Data regarding tuberculosis (TB) in allogeneic hematopoietic stem cell transplant (Allo-HSCT) recipients in low areas of incidence is scarce. The objectives were to describe incidence, risk factors, clinical manifestations, treatment and outcome of tuberculosis after Allo-HSCT. We conducted a nationwide multicenter retrospective cohort study of adult Allo-HSCT recipients diagnosed with TB between 2012 and 2023 in France. Patients were identified through the SociétéFrancophone de Greffe de Moelle et de Thérapie cellulaire database. Each case was matched with 3 controls. Thirty-five patients were identified. The incidence rate was 60 per 100,000 patient-years. In multivariate analysis, being born in a high-incidence country for TB (OR = 19.4 [4.49-135.79], p < 0.001) was independently associated with TB. The median time from Allo-HSCT to TB diagnosis was 147 [range 30-7244] days. Extrapulmonary involvement was observed in 82% of cases (28/34). Median duration of anti-tuberculous therapy was 273 [range 10-424] days. Eight patients (25%) presented severe adverse reactions to anti-TB drugs. At the end of follow-up, two TB relapsed (6%). TB attributable mortality was 9% (N = 3, among a total of 7 deaths). Overall, our findings showed that TB post Allo-HSCT was rare and severe in low-incidence countries for TB, such as France. LTBI screening should be implemented for transplant candidates born in high-incidence countries for TB.
IntroductionLes infections de cathéters veineux centraux (ICVC) sont associées à une importante morbi-mortalité. Le syndrome drépanocytaire majeur (SDM) est la maladie génétique la plus fréquente en France (>20000 patients). Les SDM ont fréquemment recours aux CVC pour la gestion des CVO ou des échanges transfusionnels du fait d'un faible capital veineux. Il n'existe pas de données concernant l'ICVC chez les patients avec SDM.Matériels et méthodesCette étude regroupe tous les cas d'ICVC diagnostiqués entre 2012 et 2022 parmi une cohorte de 500 SDM adultes suivis dans un centre de référence. Identifiée à l'aide du codage PMSI, cette cohorte est décrite puis une étude cas-témoins nichée est réalisée pour déterminer les facteurs de risque d'infection de chambre à cathéter implantable (ICCI) avec des cas (SDM+ICCI) qui ont été comparés à des témoins (SDM+CCI sans infection).RésultatsParmi 30 patients avec SDM, dont 19 femmes, d'âge médian 29 (19-65), 57 ICVC ont été identifiées, dont 23 liées à des CVC de courte durée (40.3%), 22 ICCI (38.7%), 6 infections liées à des PICCline (10.5%) ou des CVC tunnélisés (10.5%). Les délais médians entre la pose et l'ICVC ou l'ICCI étaient respectivement de 68.5 j (5-1884) et 301 j (10-1884). Au diagnostic, 44 patients (80%) étaient fébriles, 20 (35,7 %) présentaient des signes locaux d'ICVC, les taux médians de CRP et de leucocytes étaient respectivement 73,4 mg/L (6,3-361) et 11,8 G/L (2,4-73,4), 54,7 % étaient hyperfiltrants, 68.6% avaient un délai différentiel de pousse en faveur d'une ICVC (34/58) et la culture du CVC était positive dans 81.3% des cas (39/48). Les microorganismes en causes étaient Staphylococcus aureus (18, 31,6 %) dont 3 SARM, des staphylococcus coagulase négative (13, 22.8%) dont 9 SERM, des entérobactéries (12, 21.1%) dont 3 BLSE et Pseudomonas aeruginosa (12, 21.1%). L'antibiothérapie était de 14 jours en médiane (3-51), lorsqu'un dosage était réalisé, un sous dosage était observé dans un tiers des cas (2/6), tous chez des patients hyperfiltrants. L'ablation de CCI était réalisée dans 77,3% des cas (12/22) dont 75% d'échec de verrou antibiotique (9/12). L'ICVC était associée à une CVO lors de 47 épisodes (82.5%), se compliquait de thromboses dans 21.1% des cas (12) et de métastases septiques secondaires (8.8%, 2 EI et 3 IOA), de passage en USI (7, 12.3%) mais d'aucun décès à J30. La durée d'hospitalisation médiane était de 20 jours (3-57), et à distance, 14 patients (46,7%) ont présenté une récidive. L'étude comparative, appariant 16 cas à 16 témoins retrouve comme facteurs associés à un surrisque d'ICCI l'IMC>30 (p=0.0035), un suivi en psychiatrie (p<0.001), une addiction aux opiacés (p=0.0023), un nombre plus élevé de CVO hospitalisée (5.5 vs 2 par an ; p<0.001) et un nombre plus élevé de STA (6.5 vs 2.5 ; p=0.019).ConclusionDans cette cohorte, l‘ICVC du patient avec SDM était responsable d'une morbidité importante, et d'un fort taux de récidive. L'obésité, le suivi psy/addictologique, la gravité de la drépanocytose étaient associés à un surrisque d'ICCI.Aucun lien d'intérêt
IntroductionLa pneumonie aigue communautaire (PAC) est la première cause de prescription d'antibiotiques. Diminuer l'utilisation des antibiotiques permet de lutter contre l'antibiorésistance. A ce jour, 3 études randomisées ont montré la non-infériorité d'un schéma court d'antibiothérapie (3j versus 7j) dans PAC.Matériels et méthodesIl s'agit d'une étude de cohorte rétrospective observationnelle descriptive monocentrique incluant tous les patients > 18 ans, hospitalisés dans un service de médecine du 01/11/2022 au 31/05/2023, avec un diagnostic de pneumonie non compliquée.. L'antibiothérapie, de 3 jours au minimum, était stoppée dès que le patient avait atteint les critères de stabilité clinique (Halm et al. JAMA 1998). La durée maximale de traitement antibiotique était de 7 jours. Les patients étaient exclus en cas de durée