Introduction Les urgences dermatologiques sont fréquentes et peuvent mettre en jeu le pronostic vital ou fonctionnel. Les internes aux urgences sont les premiers à recevoir et à gérer les patients se présentant pour ce motif de consultation. Notre objectif était d’évaluer les connaissances et la perception des internes en matière d’urgences dermatologiques et de mettre en évidence leurs besoins en formation dans cette spécialité. Matériel et méthodes Une étude prospective évaluant les connaissances et la perception des urgences dermatologiques a été réalisée entre le 1er et le 31 mai 2024 à travers un questionnaire remis aux internes des urgences incluant 16 questions. Résultats Au total, 115 internes ont répondu à notre questionnaire. L’âge moyen des internes était de 24,6 [23–28ans] avec un sexe ratio F/H de 2,19.Parmi eux, 37,4 % affirmaient avoir été initiés aux lésions élémentaires en dermatologie grâce à un stage dans un service de dermatologie.Le nombre de patients consultant pour une urgence dermatologique était estimé entre 1 et 5 patients/j. Dans 73% des cas, le prurit et la grosse jambe rouge aiguë étaient les motifs de consultations les plus fréquents aux urgences, suivis des maladies bulleuses dans 38 % et des angioedèmes dans 21 % des cas. Cinquante-quatre internes (47 %) affirmaient avoir des difficultés à poser un diagnostic précis de l’urgence dermatologique et à évaluer ses complications potentielles nécessitant le recours à un avis spécialisé d’un dermatologue. Cent-onze internes (97 %) ont exprimé leur besoin d’une formation continue sur la gestion des affections dermatologiques aux urgences. Discussion Nos résultats reflètent la difficulté des internes aux urgences à reconnaître et à gérer les urgences dermatologiques. Ces derniers sont les médecins de première ligne à faire face à des tableaux cliniques aigus dont le retard de prise en charge diagnostique ou thérapeutique est associé à une morbi-mortalité non négligeable.Ces difficultés peuvent être expliquées par la non-connaissance des lésions élémentaires et des principes de gestion des urgences dermatologiques, ainsi que par la difficulté et l’hésitation à décider entre une prise en charge en ambulatoire ou une hospitalisation et à déterminer quand demander l’avis du spécialiste.Ainsi, il est crucial de renforcer et de cibler leur formation dans ce domaine pour améliorer la gestion des urgences dermatologiques. Conclusion La détection et le diagnostic des urgences en dermatologie constituent un challenge pour les internes. Une meilleure sensibilisation et une meilleure formation des internes à la reconnaissance de ces tableaux aigus à travers des filières ou réseaux de soins spécialisés sont indispensables pour limiter les conséquences et les séquelles liées au retard d’une prise en charge rapide adaptée.
Introduction Les mycétomes sont des infections chroniques parfois très mutilantes, de prise en charge difficile non strictement codifiée. Nous rapportons 3 cas d’actinomycétomes ayant bien évolué sous un même protocole thérapeutique conservateur, malgré l’indication de principe à la chirurgie radicale. Observations Les patients (A), (B) et (C) sont de sexe masculin, âgés de 25 à 50 ans, tous d’origine rurale. L’anamnèse relève une notion de marche pieds nus (A), et un antécédent de traumatisme (C). L’examen retrouve un placard multinodulaire polyfistulisé avec émission de liquide sérohématique contenant des grains blancs, siégeant au niveau du pied (A et B), ou occupant la quasi-totalité du membre inférieur (C). Le bilan d’extension retrouve, outre l’atteinte musculo-aponévrotique, une extension osseuse chez (A) et (B), en faisant ainsi des candidats à l’amputation. Dans une optique conservatrice, nous proposons un traitement médical associant terbinafine, amoxicilline-acide clavulanique et cotrimoxazole, combiné à un parage chirurgical avec antibiothérapie intra-lésionnelle. L’évolution est spectaculaire, avec un recul de 2 ans pour (A) et 3 mois pour (B) et (C). Conclusion Le traitement des mycétomes doit toujours être médical dans un 1er temps, même dans les formes avancées, la chirurgie ne se discutant qu’ultérieurement. Il demeure néanmoins difficile de juger de l’efficacité à moyen et long terme, car il n’existe à ce jour aucun critère biologique de guérison. De plus, les récidives après traitement sont fréquentes; la surveillance prolongée après rémission clinique est donc indispensable, mais parfois difficile chez des malades originaires des milieux ruraux enclavés.
