Introduction : Au sein des armées, la survenue de lésions oro-faciales au cours des activités physiques militaires et sportives peut avoir un impact délétère sur la capacité opérationnelle des forces. Alors que les protège-dents, appelés également protections intra-buccales (PIB), sont utilisés dans le civil pour diminuer l’incidence et la gravité des lésions oro-faciales d’origine traumatique, aucune recommandation de port de PIB n’existe actuellement au sein de l’armée française. Revue de littérature : Une revue de la littérature en matière de port de PIB pour la prévention des lésions oro-faciales permet de définir des recommandations au profit de la population militaire française : réalisation à titre gracieux, au cours de la visite médicale d’incorporation, d’une PIB adaptable pour tous les militaires, en priorité ceux appartenant à une unité combattante. Conclusion : Le port d’une PIB par les militaires doit être recommandé ou obligatoire au cours de certaines activités sportives (conformément aux recommandations civiles) et obligatoire pour certaines activités militaires (parcours d’obstacles et combat au corps à corps), notamment au cours de la formation militaire initiale. Ces recommandations doivent s’inscrire dans une stratégie globale de prévention des lésions oro-faciales comprenant une éducation des militaires et une formation des professionnels de santé.
Introduction : La commotion cérébrale dans le sport ou Sport-Related Concussion (SRC) est un processus complexe se traduisant par un trouble de fonctionnement du cerveau. Son incidence ne cesse d’augmenter car la mise en place de mesures efficaces de prévention achoppe sur les zones d’incertitude entourant les SRC (diagnostic, traitements, etc.). Revue de littérature : Dans les années 1960, certains auteurs ont avancé l’hypothèse que le port d’un protège-dents ou protection intrabuccale (PIB) permettrait de prévenir la survenue de SRC. Depuis, des études confirmant ou infirmant cette hypothèse sont régulièrement publiées. Une analyse de la littérature permet de comprendre cette controverse et de distinguer ce qui est avéré de ce qui est supposé. Conclusion : Actuellement, sur la base d’arguments scientifiques, le port de PIB ne peut et ne doit pas être recommandé dans la prévention des SRC. La surestimation des effets protecteurs de la PIB risquerait d’engendrer une augmentation des comportements à risque chez les sportifs qui se sentiraient protégés alors qu’ils ne le seraient pas et ainsi d’augmenter paradoxalement la survenue de SRC. En revanche, l’efficacité des PIB dans la prévention des lésions oro-faciales étant scientifiquement prouvée, c’est à cette fin qu’elles doivent être recommandées pour la pratique sportive.
Les bisphosphonates (BP) sont des inhibiteurs du remodelage osseux indiqués dans la prise en charge de pathologies malignes (myélome multiple, métastases de tumeurs solides, etc.) et bénignes (ostéoporose, maladie de Paget, etc.). Depuis 2003, un effet indésirable imputé à cette classe de médicaments est apparu dans la littérature : les ostéonécroses des maxillaires (ONM) induites par la prise de BP. Cliniquement, l’ONM se caractérise par une exposition d’os nécrotique qui persiste pendant plus de 8 semaines. En 2007, puis 2009, l’American Association of Oral and Maxillofacial Surgeons (AAOMS) a émis des recommandations destinées aux professionnels de santé pour prévenir et prendre en charge cet effet indésirable. Cependant, l’absence de thérapeutiques efficaces a poussé de nombreux auteurs à tester, en complément des thérapies proposées par l’AAOMS, des traitements expérimentaux au nombre desquels figure l’oxygénothérapie hyperbare (OHB). D’un point de vue théorique, l’étiopathogénie des ONM n’étant pas connue, l’impact de l’OHB sur les mécanismes de survenue de cette pathologie reste hypothétique. D’un point de vue clinique, les avis divergent sur l’intérêt de l’utilisation de l’OHB dans le traitement des ONM. Cependant, les résultats préliminaires de deux essais cliniques contrôlés et randomisés en cours aux Etats-Unis laissent à penser que l’OHB pourrait trouver de nouvelles indications en chirurgie orale dans le traitement mais aussi la prévention des ONM.
