Introduction Les lymphomes T cutanés (LTC), dont le mycosis fongoïde et le syndrome de Sézary, sont des hémopathies malignes rares, souvent réfractaires, au pronostic réservé en cas de forme avancée (stades IIB à IV). À ce jour, aucune thérapeutique n’a permis d’améliorer significativement la survie globale (SG) dans cette population. L’essai prospectif contrôlé CUTALLO a précédemment rapporté un bénéfice de la greffe de cellules souches hématopoïétiques allogéniques (HSCT) sur la survie sans progression. Nous rapportons ici les données finales de SG après un suivi prolongé. Matériel et méthodes Cette étude multicentrique a inclus 99 patients atteints de LTC avancé (stades IIB-IV) présentant au moins un critère de mauvais pronostic (rechute ou résistance à≥1 ligne systémique, transformation en grandes cellules, atteinte ganglionnaire N3 ou viscérale). Les patients en réponse complète ou partielle ont été appariés par score de propension. Ceux disposant d’un donneur compatible ont reçu une HSCT (n=55) ; les autres un traitement au choix de l’investigateur (n=44). Le critère principal était la SG, analysée selon la méthode de Kaplan-Meier. Résultats Après un suivi médian de 38,9 mois, 29 % des patients du groupe HSCT et 50 % du groupe non-HSCT étaient décédés. La SG médiane n’était pas atteinte dans le groupe HSCT contre 51,5 mois [IC95 % : 26,9–51,5] dans le groupe non-HSCT. Le rapport de risque de décès était de 0,40 [IC95 % : 0,20–0,80], en faveur du groupe greffé. Les causes de décès comprenaient notamment la progression de la maladie, les infections, les complications post-greffe (notamment la maladie du greffon contre l’hôte). Discussion Ces résultats suggèrent un bénéfice significatif de la HSCT sur la SG des patients atteints de LTC avancé, avec un suivi prolongé. Malgré l’absence de randomisation et l’hétérogénéité des traitements dans le groupe contrôle, l’appariement sur score de propension a permis de limiter les biais. La faisabilité, l’efficacité et la gestion des rechutes post-greffe renforcent l’intérêt de cette stratégie, dans une pathologie où les alternatives thérapeutiques restent limitées et souvent palliatives. Conclusion La greffe allogénique de cellules souches hématopoïétiques améliore significativement la survie globale des patients atteints de LTC avancé. Ces résultats soutiennent l’intégration de cette approche comme nouvelle norme thérapeutique dans cette indication.
Introduction Le mogamulizumab (moga) a montré une augmentation de la survie sans progression (SSP) dans le syndrome de Sézary (SS). Après une première étude décrivant la SSP des patients avec SS ayant arrêté le moga pour tout autre motif qu’une progression du SS, nous rapportons ici les données de l’extension de suivi de ces patients. Matériel et méthodes L’étude rétrospective multicentrique avait inclus 52 patients avec SS traités par moga entre 06/2019 et 03/2023 et l’ayant arrêté pour réponse (complète RC ou partielle RP) ou effet indésirable. Après un délai médian de suivi de 15 mois après arrêt du moga, 5 étaient décédés (dont 2 du SS), 21 avaient rechuté et 26 restaient en rémission. Nous avons actualisé les données de suivi de ces 47 patients et décrit la SSP post-arrêt du moga (SSPpm, méthode de Kaplan-Meier), les reprises du moga pour rechute (efficacité et tolérance cutanée [rashs associés au moga, RAM]), la mortalité et le statut aux dernières nouvelles (RC, RP, stabilité, progression). Résultats Parmi ces 47 patients, après un délai médian de suivi de 33 mois (4–63) après arrêt du moga, 17 n’avaient pas rechuté (33 %). Leur profil (âge, sexe, nombre de lignes de traitement avant moga, survenue de RAM ou non) n’était pas différent de ceux ayant rechuté. La SSPpm, de médiane 13 mois [IC95 % 9–27], tendait à être plus longue chez ceux ayant eu du moga plus de 6 mois (p=0,1) et était significativement allongée chez ceux ayant eu un arrêt progressif de celui-ci (p=0,04).Au total, parmi les 52 inclus initialement, 16 ont repris le moga pour rechute du SS. Au dernier suivi, 8 étaient RC/RP, 4 stables, 2 en progression, et 2 décédés (1 du SS, 1 d’autre cause, SS en RP). Il n’y avait pas de différence d’efficacité selon le type de récidive (cutanée ou cutanéo-sanguine). Parmi les 6 ayant eu un RAM initialement, le RAM a récidivé pour 3 dont 2 avec une sémiologie différente. Parmi les 10 n’ayant pas eu de RAM initialement, 2 ont eu un RAM à la reprise.Enfin, 11 patients de la cohorte (21 %) sont décédés au terme du suivi, 4 du SS (8 %) et 7 d’autres causes. Ainsi, aux dernières nouvelles, 31/52 patients (60 %) étaient vivants en RC/RP du SS. Discussion Cette extension de suivi de notre 1re étude souligne qu’en cas de bonne réponse au moga, une survie prolongée sans rechute est possible après arrêt du traitement (1/3 des patients après un délai médian de près de 3 ans). L’arrêt progressif du moga semble améliorer la SSPpm, pouvant limiter le coût du traitement, les effets indésirables et le risque de résistance. Chez les rechuteurs, la reprise du moga est possible, efficace dans 50 % des cas, sans récidive constante du RAM. La mortalité spécifique du SS est faible (8 %) dans notre étude, confirmant les données encourageantes de survie à long terme récemment publiées chez des patients SS. Conclusion Nous confirmons la possibilité de longues rémissions après bonne réponse initiale au moga, et l’intérêt de sa reprise si rechute.