Vitiligo is an acquired circumscribed hypomelanosis with a worldwide incidence of 1-2%, with no gender predilection. Acral lesions of vitiligo are typically resistant to conventional treatments, leading to a significant reduction in affected individuals' quality of life. The objective of the study is to evaluate the efficacy of combined tacrolimus and 308 nm excimer laser therapy in treating acral vitiligo lesions. Results indicate repigmentation observed in all patients (100%), with a rate exceeding 75% in 8 out of 10 patients, particularly in those with isolated acral involvement evolving for less than 6 months. Adverse events are limited, with good tolerance. The combined treatment demonstrates statistically significant efficacy, achieving a repigmentation rate of at least 75%. Previous studies suggest tacrolimus alone may induce repigmentation, but comparative studies are needed to confirm these findings. Photodynamic therapies may offer improved outcomes by combining treatments, such as using topical tacrolimus with the 308 nm excimer laser, potentially accelerating repigmentation with sustained results.
Prurigo is a frequent disease in childhood. The aim of our work is to document the epidemiological, clinical, and etiological features of prurigo in children. It is a retrospective study carried out from January 2016 to December 2023 in the pediatric dermatology consultation of Ibn Rochd University Hospital in Morocco. All children from 0-14 years diagnosed clinically with prurigo were included. The prevalence of prurigo was 18% in the pediatric population. The mean age at the onset of the disease was 2.43 years. Pruritus was reported in all patients. Three subgroups were identified: estival prurigo: 43.45% of cases, per-annual: 25.60% of cases, and seasonal non-estival prurigo: 30.95% of cases. Thirty-five percent of patients reported an exacerbation of lesions by the consumption of histamine-releasing foods or those containing additives and colorants. Estival prurigo is the most common form of prurigo in children, lesions predominate in exposed areas and are induced by mosquito bites. Our study highlights a possible association with histamine-liberating foods. (c) 2024 Societe francaise d'allergologie. Published by Elsevier Masson SAS. All rights are reserved, including those for text and data mining, AI training, and similar technologies.
Introduction La gale est une ectoparasitose contagieuse causée par le Sarcopte scabiei pouvant survenir de façon sporadique ou épidémique dans les milieux sociaux défavorisés. Chez l’adulte, sa présentation est dominée par le prurit. En revanche, en pédiatrie, elle pose souvent des problèmes diagnostiques et thérapeutiques variant selon l’âge. Le but de ce travail était de décrire les caractéristiques de la gale chez l’enfant. Matériel et méthodes Étude observationnelle rétrospective de tous les cas de gale suivis en consultation de dermatologie pédiatrique de janvier 2018 à janvier 2023. Résultats Nous avons colligé 148 cas, dont 33,8 % chez des nourrissons. Le sex-ratio était de 1,15. La médiane d’âge était de 6,2 ans avec des extrêmes allant de 3 mois à 15 ans. Le délai de consultation variait de 5 jours à 7 mois. Un prurit familial était présent dans 77,7 % des cas et exclusivement maternel chez 84,5 % des nourrissons.Chez les nourrissons, une agitation était rapportée dans 84 % des cas. Des pustules palmo-plantaires étaient présentes dans 72 % des cas, des nodules scabieux axillaires dans 78 % des cas. Le visage était atteint dans 64 % des cas, le dos dans 38 % et le cuir chevelu dans 56 %. Par ailleurs, une forme profuse pseudo-érythrodermique était observée dans 12 % des cas favorisée par une automédication par les dermocorticoïdes.Chez l’enfant, les sillons étaient observés dans 30,6 % des cas avec un signe du deltaplane en dermoscopie dans 15,3 % des cas. La forme impétiginisée était présente dans 24,5 % des cas et eczématisée dans 22,5 % des cas. Il n’y avait aucun cas de gale norvégienne.Le scotch test cutané était réalisé dans 44,6 % des cas et était positif uniquement dans 20,3 %.Un traitement scabicide (benzoate de benzyle) était prescrit chez tous les patients. La persistance des nodules scabieux était notée dans 16,9 % des cas et une guérison dans 48 % des cas alors que 35,1 % des cas ont été perdus de vue. Discussion Nous illustrons à travers notre étude les particularités cliniques de la gale dans la population pédiatrique qui, malgré sa fréquence, est souvent diagnostiquée tardivement (un délai allant jusqu’à 7 mois). Le diagnostic est difficile en particulier chez le nourrisson, car les lésions sont peu spécifiques avec une distribution dominée par l’atteinte palmo-plantaire, axillaire, du cuir chevelu et surtout du visage. Il n’y a pas toujours de prurit, ce qui pose souvent un problème de diagnostic différentiel avec l’acropustulose palmoplantaire infantile. Les particularités observées chez l’enfant et le nourrisson pourraient être expliquées par une différence de distribution des follicules pilo-sébacés et par une faible épaisseur de la couche cornée.