d'antibiothérapie de moins de 3 jours ou de plus de 10 jours, si présence d'un autre foyer infectieux concomitant justifiant le prolongement de l'antibiothérapie, de pneumonie compliquée. Les patients étaient réévalués à J30. L'échec à J30 du début de l'antibiothérapie était défini par un critère composite comprenant mortalité, et/ou nouvelle prescription d'antibiothérapie, et/ou nouvelle hospitalisation.L'objectif de ce travail était d'évaluer la faisabilité et la sécurité de la mise en place de cette stratégie, en vie réelle.RésultatsParmi 57 patients hospitalisés de novembre 2022 à mai 2023 avec un diagnostic de pneumonie, 49 patients ont été inclus. L'âge médian au diagnostic était 72 ans, avec un sexe ratio homme/femme de 0.56, 17 étaient immunodéprimés (35%). Quarante (82%) étaient des pneumonies aigues communautaires. Six (12%) patients ont présenté une pneumonie d'inhalation. Au diagnostic, 27 patients (55%) étaient fébriles, 30 (61%) étaient oxygénorequérant, 18 (37%) avaient une atteinte multilobaire. Vingt-trois (47%) ont eu une documentation microbiologique : 13 (57%) infections bactériennes pures, 10 (43%) des coinfections virus/bactérie. Les antibiotiques principalement étaient l'amoxicilline-clavulanate (61%), et le céfotaxime (23%). La durée médiane d'antibiotique était de 4 jours (IQR 3-6). Cinq patients (11.6%), ont eu un échec à J30 de l'antibiothérapie : un patient est décédé à J4 d'antibiotique ; 4 ont repris une antibiothérapie après une première antibiothérapie (de 3 jours (n=1), 4 jours (n=1), 5 jours (n=1), et 7 jours (n=1)), tous étaient immunodéprimés ; 2 ont été ré hospitalisés, aucun patient n'est décédé.ConclusionNous rapportons l'expérience de mise en place d'une stratégie d'antibiothérapie personnalisée chez des patients avec pneumonies, hospitalisés dans un service de médecine interne (n=49). Guider la durée d'antibiothérapie en se basant sur des critères de stabilités cliniques à J3 a permis de réduire la durée d'antibiothérapie de manière significative (4 jours en médiane) avec une très bonne efficacité à J30 (88% de guérison) sans évènement indésirable (à J30 aucun décès lié à un traitement court ; 4 reprises d'antibiothérapie à J30 dont seulement 2 dans le groupe traité par un schéma court ; 2 réhospitalisations).Aucun lien d'intérêt
Introduction La fatigue est un symptôme fréquent chez les patients drépanocytaires adultes, responsable d’une altération de la qualité de vie. Une étude observationnelle internationale multicentrique récente conduite sur plus de 2000 patients a révélé que la fatigue était, à l’état basal, la première plainte des patients drépanocytaires (67 %), devant la douleur (51 %). Cependant, peu d’études décrivent son intensité et ses déterminants à l’aide d’échelles validées. Notre objectif était d’évaluer le niveau de fatigue basale et d’en préciser les déterminants chez les patients drépanocytaires adultes en utilisant le score « Functional Assessment of Chronic Illness Therapy – Fatigue Scale » (FACIT-Fatigue). Patients et méthodes Nous avons inclus de manière prospective et consécutive pendant 2 mois des patients drépanocytaires adultes à l’état stable, en consultation ou en hôpital de jour (HDJ). Ils ont rempli le questionnaire FACIT-Fatigue qui comprend 13 questions reflétant le ressenti des patients durant les 7 derniers jours. Le score obtenu s’échelonne de 0 (fatigue extrême) à 52 (absence de fatigue). Un score ≤ 34 définissait une fatigue significative. Une analyse multivariée des déterminants du FACIT-Fatigue (par régression linéaire multiple) a été réalisée à partir des données cliniques et biologiques recueillies lors du remplissage du questionnaire. Résultats Cent-deux patients ont été inclus. L’âge médian était de 26 [22–34] ans, 57 (56 %) étaient des femmes, et 86 (84 %) étaient de génotype SS. Le nombre médian de crises vaso-occlusives (CVO) hospitalisées dans les 12 derniers mois était de 1 [0–2], et 80 (78,4 %) avaient un antécédent de syndrome thoracique aigu (STA). L’hémoglobine (Hb) était en médiane à 9,2 [8,1–10] g/dL. Le score médian du FACIT-Fatigue était de 29 [22–37], indiquant une fatigue modérée à sévère. Soixante-huit patients (66,7 %) avaient un score ≤ 34 (fatigue significative). En analyse multivariée, le score du FACIT-Fatigue était significativement associé au sexe féminin, à un indice de masse corporelle et un niveau de stress plus élevés, à une moins bonne qualité de sommeil, à la fréquence des CVO hospitalisées dans les 12 derniers mois et au nombre de STA antérieurs. Il n’y avait en revanche pas de corrélation avec le génotype drépanocytaire, ni avec la concentration d’Hb après ajustement sur le sexe féminin. Conclusion Nous rapportons ici la 1re étude évaluant spécifiquement la fatigue chez des patients drépanocytaires adultes à l’état stable, à l’aide du FACIT-Fatigue. La majorité de ces patients ressentent une fatigue significative et parfois intense. Son origine est multifactorielle, et semble refléter en partie l’activité de la maladie, mais également des facteurs psychosociologiques. Une évaluation plus systématique de ce symptôme est souhaitable lors des consultations et des séances d’éducation thérapeutique. Cette échelle, simple d’utilisation (et ne prenant que quelques minutes), devrait être un critère majeur de jugement dans les essais thérapeutiques sur la drépanocytose.