Introduction Le syndrome de Sézary (SS), forme leucémique des lymphomes T cutanés, associe érythrodermie, adénopathies et lymphocytose T maligne persistante, et est de pronostic sombre (survie à 5 ans<30 %). Le mogamulizumab, anticorps anti-CCR4, améliore la survie sans progression, mais l’hétérogénéité des réponses souligne le besoin de biomarqueurs prédictifs. Cette étude vise à identifier des signatures immunitaires sanguines et cutanées associées à la réponse ou à la résistance au mogamulizumab, en combinant cytométrie spectrale et imagerie tissulaire par cytométrie de masse (IMC). Matériel et méthodes Les cellules mononucléées sanguines ont été analysées par cytométrie en flux spectrale (Aurora Cytek, panel 34 couleurs) chez des patients SS traités par mogamulizumab. Les échantillons sanguins ont été recueillis avant (j0) et après traitement (MX), au moment de la réponse complète sanguine pour les répondeurs (CR) ou de la progression clinique pour les non-répondeurs (NR). Les cellules de Sézary ont été identifiées par leur phénotype aberrant (CD4+ CD7− et/ou CD26− avec expression monophasique de TRBC1). Les lymphocytes T (LT) bénins CD4+ et CD8+ ont été analysés séparément et comparés à ceux de 22 donneurs sains. Parallèlement, des biopsies cutanées ont été collectées chez des patients CR (à j0±au moment du rash au mogamulizumab) et NR (à j0), et sont actuellement en cours d’analyse par IMC. Les analyses ont été menées sous R avec réduction dimensionnelle et clustering (FlowSOM pour le sang, Phenograph pour la peau), et tests statistiques (Wilcoxon, limma). Résultats Les données sanguines comprennent les échantillons de 15 patients CR, 9 NR et 22 donneurs sains. Les données cutanées comprennent les biopsies de 12 patients CR et 7 NR. Un total de 543 124 cellules bénignes et 601 415 cellules tumorales a été analysé dans le sang. Le clustering basé sur les marqueurs CD4, CD8, CD45RA, CD45RO, CD95, CCR7, CD27, CD28 et CD25 permet d’identifier 10 clusters dans le compartiment T bénin et 9 clusters tumoraux grâce à CD45RA, CD45RO, CCR7 et CD27. L’analyse révèle un profil immunitaire prédictif de réponse au traitement, avec un phénotype cutanéo-orienté et activé chez les CR. Les analyses IMC en cours permettront d’explorer ces profils dans la peau, notamment au moment des rashs au mogamulizumab. Discussion Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du modèle immunologique des rashs au mogamulizumab, phénomène clinique associé à la réponse et à la survie. Ce modèle implique l’axe CXCR3, dont les ligands CXCL9 et CXCL11, produits notamment par les macrophages cutanés, favorisent le recrutement cutané de LT CD8+ cytotoxiques pouvant jouer un rôle clé dans la clairance tumorale. Conclusion L’intégration des données de cytométrie spectrale sanguine et d’IMC tissulaire permettra d’identifier des biomarqueurs prédictifs de réponse au mogamulizumab, de mieux stratifier les patients et d’orienter de futures stratégies thérapeutiques personnalisées dans le SS.
Introduction L’atteinte du système nerveux central (SNC) dans le mycosis fongoïde (MF) et le syndrome de Sézary (SS) est rare et de pronostic très défavorable. Les modalités de dépistage ou de prise en charge ne sont pas définies. Cette étude vise à décrire les caractéristiques cliniques, diagnostiques et évolutives de cette atteinte. Matériel et méthodes Un appel à cas multicentrique des MF/SS avec atteinte du SNC a été réalisé. Les données recueillies incluaient les caractéristiques cliniques, le stade du MF/SS au diagnostic d’atteinte du SNC, le mode de révélation, les traitements reçus, l’évolution et la survie. Résultats Parmi les 22 patients inclus (14 hommes), 16 avaient un MF et 6 un SS. Au diagnostic de MF/SS, l’âge moyen était de 56 ans, 6/16 MF étaient au stade tumoral T3 et 5 avaient une atteinte ganglionnaire. Une transformation, principalement cutanée, a été observée dans l’évolution pour 11 MF/SS cas. Le délai entre diagnostic initial et atteinte du SNC était très variable (médiane : 36 mois ; 1 mois à 36 ans). Au diagnostic de cette atteinte, 8 patients avaient une atteinte viscérale associée dont 5 pulmonaire, 9 une atteinte ganglionnaire. Seuls 2/6 SS étaient encore B2 et 5 MF/SS n’avaient qu’une atteinte cutanée résiduelle minime ou absente (T0/1) dont 1 en cours de conditionnement d’allogreffe. Les manifestations neurologiques révélatrices étaient variées, soit peu spécifiques (n=9, asthénie, céphalées, confusion, troubles de la mémoire, somnolence), soit à type de déficits sensitivo-moteurs (n=7) ou d’anomalies des nerfs crâniens (n=8). Une seule patiente était asymptomatique. L’atteinte était neuroméningée dans 14 cas, parenchymateuse dans 10 cas et intéressait les nerfs crâniens dans 6 cas. La ponction lombaire était diagnostique dans 18 cas et l’IRM cérébrale dans 19 cas avec parfois des dissociations (IRM normale, PL positive ou l’inverse). Une confirmation histologique était réalisée dans 2 cas d’atteinte parenchymateuse isolée. Le pronostic était sombre, avec une survie globale médiane de 4 mois après le diagnostic d’atteinte du SNC. Deux patients étaient toujours vivants à 5 et 6 ans, après des traitements par chimiothérapies intrathécales, agents ciblés et radiothérapie. Discussion L’atteinte du SNC dans les MF/SS semble associée aux formes transformées et agressives, avec un délai très variable après le diagnostic initial. Une atteinte systémique associée était ici relativement fréquente, notamment pulmonaire, parfois isolée sans reprise évolutive cutanée ou ganglionnaire. Les signes neurologiques souvent discrets et peu spécifiques doivent attirer l’attention dans cette population. La PL et l’IRM sont les examens les plus sensibles pour le diagnostic. Les traitements sont limités et peu efficaces. Conclusion L’atteinte cérébrale, bien que rare, doit être envisagée chez tout patient MF/SS avec manifestation neurologique, même atypique, et même si en rémission par ailleurs, avec la réalisation d’une IRM±PL, et ce systématiquement en cas d’allogreffe envisagée.
