Introduction La pustulose exanthématique aiguë généralisée (PEAG) est une toxidermie aiguë rare potentiellement sévère d’origine médicamenteuse dans plus de 90 % des cas, dont la physiopathologie exacte reste peu claire à l’heure actuelle. Elle est médiée par les cellules T faisant intervenir un recrutement neutrophilique et récemment, le rôle de l’interleukine 36 (IL-36) a été décrit. Nous présentons un cas de PEAG sévère traité avec succès par spésolimab, un antagoniste du récepteur de l’IL-36. Observations Une femme de 70 ans a été hospitalisée pour une éruption cutanée pustuleuse fébrile étendue, apparue cinq jours après avoir reçu un vaccin contre la grippe. Elle prenait de la terbinafine per os depuis un mois pour une onychomycose, traitement interrompu à son arrivée à l’hôpital. Le bilan biologique à son admission révélait une neutrophilie à 9 G/l. Une biopsie cutanée a montré une image histologique de PEAG. Le calcul formel du « score PEAG » proposé par le groupe EuroSCAR était de 8, ce qui correspondait à un diagnostic « certain ». Un traitement à base de prednisone et de propionate de clobétasol topique a été mis en place. Après trois semaines de traitement, l’atteinte cutanée s’est aggravée, associée à un état fébrile persistant. Un traitement par spésolimab a alors été débuté à la dose unique de 900 mg par voie intraveineuse, permettant une régression complète des lésions pustuleuses en 48 heures. Nous n’avons pas observé de récidive des lésions au contrôle à 3 semaines et aucune nouvelle poussée au suivi à 18 mois. Discussion À notre connaissance, il s’agit du premier cas de PEAG traité avec succès par spésolimab. Il illustre la potentielle utilisation du spésolimab dans les formes sévères de PEAG mettant en jeu le pronostic vital et, indirectement, suggère le rôle critique de la voie de l’IL-36 dans la physiopathologie de cette maladie. Conclusion D’autres données cliniques sont nécessaires afin d’évaluer l’efficacité du spésolimab dans ces formes de PEAG réfractaires au traitement standard ou chez des sujets âgés, avec multiples comorbidités.Respect de l’obligation d’images OBLIG_IMAGES_FIELD.
Le vitiligo est une dépigmentation auto-immune de la peau, dont le traitement reste difficile. Les stéroïdes topiques, les inhibiteurs de la calcineurine et la photothérapie sont couramment utilisés. Récemment, les inhibiteurs topiques des Janus Kinases (JAKi), tels que le ruxolitinib et le tofacitinib, ont été évalués dans les cas résistants. Nous rapportons ici une réponse clinique spectaculaire d’un vitiligo facial traité par tofacitinib topique à 2 % chez un patient atteint d’un lupus cutané déclenché par une photothérapie. Un homme de 48 ans était suivi pour un vitiligo du visage depuis de nombreuses années, traité par des topiques (stéroïdes et inhibiteurs de la calcineurine) et par laser Excimer avec des résultats médiocres. Une photothérapie UVB TL01 a ensuite été mise en place, puis interrompue en raison de l’émergence d’un lupus cutané tumidus du tronc et des bras. Une nouvelle approche pour son vitiligo a été choisie, en appliquant une préparation magistrale de tofacitinib à 2 % deux fois par jour. Après 2 semaines de traitement, de légers signes de repigmentation étaient déjà observés, et après 9 mois de traitement, une amélioration spectaculaire du vitiligo était obtenue. Après plusieurs semaines de négociations, le médicament (environ 300 CHF pour un tube de 50 g) a finalement été pris en charge par la caisse d’assurance maladie du patient. Le traitement était bien toléré sans effets secondaires. Le lupus tumidus évoluait favorablement à l’arrêt de la photothérapie et avant l’introduction du tofacitinib topique. Les JAKi offrent une nouvelle option intéressante pour la prise en charge du vitiligo. Le vitiligo est provoqué par l’infiltration des zones touchées par des cellules T CD8+ activées et spécifiques d’antigène mélanocytaire. Le recrutement de cellules T CD8+ autoréactives aux mélanocytes est médié par l’interféron γ (IFNγ), une voie de signalisation régulée par les Janus kinase (JAK) 1 et 2. Pour cette raison, l’administration topique d’un inhibiteur de JAK (JAKi) est une approche rationnelle pour soigner le vitiligo. Le ruxolitinib topique dosé à 1,5 %, est une crème inhibitrice de JAK 1 et JAK 2 qui a montré des résultats positifs dans une étude contrôlée contre placebo dans la prise en charge du vitiligo du visage avec une application 2 fois par jour ; la molécule a reçu l’accord de la FDA dans cette indication. Dans notre cas, le ruxolitinib topique à 1,5 % n’était pas encore disponible en Suisse ; une préparation magistrale de tofacitinib topique à 2 % a été très efficace chez ce patient présentant une contre-indication à la photothérapie. Les JAKi utilisés par voie topique semblent être une approche prometteuse dans le vitiligo. Dans la pratique quotidienne, le problème majeur reste le coût du médicament et sa prise en charge par les caisses d’assurance maladie.