Les troubles somatiques fonctionnels (TSF) sont fréquents et entraînent une détérioration significative de la qualité de vie. Leur origine est multifactorielle et mal comprise, mais leur prise en charge est relativement codifiée. Les traitements médicamenteux sont généralement peu efficaces tandis que les approches psychocorporelles jouent un rôle central, avec trois grands principes : une relation médecin–patient empathique, respectueuse et sincère, une activité physique régulière et graduelle, et une psychothérapie de type thérapie cognitive et comportementale (TCC). L’établissement d’une alliance thérapeutique repose sur la reconnaissance de la véracité et de la pénibilité des symptômes et la délivrance d’un diagnostic positif associé à un modèle explicatif rationnel. Les facteurs d’entretien cognitifs – focalisation attentionnelle et catastrophisme – et comportementaux doivent être recherchés et constituent des cibles thérapeutiques privilégiées. Les patients ont fréquemment des conduites d’évitement, notamment de l’effort physique. Il faut alors les inciter à reprendre une activité physique graduelle, en s’adaptant à leurs possibilités. Celle-ci a fait ses preuves dans l’amélioration de la fatigue, la douleur et la qualité de vie physique et mentale des patients. Parmi les approches psychothérapeutiques, le bénéfice d’une TCC est modeste mais bien démontré. L’association d’une activité physique graduelle et d’une TCC semble complémentaire. D’autres approches comme la méditation de pleine conscience ont un niveau de preuve plus faible. Étant donnée la fréquence des TSF dans la population générale, il semble nécessaire que l’ensemble des médecins soit formé à leur prise en charge.
Introduction Chez les médecins comme dans la littérature scientifique, la physiopathologie du COVID long ne fait pas consensus. Les patients souffrant de COVID long relatent un sentiment de non-reconnaissance et d’errance médicale, faute d’interlocuteur médical acceptant de les prendre en charge. Les modes de prise en charge sont également très hétérogènes. Nous avons souhaité connaître les opinions des internistes sur les causes potentielles et la prise en charge du COVID long. Patients et méthodes Nous avons mené une enquête en ligne via la liste de diffusion aux membres des sociétés savantes de médecine interne française et belge (SNFMI et SBMI) en juin 2024. Les internistes devaient choisir une ou plusieurs causes possibles de COVID long puis déterminer celle qui leur semblait la plus fréquemment en jeu. Ils devaient également choisir le circuit de prise en charge qui leur semblait le plus adapté. Résultats Le questionnaire a été rempli par 251 internistes : 222 français (41 % de femmes) et 29 belges (31 % de femmes, 51 % francophones). Toutes les régions françaises étaient représentées, notamment Ile de France (27 %), Auvergne-Rhone-Alpes (18 %), Occitanie (9 %) et Grand Est (8 %). Les classes d’âge les plus représentée étaient 30–39ans (37 %) et 40–49ans (28 %). Les principaux lieux d’exercice étaient : CHU (52 %), CHG (37 %), ESPIC (5 %) ou hôpital privé (5 %). La majorité (55 %) des internistes avaient pris en charge entre 1 et 10 patients souffrant de COVID long, 10 % en avaient vu plus de 50 et 6 % aucun.Pour les 222 répondants français, les causes probables de COVID long étaient le trouble somatique fonctionnel (TSF) (89 % des répondants), le déconditionnement physique (76 %), syndrome de stress post-traumatique, le SSPT (42 %), le trouble anxiodépressif (43 %), une maladie dysimmunitaire post-virale (20 %), la persistance de SarsCov2 (8 %) ou diverses autres hypothèses (trouble de la coagulation, SAMA, mitochondropathie, encéphalomyélite myalgique, échec d’homéostasie, construction sociale, épuisement mental...). Lorsqu’on leur demandait de choisir une cause principale de COVID long, 64 % choisissait le TSF, 19 % le déconditionnement physique, 6 % la dysimmunité, 4 % le SSPT, 3 % le trouble anxiodépressif et 2 % la persistance du SarsCOv2. Les réponses ne différaient pas significativement selon le sexe, l’âge ou la région, mais les internistes exerçant en hôpital ou en cabinet privé optaient plus souvent pour une cause biologique (25 % vs 7 %, p=0,01)Parmi les 29 répondant belges, 41 % pensaient que le COVID long avait principalement une cause biologique (essentiellement une maladie dysimmunitaire post-virale, n=12). Seulement 38 % évoquaient un TSF, 10 % un déconditionnement physique et 7 % un SSPT. Aucun d’entre eux ne pensait que la persistance du virus était la principale cause du COVID long, mais 6 (21 %) considéraient qu’elles pouvaient y contribuer.Dans les deux pays, la grande majorité des internistes interrogés (248/251, 99 %) ne souhaitaient pas prendre en charge seuls les patients atteints de COVID long. Parmi eux, 71 (28 %) souhaitaient ne pas les recevoir du tout en consultation, 109 (43 %) ne souhaitaient plus s’en occuper une fois la première évaluation diagnostique effectuée et 71 (28 %) souhaitaient un suivi conjoint avec d’autres professionnels (kinésithérapeutes, psychologues, psychiatres…). Conclusion Notre enquête reposait sur le volontariat, aussi elle a sélectionné des internistes intéressés par la question du COVID long. Elle montre toutefois une grande diversité d’opinion, notamment entre les internistes français qui optent de façon large pour une cause principalement fonctionnelle et les internistes belges qui pensent davantage à une cause biologique. Très peu toutefois envisagent une persistance virale.Les réponses concernant la prise en charge souhaitée corroborent l’expérience de rejet vécue par les patients. De fait, les consultations sont souvent longues et difficiles pour les médecins, notamment en qui concerne la gestion de l’incertitude et des attentes très importantes des patients. Une prise en charge multidisciplinaire est plébiscitée par tous. Une meilleure formation des médecins et des soignants pour le diagnostic positif, les modalités d’annonce et de traitement des TSF pourrait possiblement améliorer ce ressenti très négatif.
La médecine interne est une spécialité médicale mal connue du grand public et parfois mal identifiée. À l’heure de la surspécialisation et de l’ultra-technicité, elle se caractérise par une approche globale centrée sur l’évaluation clinique. Contrairement à ce qui est observé dans la plupart des pays développés où les maladies auto-immunes systémiques sont prises en charge par les spécialistes d’organe en fonction de leur mode de présentation, les internistes français sont en première ligne pour diagnostiquer et prendre en charge ces maladies et leur formation multidisciplinaire leur donne toute légitimité pour justifier ce positionnement. Les internistes ont un exercice principalement hospitalier et sont également fortement impliqués dans la prise en charge des patients relevant d’hospitalisations non programmées en aval des urgences et en lien avec la médecine de ville. Afin de mieux définir la médecine interne, son positionnement dans les activités de soins, mais aussi d’enseignement et de recherche et ses perspectives, les internistes ont organisé les états généraux de la médecine interne qui ont eu lieu le 28 septembre 2023 à Paris. Construits autour de groupes de réflexions portant sur les activités de soins, d’enseignement et de recherche, ces états généraux avaient pour objectif d’améliorer la visibilité de la médecine interne et des internistes. Cet article relate les débats qui ont animé cette réunion et met en avant les principales idées qui ont émergé. Ces états généraux constituent une étape fondatrice, et seront suivis d’une Conférence de concertation qui permettra de mieux identifier et faire connaître la médecine interne et les internistes, quels que soient leurs types et lieux d’exercice.
