Introduction Les néoplasies, qu’il s’agisse de cancer solide, de lymphome, ou de leucémie aiguë lymphoblastique, peuvent s’accompagner d’une hyperéosinophilie réactionnelle. Cette hyperéosinophilie peut être responsable de dysfonctions d’organes ou de manifestations cliniques secondaires à la toxicité tissulaire, vasculaire, ou pro-thrombogène des polynucléaires éosinophiles (PNE), constituant alors un tableau de véritable syndrome hyperéosinophilique (SHE). Ces SHE paranéoplasiques, à distinguer des SHE myéloïdes au cours desquels la prolifération de PNE est clonale, sont peu connus. Patients et méthodes L’objectif de notre travail était de fournir une description clinique, biologique, évolutive, et de la réponse aux thérapeutiques des SHE paranéoplasiques secondaires à des lymphomes. Nous avons pour cela procédé à une revue de la littérature et à la constitution d’une série de cas de SHE paranéoplasiques secondaires à des lymphomes, via une étude rétrospective et prospective observationnelle multicentrique. Les critères d’inclusion étaient la présence d’un lymphome remplissant les critères OMS associé à un SHE (PNE>1,5G/L à deux reprises à au moins un mois d’intervalle et présence de lésions ou dysfonction d’organe attribuable à la toxicité des PNE). Le SHE était considéré secondaire au lymphome après exclusion des autres causes de SHE. Les hyperéosinophilies asymptomatiques et les SHE lymphoïdes étaient exclus. Résultats Nous avons pu analyser un total de 37 cas de SHE paranéoplasiques secondaires à un lymphome (série de cas n=8 ; littérature n=29). L’âge médian de ces 37 patients était de 47 ans. Le taux médian maximum de PNE de 14G/L. Les complications de l’hyperéosinophilie étaient cardiaques dans 59,4 % des cas (myocardite aiguë à éosinophiles dans 21,1 %, présence d’un thrombus intra-cavitaire dans 31,6 % des cas, aspect de fibrose endomyocardique dans 73,7 % des cas), pulmonaires dans 34,4 % des cas, cutanées dans 21,9 % des cas et neurologiques dans 15,6 % des cas. La durée médiane de suivi était de 14,5 mois et la mortalité de 40,6 %, dans 38 % des cas du fait des complications du SHE. Dans 43,2 % des cas l’hyperéosinophilie précédait significativement le diagnostic du lymphome. Les diagnostics sous-jacents étaient un lymphome de type T dans 81,1 % des cas (dont 30 % de lymphomes T cutanés, 30 % de lymphome T périphérique NOS, 13,3 % de lymphome T angio-immunoblastique), un lymphome B dans 13,5 % des cas et une maladie de Hodgkin dans 5,4 % des cas. L’hyperéosinophilie était corticosensible dans 35 % des cas. Conclusion Notre étude constitue la première série de cas de SHE paranéoplasiques secondaires à des lymphomes. Ce travail met notamment en évidence la grande variété des manifestations de SHE possibles, avec une prévalence élevée des complications cardiaques, qui devraient être dépistées. Ces complications sont potentiellement graves, et volontiers révélatrices du lymphome sous-jacent. Le mécanisme physiopathologique supposé est cytokinique, avec une polarisation Th2 et une production de cytokines comme l’Il-5 par les cellules lymphomateuses, ce qui a notamment été démontré au cours de certains lymphomes T. Bien que s’inscrivant dans le cadre nosologique des SHE réactionnels, les SHE paranéoplasiques secondaires aux lymphomes sont rarement corticosensibles. Le traitement est en premier lieu celui du lymphome.
Introduction En France, on constate en 2023 une augmentation nette du nombre d’infections à Mycoplasma pneumoniae (MP) [1], [2]. MP est responsable d’infections des voies respiratoires, mais peut induire des manifestations extra-pulmonaires potentiellement graves dont l’anémie hémolytique auto-immune à anticorps froids (AHAI). Si la détection d’agglutinines froides associée à une hémolyse « à bas bruit » est relativement fréquente au cours de l’infection par MP, les formes symptomatiques et/ou sévères d’AHAI sont nettement plus rares [3]. Bien que « classique » cette association est mal décrite dans la littérature. Cette étude a pour objectifs de décrire les caractéristiques des patients atteints d’AHAI à anticorps froids associée à une infection à MP ainsi que leurs modalités évolutives. Patients et méthodes Nous avons mené une étude ambispective (rétrospective et prospective), observationnelle, en soins courant, multicentrique. Les patients ont été recrutés via (i) un appel à observations relayé par le Centre de Référence des Cytopénies Auto-Immunes (CeReCAI), et par la SNFMI et (ii) Identification de cas inclus dans l’étude MYCADO (étude observationnelle multicentrique nationale des infections à MP). Pour être inclus les patients devaient avoir eu une infection à MP confirmée compliquée d’une anémie hémolytique avec un nadir du taux d’hémoglobine (Hb)<10g/dL, avec un test direct à l’antiglobuline positif de type C3d. Résultats Seize patients (âge médian [IQR] de 47,5 [41,5–65] ans, 5 femmes [31,3 %]) ont été inclus à ce jour (recrutement en cours). Parmi eux, la moitié présentait des facteurs de risque d’infection respiratoire ; 5 des facteurs de risque cardiovasculaires ; 2 avaient un antécédent d’hémopathie et 2 patients une immunodépression (hémopathie active et traitement immunosuppresseur). Tous les patients présentaient des signes respiratoires d’infection à MP ; 5 des signes digestifs (31,3 %), 2 une acrocyanose (12,5 %) et 6 des urines « porto » (37,5 %). Enfin, 3 patients présentaient une maladie thromboembolique veineuse (3 embolies pulmonaires associées à une thrombose veineuse profonde dans 2 cas). La moitié des patients ont nécessité un séjour en réanimation (dont 2 en raison de l’AHAI) avec ventilation invasive pour 2 patients (12,5 %) et non-invasive chez 4 patients (25 %) ; 2 patients ont reçu des amines vasopressives. Quinze patients ont reçu un traitement antibiotique dont 13 par macrolides avec une résolution complète de l’infection dans tous les cas. Concernant l’AHAI, le diagnostic était porté 11 [7–14] jours après les premiers symptômes de MP. Le taux médian d’Hb au diagnostic était de 5,8 [5–6,1] g/dL avec en médiane des réticulocytes à 90 [59–99] G/L, un taux de LDH à 767 [583–1627] UI/L, un taux d’haptoglobine à 0 [0–0,14] g/L et un taux de bilirubine libre à 35,3 [7–51] μmol/L. Treize patients (81,3 %) nécessitaient le recours des transfusions de culots globulaires (CGR) avec en médiane 3,5 [1,8–4,3] CGR/patient. Neuf patients (56,3 %) ont reçu un ou plusieurs traitements « spécifique » de l’AHAI parmi lesquels une corticothérapie dans 8 cas (50 %), de l’EPO dans 2 cas (12,5 %) et des échanges plasmatiques pour 1 patient (6,3 %). L’évolution de l’AHAI était favorable chez tous les patients en 24,5 [21–28] jours (Fig. 1) sans décès. Conclusion Ces données préliminaires confirment que bien qu’initialement sévère et survenant chez des patients avec une infection respiratoire symptomatique, l’AHAI liée à une infection par MP est de bon pronostic et résolutive en parallèle de l’infection bactérienne. Elle nécessite un recours à un support transfusionnel chez la majorité des patients parfois associé à une courte corticothérapie. La collecte de nouveaux cas et la comparaison à des patients sans AHAI au sein de la cohorte MYCADO permettront d’avoir une estimation de la prévalence de cette complication et d’identifier d’éventuels facteurs de risques associés à sa survenue.