La sarcoïdose est une maladie granulomateuse multisystémique extrêmement polymorphe. Les manifestations cutanées de la sarcoïdose surviennent chez environ 25 % des patients et sont généralement difficiles à traiter en absence de directives thérapeutiques claires. Nous rapportons le cas d’une sarcoïdose cutanée récalcitrante de longue date traitée avec succès par baricitinib, un JAK- inhibiteur de type 1-2. Un homme de 59 ans consultait en raison d’une sarcoïdose cutanée. L’examen clinique montrait des papules érythémato-squameuses et des plaques de la région céphalique, ainsi qu’une alopécie diffuse d’allure non cicatricielle. Un CT-scan montrait la présence d’adénopathies sus-claviculaires et médiastinales péri-centimétriques, ainsi qu’un pattern micronodulaire pulmonaire typique. Les fonctions pulmonaires et l’IRM cardiaque étaient normales. Une gastrite atrophique auto-immune était identifiée par gastroscopie. Un traitement par méthotrexate 15 mg/semaine associé à du proprionate de clobétasol topique était administré pendant six mois sans amélioration sur l’atteinte cutanée, et était finalement interrompu. Un traitement par baricitinib 4 mg/jour était ensuite débuté. Une amélioration des lésions cutanées était observée après trois semaines. Après trois mois de traitement, les lésions du visage et du cuir chevelu avaient presque disparu et les lésions du cou étaient nettement améliorées. Après 6 mois de traitement, toutes les lésions cutanées avaient pratiquement régressé. Un suivi de l’atteinte ganglionnaire et pulmonaire est prévu à un an. Le traitement était bien toléré sans aucun effet secondaire. L’activation des macrophages qui forment les granulomes dans la sarcoïdose est pilotée par la sécrétion d’IFN-γ dont la signalisation dépend de la voie JAK-STAT. D’autres cytokines telles que l’IL-2 et l’IL-12 dépendent également de la voie JAK/STAT et ont été impliquées dans la pathogenèse de la sarcoïdose. De plus, une étude d’expression génique a montré que la voie de signalisation JAK-STAT était très représentée dans la sarcoïdose et qu’elle était liée à la sévérité de la maladie. Dans la littérature, plusieurs cas de sarcoïdose cutanée et systémique ont été traité avec succès par tofacitinib, un JAK inhibiteur de type 1 et 3. Deux cas d’efficacité du ruxolitinib, un JAK inhibiteur 1-2 et un seul cas de traitement par baricitinib sont actuellement rapportés. La littérature sur l’utilisation potentielle des JAK inhibiteurs dans la sarcoïdose est prometteuse. D’autres études sont nécessaires pour établir la place des JAK inhibiteurs dans le traitement de la sarcoïdose et leur efficacité sur les différentes atteintes d’organe.