Introduction. - Pneumonia is one of the most common indications for antibiotic. Shortening the duration of antibiotic therapy should help reduce bacterial resistance. To date, three randomized control trials have shown non-inferiority of short courses of antibiotic therapy (3 days) compared with 7 days in non-severe pneumonia. The aim of this study was to assess this strategy in real life. Method. - This retrospective observational cohort study included all patients with pneumonia hospitalized in an internal medical ward from 11/01/2022 to 05/31/2023. We implemented the strategy based on early discontinuation of antibiotic therapy in patients with pneumonia who were clinically stable after 3 days of [3-lactam treatment. Results. - Among 49 patients included, median age was 72, median antibiotic duration was 4 days (IQR 36), and cure rate at D30 was 88 %. At day 30, we observed one death (2 %), four new antibiotic therapy (9 %), and two new hospitalisation (5 %), among five immunosuppressed patients. Among immunosuppressed patients (n n = 17; 35 %), failure rate was three times higher in case of short antibiotic courses (3/8; 38 %) than long antibiotic courses (1/7; 14 %). Conclusion. - Strategy based on early discontinuation of antibiotic therapy in immunocompetent patients with pneumonia who were clinically stable after 3 days of [3-lactam treatment is safe, and easy to implement in a medical ward.
Functional somatic disorders (FSD) are common conditions that result in a significant deterioration of the quality of life. Their origin is multifactorial and poorly understood, and their management is often inadequately defined. Medications typically show limited effectiveness, while mind-body approaches play a central role, guided by three key principles: establishing an empathetic, respectful, and sincere doctor-patient relationship; promoting regular and gradual physical activity; and implementing cognitive behavioral therapy (CBT). Special attention must be devoted to establishing a trustworthy relationship between the physician and the patient. Recognizing the reality and severity of symptoms and providing a positive diagnosis as well as an explanatory model to account for them rationally are fundamental aspects of patient management. Cognitive and behavioral maintenance factors should be investigated and constitute therapeutic targets. Cognitive factors include focused attention on body functioning and catastrophizing. Patients frequently display avoidance behaviors, particularly in relation to physical exertion, and it is crucial to motivate them to reintroduce gradual physical activity customized to their abilities. This approach has demonstrated efficacy in improving fatigue, pain, and the physical and mental quality of life for patients with FSD. Among psychotherapeutic approaches, the benefit of CBT is well-established. The combination of gradual physical activity and CBT appears to be complementary. Other mind-body approaches such as mindfulness meditation might help although their level of evidence is weaker. Given the prevalence of FSD in the general population, it seems necessary for all physicians to be trained in managing this condition. (c) 2024 The Author(s). Published by Elsevier Masson SAS on behalf of Societe Nationale Franc,aise de Medecine Interne (SNFMI). This is an open access article under the CC BY-NC-ND license (http:// creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/).
Introduction Le syndrome thoracique aigu (STA) est la complication vaso-occlusive aiguë la plus grave de la drépanocytose. La prévalence et les facteurs de risque de cette complication potentiellement mortelle ne sont pas connus en Afrique. Nous avons déterminé la prévalence du STA et ses facteurs de risque à l’état basal dans une cohorte multinationale de patients atteints de drépanocytose de différents phénotypes en Afrique subsaharienne (Étude CADRE). Patients et méthodes La cohorte CADRE inclut des patients de plus de 5ans atteints de drépanocytose de tous phénotypes au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Mali, en RDC et au Sénégal. Tous les individus ont été évalués à l’état basal. Lors de la réévaluation des patients entre 5 et 8ans après leur inclusion, un questionnaire concernant les événements vaso-occlusifs a été ajouté à l’évaluation initiale, en utilisant notamment une définition consensuelle du STA et en précisant son âge de survenue. L’association entre l’antécédent de STA et les caractéristiques sociodémographiques, physiques, biologiques des patients et la présence des autres principales complications aiguës ou chroniques de la drépanocytose a été étudiée par régression logistique multivariée. L’âge de survenue du premier épisode de STA a été décrit par méthode de Kaplan Meier et les facteurs associés ont été recherchés par modèle de survie de Cox. Résultats Les 1500 patients (55 % de femmes) de l’étude CADRE ayant bénéficié d’une réévaluation avec documentation complète du STA ont été inclus dans la présente étude, dont 70 au Cameroun, 352 en Côte d’Ivoire, 719 au Mali, 190 en RDC et 162 au Sénégal. L’âge médian était de 20 [14-28] ans pour les patients de phénotype SS|Sβ0 (n=1013) et 25ans [18-35] pour les patients SC (n=385) ou Sβ+ (n=102). Moins de 5 % recevaient un traitement par hydroxyurée. La prévalence du STA était de 32,9 %, 13,1 % et 16,3 % respectivement chez les patients SS|Sβ0, SC et Sβ+. L’âge médian de survenue du premier STA était de 15ans pour les patients SS|Sβ0 et de 24ans pour les patients SC ou Sβ+. L’analyse multivariée montrait une association significative entre l’antécédent de STA et le pays (Cameroun, OR=3,8 et RDC, OR=6,4, p<0,001), l’âge (OR standardisé=1,4, p<0,001), le phénotype SS|Sβ0 (OR=3,6, p<0,001), le nombre annuel de crises vaso-occlusives (p<0,0001), l’antécédent de dactylite (OR=1,4, p=0,015), d’ostéonécrose (OR=1,4, p=0,042) et un faible taux de monocytes basal (OR=0,6, p=0,010). Le risque de survenue d’un premier épisode de STA était maximal et constant entre 5 et 40ans chez les patients SS|Sβ0 et jusqu’à 50ans chez les patients SC ou Sβ+. L’âge de survenue du premier épisode de STA est associé au pays (Cameroun et RDC) et au phénotype de l’hémoglobine SS|Sβ0 (p<0,0001 pour les deux variables). Conclusion En Afrique Subsaharienne, la survenue d’au moins un STA dans la vie est indépendamment associée à l’âge, au phénotype SS|Sβ0, au fait de vivre dans un pays d’Afrique centrale plutôt que d’Afrique de l’Ouest. La différence géographique observée peut être liée à des facteurs génétiques (haplotype Bantou, prévalences moins élevées de la persistance de l’hémoglobine fœtale et plus élevées de l’alpha-thalassémie en Afrique centrale) mais aussi socio-économiques (plus grande pauvreté) ou environnementaux (climat tropical). Comme dans les pays de Nord, le STA est aussi associé à la fréquence des crises vaso-occlusives, ainsi qu’à l’antécédent de dactylite et d’ostéonécrose. Malheureusement, les patients vivant en Afrique sub-saharienne ont très peu accès au traitement par hydroxyurée qui permettrait de limiter la survenue de ces évènements vaso-occlusifs.