We read with interest the publication by Wang and colleagues on the off-label use of Mepolizumab for the treatment of eosinophilic cystitis in a 77-year-old patient [1].The authors presented another patient with idiopathic eosinophilic cystitis successfully treated with mepolizumab [1].
Introduction Les néoplasies, qu’il s’agisse de cancer solide, de lymphome, ou de leucémie aiguë lymphoblastique, peuvent s’accompagner d’une hyperéosinophilie réactionnelle. Cette hyperéosinophilie peut être responsable de dysfonctions d’organes ou de manifestations cliniques secondaires à la toxicité tissulaire, vasculaire, ou pro-thrombogène des polynucléaires éosinophiles (PNE), constituant alors un tableau de véritable syndrome hyperéosinophilique (SHE). Ces SHE paranéoplasiques, à distinguer des SHE myéloïdes au cours desquels la prolifération de PNE est clonale, sont peu connus. Patients et méthodes L’objectif de notre travail était de fournir une description clinique, biologique, évolutive, et de la réponse aux thérapeutiques des SHE paranéoplasiques secondaires à des cancers solides. Nous avons pour cela procédé à une revue de la littérature et à la constitution d’une série de cas de SHE paranéoplasiques secondaires à des cancers solides, via une étude rétrospective et prospective observationnelle multicentrique. Les critères d’inclusion étaient la présence d’un cancer solide associé à un SHE (PNE>1,5G/L à deux reprises à au moins un mois d’intervalle et présence de lésions ou dysfonction d’organe attribuable à la toxicité des PNE). Le SHE était considéré secondaire au cancer après exclusion des autres causes de SHE. Les hyperéosinophilies asymptomatiques étaient exclus. Résultats Nous avons pu analyser un total de 28 cas de SHE paranéoplasiques secondaires à un cancer solide (série de cas n=10 ; littérature n=18). L’âge médian de ces 28 patients était de 64 ans. Le taux médian maximum de PNE de 12G/L. Les complications de l’hyperéosinophilie étaient cardiaques dans 48,0 % des cas (myocardite aiguë à éosinophiles dans 16,7 %, présence d’un thrombus intra-cavitaire dans 91,7 % des cas, aspect de fibrose endomyocardique dans 58,3 % des cas), neurologiques dans 40,0 % des cas, pulmonaires dans 16,0 % des cas, cutanées dans 12,0 % des cas et digestives dans 12,0 % des cas. La durée médiane de suivi était de 4 mois et la mortalité de 80 %, dans 40 % des cas du fait des complications du SHE. Dans 86,2 % des cas l’hyperéosinophilie précédait le diagnostic de cancer. Le cancer était d’origine pulmonaire dans 27,6 % des cas, digestive dans 24,1 % des cas, et un mélanome dans 10,3 % des cas. L’hyperéosinophilie était corticosensible dans 20 % des cas. Conclusion Notre étude constitue la première série de cas de SHE paranéoplasiques secondaires à des cancers solides. Ce travail met notamment en évidence la grande variété des manifestations de SHE possibles, avec une prévalence élevée des complications cardiaques, qui devraient être dépistées. Ces complications sont potentiellement graves, et volontiers révélatrices du cancer sous-jacent. Le mécanisme physiopathologique reste partiellement incompris, mais il a été mis en évidence dans certains cas une production par le micro-environnement tumoral de cytokines simulant la prolifération des PNE (IL-3, IL-5, BM-CSF). Bien que s’inscrivant dans le cadre nosologique des SHE réactionnels, les SHE paranéoplasiques secondaires aux cancers sont rarement corticosensibles. Le traitement est en premier lieu celui de la néoplasie sous-jacente.
Introduction La connectivite mixte (CM ou syndrome de Sharp) est une affection systémique rare qui fait partie du spectre des connectivites. Initialement, et dès sa première description, la CM était réputée comme ayant un pronostic favorable et une réponse importante aux corticoïdes (CTC), considérés comme la pierre angulaire du traitement. Néanmoins, cette stratégie thérapeutique se reposant sur les CTC seuls est actuellement discutée et, en l’absence d’essai prospectif contrôlé et randomisé, le traitement de la CM est souvent guidé par les recommandations disponibles pour les autres connectivites. Profitant des données présentes dans la cohorte française de CM (5), nous avons mené une étude observationnelle, rétrospective de façon à décrire les traitements utilisés dans la CM et leur impact sur le pronostic de la maladie. Patients et méthodes Nous avons mené une étude observationnelle au sein de la cohorte française de CM. Les données ont été collectées au moment du diagnostic, pendant le suivi et lors du dernier suivi. Nous avons étudié trois groupes de traitement : i) aucun traitement, ii) traitements dits de première intention (hydroxychloroquine (HCQ) et/ou CTC) et iii) DMARDs (disease-modifying antirheumatic drugs)/immunosuppresseurs (IS). Résultats Trois cent quinze patients ont été inclus et suivis pendant 96 [40–156] mois. A l’inclusion, 52 (16,5 %) patients n’étaient pas traités, 224 (71,1 %) ont reçu un traitement de première ligne et 39 (12,4 %) un DMARD et/ou un IS. Au cours du suivi, 10 (3,2 %) patients sont restés sans traitement et 77 (24,4 %) sans CTC. Au dernier suivi, seuls 57 (18,1 %) patients ne recevaient aucun traitement. Cent quarante-huit (47 %) patients recevaient un traitement de première intention uniquement, dont 23 (7,3 %) des CTC seuls, 96 (30,5 %) de l’HCQ seule et 29 (9,2 %) les deux à la fois. Cent dix (34,9 %) patients recevaient des traitements de seconde ligne, en particulier du méthotrexate pour 49 (15,6 %) patients ou du mycophénolate mofétil pour 33 (10,5 %) (Fig. 1). Au cours de l’ensemble du suivi, la plupart des patients (n=271 ; 85,8 %) recevaient de l’HCQ et 161 (51,1 %) ont été traités avec des DMARDs et/ou des IS. Le recours aux DMARDs et/ou aux IS était statistiquement plus fréquent chez les patients présentant une atteinte musculo-squelettique (p<0,0001), une pneumopathie interstitielle (PID, p<0,0001) et une hypertension artérielle pulmonaire (HTAP, p<0,01). Les patients en rémission clinique et ceux qui n’ont pas évolué vers une connectivite différenciée recevaient beaucoup moins de DMARD et/ou d’IS (p<0,0001 pour les deux). Les patients atteints de CM qui n’ont pas développé de PID ou d’HTAP avaient reçu significativement plus souvent de l’HCQ au départ (p<0,05). Conclusion L’HCQ et les CTC sont les pierres angulaires du traitement de la CM et permettent de contrôler les manifestations de la maladie chez près de la moitié des patients, ce qui reflète le bon pronostic de cette maladie, tandis que les DMARDs/IS sont utilisés pour les atteintes musculo-squelettiques, l’HTAP/PID et chez les patients atteints de CM évoluant vers une connectivite différenciée.