La morphée ou sclérodermie localisée est une maladie inflammatoire et sclérosante cutanée qui peut toucher les tissus mous sous-jacents. La pathogénie exacte n’est pas entièrement élucidée, l’hypothèse d’un dérèglement auto-immun est la plus acceptée actuellement. Des études précliniques récentes indiquent que la physiopathologie de la fibrose dans la morphée est influencée par la voie JAK/STAT. Nous rapportons le cas d’une patiente atteinte d’une morphée du sein qui s’est résolue après avoir commencé un traitement de tofacitinib, un Janus kinase (JAK) inhibiteur de types 1 et 3, introduit pour une arthrite psoriasique. Une femme de 58 ans consultait pour une morphée en plaque du sein gauche. L’examen clinique mettait en évidence une lésion cutanée indurée et scléreuse du sein gauche, le diagnostic était confirmé par l’examen histopathologique de la lésion. Un traitement par dermocorticoïdes ainsi qu’une photothérapie UVB à bande étroite (Tl01) ont été réalisés, sans amélioration significative. À cette époque, la patiente avait également d’un traitement par sécukinumab pour une arthrite psoriasique. En l’absence d’amélioration, le sécukinumab était remplacé par le tofacitinib, un JAK inhibiteur 1 et 3, à raison de 10 mg/jour. À la suite de l’introduction du tofacitinib, la morphée s’améliorait et disparaissait progressivement sans aucune lésion cicatricielle résiduelle. Des études précliniques ont montré que les JAK inhibiteurs bloquent la voie fibrotique dans des modèles murins de sclérose systémique, en bloquant la voie d’activation de la protéine STAT médiée par le TGF-bêta. Dans la littérature, 6 cas de morphée généralisée traitées par JAK inhibiteurs ont été rapportés, dont 5 par tofacitinib et 1 par baricitinib, avec une bonne efficacité notamment sur l’épaisseur cutanée et la mobilité articulaire. Un seul cas de morphée en plaque résistante au traitement corticostéroïde et au méthotrexate a été traité efficacement avec l’administration de tofacitinib 10 mg/j, permettant une complète résolution clinique et histologique. La littérature sur l’utilisation potentielle des inhibiteurs de JAK dans la morphée ou la sclérose systémique est prometteuse. D’autres études cliniques sont nécessaires pour établir le rôle des inhibiteurs de JAK dans le traitement des formes réfractaires ou étendues de morphée et idéalement établir les molécules de cette classe les plus efficaces.
Le lichen plan érosif (LPE) est une maladie inflammatoire chronique des muqueuses, sévère et difficile à traiter. Les stéroïdes systémiques sont fréquemment utilisés et plusieurs rapports prometteurs sur le traitement par les inhibiteurs de JAK (JAKi) ont été publiés. Nous rapportons deux cas de LPE sévère avec échec du traitement par baricitinib, un inhibiteur JAK 1 et 2. Une femme de 70 ans était suivie depuis 2000 pour un LPE avec atteinte orale, œsophagienne et génitale sévère et une transformation en carcinome de l’œsophagienne et de la langue en 2019, traitée par de multiples traitements immunosuppresseurs et photophérèse extracorporelle, sans efficacité. Un traitement par baricitinib 4 mg/j pendant 5 mois a été mis en place. Une femme de 46 ans était suivie pour un LPE avec une atteinte buccale et génitale sévère, traitée par de multiples immunosuppresseurs et anti-inflammatoires, sans efficacité. Un traitement par baricitinib 4 mg/j pendant 3 mois et augmenté à 6 mg/j pendant 3 mois a été mis en place. Dans ces deux cas, le traitement par baricitinib a échoué. Dans le premier cas, les lésions, les symptômes et l’infiltrat inflammatoire histologique ont persisté. Dans le second cas, les lésions ont persisté et le baricitinib a été arrêté en raison du développement d’un carcinome ovarien. Un nombre croissant d’articles dans la littérature font état de l’utilité des JAKis dans le traitement du lichen plan. Chez nos patientes atteintes de LPE muqueux sévère, le baricitinib n’a pas été efficace. De plus, chez la deuxième patiente, le traitement a dû être interrompu en raison de la survenue d’un cancer de l’ovaire ; l’imputabilité du baricitinib est difficile à établir. L’intérêt des JAKis dans la prise en charge des formes sévères de LPE doit donc être clarifié par d’autres études avec un nombre plus important de patients traités.