Introduction Le mogamulizumab (moga) a significativement amélioré la survie globale des patients atteints de syndrome de Sézary (SS). Toutefois, certains patients n’ont qu’un bénéfice transitoire. Cette étude vise à identifier des facteurs prédictifs de réponse thérapeutique au moga. Matériel et méthodes Cette cohorte rétrospective multicentrique au sein de 6 centres français a inclus les patients adultes atteints de SS, traités par moga en vie réelle depuis son AMM, avec un suivi minimal de 6 mois pour ceux toujours sous traitement. Les patients avec immunophénotypage lymphocytaire incomplet (T/NK/B), sous corticothérapie systémique ou présentant une autre hémopathie maligne, étaient exclus. Le critère de jugement principal était une survie sans progression (SSP)>15 mois, correspondant à la médiane rapportée en vie réelle. Résultats Au total, 87 patients étaient inclus, avec un suivi médian de 19 mois (3–73). Le nombre médian de lignes thérapeutiques avant moga était de 2 (1–5), pour un délai médian diagnostic–initiation moga de 1,2 an (0,25–20,5). La durée médiane de traitement par moga était de 9 mois (3–41) et la SSP médiane de 19 mois (IC95 % 10,9–12,1). Quinze patients étaient encore traités aux dernières nouvelles. Les arrêts étaient liés à une progression (49 %), une réponse prolongée (35 %), un rash moga-induit (MAR) (11 %) ou d’autres EI (5 %).Cinquante-sept patients (66 %) étaient répondeurs prolongés (R) (PFS>15 mois). Aucun facteur parmi âge, sexe, ECOG, stade ISCL/EORTC avant traitement, LDH, hyperéosinophilie, anémie ne discriminait les groupes. En revanche, l’absence de transformation en grandes cellules (TGC) et le développement d’un MAR étaient associés à la réponse. Les R présentaient une charge tumorale circulante plus faible à M3 (cellules de Sézary/mm3 : 127±49 vs 2138±613, p=0,0084) et davantage de lymphocytes B/mm3 à M0 (151±18 vs 80±12, p=0,0063) et M3. Les autres populations lymphocytaires (CD8, NK) n’étaient pas associées à la SSP. Une lymphopénie B (<100/mm3) à M0 était associée à une SSP réduite (HR=0,37 [IC95 % : 0,21–0,67], p=0,0003), de même que l’absence de réponse sanguine complète B0 à M3 (HR=0,22 [IC95 % : 0,09–0,53], p<0,0001). Discussion La SSP médiane de 19 mois dans notre cohorte dépasse légèrement celle rapportée en vie réelle (15 mois). Dans les leucémies/lymphomes T de l’adulte (ATLL), une étude a montré qu’une lymphopénie B avant moga est l’un des seuls facteurs indépendants de mauvais pronostic. Une étude ancillaire basée sur le séquençage à haut débit du répertoire des chaînes lourdes IgG a également montré qu’une faible diversité des IgG était associée à un pronostic défavorable, soulignant l’importance de la réponse humorale sous moga. Enfin, nos résultats confirment l’association entre l’apparition d’un MAR et une meilleure réponse thérapeutique. Conclusion Une lymphopénie B et l’absence de RC sanguine à M3 sont des paramètres associés à une mauvaise réponse thérapeutique au moga.
Introduction Les options thérapeutiques des lymphomes T cutanés avancés (LTC) sont limitées. Le brentuximab vedotin (BV), un anticorps anti-CD30 conjugué à un antimitotique, la monométhylauristatine E, est approuvé par la FDA et l’EMA en traitement de seconde ligne en LTC CD30+. Dans les lymphomes T périphériques CD30+, le BV a été associé à la bendamustine ou à la combinaison de cyclophosphamide, doxorubicine et prednisone avec des résultats encourageants mais s’accompagnant de toxicités systémiques. Dans l’objectif de trouver une combinaison thérapeutique efficace, mais minimalement toxique, nous avons combiné la doxorubicine liposomale pégylée et le BV (A+BV) chez 7 patients atteints de lymphomes T cutanés dans notre centre. Matériel et méthodes Il s’agit de 4 femmes et 3 hommes, âgés de 53 ans en moyenne (étendue 35–62) incluant 4 syndromes de Sézary (SS) et 3 mycosis fongoïde (MF). Une transformation en grandes cellules était présente chez 2 SS et 2 MF. Le CD30 était exprimé dans la biopsie ganglionnaire chez 2 patients, alors que les autres avaient une expression du CD30 dans la biopsie cutanée (expression entre 5 et 40 %). Tous les SS avaient une atteinte ganglionnaire N3 selon le staging ISCL/EORTC et les patients SS transformés avaient des LDH élevés au diagnostic. Les patients avaient reçu une moyenne de 8 lignes de traitements systémiques au préalable. A+BV était donné à toutes les 3 semaines. La doxorubicine liposomale pégylée a été prescrite à une dose de 20mg/m2 pour 5 patients et 40mg/m2 pour 2 patients. La posologie du brentuximab védotine était de 1,8mg/m2. Une dose réduite de BV a été donnée à 3 patients (1,2mg/m2) en raison de neuropathies préalables ou de doses cumulées élevées. La réponse a été évaluée selon les critères ISCL/EORTC. Résultats Une réponse globale partielle (RP) a été obtenue chez les 2 patients avec MF transformé: le premier patient avait reçu la combinaison A+BV en 3e ligne systémique en pont à l’allogreffe et l’autre patiente avait reçu le traitement en 3e ligne après une rechute de sa maladie après une allogreffe. Tous les autres patients (5/7) ont progressé après une moyenne de 3 cycles. En termes de tolérance, 2 patients n’ont présenté aucune toxicité (28,5 %) après 4 cycles de doxorubicine 20mg/m2 et brentuximab 1,8mg/m2. Toutefois, 2 patients ont développé une neuropathie de grade 1 (avec brentuximab 1,2mg/m2) et de grade 2 (avec brentuximab 1,8mg/m2). À une dose de 40mg/m2, la doxorubicine a provoqué un syndrome mains-pieds (grade 3) à un patient et une thrombopénie et nausées (grade 2) chez l’autre patient. Aucune mortalité associée au traitement n’a été constatée. Discussion Nous observons que la combinaison A+BV est sécuritaire chez les patients avec LTC avancés, hautement prétraités, les toxicités rapportées étant surtout des effets secondaires connus de chaque molécule. Deux MF transformés ont pu obtenir une réponse partielle. Conclusion La combinaison A+BV peut mener à une RP chez certains patients et la tolérance est excellente. Toutefois, le profil de patient qui bénéficierait le plus de cette combinaison reste à déterminer.