Les polynucléaires éosinophiles ont des propriétés pro-coagulantes notables et sont cytotoxiques pour l’endothélium vasculaire. D’un point de vue clinique, ceci peut se traduire par la survenue de myocardite à éosinophiles, de fibrose endomyocardique, de vascularite à éosinophiles ou de thromboses artérielles ou veineuses. L’objectif de cette étude était de présenter les caractéristiques cliniques, paracliniques, l’évolution sous traitement et le devenir des patients présentant des manifestations vasculaires ophtalmiques associées à la présence d’une éosinophilie. Nous avons mené une étude rétrospective, multicentrique, observationnelle ainsi qu’une revue de la littérature incluant des patients ayant présenté une manifestation vasculaire ophtalmique (occlusion artérielle ou veineuse rétinienne, neuropathie optique ischémique ou rétinopathie de Purtscher) associée à la présence concomitante d’une éosinophilie (≥ 0,5 × 109/L), quelle qu’en soit sa cause, mais en l’absence de diagnostic alternatif (notamment cardiopathie rythmique ou emboligène, thrombophilie constitutionnelle ou acquise) pouvant expliquer la sémiologie ophtalmique. Cinquante-cinq patients répondant aux critères d’inclusion ont été inclus. Les manifestations vasculaires ophtalmiques consistaient en 30 (40 %) occlusions de l’artère centrale de la rétine, quatre (5 %) occlusions d’une branche de l’artère centrale de la rétine, cinq (7 %) occlusions de la veine centrale de la rétine, une (1 %) occlusion d’une branche de la veine centrale de la rétine, sept (9 %) vascularites rétiniennes, 10 (13 %) rétinopathies de Purtscher, 19 (25 %) neuropathies optiques ischémiques antérieures et deux (3 %) neuropathies optiques ischémiques postérieures. Pour 35 (64 %) patients, celles-ci étaient inaugurales de la maladie à éosinophiles. Le taux médian [intervalle interquartile] d’éosinophiles sanguins lors de la manifestation vasculaire ophtalmique était de 4 [2–7,8] × 109/L. Les maladies à éosinophiles sous-jacentes consistaient en des granulomatoses éosinophiliques avec polyangéite (n = 35), des syndromes hyperéosinophiliques (SHE) idiopathiques (n = 11), lymphocytaires (n = 2) ou clonal (n = 1), des réactions médicamenteuses (n = 2), une parasitose, une périartérite noueuse, une maladie associée aux IgG4, ainsi qu’une fasciite à éosinophiles. Des manifestations vasculaires artérielles et veineuses extra-ophtalmiques liées à l’éosinophilie étaient également rapportées respectivement chez 7 (13 %) et 5 (9 %) patients. Le pronostic visuel était sombre : une récupération complète était rapportée chez seulement 5 (9 %) patients, et l’acuité visuelle médiane à la fin du suivi était de 0,8 [0–2,3] logmar. Après un suivi médian de 5 [1–15] mois, un seul patient a présenté une récidive d’événement vasculaire ophtalmique. Après la prise en charge de la maladie sous-jacente et la normalisation de l’éosinophilie sanguine, aucun patient n’a présenté de nouvel épisode vasculaire artériel ou veineux. Cette étude est la première analyse longitudinale consacrée aux manifestations ophtalmiques survenant au cours des maladies liées aux éosinophiles. Elle souligne le fait que l’éosinophilie (quelle que soit la nature de la maladie sous-jacente) peut entraîner une toxicité au niveau des vaisseaux ophtalmiques. Elle souligne également le mauvais pronostic de ces manifestations vasculaires ophtalmologiques, responsables d’une baisse d’acuité visuelle importante au diagnostic, avec peu de récupération par la suite malgré les traitements entrepris. Cette étude suggère que, dans un sous-ensemble de patients présentant des manifestations vasculaires ophtalmiques autrement inexpliquées et une éosinophilie, une normalisation du taux d’éosinophiles sur le long terme est nécessaire pour prévenir la récurrence des manifestations vasculaires. Cependant, cette étude étant rétrospective, avec un effectif limité de patients, d’autres études à grande échelle sont nécessaires pour confirmer ces résultats préliminaires.
Background Heart involvement is one of the leading causes of death in systemic sclerosis (SSc). Cardiac manifestations are heterogeneous. In particular, prevalence of SSc-related cardiopathy is poorly known due to a lack of consensus in its definition. Objectives Our objective was to investigate the prevalence and prognosis burden of the different heart diseases in a nationwide cohort of patients with SSc. Methods We used data from a national multicentric prospective study using the French SSc national database. We described the characteristics of 3 different types of heart involvement: SSc-related cardiopathy, pulmonary arterial hypertension and ischaemic heart disease. We analyzed overall survival and survival according to the heart disease. Focusing on SSc-related cardiopathy, we aimed to determine its incidence and risk factors. Results Over the 3528 patients with SSc available for baseline analyses 312 (10.9%) had SSc-related cardiopathy at baseline. They tended to have a diffuse SSc subtype more frequently, had more severe clinical features, and presented more cardiovascular risk factors. From the 1646 patients available for follow-up analysis, SSc-related cardiopathy was associated with an increased risk of death. No significant difference of overall survival was found between SSc-related cardiopathy, ischaemic heart disease or pulmonary arterial hypertension. Concerning survival analysis, 98 patients developed SSc-related cardiopathy at 5 years (5-year event-rate: 11.15% [9.01; 13.23]). Regarding reduced LVEF < 50% and left ventricular diastolic dysfunction, the 5-year event-rate were 2.49% [CI95%: 1.13; 3.83] and 5.84% [CI95%: 4.02; 7.62], respectively. The pericarditis cumulative incidence at 5 years was 3% [CI95%: 1.91; 4.08]). Diffuse SSc subtype was a risk factor of SSc-related cardiopathy and pericarditis (adjusted HR: 1.42 [CI95%: 1.02; 1.97], p = 0.04 and adjusted HR: 1.79 [CI95%: 1.06; 3.02], p = 0.03, respectively). Female sex was associated with less diastolic dysfunction incidence (adjusted HR: 0.39 [CI95%: 0.24; 0.63], p = 0.0001). Conclusion Our results further describe at a large scale the incidence and prognostic burden of SSc-related cardiopathy, with gender and diffuse SSc subtype as risk factors. Further analyses should assess the potential impact of treatment on these various cardiac outcomes. References [1]Elhai M, Meune C, Boubaya M, Avouac J, Hachulla E, Balbir-Gurman A, et al. Mapping and predicting mortality from systemic sclerosis. Ann Rheum Dis 2017;76:1897–905. https://doi.org/10.1136/annrheumdis-2017-211448. [2]Bulkley BH, Ridolfi RL, Salyer WR, Hutchins GM. Myocardial lesions of progressive systemic sclerosis. A cause of cardiac dysfunction. Circulation 1976;53:483–90. https://doi.org/10.1161/01.cir.53.3.483. [3]Hoogen F van den, Khanna D, Fransen J, Johnson SR, Baron M, Tyndall A, et al. 2013 Classification Criteria for Systemic Sclerosis: An American College of Rheumatology/European League Against Rheumatism Collaborative Initiative. Arthritis & Rheumatism 2013;65:2737–47. https://doi.org/10.1002/art.38098. Acknowledgements: NIL. Disclosure of Interests Alexis F. Guedon: None declared, Fabrice Carrat: None declared, Luc Mouthon: None declared, David Launay: None declared, Benjamin Chaigne: None declared, Gregory Pugnet: None declared, Jean-Christophe Lega: None declared, Arnaud Hot: None declared, Robin Dhote: None declared, Thomas Papo: None declared, Emmanuel Chatelus: None declared, Bernard Bonnotte: None declared, Jean-Emmanuel Kahn: None declared, Elisabeth Diot Speakers bureau: ED received fees as speaker in symposium from Boehringer Ingelheim., Boris Bienvenu: None declared, Nadine Magy-Bertrand: None declared, Viviane Queyrel: None declared, Alain Le Quellec: None declared, Pierre Kieffer: None declared, Zahir Amoura: None declared, Jean-Robert Harlé: None declared, Vincent Cottin: None declared, Jean-Baptiste Gaultier: None declared, Marie-Hélène Balquet: None declared, DENIS WAHL: None declared, Olivier Lidove Grant/research support from: OL received several fees for congress travels and experts’ use from Amicus Therapeutics, Sanofi-Genzyme, and Takeda, Anne-Laure Fauchais: None declared, Yannick Allanore: None declared, Patrick Jégo: None declared, Christian Agard: None declared, olivier fain: None declared, Arsene Mekinian Grant/research support from: AM is investigator of CELGENE, ROCHE, CHUGAI founded trials with APHP and Hopital 15-20 promotion; AM received several fees for congress travels and experts’ use from LFB, SANOFI, SHIRE, and CELGENE, Eric Hachulla: None declared, Sebastien RIVIERE: None declared.