Le psoriasis pustuleux généralisé (GPP) est un sous-type sévère de psoriasis caractérisé par une éruption généralisée de pustules accompagnée d'une inflammation systémique. Un dérèglement de la voie de signalisation de l'interleukine-36 (IL-36) joue un rôle clé dans le GPP, avec des mutations de perte de fonction dans le gène antagoniste du récepteur de l'IL-36 et une surexpression de l'IL-36 dans les lésions cutanées. Nous rapportons le cas d'un GPP récidivant chez un patient polypathologique traité par spésolimab, un antagoniste du récepteur de l'IL-36. Un patient de 89 ans, connu pour un diabète de type 2 et une cardiomyopathie ischémique, consultait en raison d'une poussée de GPP. Le psoriasis pustuleux avait débuté 3 ans auparavant et était précédemment traité par méthotrexate et acitrétine. Le « Generalized Pustular Psoriasis Physician Global Assessment » (GPPGA) était de 3 tandis que le « Generalized Pustular Psoriasis Area and Severity Index » (GPPASI) était de 32,9. Un traitement par spésolimab était instauré sous forme d'une dose unique de 900 mg administrée par voie intraveineuse. Toutes les lésions pustuleuses régressaient dans les 48 heures et une amélioration significative de l'érythème était observée après 3 semaines ; l'acitrétine orale et les stéroïdes topiques ont été maintenus. Après 2 mois, les lésions pustuleuses récidivaient et une deuxième dose de spésolimab à la même posologie a été administrée. Après un an de suivi, aucune rechute de GPP n'a été détectée. Le spésolimab a été bien toléré sans aucun effet indésirable. Un essai randomisé de phase 2 (Effisayil 1) a montré l'efficacité et la sécurité du spésolimab par rapport au placebo chez les patients présentant une poussée de GPP. Une deuxième étude est actuellement en cours (Effisayil 2), qui évaluera si un traitement d'entretien par spésolimab prévient la survenue de poussées de GPP et déterminera le schéma posologique optimal. Dans notre cas, le traitement a été efficace et bien toléré. Le spésolimab pourrait être un traitement très intéressant du GPP, en particulier chez les patients présentant des formes aiguës sévères ou des comorbidités contrindiquant les traitements classiques.
Clinical and Experimental DermatologyVolume 46, Issue 7 p. 1322-1324 Letter to the Editor • Correspondence Risankizumab for pityriasis rubra pilaris E. Brocco, Corresponding Author elise.brocco@hcuge.ch orcid.org/0000-0002-8762-7812 Department of Dermatology, Geneva University Hospital, Geneva, SwitzerlandSearch for more papers by this authorE. Laffitte, Department of Dermatology, Geneva University Hospital, Geneva, SwitzerlandSearch for more papers by this author E. Brocco, Corresponding Author elise.brocco@hcuge.ch orcid.org/0000-0002-8762-7812 Department of Dermatology, Geneva University Hospital, Geneva, SwitzerlandSearch for more papers by this authorE. Laffitte, Department of Dermatology, Geneva University Hospital, Geneva, SwitzerlandSearch for more papers by this author First published: 29 April 2021 https://doi.org/10.1111/ced.14715 Conflict of interest: the authors declare that they have no conflicts of interest. Read the full textAboutPDF ToolsRequest permissionExport citationAdd to favoritesTrack citation ShareShare Give accessShare full text accessShare full-text accessPlease review our Terms and Conditions of Use and check box below to share full-text version of article.I have read and accept the Wiley Online Library Terms and Conditions of UseShareable LinkUse the link below to share a full-text version of this article with your friends and colleagues. Learn more.Copy URL Share a linkShare onEmailFacebookTwitterLinked InRedditWechat No abstract is available for this article. Volume46, Issue7October 2021Pages 1322-1324 RelatedInformation
Background Cutaneous reactions, mostly on injection site after mRNA-based COVID-19 vaccines, have been reported but not with detailed histopathological characterization. Objectives Characterization and classification of these reactions in a clinical and pathological point of view. Methods Monocentric case series of 11 patients with cutaneous manifestations, clinically and histologically characterized after COVID-19 vaccination. Results From January to June 2021, we recorded 11 cutaneous reactions to mRNA COVID-19 vaccines from BNT162b2 (n = 8) and mRNA-1273 (n = 3). Generalized reactions showing erythematous rash or purpura were the most common clinical presentation, and drug-reaction-like pattern was the most common histological finding. Conclusions A proper clinicopathological classification will be helpful in the early diagnosis and management of the cutaneous reactions to mRNA COVID-19 vaccines.