Introduction L’hyperpigmentation serpigineuse supra-veineuse (HSSV) représente une exagération de la pigmentation de la peau le long du réseau veineux, décrite souvent après une perfusion intraveineuse de 5-fluorouracile (5FU). Par la suite, ce phénomène a été observé avec d’autres agents chimiothérapeutiques. Le Melphalan n’en est pas connu pourvoyeur.Nous rapportons le cas d’un patient ayant présenté une HSSV au Melphalan compliquée par la thrombose veineuse du réseau veineux perfusé. Observations Un homme âgé de 54 ans, suivi pour un myélome multiple à chaînes légères kappa, a présenté le lendemain de l’injection intraveineuse périphérique de Melphalan dans le cadre du conditionnement lors de l’autogreffe de cellules souches hématopoïétiques, une éruption cutanée faite de lésions serpigineuses linéaires hyper-pigmentées suivant le réseau veineux superficiel sous-jacent. Les lésions étaient non inflammatoires, indolores et non prurigineuses, sans autres lésions associées. L’éruption s’est compliquée 10jours plus tard par une douleur en regard de l’hyperpigmentation ; une échographie doppler veineuse a objective la présence d’une thrombose du réseau veineux superficiel correspondant.Le patient a été traité par une anticoagulation orale et des pansements alcoolisés avec une bonne évolution. Discussion L’HSSV est une dermatose hyperpigmentée qui ne survient quasi-exclusivement qu’après une chimiothérapie administrée par voie intraveineuse périphérique. Initialement décrite avec le 5FU, elle a été rapportée depuis avec d’autres molécules dont le Melphalan ne fait pas partie, ce dernier étant plutôt pourvoyeur de mélanonychie.L’HSSV reste cependant une manifestation clinique extrêmement rare. Sa présentation clinique est assez caractéristique, avec l’apparition de lésions serpigineuses hyperpigmentées suivant le réseau veineux superficiel sous-jacent. Elle n’est pas associée localement à une thrombose veineuse ni à une extravasation du produit. Elle ne nécessite pas de prise en charge thérapeutique spécifique et n’impose en général pas de diminution de posologie à la différence de notre cas où l’anticoagulation orale fut indiquée pour traiter la thrombose veineuse superficielle ayant compliqué son HSSV. Conclusion L’exception de notre observation réside dans la nature de l’agent chimiothérapeutique causal de l’HSSV ainsi que dans la complication inhabituelle par la thrombose veineuse des réseaux veineux en question.
Introduction Le lupus miliaire disséminé de la face (LMDF) est une dermatose granulomateuse rare et bénigne. Son apparition après une greffe de cellules souches hématopoïétiques n’a été rapportée qu’une seule fois. Nous rapportons un autre cas de LMDF survenant après une greffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH) pour une leucémie aiguë myéloïde (LAM), ayant répondu favorablement au tacrolimus. Observation Une patiente de 36 ans a eu une allogreffe de CSH pour une LAM après une chimiothérapie de conditionnement. La prévention de la réaction du greffon contre l’hôte faisait appel à une immunosuppression par ciclosporine. Un mois après l’arrêt de ciclosporine, la patiente se présentait pour des lésions érythémato-papuleuses non prurigineuses, mesurant 2–3mm de diamètre à évolution cicatricielle déprimée, localisées au niveau du nez et en péribuccale. Par ailleurs, il n’y avait ni érythème ni télangiectasie. L’examen dermoscopique a montré une hyperkératose folliculaire avec des squames et des bouchons folliculaires entourés d’un halo jaune orangé, parcouru par endroit de fins vaisseaux tortueux. Le bilan étiologique ne trouvait pas d’argument pour une autre maladie granulomateuse. L’histologie a montré de nombreux granulomes épithélioïdes et gigantocellulaires du derme de tropisme périfolliculaire avec foyers de nécrose caséeuse. Les colorations de Ziehl–Neelsen et de PAS étaient négatives. Une IDR à la tuberculine et une radiographie pulmonaire étaient normales, de même que le bilan phosphocalcique et le dosage de l’enzyme de conversion de l’angiotensine. Le diagnostic de LMDF était posé. Un traitement par tacrolimus topique était alors débuté, entraînant une amélioration significative avec affaissement des lésions papuleuses, au prix de cicatrices atrophiques. Discussion Le lupus miliaire disséminé de la face représente une entité énigmatique. Sa survenue après une greffe de CSH n’a été rapportée qu’une seule fois dans la littérature. Les auteurs suggèrent qu’il pourrait exister une réponse immunitaire cellulaire excessive héréditaire ou acquise vis-à-vis de P. acnes, similaire à la sarcoïdose. Les deux patientes ont développé les lésions après discontinuation ou arrêt de l’immunosuppression ce qui suggère que le dérèglement immunologique après la transplantation joue un rôle important dans la pathogénie du LMDF. Conclusion Nous rapportons, à notre connaissance, le deuxième cas du LMDF survenant au décours d’une allogreffe de CSH. Cette observation vient enrichir la liste des complications dermatologiques de cette procédure.