Les vasospasmes coronaires liés aux éosinophiles sont potentiellement mortels, méconnus et rarement rapportés dans la littérature médicale. La prise en charge optimale demeure incertaine, mais des données préliminaires suggèrent que des thérapies ciblant les éosinophiles pourraient être bénéfiques. Une étude multicentrique européenne rétrospective a été menée dans vingt centres en France, en Italie et en Espagne. Ces centres font partie du réseau de référence français pour les syndromes hyperéosinophiliques (SHE) et/ou du groupe d’étude européen sur la granulomatose éosinophilique avec polyangéite (GEPA). L’étude a inclut des patients âgés de 15 ans ou plus présentant un vasospasme coronaire avéré ou suspecté selon les critères diagnostiques normalisés en 2017 pour les vasospasmes coronaires, associé à une éosinophilie concomitante (définie comme un taux d’éosinophiles ≥ 0,5 × 10^9/L) dans les 48 heures suivant l’événement coronaire. Trente-sept patients ont été inclus, avec un âge médian de 52 ans (plage : 42–64), dont 43 % étaient des femmes. Parmi eux, 16 (43 %) présentaient une maladie respiratoire exacerbée par l’aspirine, 16 (43 %) remplissaient les critères de GEPA (tous ayant des ANCA négatifs) et 13 (35 %) avaient un syndrome hyperéosinophilique (SHE). Un déclencheur iatrogène a été mis en évidence chez 7 (19 %) patients, principalement attribué aux anti-inflammatoires non stéroïdiens. Après un suivi médian de 32 mois [12–63], 20 (54 %) patients ont eu une rechute du vasospasme (temps médian jusqu’à la première rechute : 10 mois [5–29]), malgré un traitement par vasodilatateurs dans 95 % des cas. Outre le(s) vasospasme(s) coronaire(s), 13 (35 %) patients ont eu un évènement cardio-vasculaire majeur (troubles du rythme ventriculaire, bloc atrio-ventriculaire de haut degré, arrêt cardio-respiratoire). Dans l’analyse multivariée, la persistance de l’éosinophilie (définie comme un taux absolu d’éosinophiles > 0,5 × 10^9/L au moment de la rechute du vasospasme coronaire ou lors du dernier suivi pour les patients avec et sans rechute) était le seul facteur indépendant de la rechute (rapport des cotes 8,87 [IC à 95 % : 3,28–24,82] ; p < 0,001). À noter que les six patients traités avec des biologiques à l’interleukine-5 sont restés exempts de rechute sous traitement. Le vasospasme coronaire lié à l’éosinophilie peut survenir chez des patients présentant une inflammation de type 2. Le traitement par vasodilatateurs seul ne prévient pas la récurrence du vasospasme coronaire lié à l’éosinophilie. La normalisation à long terme des taux absolus d’éosinophiles est impérative dans ce contexte.
Les syndrome hyperéosinophiliques (SHE) clonaux associés à FIP1L1::PDFGRA (F/P) représentent une étiologie rare d’hyperéosinophilie. Bien qu’ayant une rentabilité diagnostique mineure, la recherche du transcrit de fusion F/P fait néanmoins souvent partie du bilan étiologique de première ligne face à une hyperéosinophilie inexpliquée. Nous avons cherché à établir un score clinicobiologique permettant de cibler les indications de recherche de F/P. Les données de 151 patients présentant un SHE clonal lié à F/P inclus dans la cohorte FIPEO ont été comparées à celles de 320 patients inclus dans la cohorte nationale française COHESion (109 SHE idiopathiques, 101 SHE de chevauchement, 21 SHE réactionnels, 33 SHE lymphoïdes, 15 SHE clonaux F/P-négatifs, 41 hyperéosinophilies de signification indéterminée) et ayant eu une recherche négative de F/P dans le cadre de leur bilan étiologique initial. Des cohortes d’entraînement et de validation (comprenant respectivement 90 % et 10 % de l’ensemble de la population) ont aléatoirement été constituées. Les variables avec une valeur de p < 0,20 en analyse univariée ont été incluses dans un modèle de régression logistique pour évaluer leurs contributions individuelles dans la prédiction de la positivité du transcrit F/P. Les coefficients bêtas issus de la régression logistique ont été utilisés pour la pondération des variables finalement retenues dans la construction du score final. Un âge inférieur à 66 ans (bêta = 0,93), le sexe masculin (bêta = 0,88), la présence d’une splénomégalie (bêta = 1,81), d’une papulomatose lymphomatoïde (bêta = 0,86), l’absence d’atteinte gastro-intestinale (bêta = 1,12), l’élévation de la vitamine B12 (bêta = 1,51), l’élévation de la tryptase sanguine (bêta = 1,27) et un taux normal en IgE (bêta = 1,19) constituaient les huit variables retenues dans le modèle final. Les variables étaient pondérées de +9 (pour l’âge, le sexe masculin, la papulomatose lymphomatoïde) à +18 (pour la splénomégalie). Le score médian était de 67 [IIQ : 55–76] pour les patients F/P-positifs et de 25 [IIQ : 21–33] pour les patients F/P-négatifs. Selon l’indice de Youden, le seuil le plus discriminant était de 48 points. Le « FIP-score » ainsi modélisé présentait une sensibilité, une spécificité, une valeur prédictive positive, une valeur prédictive négative, une aire sous la courbe et un coefficient de détermination (R2) respectivement de 88,3 %, 93,7 %, 87,1 %, 94,4 %, 0,962 et 0,823 dans le modèle d’entraînement et de 85,7 %, 97,0 %, 85,7 %, 97,0 %, 0,986 et 0,868 dans le modèle de validation. En fonction des différents sous-types de SHE non liés à F/P, les aires sous la courbe variaient de 0,987 (pour les SHE clonaux F/P-négatifs) à 0,988 (pour les SHE de chevauchement). Le « FIP-score » est un outil simple, performant, accessible et peu coûteux permettant de cibler les patients présentant une hyperéosinophilie chez qui la recherche du transcrit de fusion FIP1L1::PDGFRA doit être envisagée. L’application du « FIP-score » devrait permettre des économies substantielles à la fois matérielles et de temps humain.