Introduction Le mogamulizumab, anticorps monoclonal utilisé dans les lymphomes T cutanés, cible le récepteur CCR4 exprimé par les cellules T malignes mais aussi par les lymphocytes T régulateurs : il peut donc potentiellement induire des effets indésirables immuno-induits (irAE). En dehors des rashs cutanés (MAR) bien décrits, les autres effets indésirables immunologiques restent peu documentés. Matériel et méthodes Une étude rétrospective multicentrique a été menée via le Groupe français d’étude des lymphomes cutanés. Un premier questionnaire a identifié les centres rapportant des irAE. Un second, plus détaillé, a recueilli les données démographiques, cliniques et thérapeutiques des cas identifiés.Les objectifs étaient (1) d’estimer la prévalence des irAE associés au mogamulizumab (hors MAR), (2) en caractériser le profil clinique, et (3) décrire leur prise en charge et leur impact thérapeutique. Résultats Quinze centres sur les 19 participants ont rapporté au moins un irAE. Sur 403 patients traités, 41 irAE ont été recensés chez 34 patients (10 %). Le sexe ratio était de 1,4F/H, avec un âge médian de 74 ans (44–87). Le mogamulizumab était utilisé pour un syndrome de Sézary dans 68 % des cas et un mycosis fongoïde dans 32 %. Le délai médian d’apparition était de 9 mois (0,25–34) ou 18 perfusions. Lorsque ces données étaient disponibles, la majorité des patients étaient en réponse complète hématologique (n=32/36) au moment de l’irAE et en réponse cutanée au moins partielle (n=38/40).Les irAE les plus fréquents étaient endocriniens (n=13), cutanés (n=12) et hépatiques (n=6). Au total, 38 % des irAE étaient considérés comme graves (13 hospitalisations, 2 handicaps prolongés, 1 décès). Ils ont conduit à une suspension temporaire dans 7 % des cas et à un arrêt définitif dans 29 %. À la date du recueil, 41 % persistaient.Par ailleurs 3 évènements cardiovasculaires graves, non spécifiquement attribués à un mécanisme immunologique franc ont été rapportés, aboutissant à 2 décès. Discussion Les irAE liés au mogamulizumab sont peu étudiés, la littérature se limitant à quelques séries de cas, tandis que le résumé des caractéristiques du produit mentionne surtout les hypothyroïdies et hépatites.Cette étude constitue donc la plus grande série analysant ces toxicités spécifiques, révélant une fréquence globale non négligeable et des profils variés, parfois sévères. Les irAE surviennent le plus souvent chez des patients en bonne réponse tumorale, ce qui pourrait évoquer un lien possible entre réponse thérapeutique et dérégulation immunitaire, et parfois tardivement, soulignant l’importance d’une surveillance prolongée.L’imputabilité de certaines atteintes, notamment l’insuffisance surrénalienne, peut être discutée en raison de l’usage fréquent des dermocorticoïdes. Conclusion La fréquence et la gravité potentielle des irAE liés au mogamulizumab nécessitent le maintien d’un haut niveau de vigilance et une surveillance prolongée afin d’assurer une reconnaissance précoce et une prise en charge adaptée.
Introduction Le virus d’Epstein-Barr (EBV) est un virus à ADN qui infecte plus de 90 % de la population, persistant généralement dans les lymphocytes B. Rarement, une infection chronique survient dans les lymphocytes T ou NK, menant à des hémopathies reconnues dans la classification OMS 2022, notamment la maladie systémique chronique active à EBV (CA-EBV) et l’Hydroa Vacciniforme (HV). Cette dernière est une photodermatose rare de l’enfant, caractérisée par des lésions vésiculo-nécrotiques photo-induites, une virémie EBV persistante et un marquage EBER cutané positif. Si l’évolution est le plus souvent bénigne chez les patients européens, des formes sévères ont été rapportées chez des patients asiatiques et sud-américains avec une progression vers une atteinte systémique. Le CA-EBV systémique associe fièvre prolongée, atteinte multiviscérale et lésions cutanées polymorphes, parfois inaugurales, avec un risque d’évolution vers une hémopathie maligne ou un syndrome d’activation macrophagique. Cette étude vise à décrire les manifestations dermatologiques de ces infections EBV T/NK et à identifier des critères associés aux formes systémiques. Matériel et méthodes Étude observationnelle rétrospective multicentrique. Étaient inclus enfants et adultes présentant un CAEBV T/NK systémique avec atteinte cutanée ou un hydroa vacciniforme (HV) classique avec preuve virologique de l’infection à EBV. Résultats Seize patients ont été inclus : 9 HV et 7 CAEBV systémiques. Les HV avaient tous des lésions vésiculo-bulleuses photosensibles, limitées aux zones photo-exposées. Le sex-ratio H/F était de 0,5, l’âge médian au diagnostic de 8,0 ans [4,0–13,0], et le délai diagnostique médian de 3,6 mois [0,0–4,0]. La virémie EBV était élevée (médiane 5,9 log [5,1–13,8]), sans négativation au suivi. L’EBV était localisé dans les lymphocytes γδ dans tous les cas analysés (6/9). Tous étaient vivants (suivi médian : 3,8 ans [0,0–9,0]), sans évolution systémique. Les CAEBV systémiques concernaient majoritairement des garçons (sex-ratio H/F : 6,0), avec un âge médian au diagnostic de 15 ans [9,0–39,3] et le délai diagnostique de 4,0 ans [1,0–12,0]. Les atteintes cutanées, inaugurales dans 85 % des cas, étaient diffuses (71 %), ulcérées (71 %), rarement photosensibles (28,6 %), associées à des atteintes muqueuses dans 86 % des cas et constamment accompagnées de signe systémiques, notamment une fièvre dans 85 % des cas. La virémie était élevée (médiane 6,8 log [4,5–7,8]), sans négativation. Le virus était détecté dans divers compartiments lymphocytaires (γδ, CD8, CD4, NK). Deux patients (28,6 %) sont décédés, trois étaient perdus de vue ; le suivi médian était de 5 ans [2,8–19,0]. Discussion Les patients atteints d’HV n’ont pas présenté d’évolution vers une forme plus sévère, avec une durée de suivi cependant limitée. À l’inverse, les CAEBV systémiques concernaient des enfants plus âgés, majoritairement de sexe masculin, avec une atteinte cutanée étendue, nécrotique, souvent inaugurale, systématiquement associée à des signes généraux, et de pronostic plus sombre. Conclusion En présence d’une atteinte cutanéo-muqueuse polymorphe, étendue et nécrotique avec signes systémiques, un CAEBV systémique doit être envisagé, afin de permettre une orientation rapide vers une prise en charge spécialisée.