Introduction La leishmaniose cutanée (LC) est une infection parasitaire endémique au Maroc. Trois formes nosogéographiques ont été classiquement décrites : la LC zoonotique due à L. major dans le sud, la LC anthroponotique due à L. tropica dans les régions centrales et la LC sporadique due à L. infantum dans le nord. Ces dernières décennies, le profil épidémiologique et clinique de la LC a évolué. Nous rapportons ici le profil de la LC causée par L. infantum au Maroc. Matériel et méthodes Une étude transversale a été menée entre 2012 et 2023. Seuls les patients avec des résultats positifs à la réaction de polymérisation en chaîne (PCR) et au génotypage ont été inclus dans l’étude. Résultats Vingt patients ont été inclus dans l’étude. L’âge moyen était de 30,5ans (1–77) et le ratio était de 0,82. Les principales origines géographiques des patients étaient Draa Tafilalt [n=6; 30 %], Marrakech Safi [n=4;20 %] et Fès-Meknès [n=4;20 %]. Cinquante-cinq pour cent (n=11) de nos patients ont été diagnostiqués après avoir séjourné pendant la période estivale dans une zone endémique. Quatre-vingt-quinze pour cent (n=19) vivaient dans des environnements ruraux. Dans ces environnements, la présence de chiens errants a été observée dans 95 % des cas. La période d’incubation moyenne était de 6,5 mois (4–8), et la durée moyenne de la lésion au moment du diagnostic était de 6,5 mois. Les présentations cliniques comprenaient : la forme papulo-nodulaire (47 %), la forme ulcéro-végétante (22 %), et la présence d’un liseré rouge-violacé (29 %). Les lésions cutanées étaient principalement solitaires (70 %), avec une taille moyenne de 17mm. Les membres supérieurs étaient le site primaire, suivis du visage (37 %), des membres inférieurs (15 %), et du tronc (4 %). Un examen parasitologique a été réalisé chez tous les patients et s’est avéré positif dans 70 % des cas. La PCR a confirmé la présence de L. infantum chez tous les patients. Discussion Cette étude a montré une nouvelle évolution du profil épidémio-clinique de la LC au Maroc. En effet, nous avons observé une augmentation du nombre de cas de LC due à L. infantum, avec une expansion géographique vers le sud du Maroc avec des caractéristiques cliniques non spécifiques. Ce nouvel aspect de l’épidémiologie de la LC dans notre contexte pourrait s’expliquer par la mobilité humaine croissante, y compris les voyages et les migrations, l’augmentation des populations hôtes réservoirs et l’expansion des espèces de vecteurs causées par les changements climatiques et de l’habitat, l’urbanisation et la mondialisation. Par conséquent, une sensibilisation accrue à la maladie, y compris le potentiel de transmission dans des zones précédemment non affectées, est un élément essentiel des efforts mondiaux pour contrôler la LC. Conclusion La prévention et l’éducation sont essentielles pour limiter l’expansion géographique des maladies en sensibilisant efficacement les populations et en promouvant des pratiques de santé adaptées.