Les caractéristiques et les complications obstétricales associées aux poussées de syndrome hyperéosinophilique (SHE) et de granulomatose éosinophilique avec polyangéite (GEPA) ANCA négative lors de la grossesse et du post-partum n’ont jamais été rapportées. Nous proposons de les décrire et d’évaluer le risque de récidive lors des grossesses ultérieures. Les cas éligibles ont été sélectionnés à partir de la cohorte française COHESion, d’un appel national à observations et d’une revue de la littérature. Les patientes ont été incluses si (i) elles remplissaient les critères d’hyperéosinophilie sanguine (HE), de SHE [1], et/ou de GEPA-ANCA négative (critères ACR/EULAR 2022 [2]), et si (ii) elles développaient une HE asymptomatique transitoire OU une poussée clinique de SHE ou de GEPA pendant la grossesse ou le post-partum (G/PP-Eo+). Soixante-treize patientes ont été inclues, parmi lesquelles 19 étaient des cas français non publiés. Parmi les 73 patientes inclues, 8 ont présenté une HE transitoire asymptomatique et 65 ont développé au moins une poussée clinique lors d’une ou plusieurs grossesses et/ou post-partum (G/PP-Eo+) successifs. Au cours de la première G/PP-Eo+, ces 65 patientes ont présenté 73 poussées, survenant uniquement pendant la grossesse dans 54 % (n = 35), uniquement pendant le post-partum dans 34 % (n = 22), et à la fois dans la grossesse puis dans le post-partum dans 12 % (n = 8). Il s’agissait dans 66 % de poussées inaugurales et dans 34 % d’une poussée de maladie à éosinophiles déjà diagnostiquée avant la grossesse étudiée. Les poussées gestationnelles survenaient essentiellement au 1er et 2e trimestre. Le nombre de poussées au 3e trimestre était significativement plus faible qu’au cours des 1er et 2e trimestres (p < 0,05). Dans le groupe « poussées de SHE », les signes cliniques étaient digestifs dans 40 % (n = 21), respiratoires dans 40 % (n = 21), généraux dans 38 % (n = 20), cutanés dans 37 % (n = 19), cardiaques dans 25 % (n = 13), ORL dans 4 % (n = 2) et thrombo-emboliques dans 4 % (n = 2). Les atteintes vascularitiques (purpura, hémorragies en flammèches, ischémies digitales, coronarites, artérites temporales, hemoptysies et mononeuropathies), survenaient dans 21 % (n = 11). Dans le groupe « poussées de GEPA », les signes cliniques étaient respiratoires dans 100 % (n = 13, dont 12 exacerbations d’asthme), neurologiques dans 54 % (n = 7), généraux dans 38 % (n = 5), cutanés dans 31 % (n = 4), ORL dans 31 % (n = 4), cardiaques dans 23 % (n = 3), digestifs dans 23 % (n = 3) et thrombo-emboliques dans 8 % (n = 1). Les atteintes vascularitiques survenaient dans 85 % (n = 11). Quarante-sept des 73 poussées cliniques ont nécessité une hospitalisation, parmi lesquelles 12 en réanimation et soins intensifs. Des corticoïdes ont été administrés chez 82 % (n = 53) des patientes et un immunosuppresseur chez 15 % (n = 10). Parmi les 65 patientes ayant présenté une poussée clinique, 25 (38 %) ont eu des complications obstétricales, comprenant une prématurité dans 23 % (n = 15), une césarienne dans 22 % (n = 14), une RPM dans 9 % (n = 6), un RCIU dans 6 % (n = 4), une prééclampsie dans 5 % (n = 3), une hypertension artérielle gravidique dans 5 % (n = 3), une fausse couche dans 3 % (n = 2), une MFIU dans 3 % (n = 2), une IVG pour cause maternelle dans 2 % (n = 1), un diabète gestationnel dans 2 % (n = 1) et une mort maternelle dans 2 % (n = 1). À l’issue de cette 1re G/PP-Eo+, 55 des 73 patientes répondaient aux critères du SHE (dont 53 SHE idiopathiques 2 SHE lymphoïdes), 13 à ceux de la GEPA et 5 à ceux de l’HE de signification indéterminée. Après leur première G/PP-Eo+, 16 des 65 patientes (25 %) ont eu une ou plusieurs grossesses ultérieures (jusqu’à 5), pour un total de 27 grossesses. Parmi ces 27 grossesses, 19 rechutes de SHE ou de GEPA sont survenues chez 10 patientes (dont un décès), malgré l’administration de corticoïdes dans 13 grossesses. Cette étude est la première à s’intéresser aux poussées de SHE et de GEPA survenant pendant la grossesse et le post-partum. Elle suggère que ces périodes pourraient constituer des situations à risque de poussées et que ces poussées peuvent être associées à des complications materno-fœtales. Ainsi, les patientes atteintes de ces pathologies doivent être suivies attentivement durant leurs grossesses et la période du post-partum.
Le syndrome hyperéosinophilique de variant lymphoïde (SHE-L) est un syndrome lymphoprolifératif T indolent caractérisé par une hyperéosinophilie sanguine chronique et symptomatique, qui est secondaire à la production de cytokines éosinophilopoïétiques (dont l’interleukine-5) par des lymphocytes T (LT) clonaux, parmi lesquelles les LT CD3-CD4+ constituent le sous-ensemble le plus fréquent. L’utilisation de corticostéroïdes oraux au long cours, l’échec et/ou la toxicité des thérapies d’épargne cortisonique et le risque de progression vers un lymphome angioimmunoblastique (environ 5–10 % des patients) soulignent le besoin de nouvelles approches thérapeutiques ciblant le clone lymphocytaire (et pas seulement les éosinophiles). Nous avions précédemment rapporté dans la cohorte française que les LT CD3–CD4+ circulants expriment le récepteur CCR4 au cours du SHE-L. Nous émettons l’hypothèse que le mogamulizumab, un anticorps monoclonal afucosylé ciblant les cellules CCR4-positives par le biais d’une cytotoxicité cellulaire dépendante des anticorps, pourrait être bénéfique au cours du SHE-L réfractaire. Dans un premier temps, nous avons évalué l’expression de CCR4 par les LT CD4+ présents dans la peau et les ganglions lymphatiques de deux patients avec un SHE-L réfractaire. Nous avons ensuite testé, chez ces deux patients, la capacité du mogamulizumab à induire une ADCC in vitro sur les LT CD3–CD4+ circulants triées, en utilisant les cellules NK homologues triées comme cellules effectrices. Puis, des patients atteints d’un SHE-L réfractaire malgré un traitement par immunosuppresseurs et/ou biothérapie anti-l’IL5, ont été traité de manière compassionnelle par mogamulizumab intraveineux (1,0 mg/kg par semaine pendant le premier cycle de 28 jours, puis les jours 1 et 15 des cycles suivants). La réponse hématologique a été définie comme complète si les LT CD3–CD4+ était < 0,5 % de tous les lymphocytes, ou comme partielle si le nombre de LT CD3–CD4+ diminuait de > 50 % sans atteindre la réponse complète au moment de la dernière perfusion. Nous avons confirmé (i) l’expression de CCR4 sur les LT CD4+ tissulaires sur les organes symptomatiques (peau et ganglion, n = 1 respectivement) chez des patients avec SHE-L réfractaire, (ii) que les cellules NK homologues ont effectivement conduit à la lyse des LT CD3–CD4+ en présence de mogamulizumab (10 μg/ml). Quatre patients atteints d’un SHE-L symptomatique et réfractaire (malgré un traitement par corticothérapie à forte dose, n = 4 ; interféron alpha 2a pégylé, n = 4 ; ou mépolizumab n = 1) ont été traités de manière compassionnelle par mogamulizumab. Malgré une diminution substantielle de la dose de la corticothérapie, tous les cas ont présenté une réponse clinique. Des réponses hématologiques (partielles, n = 2 ; ou complètes, n = 2) et une forte diminution du nombre absolu d’éosinophiles ont été signalées chez tous les patients. Bien que des réponses hématologique et cliniques prolongées aient été observées après l’arrêt du mogamulizumab, des rechutes se sont encore produites, précédées d’une augmentation du nombre de LT CD3–CD4+ et du nombre absolu d’éosinophiles. Au cours d’une rechute, la reprise d’un court cycle de mogamulizumab a permis d’obtenir une rémission complète pendant 12 mois supplémentaires (cas no 1). En termes de sécurité, le mogamulizumab a été interrompu chez deux patients en raison d’effets indésirables : l’un pour des réactions récurrentes liées à la perfusion et l’autre pour des événements infectieux. Une lymphopénie a été signalée dans trois cas, mais elle était préexistante dans les trois cas. Le cas no 4 a fait état d’un événement indésirable grave lié à un syndrome de lyse tumorale entraînant une libération massive d’IL-5 et un rebond subséquent du taux d’éosinophiles. Par conséquent, des doses plus faibles de mogamulizumab, l’utilisation transitoire d’OCS et/ou de mepolizumab doivent être envisagées dans le cas d’un SHE-L avec un nombre très élevé de LT CD3-CD4+ lors de l’initiation du mogamulizumab. Le mogamulizumab représente une nouvelle option thérapeutique pour les patients atteints d’un SHE-L réfractaire sévère, présentant des symptômes liés au clone lymphocytaire et/ou un nombre très élevé de LT CD3–CD4+ et/ou devant une expansion rapide du clone, particulièrement en cas de syndrome tumoral important. Chez les patients qui obtiennent une rémission complète sous mogamulizumab, il reste à étudier si des perfusions fixes et répétées pourraient être bénéfiques pour prévenir les rechutes et la transformation en lymphome de haut grade.