Several treatment options are currently available for the treatment of psoriasis.
Background Though patient needs are key drivers of treatment decisions, they are rarely systematically investigated in routine care. Objective This study aimed at analysing needs and expectations from the patient perspective in the German and Swiss psoriasis registries PsoBest and Swiss Dermatology Network of Targeted Therapies (SDNTT) with respect to treatment choice, age and gender. Methods The German and Swiss psoriasis registries observe patients recruited at first-time use of systemic drugs. Within 10 years, clinical [Psoriasis Area Severity Index (PASI), Body Surface Area (BSA)] and patient-reported outcomes are documented, including the Dermatology Quality of Life Index (DLQI) and the Patient Benefit Index (PBI), characterizing patient needs for treatment. The analysis data set includes n = 4894 patients from PsoBest and n = 449 from SDNTT with mean follow-up time of 7.5 months. Results A total of 5343 patients registered between 2008 and 2016 were included in the analyses (at baseline: 59.6% male, mean age 47.6 years +/- 14.5, PASI 14.2 +/- 9.7, BSA 22.7 +/- 19.7, DLQI 11.3 +/- 7.2). The most important patient needs were to 'get better skin quickly' and to 'be healed of all skin defects'. Subgroup analyses by age revealed significant differences in needs, especially higher needs regarding social impairments in patients younger than 65 years. Patients 65 years or older attributed more importance to sleep quality, less dependency on medical visits, fewer side-effects and confidence in the therapy. Out of 25 items reflecting patient needs, 20 items were rated significantly more important by women than men, with the greatest differences regarding feeling of depression, sleep quality and everyday productivity. Divided by treatment, needs were rated differently, recommending individualized and targeted choice of therapy. Conclusion Age and gender stratify patient needs. Women showed higher expectations and rated specific needs in psoriasis treatment higher than men. Analysing the patient needs on an individual level will facilitate shared decisions by patient and physician in finding the optimal personalized treatment.
Le syndrome des ongles jaunes ou « yellow nail syndrome » (YNS) est une entité rare qui correspond à l’association de dystrophies unguéales (ongles épaissis, jaunes, de croissance ralentie), d’une atteinte des voies respiratoires hautes et basses (sinusites, bronchopneumopathies, pleurésies, bronchectasies) et d’un lymphœdème. Nous rapportons un cas typique de YNS. Un homme de 53 ans, travaillant comme confiseur, consultait pour des anomalies unguéales ayant débuté 8 ans auparavant, quelques semaines après une cure de hernie inguinale. Ces lésions unguéales avaient disparu au bout d’un an et demi puis réapparu 4 ans plus tard, dans les suites d’une nouvelle cure de hernie inguinale, sans régression depuis. Le patient souffrait également de sinusite chronique et de bronchectasies des bases pulmonaires. L’examen clinique mettait en évidence une atteinte de tous les ongles qui étaient jaunes, cassants, épaissis avec disparition de la cuticule et paronychies associées, ainsi qu’un lymphœdème des membres et du visage. Le diagnostic de YNS était posé (Fig. 1 et 2). Le YNS est rare ; environ 400 observations ont été rapportées, avec une majorité d’adultes de plus de 50 ans. Son étiologie est inconnue. L’hypothèse principale est celle d’un drainage lymphatique défectueux responsable d’une croissance unguéale ralentie, d’un épaississement de l’ongle et d’une modification de sa couleur par accumulation de lipofuscine. Cette dysfonction lymphatique pourrait également expliquer les pleurésies