Introduction Alors que le prurit est un signe fonctionnel bien documenté au cours de la pemphigoïde bulleuse, très peu de rapports de cas ont traité la survenue du prurit au cours du pemphigus.L’objectif de notre travail était d’étudier la prévalence du prurit dans le pemphigus ainsi que ses principaux facteurs prédictifs. Matériel (ou patient) et méthodes Il s’agit d’une étude prospective colligeant les patients ayant présenté un prurit au cours de l’évolution de leur pemphigus de janvier 2021 à décembre 2022 au sein de notre structure hospitalière. La composante prurit du BPDAI (Bullous Pemphigoid Disease Area Index) a été appliquée à des patients atteints de pemphigus. Les variables catégorielles et numériques ont été analysées par rapport à une EVA standard de prurit. Résultats Trente-sept patients ont été inclus, dont 20 hommes (54 %) et 17 femmes (46 %). L’âge moyen était de 52ans. Le prurit était trouvé chez 18 patients soit 49 % de notre échantillon avec le BPDAI moyen de 24heures de 3 (sur 10) et le BPDAI Pruritus score total moyen de 11 (sur 30). Dix patients soit 55 % avaient une atteinte cutanée pure, un pemphigus actif avec un taux d’IFI (Anticorps anti-substance inter-cellulaire) élevé ainsi qu’un infiltrat éosinophilique sanguin important. Il s’agissait d’un pemphigus foliacé dans 33 % des cas avec une notion de prurit souvent important, d’un pemphigus séborrhéique dans 33 % des cas, d’un pemphigus vulgaire dans 28 % des cas et d’un pemphigus végétant dans 6 % des cas. A l’étude histologique des patients souffrant de prurit, un infiltrat éosinophilique était trouvé dans 72 % des cas. Cinq cas de pemphigus induits étaient identifiés dont 2 foliacés, 2 séborrhéiques et 1 végétant. L’enquête de pharmacovigilance incriminait les vaccins anti-Covid-19 chez 2 patients, la pénicilline, l’amlodipine et le paracétamol dans les autres cas.Plusieurs patients (62 %) avaient eu une rémission sous traitement systémique en plus de l’arrêt du médicament imputable en cas de pemphigus induit avec une régression puis disparition du prurit; par ailleurs, 38 % avaient présenté au moins un épisode de rechute. Discussion Les patients ayant un pemphigus avec atteinte cutanée isolée avaient des scores BPDAI 24heures et prurit total plus élevés que ceux ayant une atteinte muqueuse ou cutanéo-muqueuse. Le pemphigus foliacé entraînait un prurit plus important que le pemphigus vulgaire. Les pemphigus induits sont souvent très prurigineux avec une hyperéosinophilie importante biologique et histologique. Les patients présentant un BPDAI élevé avaient des taux d’IFI élevés corrélés à l’activité et sévérité de la maladie. Ainsi ces 3 facteurs étaient prédictifs du prurit. Conclusion Le prurit au cours du pemphigus n’est pas rare ; sa présence nécessite en plus du traitement de fond (corticothérapie, immunosuppresseurs), l’adjonction d’un traitement symptomatique (antihistaminique, photothérapie).
Introduction Les épidermolyses bulleuses héréditaires (EBH) sont des génodermatoses caractérisées par une fragilité cutanée et/ou muqueuse. Des études ont montré l’efficacité et la sécurité de la gentamicine pour la cicatrisation des lésions chez les patients atteints d’EBH type dystrophique. Nous rapportons deux cas d’EBH dystrophique ayant bénéficié d’un traitement intraveineux par gentamicine. Observations Cas 1 : patiente de 16 ans, suivie pour une EBH dystrophique, se présentant pour des lésions bulleuses tendues à contenu séro-hémorragique des membres, des plis et de la partie anogénitale. La patiente a reçu le sulfate de gentamicine à la posologie de 7,5mg/kg/j pendant 14jours. À partir du J10 de traitement, on notait une cicatrisation rapide des lésions. Le score d’activité EBDASI était passé de 256 à 106 à J21 et 53 à M3 et le score DLQI était passé de 13 à 3. Aucun effet secondaire n’a été observé. Cas 2 : patiente âgée de 5 ans, suivie pour une EBH dystrophique. Elle présentait des bulles et érosions post-bulleuses des membres et des plis associées à une atteinte unguéale. La patiente a reçu le même protocole. Le score d’activité EBDASI est passé de 113 à 106 à J21 et 57 à M6. Le traitement n’a pas été efficace sur l’atteinte unguéale. La patiente ne présentait plus de signes de surinfection sur une durée de 6 mois. Discussion Des études récentes ont démontré que la gentamicine est efficace dans les EBH dystrophiques, permettant l’induction d’un ARNt dans les mutations non-sens lors de la traduction et la production d’un collagène VII fonctionnel. Le traitement paraît suspensif ; on recommande ainsi des cures répétées.