Introduction Le syndrome de Sézary (SZ) est un lymphome T cutané rare au pronostic sombre. L’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (ACSH) permet chez certains patients de maintenir une réponse complète à long terme. Nous rapportons le cas d’une patiente allogreffée avec les cellules souches de son frère, ayant rechuté 22 mois après l’ACSH. La différence de sexe a permis d’étudier le microenvironnement tumoral (MET) et l’effet potentiel du greffon contre le lymphome (GVL) sur une biopsie cutanée lors de la rechute. Matériel et méthodes Une biopsie de peau lésionnelle a été réalisée à la rechute du SZ pour analyse par séquençage ARN unicellulaire (scRNA-seq), comparée à des peaux saines (HC, n=3). L’origine des cellules (donneur/hôte) a été déterminée par un score basé sur l’expression de gènes du chromosome Y. Résultats Il s’agit d’une patiente de 29 ans ayant présenté un SZ de stade maximal T4N3M1B2 avec transformation à grandes cellules avant l’ACSH. Après 4 ans d’évolution de la maladie et 6 lignes de chimiothérapie, elle présentait une rémission quasi complète sous brentuximab védotine et bendamustine et bénéficiait d’une ACSH de son frère. Après 22 mois de réponse complète, elle présentait une rechute de SZ et décédait 4 ans plus tard de progression de la maladie, malgré plusieurs lignes de traitement de sauvetage du SZ et injections de lymphocytes du donneur.L’analyse en scRNAseq d’une biopsie de peau lors de la rechute permettait de caractériser le MET immunitaire, composé en majorité de cellules mâles du donneur, tandis que les lymphocytes T tumoraux et les cellules résidentes cutanées (e.g., kératinocytes, fibroblastes) étaient représentés par des cellules de l’hôte dans leur immense majorité. Comparé aux cellules immunes de HC, on notait dans le MET une surexpression de marqueurs d’activation et de cytotoxicité (e.g., CD74, GZMB, NKG7), associée à des marqueurs d’épuisement lymphocytaire (e.g., ICOS, CTLA4). Le MET était également marqué par une forte activation de la voie des interférons. Les interactions prédites entre lymphome et MET comprenaient majoritairement des interactions immunomodulatrices (e.g., LGALS9-CD45, ANXA1-FPR3), en faveur d’un échappement tumoral. Discussion Cette étude preuve de concept est, à notre connaissance, la première utilisant un score basé sur les gènes du chromosome Y pour identifier les cellules du donneur post-ACSH. Dans le cas de notre patiente avec rechute de SZ, cela nous a permis d’étudier précisément les mécanismes en jeu dans la GVL, révélant des mécanismes d’échappement tumoraux liés à un profil d’épuisement des cellules immunitaire du donneur, notamment via la surexpression de CTLA4. Conclusion Ce modèle ouvre des perspectives pour la recherche de nouvelles cibles thérapeutiques potentielles, notamment via des inhibiteurs du point de contrôle immunitaire comme CTLA4. La caractérisation du MET sur une plus grande cohorte de patients atteints de lymphome T cutané en rechute post-allogreffe est en cours.
Mycosis fungoides is a cutaneous T-cell lymphoma with a classically relatively good prognosis, mostly diagnosed in men over the age of 50. It classically manifests as erythematosquamous plaques, but can take a variety of forms. Here we describe four cases of mycosis fungoides diagnosed in children, with psoriasiform palmoplantar keratoderma as the main symptom.
