À ce jour, les normes internationales de radioprotection sont essentiellement basées sur les connaissances des effets sanitaires des rayonnements ionisants issues des études de cohortes de survivants des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, qui ont subi des irradiations par voie externe à forts débits de doses. Or, les expositions aux rayonnements ionisants survenant en population générale et chez certains travailleurs correspondent généralement à de faibles doses, cumulées de manière prolongée dans le temps. Ces expositions peuvent avoir lieu par irradiation externe mais aussi par contamination interne. Les études épidémiologiques chez les travailleurs du nucléaire permettent notamment de mieux caractériser les effets de ces conditions d’expositions. Elles permettent ainsi d’évaluer l’adéquation des normes de radioprotection pour protéger les travailleurs, mais également la population générale adulte, contre les risques de cancer. Par ailleurs, elles permettent d’aborder de nouveaux questionnements de recherche en radioprotection, comme les potentiels effets non cancéreux. Enfin, ces études fournissent un bilan de santé général des populations de travailleurs du nucléaire. Cet article propose une vue d’ensemble des recherches épidémiologiques menées par l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) chez les travailleurs du cycle électronucléaire en France. Il dresse également quelques perspectives de développements possibles de ces recherches.
French nuclear workers have detailed records of their occupational exposure to external radiation that have been used to examine associations with subsequent cancer mortality. However, some workers were also exposed to internal contamination by radionuclides. This study aims to assess the potential for bias due to confounding by internal contamination of estimates of associations between external radiation exposure and cancer mortality.
La cohorte nationale des travailleurs du nucléaire permet d’étudier les effets sanitaires d’une exposition externe chronique à de faibles doses de rayonnements ionisants (RI). Cette étude a pour but d’analyser l’impact de la prise en compte d’un indicateur de contamination interne potentielle dans les analyses exposition–risque entre décès par cancer et exposition externe aux RI. La cohorte inclut les travailleurs du CEA, de AREVA NC et de EDF, salariés au moins un an entre 1950 et 1994 et ayant fait l’objet d’une surveillance pour une exposition aux RI X et γ. Les causes de décès ont été obtenues auprès du CépiDc. Un indicateur de contamination interne potentielle dépendant du temps a été construit à partir d’une matrice installation-exposition et de résultats d’analyses radio-toxicologiques. Cet indicateur définit cinq niveaux de risque de contamination interne potentielle (aucun, possible, probable, certaine, inconnu). Des rapports de mortalité standardisés ont été calculés pour chacun des niveaux de cet indicateur. Une régression de Poisson a été utilisée pour quantifier l’association entre exposition externe aux RI et mortalité par cancer solide et par leucémie, en ajustant sur la contamination interne potentielle. La cohorte comprend 59 004 travailleurs suivis en moyenne pendant 25 ans entre 1968 et 2004, et ayant cumulé près de 1,5 million de personnes-années (PA). La dose cumulée externe moyenne est de 16 millisievert (mSv). Seuls 0,22 % des individus sont perdus de vue. À la fin du suivi, 6310 décès ont été observés, dont 2547 par cancer. Près de 68 % des PA ont été cumulées dans le niveau définissant une absence de contamination interne. Le niveau « contamination certaine » n’inclut que 3 % des PA de la cohorte. On observe un fort effet du travailleur sain, néanmoins cet effet est moins marqué dans la catégorie « contamination sûre » pour les cancers solides. Des résultats préliminaires suggèrent que la prise en compte du potentiel de contamination interne résulte en une atténuation de l’estimation du risque associé à une exposition externe aux RI pour les cancers solides. Les analyses préliminaires suggèrent que la prise en compte de la contamination interne peut modifier l’estimation du risque de décès par cancer solide après une exposition externe aux RI. Ces résultats sont cohérents avec ceux d’autres études. Cette étude permet une première approche de la prise en compte de la contamination interne dans l’analyse des risques radio-induits chez les travailleurs du nucléaire français.