Introduction Les épidermolyses bulleuses héréditaires (EBH) sont un groupe de génodermatoses caractérisées par une fragilité cutanée et/ou muqueuse. Il n’existe actuellement aucun traitement curatif. Récemment, des études ont montré l’efficacité et la sécurité de la gentamicine pour la cicatrisation des lésions chez les patients atteints d’EBH type dystrophique. Nous rapportons le cas de deux patients atteints d’EBH de type dystrophique ayant bénéficié d’un traitement intra-veineux par gentamicine. Observations Cas 1 Il s’agit d’une patiente de 16ans, suivie pour une EBH dystrophique, ayant une sœur aînée décédée à l’âge de 23ans pour la même maladie. Elle présentait des lésions bulleuses tendues à contenu séro-hémorragique associées à des lésions exulcérées touchant essentiellement les membres, les plis et la zone anogénitale. La patiente a reçu du sulfate de gentamicine à la posologie de 7,5mg/kg/jour pendant 14jours en respectant les principes d’éthique avec une surveillance biologique et audiométrique régulière. À partir du J10 de traitement, on notait une cicatrisation rapide des lésions. Le score d’activité EBDASI était passé de 256 à 106 à J21 et 53 à M3. On a noté également une amélioration de la qualité de vie avec un score DLQI à 3 vs 13. Aucun effet secondaire n’a été observé. Cas 2 Il s’agit d’une patiente âgée de 5ans, issue d’un mariage consanguin, atteinte d’EBH dystrophique. Elle présentait des lésions bulleuses et des érosions post-bulleuses des membres et des plis déclenchées par le moindre traumatisme, associées à une atteinte unguéale. La patiente a reçu le même protocole. À partir de J21 de traitement, on notait une amélioration clinique significative avec un score d’activité EBDASI passé de 113 à 106 à J21 et 57 à M6. Le traitement n’a pas été efficace sur l’atteinte unguéale. Aucune toxicité limitante n’a été observée. La patiente ne présentait plus de signes de surinfection lors d’un suivi de 6 mois. Discussion La gentamicine produit la laminine bêta3 pleine longueur dans plusieurs mutations non-sens testées, permettant de restaurer l’assemblage, la sécrétion et le dépôt de la laminine 332 au niveau de la jonction dermoépidermique. La laminine 332 nouvellement induite a inversé les phénotypes cellulaires de l’EBH jonctionnelle. De même pour l’EBH dystrophique, la gentamicine permet l’induction d’un ARNt dans les mutations non-sens lors de la traduction permettant ainsi la production d’un collagène VII fonctionnel au niveau de la jonction dermoépidermique à la place de la protéine tronquée. Des études ont rapporté une cicatrisation des lésions chez des patients suivis pour EBH dystrophique récessive après 2 semaines de traitement par la gentamicine systémique sans néphrotoxicité ni ototoxicité. Conclusion La gentamicine en intra-veineux semble être efficace et bien tolérée dans le traitement des EBH dystrophiques. Le traitement parait suspensif ; on recommande ainsi des cures répétées. Cependant, des études sur un plus grand nombre de patients sont nécessaires.
Introduction Il est crucial d’établir l’imputabilité d’un médicament dans les cas de toxidermies pour une prise en charge appropriée, mais cette évaluation peut être complexe en pratique clinique.Notre étude compare deux méthodes d’imputabilité médicamenteuse couramment utilisées : la méthode de Bégaud réactualisée et le score de Naranjo. Matériel (ou patient) et méthodes Nous avons réalisé une étude rétrospective rassemblant les cas de toxidermies sévères signalés au centre de pharmacovigilance de notre structure entre 2019 et 2023. Nous avons exclu les pathologies induites ou exacerbées par un médicament et les cas où les médicaments responsables n’étaient pas identifiés. L’analyse statistique a été réalisée à l’aide