Introduction Plusieurs cas de lymphomes T cutanés (LCT) ont été rapportés chez des patients traités par dupilumab, un anticorps monoclonal ciblant les interleukines (IL) 4 et 13 indiqué dans les maladies liées à une inflammation de type 2 comme la dermatite atopique (DA).Cette revue systématique vise à décrire les caractéristiques cliniques et évolutives des LCT diagnostiqués sous dupilumab. Matériel et méthodes Une revue systématique de la littérature, enregistrée sur PROSPERO, a été menée selon les recommandations PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses), via PubMed, Web of Science et Cochrane jusqu’au 2 janvier 2025, avec la requête suivante : (« Lymphoma » OR « Lymphoproliferative Disorders » OR « cutaneous T-Cell Lymphoma » OR « sezary » OR « mycosis fungoides ») AND (« dupilumab »). Les études incluses (essais I-III, cohortes, études cas-témoins, transversales, séries/cas isolés) concernaient des patients≥6 ans sous dupilumab avec un diagnostic de LCT ou autre lymphoprolifération cutanée primitive. Deux investigateurs ont indépendamment sélectionné les articles sur titre, résumé et texte entier, et ont collecté les données via un questionnaire standardisé. Une analyse descriptive a été menée. Résultats Sur 178 articles, 51 études ont été incluses, totalisant 547 patients (âge moyen 58 ans, 47 % de femmes), dont 531 cas de LCT sous dupilumab. Les données manquantes étaient nombreuses, notamment dans deux études de pharmacovigilance (287 cas).La DA était l’indication initiale dans 95 % des cas et avait débuté après 40 ans pour 41 % des patients ; 25 % des patients développaient de nouvelles lésions sous dupilumab (délai moyen : 8,9 mois), 75 % une aggravation de lésions préexistantes.Les LCT étaient surtout des mycosis fongoïdes (72 %) et des syndromes de Sézary (11 %), avec 53 % de stades précoces (≤IIA). Au total, 70 % ont arrêté le dupilumab, et 62 % ont reçu une thérapie du LCT. Parmi les 63 cas avec données de suivi, on observait 44 rémissions, 11 maladies stables et 8 décès. Discussion Notre revue met en évidence plusieurs caractéristiques associées à la survenue d’un LCT sous dupilumab : DA d’apparition tardive, absence d’atopie personnelle, inefficacité du dupilumab et apparition de lésions atypiques. Des cas graves de LCT ont été rapportés, bien qu’une majorité soit à un stade précoce.Une hypothèse physiopathologique serait que le blocage des récepteurs IL-4R et IL-13Rα1 entraînerait une augmentation de la disponibilité de l’IL-13, qui pourrait se fixer sur l’IL-13Rα2 à la surface des cellules tumorales, favorisant leur prolifération. À ce jour, aucun LCT sous tralokinumab n’a été rapporté. Dans tous les cas, l’indication du dupilumab était dermatologique, suggérant que le dupilumab pourrait révéler un LCT préexistant, favorisé par l’inflammation cutanée chronique, plutôt que l’induire de novo.À l’issue de cette revue, des recommandations, élaborées selon la méthode DELPHI par un panel de 36 experts, sont en cours de rédaction. Conclusion Cette revue systématique a décrit 531 LCT rapportés sous dupilumab et souligne la nécessité de recommandations pratiques pour les prescripteurs, dans un contexte d’usage croissant de cette biothérapie.
Introduction Le pityriasis lichénoïde chronique (PLC) est une dermatose inflammatoire rare, caractérisée par des lésions papuleuses évoluant sur un mode chronique. L’absence de consensus thérapeutique rend la prise en charge difficile, en particulier dans les formes résistantes. Observation Une patiente de 32 ans, sans antécédents notables, était suivie depuis 2019 pour une éruption cutanée diffuse caractérisée par des multiples papules squameuses érythémato-violacées, associées à des macules hypopigmentées post-inflammatoires. L’examen histologique montrait un épiderme acanthosique surmonté d’une parakératose ainsi qu’un infiltrat dermique lymphocytaire péri-capillaire, ce qui permettait, après corrélation anatomoclinique, de poser le diagnostic de PLC.Les traitements initiaux par dermocorticoïdes, doxycycline, puis méthotrexate (voie orale puis sous-cutanée) ont été inefficaces ou mal tolérés. Une photothérapie UVB puis une cure d’érythromycine ont également échoué. En 2023, un traitement par azathioprine à 100mg/jour a été introduit avec une amélioration de 50 % des lésions ; la posologie a donc été diminuée à 50mg/jour, ce qui a permis une rémission complète. Toute tentative d’espacement du traitement entraînait une rechute. Le traitement est très bien toléré sans aucun effet indésirable ; le suivi est en cours. Discussion Le PLC est une entité rare, dont la physiopathologie reste mal comprise, et dont les options thérapeutiques sont restreintes. Les traitements de première intention (dermocorticoïdes, photothérapie, antibiotiques) sont souvent insuffisants dans les formes sévères. Conclusion L’azathioprine n’a jamais été rapportée comme traitement du PLC, mais pourrait représenter à faibles doses une alternative efficace dans les formes réfractaires après échec des thérapeutiques conventionnelles, comme l’illustre ce cas. La description de nouveaux cas permettra d’éclaircir sa place dans la stratégie thérapeutique de cette affection rare.
Introduction Le récepteur CCR8, impliqué dans l’adressage cutané des lymphocytes, est exprimé par des lymphocytes T auxiliaires notamment de type régulateur (Treg), mais également dans le mycosis fongoïde (MF) et le syndrome de Sézary (SS). Des anticorps monoclonaux humanisés ciblant ce récepteur sont en cours d’essai dans d’autres types de cancer. Cette étude a pour objectif d’étudier l’expression de CCR8 et FoxP3 (marqueur Treg de référence) dans différents types de lymphomes T cutanés primitifs (CTCL). Matériel et méthodes Étude rétrospective multicentrique de 64 biopsies cutanées de patients atteints de CTCL (SS n=14, MF n=21, MF transformé [MFT] n=15, lymphoproliférations T CD30+ (LCT CD30+) n=5, et divers CTCL rares mais agressifs n=6), et 13 de dermatoses inflammatoires (DI). Expression de CCR8 et FoxP3 étudiée par double marquage immunohistochimique sur automate (Bond III) et évaluée semi-quantitativement (pourcentage de cellules tumorales+ [%CT]). Corrélations statistiques par test de Spearman, ANOVA, ou de Mann-Whitney (Jamovi). Résultats CCR8 était variablement exprimé par les différents sous-types de CTCL (43 % des cellules tumorales [CT] en moyenne), avec une grande variance entre les cas. Il existait une différence significative du %CT CCR8+ (χ2=11,71, p=0,020) et du %CT CCR8+ Foxp3+ (χ2=9,87, p=0,043) dans les cellules tumorales entre les cinq types de lymphomes. Le %CT CCR8+ était plus important dans les LCT CD30 (p=0,037), et dans les CTCL les plus fréquents (SS, MF, MFT et LCT CD30, p=0,011), mais moindre dans les MFT par rapport aux MF y compris sur biopsies séquentielles d’un même patient (n=4). Il n’y avait pas de différence entre les DI et les CTCL (p=0,139).FoxP3 était exprimé en moyenne par 14 % des cellules tumorales, surtout dans les MF et SS, avec une grande variabilité. Le %CT était plus élevé dans le MF (p=0,025), et moindre dans le MFT (p=0,009). FoxP3 était partiellement co-exprimé avec CCR8 par les cellules tumorales dans environ 60 % des cas de CTCL, surtout les MF (p=0,032), démontrant un phénotype tumoral au moins partiellement Treg. Cette co-expression existait également pour les cellules Treg, tant dans les CTCL que dans les DI. Discussion CCR8 n’est pas spécifique aux CTCL car exprimé dans les DI, comme décrit dans la littérature. Les lymphomes agressifs rares expriment moins CCR8 que les lymphomes indolents plus fréquents, soulevant l’hypothèse d’un rôle suppresseur dans la survie tumorale et l’évasion immunitaire ou témoignant du phénotype auxiliaire de ces derniers. La co-expression de FoxP3 et de CCR8 dans les MF et à moindre degré le SS suggère un phénotype partiellement Treg des cellules tumorales. Conclusion CCR8 n’est pas un marqueur diagnostique pour les CTCL mais constitue une cible thérapeutique prometteuse pour les formes débutantes. Son inhibition pourrait agir à la fois sur les cellules tumorales et sur l’environnement Treg immunosuppresseur.