La fibromyalgie est une pathologie caractérisée par des douleurs musculosquelettiques diffuses et une charge émotionnelle excessive, paraissant disproportionnée par rapport aux symptômes. Elle touche 1 à 2 % de la population générale, avec une forte prédominance féminine et des degrés de sévérité variables pouvant aller jusqu'à une invalidité totale. Cette entité est difficile à appréhender pour le corps médical, d'autant que la prise en charge est mal codifiée. L'objectif de l'étude était de comparer, de façon à la fois quantitative et qualitative, le parcours de soins tel que vécu par les participants souffrant de fibromyalgie à à celui de patients ayant une maladie rhumatismale à la prise en charge bien codifiée : polyarthrite rhumatoïde (PR) ou spondylarthropathie (SpA). Des patients atteints de fibromyalgie, de SpA ou de PR ont été recrutés prospectivement et de façon consécutive dans un centre ambulatoire tertiaire et ont ensuite été interrogés à l'aide d'un guide semi-structuré. Les données quantitatives ont été recueillies et analysées. L'analyse qualitative des entretiens a été réalisée selon la méthode IPA (Interpretative Phenomenological Analysis). Dix-neuf participants atteints de fibromyalgie et dix-huit patients atteints de PR ou SpA ont été inclus. Le délai médian de diagnostic était de 10,7 ans (3,5–21,0) pour la fibromyalgie contre 1,4 an (0,3–4,3) pour les rhumatismes inflammatoires caractérisés (PR et SpA), p = 0,002. Un impact significatif de la maladie sur la vie professionnelle, sociale et familiale, mesuré par des échelles de Likert, étaient significativement plus fréquent chez les patients atteints de fibromyalgie que chez les autres patients (19/19 dans le groupe fibromyalgie versus 10/18 dans le groupe PR et SpA, p = 0,001). Les patients ayant une fibromyalgie avaient davantage recours à des soins psychiques : 16/19 ont consulté un psychologue ou un psychiatre dans leur vie, soit 84 % versus 4/18, soit 22 % dans le groupe des patients ayant une PR ou une SpA, p < 0,001. Le recours aux substances psychoactives (14/19 versus 5/18, p = 0,005) et en particulier aux antidépresseurs (9/19 versus 3/18, p = 0,046), ainsi que les violences subies rapportées (physiques, verbales ou sexuelles) (11/19 versus 4/18, p = 0,027) étaient aussi significativement plus élevés dans le groupe fibromyalgie. Tous les participants, quel que soit leur groupe ont rapporté une expérience insupportable de la douleur, et un manque de crédibilité vis-à-vis du corps médical. Une mauvais relation médecin-patient était plus fréquente chez les participants atteints de fibromyalgie, avec un fort sentiment de rejet, et une demande d'écoute importante. Cette demande d'écoute se traduit dans la durée des entretiens, significativement plus longue chez les participants atteints de fibromyalgie avec une durée médiane de 46 min (43–65), comparé à 34 min (30–44) pour les patients ayant une PR ou une SpA (p = 0,003). La comparaison du parcours de soins de patients atteints de fibromyalgie à celui de patients atteints de rhumatismes caractérisés (PR ou SpA) montre une errance diagnostique très importante, une altération de la relation médecin patient, une fragilité psychique accrue chez les patients atteints de fibromyalgie. Ces données plaident en faveur d'une prise en charge plus structurée de cette pathologie invalidante.
The spleen filters blood cells and contributes to the immune defense. The red pulp clears the blood from altered red blood cells via its unique microcirculatory network; while the white pulp is a secondary lymphoid organ, directly connected to the bloodstream, whose specificity is the defense against encapsulated bacteria through the production of "natural" IgM in the marginal zone. Various health conditions can cause acquired impairment of the splenic function (or hyposplenism) directly and/or through therapeutic splenectomy. Hypo/asplenia is complicated by an increased susceptibility to encapsulated germ infections, but an increased risk of thrombosis and pulmonary hypertension has also been reported after surgical splenectomy. Homozygous sickle cell disease is the most common disease associated with functional asplenia. The latter appears early in childhood likely through repeated ischemic alterations caused by the sickling of red blood cells. In addition, specific complications such as hypersplenism and acute splenic sequestration can occur and may be life-threatening. We provide here an update on the role and physiology of the spleen, which will allow a better understanding of the pathophysiology of spleen damage and its consequences in sickle cell disease. (c) 2023 Published by Elsevier Masson SAS on behalf of Societe Nationale Francaise de Medecine Interne (SNFMI).
