This article presents an ethnographic study conducted in French pre-kindergarten and kindergarten classrooms, investigating how education establishes and reinforces relations of sociocultural dominance. Building on Bourdieu and Passeron's concept of symbolic violence, we seek to uncover the mechanisms through which school socialization encourages the acceptance of the hierarchies it generates. The data suggest that this persuasion relies on set of interrelated processes: Schools organize the unequal profitability of family cultural practices and knowledge, obscure the realities of learning, and foster a meritocratic myth that naturalizes these inequalities. Moreover, children actively participate in their own subordination without realizing it. By documenting these processes, the study provides critical insights into how everyday schooling practices not only perpetuate social inequalities but also shape early on the idea that students form of themselves as both students and individuals and intensify concerns about self-worth.
Les progrès récents des sciences cognitives conduisent à des discussions croisées entre ces dernières et la sociologie, sur les origines des processus cognitifs.Loin de se résumer à une opposition binaire, qui verrait les neurosciences invoquer « la nature » pour rendre compte des processus cognitifs et la sociologie y opposer « le social », les différentes approches s'accordent volontiers sur le fait que ces derniers procèdent d'une intrication de processus biologiques et sociaux. La neurobiologie conduit des études qui cherchent à relier le développement du cerveau aux apprentissages sociaux. Les sociologues débattent de leur côté de l'intérêt qu'il y a à intégrer certains acquis du champ des sciences cognitives. Dans ce contexte, deux positions pour l'essentiel se font face : le refus de voir la sociologie comme une science cognitive dans la mesure où la cognition (pensée comme activité interne) ne saurait expliquer la dimension sociale des comportements humains ; l'appel à une collaboration dont les termes semblent devoir faire de la sociologie un supplément d'âme. Ce texte défend pour sa part l'idée selon laquelle la sociologie a compétence à parler des processus cognitifs, mais dans une acception élargie qui ne réduit pas ces derniers à l'appréhension de ce qui se passe dans les têtes ou à la recherche d'universaux. Son intérêt pour ces questions l'incite plutôt à scruter une cognition historique, imbriquant des phénomènes indissociablement biologiques et sociaux, des relations interpersonnelles et intergénérationnelles, des contextes matériels et symboliques.
Cet article interroge, à partir du cas de familles populaires ayant un enfant en rupture scolaire et pris en charge par un dispositif relais, la manière dont l’école intervient dans la structuration des rapports aux institutions auxquelles elles ont affaire. Il interroge les répercussions que les épreuves durables de la scolarité et les actions de prise en charge qui en découlent peuvent avoir sur les dimensions « privées » de ces vies familiales (et les pratiques éducatives qui relèvent en temps ordinaire des prérogatives parentales) en étant ainsi travaillées par les dimensions « publiques » de l’intervention institutionnelle (susceptible de s’arroger un droit de regard sur les pratiques socialisatrices par exemple). Il questionne ainsi les transformations que ces prises en charge peuvent générer dans les pratiques et représentations familiales de l’école, ainsi que la façon dont la multiplication des interventions institutionnelles qui accompagnent souvent les prises en charge des ruptures scolaires peut conduire les familles à jouer des différentes logiques institutionnelles à l’œuvre et à y puiser des ressources dans la contrainte.
Este articulo examina, tomando como punto de partida familias de clase trabajadora con un hijo que ha abandonado la escuela y que esta siendo atendido por un programa puente, de que manera interviene la escuela en la estructuracion de sus relaciones con las instituciones. Examina las repercusiones que la confrontacion a largo plazo con la escolarizacion y las acciones de apoyo derivadas de ella pueden tener en las dimensiones «privadas» de estas vidas familiares (y las practicas educativas, que son habitualmente prerrogativa de los padres), al verse afectadas por las dimensiones «publicas» de la intervencion institucional (que puede, por ejemplo, asumir un derecho a revisar las practicas de socializacion). De este modo, se cuestionan las transformaciones que estos seguimientos pueden generar en las practicas y representaciones familiares de la escuela, y como la multiplicacion de las intervenciones institucionales que suelen acompanar al apoyo a quienes abandonan la escuela puede llevar a las familias a jugar con las diferentes logicas institucionales operativas y a buscar en ellas recursos a cambio de exigencias.
Based on the case of working-class families with a child who has dropped out of school and is being supported by specific measures, this article examines how school shapes these families' relationships to the institutions they have to deal with. It explores the impact these situations can have on the "private" dimensions of their family lives and the educational practices of the parents, as well as their representations. It also examines the way in which the proliferation of institutional interventions that often accompany the support of school dropouts can lead families to play on the different institutional logics at work and to draw resources from them.