à répétitions. Les bronchectasies et les sinusites chroniques pourraient correspondre à une diminution du drainage lymphatique des sécrétions responsables d’épisodes infectieux à répétition. Des publications récentes ont émis l’hypothèse que le dioxyde de titane pourrait être responsable du YNS. Une étude de 2010 retrouve des taux élevés de dioxyde de titane dans les prélèvements d’ongles des 26 patients atteints de YNS. Cette substance était indétectable dans le groupe témoin. Le dioxyde de titane est présent dans de nombreux implants dentaires, articulaires et agrafes chirurgicales. Il est aussi présent dans l’alimentation (bonbons, chewing-gums) les produits d’hygiène (dentifrices, shampooings) et les cosmétiques sous la forme de dioxyde de titane (E171). Trois cas rapportent des YNS résolutifs après ablation d’implant dentaire en titane et un après qu’une enfant arrête d’avaler son dentifrice contenant du dioxyde de titane. Notre patient signale l’apparition des anomalies unguéales quelques semaines après une chirurgie viscérale où le compte rendu opératoire révèle l’utilisation d’agrafes en titane pour réaliser les sutures profondes. Un dosage du titane dans ses ongles est actuellement en cours pour vérifier cette hypothèse. Les YNS est une entité rare, la physiopathologie implique peut-être un dysfonctionnement lymphatique, le rôle du dioxyde de titane est une hypothèse à vérifier à l’avenir.
Giuseppe Argenziano – Second University of Naples, Naples, Italy Perla Calderón – University of Chile, Santiago, Chile Lars E. French – University Hospital Zurich, Zurich, Switzerland Robert Gniadecki – Bispebjerg University Hospital, Copenhagen, Denmark Qiang Ju – Renji Hospital, Shanghai Jiao Tong University, Shanghai, China Brian Kirby – St. Vincent’s University Hospital, Dublin, Ireland Dan Lipsker – University of Strasbourg, Strasbourg, France Branka Marinović – University Hospital Center Zagreb, Zagreb, Croatia Tetsuo Shiohara – Kyorin University, Tokyo, Japan H. Peter Soyer – The University of Queensland, Woolloongabba, Australia Dae Hun Suh – Seoul National University, Seoul, Republic of Korea Jacek C. Szepietowski – University of Wroclaw, Wroclaw, Poland Christos C. Zouboulis – Dessau City Clinic, Dessau, Germany An International Journal founded as ‘Dermatologische Zeitschrift’ by Oskar Lassar (1893–1907) Continued by Erich Hoffmann (1908–1938), continued as ‘Dermatologica’ (1939–1991), by Wilhelm Lutz (1939–1958), Rudolf Schuppli (1959–1985) and J.-H. Saurat (1986–2015), continued as ‘Dermatology’ since 1992
Rosacea (in German sometimes called 'Kupferfinne', in French 'Couperose' and in Italian 'Copparosa') is a chronic and frequently relapsing inflammatory skin disease primarily affecting the central areas of the face. Its geographic prevalence varies from 1% to 22%. The differential diagnosis is wide, and the treatment is sometimes difficult and varies by stage of rosacea. For erythematous lesions and telangiectasia, intense pulsed light (IPL) therapy and lasers are popular treatment option. In addition, a vasoconstrictor agent, brimonidine, has recently been developed. For papulopustular rosacea, topical antibiotics, topical and systemic retinoids, as well as systemic antibiotics are used. A topical acaricidal agent, ivermectin, has undergone clinical development and is now on the market. In the later stages, hyperplasia of the sebaceous glands develops, resulting in phymatous growths such as the frequently observed bulbous nose or rhinophyma. Ablative laser treatments have largely replaced classical abrasive tools. Here, we reviewed the current evidence on the treatment of rosacea, provide a guideline (S1 level) and discuss the differential diagnosis of rosacea.