du logiciel Jamovi. Résultats Le centre de pharmacovigilance a rapporté des toxidermies sévères chez 116 patients. L’âge médian était de 39 ans [1–81], avec une prédominance féminine (63 %). Nous avons identifié 58 cas de syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse (DRESS) (50 %), 31 cas de syndrome de Stevens-Johnson (SSJ) (26,7 %), 15 cas de pustulose exanthématique aiguë généralisée (PEAG) (12,5 %), 11 cas de Lyell (9,5 %) et un cas de chevauchement SJS-Lyell (0,9 %). Un total de 442 médicaments a été identifié, avec une médiane de 3 médicaments par patient [1–11]. Les antibiotiques étaient les plus incriminés (34,5 %). Selon le score de Naranjo, 87,5 % des effets étaient considérés comme probables, 9,7 % comme possibles et 2,7 % comme douteux. Selon la méthode de Bégaud, 42,1 % des effets étaient considérés comme vraisemblables, 35,5 % probables, 17,4 % possibles et 5 % douteux. Les deux méthodes ont conclu à la même imputabilité pour 164 observations (37 %) mais aucune concordance (coefficient kappa=0,062) n’a été observée entre les deux méthodes. Il existe une différence significative entre les deux méthodes en se basant sur le nombre de médicaments incriminés (p<0,001) avec une médiane de 1,00 pour la méthode de Bégaud et 2,00 pour le score de Naranjo. Discussion Nous n’avons pas trouvé de concordance entre les méthodes de Bégaud et de Naranjo, ce qui est conforme aux résultats de la littérature. La méthode de Bégaud est une approche algorithmique qui combine des critères chronologiques, sémiologiques et bibliographiques. En revanche, le score de Naranjo offre un système de notation simplifié, plus accessible pour les cliniciens grâce à son application rapide et son usage international. Toutefois, son utilité est limitée lorsque certains médicaments n’ont pas été arrêtés ou lorsque plusieurs médicaments ont été pris simultanément. Conclusion Nous suggérons d’utiliser le score de Naranjo en cas d’urgence et dans les situations où peu de médicaments sont pris. En revanche, pour obtenir des résultats plus précis, il est préférable de recourir à la méthode de Bégaud chez des patients polymédiqués et lorsque certains médicaments n’ont pas été arrêtés.
Le lichen plan pigmentaire (LPP) est une variante peu fréquente du lichen plan. Cette dermatose a rarement été décrite en association avec d'autres maladies. Ainsi, à travers notre travail, nous avons cherché à déterminer la fréquence de la dysthyroïdie chez nos patients suivis pour LPP. Nous présentons une étude prospective monocentrique réalisée dans notre service de dermatologie. Pour tous les patients suivis pour LPP, un dosage des hormones thyroïdiennes a été réalisé afin de détecter une dysthyroïdie. Il y a eu 24 cas de LPP confirmés histologiquement, tous de sexe féminin, âgés de 20 à 62 ans, avec une moyenne d'âge de 41 ans. Au moment de la présentation, vingt-trois (85,2 %) des patients présentaient une maladie progressive se manifestant par l'apparition de nouvelles macules hyperpigmentées multiples, ou une augmentation de la taille des lésions préexistantes au cours des 3 à 4 derniers mois. Une dysthyroïdie a été constatée dans 7 cas, soit 29 %, dont 3 cas de thyroïdite de Hashimoto, 3 cas d'hypothyroïdie et un cas d'hyperthyroïdie associée. La thyroïdite de Hashimoto est une maladie auto-immune chronique. Elle se caractérise par des associations privilégiées avec de nombreuses maladies auto-immunes, y compris des maladies dermatologiques dont le LPP. Cette association a déjà été décrite dans la littérature ; nous en rapportons 7 cas sur 24, soit 29 %. Un processus auto-immun commun est probablement à l'origine d'une telle association. Les résultats de notre série montrent une association fréquente du LPP avec une dysthyroïdie.
