced. The majority of patients were illiterate (65.6%) and only 2.2% went to university. Patients were from low socio-economic class in 37.6% of cases. At least one comorbidity was revealed for 90.3% of patients and their mean BMI was 31.6±6.3 [19.9-52.3]. Concerning the clinical features of the KOA, mean VAS pain was 6.6±1.6 and KOOS-PS was 45.6±18.5. Of the subjects, 22.6% have radiographic at grade II, 57% at grade III and 20.4% at grade IV based on KL grading. The mean (SD) score by the study participants on the DN4 was 4.9± 2.4. The prevalence of NP (DN4≥4) was 71%. A DN4 score≥4 was significantly associated with the VAS pain (p=0.00) and the KOOS-PS (p=0.00) and the presence of comorbidity (p=0.04). However, there was no significant relation between DN4 score and, age, sex, marital status, socio economic class, level of education, BMI and KL grade (p=0.7, p=0.08, p=0.7,p=0.3, p=0.7, p=0.7, p=0.6). Conclusion: Our results highlight the high frequency of NP in patients with knee OA according to the DN4. Knee OA patients with NP encounter clinically relevant functional limitation. Thus, it is important to be aware of this neuropathic component to ensure appropriate management in the treatment of knee OA pain. References: [1]French HP, Smart KM, Doyle F. Prevalence of neuropathic pain in knee or hip osteoarthritis: A systematic review and meta-analysis. Semin Arthritis Rheum. 2017;47(1):1-8. Acknowledgments: none Disclosure of Interests: None declared
La majorité des travaux sur la gonarthrose s’accordent sur l’absence de parallélisme radio-clinique. Le but de cette étude était d’étudier la corrélation entre la sévérité de la progression radiographique et le retentissement fonctionnel au cours de la gonarthrose évalué par un score spécifique d’évaluation du genou arthrosique. Étude transversale monocentrique ayant recensé des patients atteints de gonarthrose (critères de l’ACR). Les données sociodémographiques, les comorbidités et les caractéristiques cliniques de la gonarthrose à savoir l’intensité de la douleur évaluée par l’Échelle Visuelle Analogique (EVA) ont été collectées. Le retentissement fonctionnel a été évalué par le Short form of the Knee Injury and Osteoarthritis Outcome Score (KOOS-PS) avec un score allant de 0 (aucune difficulté) jusqu’à 100 (extrême difficulté). Les radiographies des genoux étaient classées selon les critères de Kellgren Lawrence (KL) en gonarthrose modérée (KL 1-2) ou sévère (KL 3-4). Une analyse statistique a été faite pour déterminer la corrélation entre le score KOOS-PS et la sévérité radiographique. Au total, 93 patients ont été inclus, comprenant 92,5 % femmes, d’âge moyen 65,03 ± 18,5 ans. La durée moyenne d’évolution de la gonarthrose était de 3,5 ans [3 mois–20 ans]. Concernant l’état civil, 53,8 % des patients étaient mariés, 34,4 % étaient veufs et 10,8 % étaient divorcés. La majorité des patients étaient analphabètes (65,6 %) alors que 2,2 % des patients étaient scolarisés. Trente-sept pour cent des patients appartenaient à une classe socio-économique défavorisée. Quatre-vingt-treize pour cent des patients avaient au moins une comorbidité et leur indice de la masse corporelle moyen était de 31,6 ± 6,3 kg/m2 [19,9–52,3]. La gonarthrose était bilatérale dans 97,8 % des cas. Vingt-cinq pour cent des patients avaient d’autres localisations d’arthrose à savoir le rachis (22,5 %), les mains (7,5 %), les hanches (7,5 %) et les chevilles (1 %). L’EVA douleur moyenne était de 6,6 ± 1,6 et le KOOS-PS moyen était de 45,68 ± 18,5/100. Une gonarthrose modérée et sévère étaient notées chez respectivement 22,6 % et 77,4 % des patients. Aucune corrélation statistiquement significative n’était trouvée entre la sévérité radiographique et le score de KOOS-PS (p = 0,5), l’EVAdouleur (p = 0,5), le sexe (p = 0,6) et la présence d’autres localisations d’arthrose (p = 0,7). Cependant, la progression structurale de la gonarthrose (critères KL) était corrélée avec l’âge (p = 0,03 ; r = 0,2) et la durée d’évolution des symptômes (p = 0,04 ; r = 0,2). En accord avec la littérature, notre étude confirme l’absence d’impact de la sévérité structurale sur la fonction dans la gonarthrose. Par conséquent, une évaluation systématique de la fonction est nécessaire même dans la gonarthrose modérée (KL1-2) afin d’adapter le traitement et ainsi améliorer la qualité de vie des patients.