En odontostomatologie, face à une perte de substance osseuse dont le comblement ne peut intervenir spontanément du fait des seules capacités physiologiques du patient (défaut osseux de taille critique), le praticien peut avoir recours à de nombreux matériaux de comblement osseux. Actuellement, le matériau de référence reste l’os du patient (greffe autogène). Cependant, pour des raisons liées parfois au manque de disponibilité de cet os et/ou à la morbidité potentielle accompagnant la création d’un second site opératoire, le praticien peut avoir recours à de l’os allogène (provenant d’un autre patient), de l’os xénogène (d’origine animal) ou à des matériaux de substitution osseuse d’origine naturelle ou synthétique. La correction de ces défauts osseux pouvant être essentielle en odontostomatologie (prévention de la survenue de fracture, possibilité d’entreprendre ultérieurement des traitements implantaires et prothétiques et préservation de l’esthétique), de nombreux auteurs ont étudié différentes techniques visant à optimiser le processus de cicatrisation osseuse. Dès les années 1960, l’oxygénothérapie hyperbare ou OHB a été proposée comme traitement adjuvant de la cicatrisation osseuse. L’OHB consiste en l’administration d’oxygène pur à un patient à une pression supérieure à celle du niveau de la mer. Actuellement il n’existe aucune preuve de l’efficacité ou de l’inefficacité de l’OHB sur la cicatrisation osseuse. Ceci s’explique par le manque de connaissance des mécanismes exacts de l’action de l’OHB sur le tissu osseux et sur l’absence de larges essais cliniques contrôlés randomisés. L’analyse de la littérature met cependant en exergue le fait que si l’OHB ne doit pas être utilisée systématiquement, son recours peut être envisagé en fonction de la lésion, du patient, du type de greffe réalisé et/ou du type de substitut osseux utilisé.
Administrés par voie intraveineuse, les bisphosphonates trouvent de nombreuses indications en oncologie et en hématologie (prise en charge des myélomes multiples, prévention des complications osseuses de certaines tumeurs malignes avancées, traitement des hypercalcémies malignes). Depuis 2003, de nombreuses publications ont rapporté un effet indésirable grave imputable aux bisphosphonates : l'ostéonécrose des maxillaires (ONM). Une revue de la littérature portant sur 10 ans de recherche montre que les données épidémiologiques relatives à cette pathologie restent contradictoires. L'incidence des ONM couramment acceptée (0,8 à 12 %) semble sous-estimée en raison des limites méthodologiques des études disponibles (durée de suivi des patients limitée, absence d'examen bucco-dentaire systématique, inhomogénéité des échantillons, etc.). L'absence de consensus autour des facteurs de risque de survenue des ONM résulte de ces mêmes limites méthodologiques.
Les patients ayant été traités pour des cancers de la sphère ORL présentent souvent des pertes de substance (osseuse et/ou dentaire), conséquences des interventions de chirurgie d’exérèse tumorale et/ou des extractions dentaires réalisées en prévention de la survenue d’une ostéoradionécrose. L’implantologie, en permettant la restauration de l’esthétique et de la fonction (mastication, phonation, etc.), peut engendrer un gain considérable pour le patient en terme de qualité de vie. Cependant, lorsqu’une radiothérapie a été réalisée, les rayonnements ionisants vont entraîner des modifications du tissu osseux pouvant diminuer considérablement le taux de survie des implants. L’oxygénothérapie hyperbare ou OHB (administration d’oxygène pure à un patient à une pression supérieure à celle du niveau de la mer) a été utilisée de façon empirique avec succès par de nombreux auteurs pour améliorer le taux de survie des implants. Cependant le manque d’essais cliniques de fort niveau de preuve ne permet pas de conclure actuellement sur l’efficacité ou sur l’inefficacité de l’OHB en implantologie. Les praticiens doivent se forger une opinion sur la base des données actuelles de la science.
La decision d'extraire ou non des dents de sagesse mandibulaires, notamment asymptomatiques, est souvent mal comprise par les personnels militaires. Cet acte chirurgical est percu comme systematique et allant a l'encontre des recommandations des praticiens civils. L'objectif de ce travail est de mettre en exergue le fait que les decisions des praticiens militaires se prennent conformement aux recommandations de bonnes pratiques civiles avec une evaluation du rapport benefices/risques de l'intervention pour les patients. Cependant, les services de sante des armees, francais et etrangers, doivent imperativement prendre en consideration certains parametres inherents aux conditions de vie des militaires, notamment au cours des operations exterieures, afin d'orienter les choix therapeutiques dans le but de maintenir la capacite operationnelle des Forces. (Med Buccale Chir Buccale 2008 ; 14 : 193-208).