Introduction Plusieurs présentations histologiques et cliniques de mycosis fongoïde (MF) ont été décrites. Trois variantes sont reconnues par la WHO, justifiées par leur présentation clinique distincte, leur aspect histologique et leur évolution. Dans la littérature, des cas de MF avec angiotropisme ont été décrits, notamment dans des contextes d’ulcères ou de vasculites ou associés à un mauvais pronostic : 2 des 10 cas publiés jusqu’à maintenant montraient une dissémination extracutanée du MF avec atteinte pulmonaire. Devant des données limitées sur l’implication clinique ce type d’atteinte histologique, l’objectif de cette étude était de mieux caractériser les MF avec angiotropisme. Matériel et méthodes De janvier 2000 à novembre 2020, 10 patients atteints de MF avec angiotropisme à la biopsie ont été identifiés dans la base de données du département de pathologie représentant 0,44 % de toutes les biopsies de MF. L’angiotropisme était défini par : l’infiltration des parois vasculaires du derme ou de l’hypoderme par des lymphocytes T atypiques, avec ou sans nécrose fibrinoïde ou thrombose. Résultats L’âge moyen des patients était de 62,7 ans (42–86) avec prédominance masculine (60 %). Chez 2 patients avec présentation cutanée lichénoïde ou érythrodermique, l’angiotropisme était présent à la première biopsie diagnostique. Chez 8 patients (80 %), l’angiotropisme a été trouvé sur des biopsies subséquentes de MF déjà connu. La plupart des patients avaient des plaques (70 %), multiples (80 %) ou des nodules (40 %). Une ulcération était trouvée chez 40 %. Lorsque la biopsie révélait un angiotropisme, la plupart des patients étaient à un stade avancé : IIB chez 5 patients et IIIA chez 1 patient. Aucun cas n’était associé à des atteintes ganglionnaires, sanguines ou de métastases. L’infiltrat néoplasique était surtout épidermotrope (70 %) avec syringotropisme (40 %) ou folliculotropisme (10 %). L’angiotropisme était surtout dans le derme réticulaire (80 %) affectant les petits vaisseaux dans 70 % des cas. Les veines et artérioles de taille moyenne étaient atteintes moins fréquemment (40 %). Un seul cas était associé à une transformation à grandes cellules. Chez tous, l’infiltrat néoplasique était CD4+ CD8− sans expression des marqueurs cytotoxiques. Neuf patients avaient une clonalité T au séquençage à haut débit. Une rémission complète a été obtenue chez 6 patients avec radiothérapie seule (n=3), radiothérapie et méthotrexate (n=1), radiothérapie et bexarotène (n=1), bexarotène seul (n=1). Le suivi moyen était de 64,3 mois (étendue 0–142). Deux patients sont décédés de progression de leur maladie. La suivie moyenne était de 124,6 mois. Discussion Au total, le MF avec angiotropisme est une trouvaille histologique rare et semble associé à des stades cliniques avancés, surtout IIB. L’association aux ulcères n’est pas constante. La survie est prolongée (124,6mois). Conclusion Dans cette série, l’angiotropisme ne semblait pas affecter le pronostic, qui dépend majoritairement du stade ISCL-EORTC. Des données prospectives sont nécessaires pour confirmer ces résultats.
Introduction Les lymphomes T cutanés gamma-delta sont décrits comme des lymphomes de mauvais pronostic. Toutefois, des lymphoproliférations indolentes montrant une expression gamma-delta ont été rapportées, notamment des cas de papuloses lymphomatoïdes. Des cas pédiatriques de papuloses lymphomatoïdes sont aussi de plus en plus décrits, mais rarement avec un phénotype gamma-delta. Nous rapportons 3 cas pédiatriques de lymphoprolifération T cutanée gamma-delta avec évolution indolente évoquant cliniquement une papulose lymphomatoïde. Observations Il s’agit de 3 patients âgés de 14, 12 et 10 ans qui ont présenté respectivement des papules cutanées avec évolution nécrotique. Le premier patient a présenté initialement un ulcère de langue isolé puis successivement des papules des doigts auto-résolutives, alors que les deux autres patients présentaient des papules des membres. Ils ont tous bénéficié de biopsies cutanées révélant dans tous les cas un infiltrat lymphoïde de cellules petites à moyennes s’étendant profondément dans le derme jusqu’à l’hypoderme et qui exprimait le TCR delta. Les cellules T de l’infiltrat étaient également CD4+ avec quelques cellules CD8+ et avaient une expression conservée du CD2, CD5 et CD7. Les cellules T exprimaient aussi le CD56, granzyme B et TIA1 chez le premier et le dernier patient, alors que les biopsies du 2e patient étaient négatives pour le CD56 mais positives pour la granzyme B et la perforine. Chez le premier patient, le CD30 était positif pour 5 % des cellules mais négatif pour les deux autres patients. EBER était négatif chez les 3 cas. Un réarrangement clonal du TCR (bande TCR gamma par PCR) a été retrouvé chez le premier patient et un clone T dominant (TCR gamma et TCR delta par PCR) a été retrouvé chez les 2 autres patients. Tous ont bénéficié d’un bilan d’extension incluant bilan sanguin, LDH, immunophénotypage lymphocytaire et TEP-scanner, qui s’est révélé normal dans les 3 cas. Pour le premier patient, une surveillance clinique seule a été effectuée avec une évolution favorable après 2 ans de suivi. Pour les deux autres patients, compte tenu du prurit et de l’extension des lésions, du méthotrexate à la dose de 10mg par semaine a été introduit avec une évolution favorable après 1 et 2 ans de suivi. Discussion Ces 3 cas soulignent que l’expression du TCR gamma-delta dans une lymphoprolifération n’est pas synonyme de lymphome gamma-delta. De plus, ces cas soulèvent la question d’une variante clinique pédiatrique de papulose lymphomatoïde gamma-delta CD30 négative, toutefois avec des caractéristiques histologiques de lymphoprolifération T cutanée atypique gamma-delta positive. Conclusion Ces cas soulignent l’importance de la corrélation clinicopathologique lorsque le dermatologue est confronté à une lymphoprolifération de phénotype gamma-delta pour éviter d’opter pour une prise en charge trop agressive.