Introduction Le syndrome de Grzyboswki (SG) est une entité rare associant éruption généralisée de papules étiquetées kératoacanthomes et atteinte du visage avec un ectropion sévère. Nous rapportons un cas de SG, dont l’analyse nous a fait plutôt considérer la lésion élémentaire comme une prolifération folliculaire bénigne plutôt qu’un réel kératoacanthome, traité par cétuximab (anticorps monoclonal anti-récepteur du facteur de croissance épidermique, EGF-R). Observations Une patiente de 56 ans consultait pour des papules folliculaires disséminées, coalescentes en plaques kératosiques associées à un érythème du visage avec un ectropion sévère. L’histologie retrouvait une prolifération épithéliale à point de départ folliculaire ; la recherche de mutation des gènes K-RAS et EGFR était négative. Le diagnostic de SG était posé. La recherche d’une pathologie sous-jacente était négative, à part une gammapathie monoclonale IgG kappa bénigne. La dermatose étant réfractaire à tous les traitements utilisés (acitrétine, méthotrexate, alitretinoïne, cyclophosphamide oral), nous avons étudié l’activation de diverses voies de signalisation intracellulaire dans les lésions de la patiente. Des lysats tissulaires analysés avec des puces à anticorps antiphosphokinases montraient une claire suractivation de la voie des MAP kinases dans la peau de la patiente par rapport à la peau normale. Les immunomarquages indiquant que le récepteur du facteur de croissance épidermique (EGF-R) était exprimé dans le compartiment prolifératif épithélial, nous avons supposé que l’EGF-R pouvait déclencher cette suractivation de la voie des MAP kinase. Un traitement par cétuximab était administré par voie intraveineuse à la dose de 400mg par semaine. Une stabilisation puis une régression des lésions était observée au bout de deux mois de traitement ; après 6 mois, les perfusions étaient espacées mais les lésions récidivaient si l’intervalle dépassait deux semaines. Après 40 perfusions, la pathologie était stabilisée avec une bonne tolérance. Discussion Le SG est une entité d’origine inconnue, décrite en association avec une gammapathie monoclonale, des néoplasies ou des pathologies auto-immunes. Cette pathologie est classée parmi les syndromes de kératoacanthomes multiples ; cependant, l’analyse sémiologique et pathologique précise de notre patiente nous fait plutôt évoquer une prolifération folliculaire bénigne. Chez notre patiente, l’analyse de l’activation des différentes voies de signalisation intracellulaire dans les lésions cutanées nous a permis d’utiliser une thérapie ciblée en inhibant directement la voie de l’EGR-R par le cétuximab, molécule utilisée habituellement dans différents carcinomes épithéliaux. Conclusion Le syndrome de Grzybowski pourrait être une pathologie folliculaire dont l’analyse moléculaire précise permet d’orienter la prise en charge thérapeutique à l’aide de thérapies ciblées.
Les IgE jouent probablement un rôle important dans la physiopathologie de la pemphigoïde bulleuse (PB). Nous rapportons le cas d'une patiente souffrant d'une PB chez qui l'implication d'auto-anticorps IgE était fortement suspectée, et traitée par omalizumab, un anticorps monoclonal humanisé dirigé contre les IgE au niveau de la partie destinée à la liaison avec leur récepteur. Une patiente de 76 ans se présentait avec une suspicion clinique de PB. Le bilan sanguin révélait une éosinophilie (1,45 G/l) et des IgE totales très élevées (4994 kU/l). L'histologique était compatible avec une PB et le diagnostic confirmé par les analyses immuno-pathologiques : en immunofluorescence directe (IFD), un dépôt linéaire d'IgG, C3 et IgE à la jonction dermo-épidermique (JDE), en immunofluorecence indirecte un dépôt d'IgG et IgE sur le versant épidermique, en Elisa des titres élevés d'IgG anti-BP180 et anti-BP230, et en immunoblot des anticorps circulants anti-BP230 IgG et IgE. Cette patiente présentait des comorbidités contre-indiquant des traitements systémiques et la PB n'était pas contrôlée par les dermocorticoïdes. Un traitement d'omalizumab, 300 mg s/c 1 × mois était administré, permettant une rapide diminution du prurit deux jours après la première injection, et un excellent contrôle de la maladie sans effet secondaire. Une augmentation des IgE totales était