La drépanocytose est l'une des maladies génétiques les plus fréquentes au monde. Elle entraîne la production d'une hémoglobine (Hb) anormale, l'HbS, à l'origine d'une hémolyse périphérique chronique [1]. L'anémie a été identifiée comme un facteur de morbi-mortalité de la drépanocytose dans plusieurs études, à la fois dans des pays du Nord [2] et du Sud [3], mais peu d'études ont analysé les déterminants du taux d'Hb dans le contexte africain. L'objectif de notre étude était d'analyser les facteurs associés au taux d'Hb chez les patients drépanocytaires africains notamment les facteurs spécifiques de la maladie comme l'hémolyse mais aussi des facteurs non spécifiques comme l'inflammation ou les facteurs socioéconomiques. Nous avons réalisé une étude transversale nichée dans une cohorte prospective multinationale. Nous avons réalisé nos analyses dans 3 groupes de patients selon le phénotype drépanocytaire : SS/Sβ0, SC et Sβ+. Nous avons étudié l'association entre le taux d'Hb avec les facteurs démographiques (pays, sexe, âge), l'indice de masse corporelle (IMC), l'hémolyse (ictère clinique, bilirubine, LDH, réticulocytes) et l'inflammation (leucocytes, plaquettes) à l'aide de modèles de régression linéaire. Nous avons réalisé des analyses en sous-groupe : (1) au sein de la population avec des marqueurs biologiques d'hémolyse disponibles (LDH et/ou bilirubine) ; (2) chez les enfants et les adultes en ajustant sur le niveau d'éducation des patients chez les adultes et sur le niveau d'étude paternel chez les enfants. Les variables avec ≤ 20 % de données manquantes ont été imputées par la méthode des imputations multiples. Au total, 4206 patients ont été inclus avec différents phénotypes drépanocytaires : SS/Sβ0 (n = 3425, 81 %), SC (n = 600, 14 %) et Sβ+ (n = 181, 5 %) avec un taux d'Hb médian de 7,9, 11,3 et 11,2 g/dL respectivement. Parmi les patients, 56,3 % étaient originaires d'Afrique de l'Ouest (Mali, Sénégal et Côte d'Ivoire) tandis que 43,7 % étaient originaires d'Afrique Centrale (Cameroun, Gabon et République Démocratique du Congo). En analyse multivariée, chez les patients SS/Sβ0, être originaire d'un pays d'Afrique Centrale (β = −0,5, p < 0,001), un IMC plus faible (β = 0,15, p < 0,001), la présence d'un ictère clinique (β = −0,24, p < 0,001) et un taux plus élevé de leucocytes (β = −0,21, p < 0,001) étaient associés de façon négative et indépendante au taux d'Hb tandis que chez les patients SC et Sβ+, les facteurs associés de façon significative au taux d'Hb étaient le sexe féminin (p < 0,001), un IMC plus faible (p = 0,007 et p = 0,02), la présence d'un ictère clinique (p = 0,02 et p = 0,016) et un taux plus élevé de plaquettes (p < 0,001). Dans le sous-groupe de patients avec une évaluation biologique de l'hémolyse, les LDH et le taux de réticulocytes étaient associés de façon négative et indépendante au taux d'Hb dans tous les phénotypes mais de façon plus importante chez les patients SS/Sβ0 (β = −0,17 et −0,1 respectivement versus −0,09 et −0,07 chez les patients SC et, −0,09 et −0,04 chez les patients Sβ+). Dans le population adulte, un plus haut niveau d'éducation était associé de façon positive au taux d'Hb chez les patients SC seulement. Dans la population pédiatrique, le niveau d'éducation paternel n'était pas associé de façon significative au taux d'Hb quel que soit le phénotype. Nous avons identifié des interactions significatives entre : (1) le sexe et la classe d'âge avec un écart du taux d'Hb entre les hommes et les femmes plus important chez les adultes, et chez les patients SC et Sβ+ par rapport aux patients SS/Sβ0 ; (2) entre le pays d'origine et la présence d'un ictère clinique chez les patients SS/Sβ0 avec un impact négatif de l'ictère sur le taux d'Hb plus important chez les patients originaires d'Afrique Centrale par rapport aux patients originaires d'Afrique de l'Ouest. Nous avons pu montrer dans une large cohorte de patients drépanocytaires africains une association du taux d'Hb avec des facteurs liés à la drépanocytose comme l'hémolyse, mais aussi avec d'autres facteurs plus complexes et moins spécifiques de la maladie comme le pays d'origine et l'inflammation, et ce de façon indépendante de l'hémolyse. Nos résultats suggèrent aussi la présence de facteurs de confusion non mesurés associés à la région d'origine comme la malnutrition, la pression infectieuse et les facteurs génétiques autres que le phénotype comme les haplotypes de la β-globine.
OBJECTIVE:Among patients attending a multidisciplinary day-hospital program for persistent symptoms after COVID-19, we aimed i) to describe their characteristics ii) to present the medical conclusions (diagnoses and recommendations) and iii) to assess the patients' satisfaction and its correlates. METHODS:For this retrospective chart review study, frequent symptoms were systematically assessed. Standardized questionnaires explored fatigue (Pichot scale), physical activity (Ricci & Gagnon scale), health-related quality of life (Short-Form Health Survey), anxiety and depressive symptoms (Hospital Anxiety and Depression scale) and associated psychological burden (Somatic-Symptom-Disorder B criteria Scale). Medical record conclusions were collected and a satisfaction survey was performed at 3-months follow-up. RESULTS:Among 286 consecutive patients (median age: 44 years; 70% women), the most frequent symptoms were fatigue (86%), breathlessness (65%), joint/muscular pain (61%) and cognitive dysfunction (58%), with a median duration of 429 days (Inter-quartile range (IqR): 216-624). Questionnaires revealed low levels of physical activity and quality of life, and high levels of fatigue, anxiety, depression, and psychological burden, with 32% and 23% meeting the diagnostic criteria for a depressive or anxiety disorder, respectively. Positive arguments for a functional somatic disorder were found in 76% of patients, including 96% with no abnormal clinical or test findings that may explain the symptoms. Physical activity rehabilitation was recommended for 91% of patients. Patients' median satisfaction was 8/10 (IqR: 6-9). CONCLUSION:Most patients attending this program presented with long-lasting symptoms and severe quality of life impairment, received a diagnosis of functional somatic disorder, and reported high levels of satisfaction regarding the program.