Abstract Cutaneous T‐cell lymphomas (CTCLs) are unique non‐Hodgkin lymphomas due to the proliferation of skin‐homing T cells. Sezary syndrome (SS), a subtype of CTCL, typically presents as erythroderma with specific blood involvement and seldomly evolves from tumor‐stage mycosis fungoides (MF). The article examines the case of a 62‐year‐old female patient who developed SS while under atezolizumab treatment for tumor‐stage transformed MF. Postdiagnosis, she underwent treatments including topical corticosteroids, phototherapy, and other drug regimens, experiencing both complete responses and relapses over the years. Three years postdiagnosis, her condition deteriorated with facial tumor lesions, confirmed as MF. Despite multiple treatments, including oral drugs, radiation therapy, and a range of other therapeutic agents, her condition did not show sustained improvement. The patient was then administered atezolizumab, an antibody targeting programmed death ligand 1 (PD‐L1). Although initial results saw a disappearance of her skin tumors, the subsequent cycles led to symptoms consistent with stage IVA1 SS, coupled with an evident shift in malignant T‐cell clone dominance. Atezolizumab, a humanized monoclonal antibody, impedes the interaction of PD‐L1 with its receptor PD1, which is notably overexpressed in malignant T‐cells of SS. This case illustrates the emergence of SS during the course of atezolizumab treatment for a transformed MF condition, underlining the potential risks and complexities in using PD‐L1 inhibitors for treating CTCL.
Introduction Le psoriasis est une cause très fréquente de kératodermie palmoplantaire (KPP) inflammatoire acquise, quelle que soit la tranche d’âge. À l’inverse, cette dernière est très rarement l’expression d’un lymphome T épidermotrope. Chez l’adulte, une KPP est dans 0,6 % des cas une manifestation d’un lymphome T cutané, principalement des mycosis fongoïdes (MF) érythrodermiques ou des syndromes de Sézary. Nous rapportons 4 cas pédiatriques de KPP inflammatoires traitées comme des KPP psoriasiques, puis diagnostiquées MF après échec de plusieurs lignes de traitement systémique. Observations L’âge moyen des 4 enfants (2 garçons et 2 filles) était de 11 ans au diagnostic (de 6 à 15 ans). Trois patients étaient de phototype VI et un de phototype II. La KPP psoriasiforme était au premier plan. Tous les patients, très gênés sur le plan fonctionnel, recevaient plusieurs lignes de traitements systémiques : acitrétine (1 patient), méthotrexate (2 patients), anti-TNF (2 patients), anti-IL-12/23 (1 patient), anti-IL-17 (1 patient). Aucun de ces traitements ne permettait une rémission suffisante et le diagnostic de psoriasis était alors remis en question, d’autant que d’autres plaques étaient apparues à distance : le tronc et le cuir chevelu dans 3 cas, les ongles dans 2 cas, la zone péri-unguéale dans 4 cas. L’aspect histologique des biopsies alors réalisées (en zone palmoplantaire et/ou sur des lésions à distance) était évocateur de MF : épidermotropisme, alignement basal lymphocytaire et atypies lymphocytaires. L’immunohistochimie montrait un infiltrat CD4+ et CD8+ chez 3 patients et CD4+ et CD8- chez un autre. Un clone T dominant dans la peau était détecté chez 2 patients sur 4. Tous les patients étaient au stade Ia du MF. Le délai moyen entre l’apparition de la KPP et le diagnostic de MF était de 2,3 ans (de 1 à 4 ans). Les traitements proposés pour le MF comprenaient : photothérapie UVB puis UVA chez un patient, en échec et actuellement sous peginterféron, acitrétine chez un patient et méthotrexate chez 2 patients. Aucun patient n’a encore obtenu de rémission complète. Le suivi médian était de 2 ans (de 1 à 3 ans). Discussion Le diagnostic du MF chez l’enfant est rare et difficile du fait d’une présentation mimant souvent une dermatose fréquente et bénigne (eczématides folliculaires, eczématides achromiantes), la présentation la plus fréquente étant la forme hypopigmentée. Nous attirons l’attention sur le fait qu’une KPP psoriasiforme peut être la manifestation inaugurale d’un MF de l’enfant. La résistance à plusieurs lignes de traitement du psoriasis est un signe qui doit faire évoquer le diagnostic de MF devant une KPP inflammatoire de l’enfant et proposer une biopsie, car l’aspect sémiologique de la KPP semble assez proche dans les deux étiologies. Conclusion Le MF doit donc être rajouté aux étiologies des KPP de l’enfant avec le psoriasis et les formes génétiques.