Le syndrome platypnée-orthodéoxie est une situation rare caractérisée par l’apparition d’une dyspnée et/ou d’une hypoxémie lors du passage en orthostatisme.Nous rapportons les cas de deux patients, ayant présenté un syndrome platypnée-orthodéoxie dans les suites d’une pneumocystose et d’une COVID-19, ayant révélé une communication intracardiaque avec shunt droit-gauche à l’échographie de contraste.Ce syndrome peut être dépisté facilement au lit du malade avec des manœuvres positionnelles et le shunt démontré par un test d’hyperoxie. Les situations non réversibles peuvent nécessiter une correction de l’anomalie anatomique par voie interventionnelle ou chirurgicale.The platypnea-orthodeoxia syndrome is a rare situation characterized by the appearance of dyspnea and/or hypoxemia during the transition to orthostatism.We report the case of two patients, who presented with a platypnea-orthodeoxia syndrome following pneumocystis pneumonia and COVID-19, revealing an intracardiac communication with a right-left shunt on contrast ultrasound.This syndrome can be detected easily at the bedside with positional maneuvers and the shunt demonstrated by a hyperoxia test. Non-reversible situations may require correction of the anatomical anomaly by transcatheter intervention or surgery.
Malgré un bilan étiologique exhaustif, près de la moitié des syndromes hyperéosinophiliques (SHE) sont idiopathiques. Au quotidien, les gènes de la voie JAK/STAT ne sont pas inclus dans la plupart des panels de séquençage de nouvelle génération (NGS) utilisés pour le bilan étiologique d’une hyperéosinophilie (HE)/SHE inexpliquée. Un panel NGS personnalisé de 149 gènes comprenant les sous-unités alpha des récepteurs de l’Interleukine (IL)3/IL5/GM-CSF, des récepteurs à activité tyrosine kinase (PDGFRA, PDGFRB, FGFR1, ABL1, FLT3, KIT), les protéines intracellulaires des voies JAK-STAT (JAK1, JAK2, JAK3, TYK2, STAT1, STAT3, STAT5A, STAT5B), RAS-MAPK (NRAS, KRAS, HRAS, BRAF, MAP2K1) et leurs gènes régulateurs (SH2B3, PTPN11, NF1, CBL) a été réalisé chez 64 patients adultes consécutifs adressés pour le bilan étiologique d’une HE ou d’un SHE inexpliqué (groupe expérimental). Ceux-ci présentaient au moins une caractéristique clinique laissant présager d’une origine clonale (myéloïde) de l’HE (ex : la présence d’une splénomégalie, d’une autre anomalie inexpliquée de la numération formule sanguine, d’une augmentation des taux sériques de tryptase et/ou de vitamine B12, ou le caractère corticoréfractaire de l’HE) mais n’avaient pas de réarrangement de PDGFRA, PDGFRB ou FGFR1 mis en évidence par PCR et/ou FISH. Les prélèvements d’autres patients atteints de SHE lymphoïdes (n = 7), de SHE idiopathiques (n = 26) et d’HE de signification indéterminée (n = 11) ont été utilisés comme groupe contrôle. En utilisant une fréquence allélique seuil de 3 %, au moins une mutation était retrouvée chez 51/65 (78 %) patients du groupe expérimental contre 7/44 (20 %) des patients du groupe contrôle (p < 0,001). Les mutations retrouvées dans le groupe témoin concernaient des gènes connus pour être impliqués dans l’hématopoïèse clonale liée à l’âge (ex : DNMT3A, TET2), avec dans la plupart des cas une fréquence allélique inférieure à 10 %. A contrario, les 35 (55 %) patients présentant au moins une mutation de la voie JAK/STAT appartenait au groupe expérimental. La mutation KIT D816 V (n = 2) et les mutations de la voie RAS/MAPK (n = 3) étaient rares, tandis qu’aucune mutation concernant les récepteurs à activité tyrosine kinase ou les sous-unités alpha des récepteurs des éosinophilopoïétines n’étaient mise en évidence. Dix-huit patients présentaient des mutations de STAT5B, dont 13 (72 %) avec le hotspot mutationnel N642H. Ils présentaient le plus souvent un phénotype d’anémie sidéroblastique (en cas co-mutation de SF3B1 associée) ou de leucémie myélomonocytaire chronique avec HE (en cas de multiples co-mutations). Deux patients présentaient des mutations de JAK2 Ex13InDel, dont un présentait l’association une polyglobulie, comme récemment rapporté. De nouvelles anomalies moléculaires ont également été mises en évidence. Huit patients présentaient des mutations de JAK1, dont un avec une mutation concomitante de STAT5B. Trois patients présentant la même mutation de STAT5A et une co-mutation de BCOR présentaient une polyglobulie répondant au traitement par inhibiteurs de JAK. Ces mutations nouvellement rapportées n’étaient pas été signalées dans la base de données publique (GnomAD) et n’étaient pas retrouvées dans une deuxième cohorte de 613 patients présentant un syndrome myélodysplasique ou un syndrome myéloprolifératif et explorés par le même panel NGS. Aucun des 22 patients présentant une mutation de la voie JAK/STAT traités par corticoïdes n’a répondu au traitement. A contrario, 17/18 (94 %) patients du groupe expérimental (dont 12 présentaient des mutations JAK-STAT) traités par ruxolitinib et avec plus de 3 mois de suivi ont répondu au traitement (réponse hématologique complète, n = 12 : réponse hématologique partielle, n = 5). Ces données soulignent l’intérêt du panel NGS « éosinophiles » chez des patients sélectionnés dont les caractéristiques cliniques et/ou biologiques laissent présager d’une origine clonale (myéloïde) de l’HE. Les inhibiteurs de JAK représentent un traitement prometteur dans ce contexte.
