En Europe occidentale, la limite entre l'Aalénien et le Bajocien est généralement basée sur l'évolution des Graphoceratidae:la disparition des Graphoceras et l'apparition des Toxolioceras.. Mais dans les provinces téthysiennes les Graphoceratidae diminuent d'importance et dans les provinces boréale et pacifique, ils deviennent très rares, voire inexistants. Un groupe qui a une répartition pratiquement mondiale, la sous-famille des Hammatoceratinae, peut être utilisé pour établir des corrélations entre provinces paléogéographiques. Dans cette sous-famille, le genre Euaptetoceras (Buckman)) apparaît au sommet de l'Aalénien. Les espèces E. amplectens et E. amaltheiforme,, formes relativement involutes terminant le phylum ont une durée de vie relativement courte, elles sont en effet localisées au sommet de de la sous-zone à Formosum-Limitatum. Cet horizon à Amplectens a une très vaste répartition géographique puisqu'il a été reconnu en Europe occidentale (Angleterre, Souabe, Jura suisse et français, Portugal); il est également présent dans la province téthysienne (Alpes de la région de Digne, Maroc, Turquie), dans la province boréale (Alaska, Canada) et dans la province pacifique (Argentine). En conclusion, l'horizon à e. amplectens semble être un très bon repère pour définir la limite Aalénien-Bajocien à l'échelle du globe. Rangé tantôt au sommet de la zone à Concavum, tantôt à la base de la zone à Discites, je propose d'en faire un horizon limite au sommet de l'Aalénien.
La signification paléobiologique des homéomorphies et des processus évolutifs homologues qui les ont induits, sont analysés à partir de 7 exemples choisis parmi les ammonites du Jurassique. Les formes étudiées sont soit largement répandues soit endémiques dans les mers de plates-formes de l'Europe moyenne où régnaient au cours du Jurassique des conditions écologiques bien différentes de celles des régions méditerranéennes-plus océaniques-où vécurent la plupart des ancêtres de ces formes. Il est montré que les tendances évolutives répétitives observées peuvent souvent être comprises comme les résultats de stratégies évolutives impliquant, au sein de chaque groupe analysé, l'adoption préférentielle d'un seul type d'hétérochronie du développement: paedomorphoses aboutissant à des morphologies platycônes à costulation grossière chez les Eoderocerataceae; péramorphoses induisant un espacement de l'ornementation dans le genre Arieticeras; péramorphoses responsables de l'acquisition de coquilles oxycônes chez les Graphoceratidae alors qu'une morphologie très voisine est obtenue par pacdomorphose chez les Cardioceratidae; acquisition de morphologies sphaerocônes répétitives par péramorphose chez les Macrocephalitidae, déroulements d'itinéraires ontogénétiques péramorphiques homologues chez les différentes lignées de Reineckeiidae, utilisation systématique de stratégies péramorphiques chez les Aspidoceratinae. Ces observations sont ensuite confrontées aux données de la paléobiogéographie et de la paléoécologie. Elles montrent qu'll faut concevoir ces tendances évolutives convergentes comme des compromis entre, d'une part des possibilités intrinsèques aux organismes-mais dont le nombre est strictement limité-et d'autre part, les contraintes de l'environnement physique et/ou écologique. Les potentialités intrinsèques paraissant surtout dépendre des possibilités de modification des séquences ontogénétiques par hétérochronies, l'évolution serait donc plus ou moins fortement canalisée par ces potentialités et non dirigée uniquement par l'environnement.