Entre 10 et 15 millions de patients drépanocytaires vivent en Afrique. Plusieurs études ont démontré la diminution des crises douloureuses, des AVC, et des décès chez les enfants drépanocytaires vivant en Afrique traité par hydroxyurée(HU). De nombreux spécialistes internationaux recommandent dès lors l’utilisation généralisée de l’HU en Afrique pour réduire la morbidité et la mortalité très élevées de la maladie. Cependant, dans ces pays, les mécanismes d’assurance maladie n’existent pas, et de nombreuses familles touchées n’ont pas suffisamment de revenus pour payer les soins. En plus du coût, les perturbations fréquentes de la chaîne d’approvisionnement entraînent une faible disponibilité des médicaments. Le coût des traitements de base de la drépanocytose et leur disponibilité réelle dans différents pays africains ne sont pas encore bien connus. Pourtant, cette information est essentielle pour orienter les politiques de santé, l’action des organisations non gouvernementales (ONG), et la planification des coûts. L’objectif de cette étude était de déterminer la disponibilité, la fréquence des interruptions d’approvisionnement et le coût des traitements de base pour la drépanocytose dans les pays d’Afrique subsaharienne. Enquête internationale en ligne réalisée du 24 mars au 8 mai 2023 auprès de professionnels de la santé des pays d’Afrique subsaharienne francophones suivant des patients drépanocytaires et inscrits dans la base de données de l’ONG Drep-Afrique. Les participants ont répondu à des questions portant sur la disponibilité (sur une échelle de 0 [médicament non disponible] à 10 [aucune préoccupation de disponibilité]) et le coût des médicaments de base dans leurs centres : HU, pénicilline V, acide folique, morphine et vaccins. Cent-vingt professionnels de santé, principalement des médecins (91 %), provenant de 13 pays d’Afrique subsaharienne ont participé à cette étude. 60 % travaillaient dans des centres de référence de la drépanocytose ; 55 % dans des hôpitaux universitaires ; 81 % dans de grandes villes. 91 000 patients drépanocytaires homozygotes étaient suivis dans les centres participant à l’étude et 35 % des centres déclaraient suivre plus de 1000 patients. Les scores médians de disponibilité de l’hydroxyurée et de la morphine étaient respectivement de 5 (IQR 3–8) et de 5 (IQR 2–7), comparés à 10 (IQR 10–10) pour l’acide folique, 8 (IQR 4–10) pour la pénicilline V, 3 (IQR 1–8) pour le vaccin anti-pneumococcique et 5 (IQR 2–8) pour le vaccin anti-méningococcique. Des interruptions fréquentes de la chaîne d’approvisionnement ont été déclarées : 78 % pour l’HU, 77 % pour le vaccin anti-pneumococcique, 66 % pour la morphine, 45 % pour la pénicilline V, tandis qu’elles étaient rares pour l’acide folique (8 %). Le prix médian mensuel déclaré de l’HU pour un enfant de 30 kg (dose moyenne de 20 mg/kg/jour) était de 19,3 $ (IQR 13,5–25,3) et variait considérablement selon les pays (de 38 $ en Guinée à 10,1 $ au Togo ; p = 0,0002). Le prix médian du vaccin anti-pneumococcique était de 35,3 $ (IQR 16,9–58,7) et celui du vaccin anti-méningococcique de 31,4 $ (IQR 11–57,5), avec également des différences importantes entre pays. Le coût du vaccin anti-pneumococcique était 1,6 fois plus élevé dans les centres déclarant des ruptures fréquentes d’approvisionnement que ceux où la disponibilité était stable (p = 0,02). Cette étude couvrant plus de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne francophones montre que le prix de l’hydroxyurée varie d’un facteur trois environ selon les pays d’Afrique francophone. Bien qu’il ne soit pas très élevé, ce coût reste inabordable pour la plupart des familles de patients. À titre d’exemple, en 2023, le salaire mensuel médian est de 238 $ en République démocratique du Congo (pays avec la plus forte prévalence de la drépanocytose au monde, avec le Nigeria), comparé à un coût mensuel médian de l’HU de 25 $ dans ce pays pour un enfant dans notre étude. Le coût élevé des vaccins, au-delà des premières années de vie où un programme national gratuit est disponible dans la plupart des pays africains, est également un problème. En plus du coût, la disponibilité et les interruptions fréquentes de la chaîne d’approvisionnement empêchent une prise régulière de l’HU et, dans une moindre mesure, de la pénicilline V. Il est urgent de diminuer le coût des traitements de base de la drépanocytose, particulièrement celui de l’hydroxyurée et d’améliorer le circuit de distribution de quelques médicaments essentiels dans le pays touché massivement par la drépanocytose. Il nous semble fondamental que la solidarité internationale incite et aide les gouvernements des pays concernés à agir dans ce but, qui semble d’autant plus atteignable que ces médicaments sont généricables et peu coûteux. C’est une question d’éthique médicale.