initialement observée, une diminution de l'éosinophilie, et la persistance de titres élevés d'IgG anti-BP180 et anti-BP230. Après 4 mois de traitement, la patiente était perdue de vue pendant 2 mois et une rechute était observée. Une IFD en peau malade mettait en évidence la persistance d'un marquage linéaire de la JDE par des IgG, mais plus d'IgE ; le traitement d'omalizumab était réintroduit avec efficacité. La présence de taux élévés d'IgE chez les patients souffrant de PB est bien établie mais le rôle pathogène des auto-anticorps IgE dans cette maladie est mal élucidé. Nous avons démontré dans notre cas que le blocage de la liaison des IgE à leur récepteur est efficace pour contrôler la maladie chez une patiente avec des IgE élevées et des auto-anticorps IgE anti-BP230. Ce traitement s'est révélé efficace et bien toléré chez cette patiente polymorbide. Les IgE anti-BP230 circulantes sont restées détectables dans le sérum de la patiente pendant le traitement, mais plus les dépôts d'IgE à la JDE, contrairement aux dépôts d'IgG. Il est possible que les IgE soient, au même titre que les IgG, pathogènes via leur fixation à la JDE. Nous pourrions également supposer que la phase prodromale urticarienne vue chez les patients souffrant de PB, et le prurit, soient liés à une dégranulation IgE-médiée des mastocytes. L'omalizumab peut être considéré comme une alternative thérapeutique aux traitements immunosuppresseurs dans des cas de PB sélectionnés, pour lesquels l'implication d'une IgE pathogène est suspectée.
L’utilisation d’anti-TNF dans les pathologies inflammatoires a été bien documentée ces dernières décennies. Il est également reconnu que les traitements biologiques sont immunogènes, c’est-à-dire qu’ils induisent une réponse immunitaire conduisant à la production d’anticorps anti-médicaments spécifiques (ADAs). Considérant l’absence de progrès significatifs dans le traitement de l’hidradénite suppurative (HS) avec les thérapies traditionnelles, les anti-TNF ont été pris en compte dans cette indication. Selon les données actuelles, l’infliximab (IFX) est aujourd’hui considéré comme un traitement efficace dans l’HS modérée à sévère. Dans une cohorte de 10 patients traités par IFX pour HS sévère, nous décrivons 3 cas de perte de réponse au traitement suite au développement d’ADAs. Dans une cohorte de 10 patients traités par IFX (5 mg/kg IV aux semaines 0, 2, 6 puis tous les 2 mois) pour HS sévère, nous avons observé 3 cas de perte de réponse au médicament après amélioration clinique significative. Ces 3 patients présentaient une recrudescence de lésions axillaires ou périnéales entre la 4e et la 5e perfusion. La formation d’anticorps anti-IFX était détectée dans leur sérum par Elisa, associée à un taux résiduel du médicament indétectable. Nous avons ensuite analysé les échantillons de sérum des 7 autres patients traités par IFX pour HS sévère dans notre policlinique ; ces échantillons étaient prélevés à différents moments sous traitement (de la 5e à la 61e perfusion), selon les cas. Aucun ADA n’était détecté et les taux d’IFX étaient suffisants. Néanmoins, parmi ces 7 patients, 4 d’entre eux nécessitaient une adaptation de la dose et/ou de l’intervalle entre les perfusions d’IFX, afin d’obtenir une réponse clinique adéquate. Sur 10 patients traités par IFX pour HS sévère dans notre département, 3 patients ont développé des ADAs associés à une perte de réponse thérapeutique et à une faible concentration de médicament dans le sérum. Les autres patients n’avaient pas de ADAs et présentaient une réponse clinique favorable et durable sous IFX. Cependant, 4 patients ont nécessité une majoration de la dose et/ou une diminution de l’intervalle entre les cures. Notre rapport suggère que l’immunogénicité devrait être prise en compte chez les patients atteints de HS sévère traités par IFX et présentant une perte de réponse thérapeutique. Pour nos patients, les ADAs sont apparus relativement précocement sous traitement (6 premiers mois), nécessitant son interruption. Pour les autres patients, une majoration de la dose et/ou une diminution des intervalles pourrait aider à l’obtention d’une réponse clinique favorable et durable. Une surveillance biologique avec recherche de ADAs aiderait donc à optimiser la réponse clinique de ces patients.