L’ulcère de Marjolin désigne toute dégénérescence maligne survenant sur des plaies ou ulcérations chroniques. Le but de notre étude est de déterminer les aspects épidémiologiques, cliniques, étiologiques et thérapeutiques à travers une série à recrutement dermatologique. Il s’agit d’une étude rétrospective de 22 ans, entre janvier 2000 et décembre 2022. Au total, 40 cas ont été pris en charge, 38 carcinomes épidermoïdes et 2 carcinomes basocellulaires. L’âge moyen de nos patients, dont 28 hommes et 12 femmes, était de 59,5 ans, 31 à 85 ans. On notait une dégénérescence maligne de cicatrices de brûlures dans 15 cas (37,5 %) de cicatrices post-traumatiques dans 14 cas (35 %) et d’autres cicatrices de cause variable dans 11 cas. Le délai de survenue de la dégénérescence par rapport à la lésion initiale était 30,2 ans (2 à 60 ans). Le délai moyen avant la consultation était de 24,5 mois (4 mois–10 ans). Le motif de consultation était la modification ou l’extension de la lésion initiale chez 55 % des malades. Sur le plan clinique, la tumeur était ulcéro-bourgeonnante dans 34 cas (85 %). Elle était localisée au niveau du membre inférieur dans 26 cas (soit 74 %), à la région fessière dans 5 cas, à la tête dans 5 cas, au membre supérieur dans 3 cas et au pavillon de l’oreille dans 1 cas. Tous les patients inclus dans cette série ont eu un bilan d’extension clinicoradiologique, locorégional et à distance, ayant mis en évidence des dénopathies satellites dans 29 cas (72,5 %), une lyse osseuse par contiguïté dans 13 cas (32,5 %), mais aucune métastase viscérale n’a été notée au moment du diagnostic. Le traitement était conservateur à type d’exérèse tumorale chez 22 patients et radical chez 11 patients devant des lésions localement très avancées avec atteinte osseuse sous-jacente. Parmi les 40 patients de notre série, 26 ont été perdus de vue après prise en charge chirurgicale, une récidive locale a été observée dans 5 cas et 2 décès ont été recensés. L’ulcère de Marjolin est communément admis comme une maladie de la cinquantaine, à caractère insidieux, survenant dans des délais de près de 30 ans après le traumatisme initial. Cliniquement, l’aspect macroscopique le plus commun est la forme ulcérée et le type histologique prépondérant est le carcinome épidermoïde, ce qui concorde avec notre série. Le traitement de choix est l’exérèse large et agressive de la tumeur. L’amputation reste la seule alternative, quand un traitement conservateur est impossible ou lors de récidives. La dégénérescence des cicatrices instables est une complication non rare. Son incidence dépend de la qualité de la prise en charge initiale. La transformation insidieuse peut s’observer avec des délais variables, plus précocement chez le sujet jeune.
L’objectif de ce travail était d’étudier les particularités des carcinomes cutanés et leurs facteurs de risque Étude rétrospective descriptive, incluant les patients pris en charge pour un carcinome cutané confirmé histologiquement pendant une période de 10 ans Nous avons recensé 457 cas. L’âge moyen était de 58 ans, le sex-ratio était de 1,7 . L’origine rurale était notée chez 68 % des patients, avec une exposition solaire chronique chez 40 % des cas. La durée moyenne d’évolution était de 24 mois. L’aspect macroscopique prédominant était nodulaire dans 33 % des cas, et ulcéro-bourgeonnant dans 23 % des cas. Les localisations les plus fréquentes étaient le visage 52,3 % (joues 16,8 %, nez et lèvres 15,9 %, paupières et cuir chevelu 9,8 %) suivi des membres inférieurs (11,37 % des cas). Les lésions précancéreuses ont été précisées chez 136 cas, soit 29,7 %, avec 56 cas de xeroderma pigmentosum, 13 cas de cicatrices de brûlures et 7 cas d’accidents de la voie publique. Trois cas d’escarres, de mal perforant lépreux, de végétations vénériennes et d’hidradénite suppurée ont également été répertoriés. Le type histologique prédominant était le carcinome épidermoïde, dans 224 cas (49 %), dont 126 (56,2 %) étaient bien différenciés et invasifs. Un carcinome basocellulaire a été trouvé chez 200 patients, soit 43,8 % des cas, avec une prédominance du type nodulaire chez 121 (60,5 %) patients. Les autres types histologiques comprenaient des métastases de carcinome chez 10 patients, un adénocarcinome mammaire chez 5 patients, une lymphangite carcinomateuse chez 7 patients, un hidradénocarcinome chez 3 patients, un carcinome trichoblastique chez 2 patients, un carcinome sébacé et une tumeur de Pinkus chez un patient. Au total, 254 patients (soit 55,6 % des cas) ont eu une exérèse, 62 patients ont eu une exérèse associée à un curage, 18 patients ont dû être amputés, 8 patients ont nécessité une exentération et 11 patients ont été orientés vers des soins palliatifs. Les données de notre étude corroborent les conclusions de la littérature concernant le rôle inducteur de l’exposition solaire dans les carcinomes cutanés, en témoignent la localisation préférentielle des lésions au niveau du visage et du cuir chevelu. Notre étude a mis en évidence d’autres facteurs, tels que la dégénérescence de végétations vénériennes, l’hidrosadénite suppurée et le mal perforant plantaire. Ces facteurs jouaient aussi un rôle dans le développement de carcinomes cutanés. Une sensibilisation auprès des médecins généralistes, des spécialistes et des patients sur les facteurs de risques et les lésions pré cancéreuses est indispensable pour détecter des lésions débutantes et garantir une prise en charge conservatrice adéquate.