La maladie de Takayasu est une vascularite des gros vaisseaux d’étiologie inconnue, touchant l’aorte et ses branches. Les accidents ischémiques cérébraux peuvent compliquer l’évolution de cette maladie. L’objectif était de décrire les atteintes clinique et vasculaire des patients avec maladie de Takayasu et présentant des évènements vasculaires cérébraux ischémiques. Nous avons analysés dans une cohorte française la prévalence et les caractéristiques des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et accidents ischémiques transitoires (AIT) chez les patients suivis pour une maladie de Takayasu ainsi que les facteurs de risque associés à ces évènements et à la survie sans évènement. Parmi 320 patients avec maladie de Takayasu, 261 (86 %) étaient des femmes et l’âge médian au diagnostic était de 36 [25-47] ans. Nous avons identifié 63 patients avec accident ichémique, incluant 41 (65 %) AVC et 22 (35 %) AIT. Les accidents ischémiques survenaient dans le territoire carotidien chez 55 (87 %) patients et dans le territoire de l’artère vertébrale chez 8 (13 %) patients. L’analyse vasculaire en imagerie retrouvait de multiples sténoses vasculaires chez 33 (52 %) patients avec un nombre médian de sténose de 2 [min0-max 11] et des anévrismes chez 10 (16 %) patients. Un antécédent d’AVC/AIT avant le diagnostic de maladie de Takayasu (HR 5,11 [2,91-8,99], p < 0,0001), le tabagisme (HR 1,76 [1,03-3,02], p = 0,038), l’atteinte de l’aorte thoracique (HR 2,06 [1,13-3,77], p = 0,019), un délai entre les premiers symptômes et le diagnostic > 1an (HR 2,15 [1,25-3,72], p = 0,006), la rétinopathie (HR 2,32 [1,09-4,92], p = 0,029), et le syndrome inflammatoire (HR 0,38 [0,18-0,80], p = 0,011 étaient associés aux évènements ischémiques neurologiques. En analyse multivariée, un délai entre les premiers symptômes et le diagnostic > 1 an (HR 2,12 [1,13-3,97], p = 0,018) et la carotidodynie (HR 2,33 [1,12-4,84], p = 0,023) étaient indépendamment associés aux évènements ischémiques neurologiques. Le risque relatif d’un nouvel évènement neurologique cérébral ischémique chez les patients ayant déjà eu un évènement était de 5,11 [2,91-8,99] (p < 0,0001) en comparaison aux patients sans antécédent d’évènement neurologique. Les AVC et AIT sont fréquents au cours de la maladie de Takayasu, touchant essentiellement le territoire carotidien. Nous avons identifié des facteurs de risque de ces évènements au cours de la maladie.
La pneumopathie chronique idiopathique à éosinophiles (PCIE) est une maladie rare d’origine inconnue caractérisée par une symptomatologie respiratoire de présentation subaiguë ou chronique, des opacités alvéolaires pulmonaires (typiquement de topographie sous-pleurale) et d’une éosinophilie sanguine et/ou alvéolaire. Bien que la PCIE soit sensible à la corticothérapie, les rechutes sont fréquentes, conduisant dans près de 2/3 des cas à un traitement prolongé par corticoïdes. Le mepolizumab et le benralizumab sont deux anticorps monoclonaux ciblant la voie de l’interleukine-5 dont l’efficacité clinique et d’épargne cortisonique est démontrée dans l’asthme de phénotype éosinophilique. Un trouble ventilatoire obstructif étant observé chez près de 80 % des patients présentant une PCIE, certains patients présentant un asthme éosinophilique dans le cadre d’une PCIE sont traités par ces biothérapies, mais les données disponibles dans la littérature sont pour l’heure limitées. Les patients âgés de 12 ans ou plus présentant une PCIE (définie par la présence d’une hyperéosinophilie sanguine > 1000/mm3 et/ou respiratoire > 25 % des cellules dans le lavage bronchoalvéolaire, d’opacités parenchymateuses radiologiques, en l’absence de diagnostic différentiel) traités par mepolizumab ou benralizumab pendant ≥ 3 mois dans le cadre d’une maladie récidivante ou réfractaire (définie par une corticodépendance supérieure à 5 mg/j d’équivalent prednisone dans la dernière année et/ou la survenue d’au moins deux exacerbations d’asthme ayant nécessité une corticothérapie orale dans les douze derniers mois et/ou la survenue d’au moins deux rechutes de PCIE sur les 24 derniers mois) ont été identifiés via le centre de référence des syndromes hyperéosinophiliques CEREO, le centre de référence des maladies pulmonaires rares OrphaLung, et le réseau national d’asthme sévère CRISALIS. Vingt-neuf patients ont été identifiés. Il s’agissait en majorité de femmes (62 %) avec un âge médian au diagnostic de PCIE de 42 ans. Avant mise sous anti-IL5 (mépolizumab : n = 23 ; benralizumab, n = 6), la médiane de durée d’évolution de la PCIE était de 7,8 ans, le nombre médian de poussées annuelles de PCIE ou d’exacerbation d’asthme nécessitant l’introduction ou la majoration d’une corticothérapie orale était de 1 (IIQ : 0,35–2), le rapport de Tiffeneau médian était de 0,72 (IIQ : 0,70–0,79) et le VEMS médian était de 80 % de la théorique (IIQ : 72,75–96). Les motifs d’introduction de la biothérapie étaient dans 69 % des cas un mauvais contrôle de l’asthme, dans 51 % des cas une mauvaise tolérance des corticoïdes, dans 21 % des cas un échec d’autres molécules d’épargne cortisonique (notamment omalizumab, hydroxycarbamide, azathioprine, cyclophosphamide, méthotrexate, interféron-alpha) et dans 3 % des cas une toxicité des molécules d’épargne cortisonique. Parmi les 25 (79 %) patients sous corticoïdes oraux au long cours, la dose quotidienne médiane était de 7,5 mg/j (IIQ : 4–13,75) d’équivalent prednisone au moment de la mise sous biothérapie anti-IL5. Après un suivi médian de 13 mois (IIQ : 6–24) après début du traitement par anti-IL-5/IL-5R, les numérations médianes d’éosinophiles étaient de 0/mm3 à 3 mois (p = 0,008), de 0,175/mm3 à 6 mois (p = 0,016), de 0,07/mm3 à 12 mois (p = 0,094), et de 0/mm3 à 24 mois (p = 0,017), sans différence entre les patients traités par mepolizumab et ceux traités par benralizumab (p = 0,178). Les doses médianes quotidiennes d’équivalent prednisone étaient de 0 mg à 6 mois (p = 0,003), 0 mg à 12 mois (p = 0,004), 0 mg à 24 mois (p = 0,001), sans différence entre les patients traités par mepolizumab et ceux traités par benralizumab (p = 0,917). Au total, 69 % des patients ont pu être sevrés de corticothérapie au cours du suivi. Le taux annuel médian d’exacerbation d’asthme ou de PCIE diminuait significativement après l’introduction des anti-IL-5 (1 vs 0 ; p < 0,001). S’agissant de la tolérance, 6 % des patients ont rapporté une réaction au point d’injection, 6 % un syndrome grippal post-injection, et 1 épisode de flutter auriculaire possiblement lié à l’injection. Aucun effet indésirable n’a mené à l’interruption du traitement. Les anti-IL-5/IL-5R paraissent être à la fois sûrs et efficaces au cours de la PCIE, susceptibles de prévenir les rechutes de PCIE, tout en diminuant le recours à la corticothérapie orale de longue durée.