Il existe peu de données concernant la tuberculose des patients allogreffés. Cette étude rétrospective multicentrique nationale étudie tous les cas d'infections à M. tuberculosis complexe tuberculosis identifiés entre 2012 et 2022 chez les patients allogreffés de cellules souches hématopoïétiques (ACSH). Ils ont été identifiés à l'aide du codage PMSI via un appel par la société française de greffe de moëlle et de thérapie cellulaire (SFGM-TC). Le diagnostic de tuberculose (TB) était confirmé en cas d'examen direct positif, de culture positive ou de PCR BK positive. Parmi 18 centres sur 35 contactés, 30 patients ont été identifiés et 20 CRF complétés à ce jour. La majorité des patients étaient originaires d'Afrique (44%, 8/18). L'âge médian au diagnostic était de 30 ans [19-67]. Aucun IGRA n'avait été réalisé en pré-greffe. Les indications d'allogreffe étaient: LAM (8), LAL (3), lymphomes (3). Les donneurs étaient géno- (44%, 8/18), phéno- (33%, 6/18) et haplo-identiques (22%, 4/18). Le conditionnement était myéloablatif chez 11 patients sur 15 (73%). Avant le diagnostic de TB, 8 patients sur 18 (44%) ont présenté une GVH aiguë, 9/19 (44%) une GVH chronique et 8/17 (47%) une virémie CMV. La TB survenait en médiane 346 jours après la greffe [38-7244]. Douze patients sur 17 (70%) étaient fébriles au diagnostic. La TB était disséminée chez 7 patients sur 20 (35%). L'atteinte était pulmonaire dans 13 cas sur 20 (65%) et extra-pulmonaire dans 16 cas (80%), dont 16 atteintes ganglionnaires, 4 du SNC, et 3 ostéoarticulaires. Quinze TDM thoraciques étaient disponibles au diagnostic et montraient des lésions bilatérales dans 9 cas (60%), des micronodules dans 7 (47%), des nodules dans 5 (33%) et des adénopathies dans 8 (53%). Le taux médian de CRP au diagnostic était de 74 mg/L [0-234]. La durée médiane entre le début des symptômes et l'initiation du traitement était de 42 jours [11-188]. La TB était confirmée dans 85% des cas (17/20). L'examen direct, la culture et la PCR étaient respectivement positifs chez 47% (9/19), 68% (13/19) et 78% (11/14) des patients. Sept ganglions ont été biopsiés, 4 retrouvaient du granulome (57%). Une quadrithérapie sans Rifampicine a été prescrite dans 31% (6/19) des cas: 3 switch par rifabutine, 3 par fluoroquinolone. La durée médiane de traitement (hors SNC) était de 184 jours [141-424] et 419 jours [365-420] en d'atteinte du SNC. Cinq patients ont reçu une corticothérapie. Cinq patients (25%) ont eu des EI graves (1 cytolyse, 2 IRIS, 1 rétinite, 1 diabète cortico-induit). Deux décès (10%, aucun attribué à la TB) et une récidive de TB (5%) ont été rapportés. La tuberculose est rare après ACSH (30 cas en 10 ans sur près de 50 000 allogreffes), atypique (80% de formes extra-pulmonaires), et complexe à traiter (25% d'effets indésirables graves, durée de traitement médiane de 260 jours). Aucun lien d'intérêt
Les symptômes prolongés après la COVID-19 (ou COVID long) constituent un problème de santé publique car ils concernent environ 10 % des patients 6 mois après l’infection, mais leur physiopathologie demeure inconnue et aucun traitement médicamenteux ne semble efficace. Un programme multidisciplinaire proposant une évaluation complète et standardisée des patients souffrant de ces symptômes en hôpital de jour a été ouvert en juin 2021. L’objectif de cette étude était de (i) décrire les caractéristiques des patients vus durant la 1re année, (ii) présenter les conclusions issues de la synthèse multidisciplinaire et (iii) évaluer la satisfaction des patients 3 mois après leur venue. Les patients souffrant de symptômes prolongés (plus de 3 mois) et invalidant après une COVID-19 étaient référés dans notre centre par un médecin, un dispositif d’appui à la coordination « COVID long » ou à leur propre demande. En amont de l’HDJ, un bilan paraclinique orienté par les symptômes était réalisé en ville en coopération avec leur médecin traitant, suivant les recommandations de la HAS, et les patients remplissaient des auto-questionnaires explorant fatigue (échelle de Pichot), activité physique (échelle de Ricci et Gagnon), qualité de vie liée à la santé (échelle SF-12), anxiété et dépression (échelle HAD) et fardeau psychologique associé aux symptômes (échelle SSD-12). Le jour de l’hospitalisation, les patients étaient successivement vus par un interniste, un psychiatre spécialisé dans les troubles somatiques fonctionnels et un enseignant en activité physique adaptée, qui recueillaient les informations cliniques de façon standardisée et se réunissaient ensuite pour faire une synthèse et définir un programme de soin personnalisé. Une enquête de satisfaction et une nouvelle évaluation de la fatigue (échelle de Pichot) étaient réalisés 3 mois plus tard. Parmi 286 patients consécutifs (âge médian : 44 ans ; 70 % de femmes), les symptômes les plus fréquents étaient la fatigue (86 %), l’essoufflement (65 %), les arthromyalgies (61 %) et les troubles cognitifs mineurs (58 %), avec une durée médiane de 429 jours d’évolution (IQR : 216–624). Les questionnaires ont révélé de faibles niveaux d’activité physique et de qualité de vie, ainsi que des niveaux élevés de fatigue, d’anxiété, de dépression et de fardeau psychologique. Après évaluation psychiatrique, 32 % et 23 % des patients répondaient aux critères diagnostiques de trouble dépressif ou anxieux, respectivement. Des arguments positifs (cognitifs et comportementaux) pour un trouble somatique fonctionnel ont été retrouvés chez 76 % des patients, dont 96 % n’avaient pas de constatations cliniques ou paracliniques susceptibles expliquer les symptômes. Chez 10 % des patients un problème somatique sans lien avec le COVID permettait d’expliquer les symptômes. Un déconditionnement à l’effort était également très fréquent, motivant une prescription de réhabilitation par l’activité physique chez 91 % des patients. Trois mois plus tard, 72 % des patients s’étaient améliorés sur l’échelle de fatigue, 23 % étaient stables et 5 % s’étaient aggravés. La satisfaction médiane des patients était de 8/10 (IQR : 6–9) et elle ne variait pas significativement en fonction du diagnostic retenu. Les patients explorés dans notre centre tertiaire présentaient des symptômes multiples de très longue durée et une altération sévère de la qualité de vie. Après évaluation multidisciplinaire, la grande majorité a reçu un diagnostic de trouble somatique fonctionnel, parfois associé à un trouble dépressif ou anxieux. La plupart des patients avaient également un déconditionnement à l’effort. L’originalité de notre programme est de poser le diagnostic de trouble somatique fonctionnel sur des arguments positifs – et non seulement par élimination – et de prévoir un temps de psychoéducation lors de la consultation psychiatrique. Par ailleurs, l’intervention systématique d’un enseignant en activité physique adaptée permet d’évaluer et de lutter contre les freins à la reprise de l’activité physique. En l’absence de groupe contrôle, il est difficile de tirer des conclusions solides sur le bénéfice de ce programme, mais au vu de l’ancienneté des troubles, les résultats semblent satisfaisants en termes d’amélioration de la fatigue à 3 mois. Par ailleurs, les patients ont déclaré un niveau élevé de satisfaction à l’égard du programme, y compris en cas de diagnostic de trouble somatique fonctionnel.