La cystite à éosinophiles est définie histologiquement par une infiltration de la paroi vésicale par des polynucléaires éosinophiles. C’est une pathologie rare, rentrant dans le spectre des cystites interstitielles/syndrome de vessie douloureuse, et dont les causes sont multiples (parasitaire, médicamenteuse entre autres). Dans un certain nombre de cas, il s’agit de formes idiopathiques pouvant s’intégrer dans le cadre des syndromes hyperéosinophiliques, et dont les caractéristiques sont mal définies dans la littérature. Décrire les caractéristiques cliniques, biologiques, et les réponses au traitement des cystites à éosinophiles idiopathiques (CEI). Ont été inclus, après appel à observations, de manière rétrospective et multicentrique 21 patients identifiés en France avec une CEI définie histologiquement, ainsi que 145 cas de la littérature. Tous les patients ayant une cause définie de cystite à éosinophiles ont été exclus. La CEI est observée aussi bien chez l’adulte que chez l’enfant (respectivement 16 adultes et 5 enfants dans les cas de la série française, 84 adultes et 61 enfants dans la littérature), avec une discrète prédominance masculine (respectivement 62 % et 63 %). L’ensemble des patients étaient symptomatiques correspondant pour la majorité à des symptômes d’irritation vésicale. Une masse vésicale pseudo-tumorale cliniquement palpable était retrouvée chez près d’1/4 des patients. L’incontinence urinaire était présente chez 80 % des enfants (38 % chez l’adulte). Une urétéro-hydronéphrose uni- ou bilatérale compliquait la CEI dans 29 % des cas. Une éosinophilie sanguine était présente chez 60 % des patients, supérieure à 1,5 G/L dans seulement 27 % des cas. Il existait pour 10 % des patients un syndrome hyperéosinophilique avec atteinte digestive associée, mais aucun cas d’atteinte cardiaque ni de syndrome hyperéosinophilique clonal ou lymphoïde n’a été identifié. Environ 15 % des patients ont guéri spontanément, sans aucun traitement. La corticothérapie était le traitement majoritaire (61 %) et induisait une rémission complète ou partielle dans 83 % des cas. Une rechute était observée chez 33 % des patients dans la littérature et 41 % des patients de la série française. Des observations isolées semblent montrer l’intérêt d’un traitement immunosuppresseur (ciclosporine) ou de traitements ciblés (imatinib, benralizumab, mepolizumab) en cas de rechute ou de résistance aux corticoïdes. La CEI idiopathique est une entité histologiquement bien définie, rentrant le plus souvent dans le cadre d’une maladie à éosinophiles mono-organe et justifiant d’une corticothérapie en l’absence de rémission spontanée. Elle doit être différenciée des autres formes de cystites interstitielles/syndrome de vessie douloureuse. Les mécanismes physiopathologiques sous-jacents restent inconnus. Des traitements ciblant l’IL-5 devront être évalués dans les formes chroniques ou à rechutes.
Acute transverse myelitis (TM) is a rare complication secondary to systemic lupus erythematosus (SLE) that can cause patients' extensive and severe neuropsychiatric disorders. Due to the rarity of the onset of acute TM, there is still no standard treatment protocol. This study was to summarize the clinical features of SLE-TM through a case report and systematic review.We report a case of acute TM with the initial symptoms of headache and fever on admission to hospital, with lesions in medulla oblongata, cervical medulla, and thoracic medulla. Furthermore, all cases of SLE combined with acute TM from January 1975 to February 2022 were concluded and reviewed to compare the disease's current treatment strategies and prognosis.Patients with SLE-TM are mainly female (97.65%), with an average age of 36.89, a TM incidence of 24.51% and a longitudinal myelitis (LM) incidence of 67.76%. In addition, 68.63% of patients present an increased albumin, and only 16.50% of patients could recover. 32.35% of patients showed positive anti-cardiolipin antibody. Moreover, the patients who could recover are generally younger than those in the improved and paraparesis groups. After classifying the statistical results twice according to magnetic resonance imaging results and prognosis respectively, the erythrocyte sedimentation rate (ESR) in LM group was significantly higher than that in the other two groups. The positive rate of anti-DNA and anti-cardiolipin antibody (ANCL) in TM group was significantly higher than that of the other groups. According to the prognostic grouping, ESR in the recovery group was significantly higher than those in the other two groups. The positive ANCL in the poor prognosis group was slightly higher than that in the other two groups.We offer a novel insight for this rare disease and hope to bring some inspiration the basic research for SLE-TM.
La granulomatose éosinophilique avec polyangéite (GEPA) (Churg–Strauss) est une vascularite nécrosante des vaisseaux de petit calibre caractérisée par une éosinophilie sanguine et tissulaire associée à un asthme. Les glucocorticoïdes contrôlent efficacement la maladie, mais les rechutes de la vascularite et la corticodépendance sont fréquentes. Les concepts actuels tendent désormais à distinguer les symptômes liés à la vascularite des manifestations asthmatiques et/ou ORL. Cette distinction prend sens avec notamment l’émergence de nouvelles biothérapies ciblant les éosinophiles et les lymphocytes B. Notre objectif était de déterminer des modèles permettant de prédire l’évolution vers une rechute de vascularite et vers un asthme et/ou des manifestations ORL corticodépendants. Nous avons réalisé une étude multicentrique européenne incluant 809 patients suivis pour une GEPA, répondant aux critères de classification de l’ACR et/ou aux critères de l’essai MIRRA. Nous avons développé deux modèles prédictifs à variables multiples : un modèle pour le risque de rechute de vascularite (excluant les manifestations asthmatiques et ORL) au cours du suivi, et l’autre pour le risque d’asthme et/ou de manifestations ORL corticodépendants à 2 ans de suivi. L’âge moyen des patients était de 52 (± 14,8) ans, et le suivi médian des patients était de 72 mois (IQR : 37–115). Deux cent vingt-huit patients ont eu une rechute de la vascularite au cours du suivi, avec une incidence cumulée à 12 ans de 41 % (IC95 % : 36–47). Aussi, 66,4 % des patients présentaient à 2 ans un asthme et/ou des manifestations ORL corticodépendants. Dans le modèle permettant de prédire la rechute de la vascularite, les variables retenues étaient : l’âge au diagnostic de la GEPA (HR : 1,07 [IC95 % : 0,98–1,18]), un antécédent d’asthme corticodépendant avant le diagnostic de GEPA (HR : 1,43 [IC95 % : 1,16–1,77]), la présence d’arthralgies (HR : 1,32 [IC95 % : 1,09–1,61]), une myocardite (HR : 1,27 [IC95 % : 0,96–1,69]), une neuropathie périphérique au diagnostic (HR : 1,33 [IC95 % : 1,09–1,63]), la positivité des anticorps anti-MPO (HR : 1,37 [IC95 % : 1,10–1,72]), la protéine C-réactive (HR : 1,07 [IC95 % : 1,00–1,15]) et le taux d’éosinophiles sanguins au diagnostic (HR : 0,76 [IC95 % : 0,67–0,86]). Le modèle final permettait d’établir un nomogramme et de calculer un score définissant le risque de rechute de vascularite à 5 et 12 ans. Dans le modèle permettant de prédire un asthme et/ou des manifestations ORL corticodépendants à 2 ans, les variables retenues étaient : l’âge au diagnostic (OR : 0,98 [IC95 % : 0,97–0,99]), un antécédent de sinusite chronique avant le diagnostic de GEPA (OR : 1,11 [IC95 % : 0,70–1,77]), la présence de manifestations ORL au diagnostic (OR : 1,65 [IC95 % : 1,09–2,47]), une neuropathie périphérique au diagnostic (OR : 1,36 [IC95 % : 1,01–1,84]), les anticorps anti-MPO (OR : 0,68 [IC95 % : 0,51–0,92]) et le taux d’éosinophiles circulants au diagnostic (HR : 0,45 [IC95 % : 0,28–0,72]). Là encore, le modèle final permettait d’établir un nomogramme et de calculer définissant le risque d’asthme et/ou des manifestations ORL corticodépendants à 2 ans. Nous avons développé, à l’aide d’une large cohorte rétrospective européenne de patients GEPA, deux modèles permettant de déterminer au diagnostic le risque de rechute de vascularite et celui d’asthme et/ou des manifestations ORL corticodépendantes à 2 ans. Ces données pourraient être utilisées pour déterminer l’utilisation de biothérapies ciblant les lymphocytes B ou les éosinophiles.