
L’article établit le rôle central joué par les armateurs dans la perpétuation de l’impérialisme français en Côte d’Ivoire et au Sénégal après les indépendances. En lien avec certains segments des États, ils ont établi, via les accords de coopération et le système du franc CFA, un « pré carré » maritime. Pour déjouer le nationalisme économique, ils ont créé des compagnies africaines dont ils détiennent les capitaux et ont le contrôle. Les armateurs et les fonctionnaires français et ivoiriens se sont aussi mobilisés contre les projets de coopération panafricaine. Logisticiens des relations entre la France et l’Afrique, ces patrons ont tissé des liens entre les milieux politiques, français et africains, et les milieux économiques, particulièrement étroits dans l’industrie maritime. Outre les structures de l’économie-monde et les stratégies d’extraversion, c’est par cette place incontournable dans le champ de l’impérialisme français en Afrique que s’explique le maintien de leur hégémonie sur le secteur après les indépendances, malgré les contestations.
Cet article analyse la réforme de la politique minière sous le prisme des instruments d’action publique, à partir d’une comparaison entre deux régimes politiques au Burkina Faso. Il s’appuie sur des données issues d’entretiens semi-structurés réalisés entre 2022 et 2023 et d’une recherche documentaire. Les résultats montrent que les choix des instruments d’action publique pour la réforme de la politique minière résultent de facteurs idéels et pragmatiques propres aux régimes politiques. L’article apporte une double contribution à la littérature sur les politiques publiques et sur les régimes politiques. D’une part, il analyse les régimes de transition à travers une politique économique alors que la littérature se focalise sur les réformes politiques. De l’autre, il met en relation la littérature sur l’instrumentation et la sociologie des régimes politiques.
Le franc CFA soulève de multiples questions liées à un espace monétaire hétérotopique et à des relations inégales entre l’ancienne métropole coloniale et les pays africains membres (PAAZF). Le financement de leur développement n’a pas été plus satisfaisant que celui des pays hors zone. Les États membres de l’UEMOA se sont heurtés à la répression monétaire de la BCEAO. Pour financer leurs investissements et leurs déséquilibres budgétaires, ils ont dû emprunter auprès du système international du développement, des marchés financiers, de la Chine, puis à présent du marché des titres publics de la zone UEMOA. L’accord d’Abidjan du 21 décembre 2019 révèle la distanciation française vis-à-vis du franc CFA. Le véritable enjeu semble à présent être la remise en cause des rôles de la BCEAO actuelle et la réaffirmation de la nécessité de son contrôle démocratique.
Cet article examine la gouvernance monétaire en Afrique de l’Ouest en analysant les limites du franc CFA et les alternatives envisagées, notamment l’eco de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et la perspective d’une monnaie propre à l’Alliance des États du Sahel (AES). Il couvre la période allant des réformes monétaires de 1994, marquées par la dévaluation du franc CFA et les ajustements structurels imposés par le FMI, jusqu’aux évolutions récentes, telles que les réformes annoncées en 2019 et le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cedeao en 2024. L’article interroge la pertinence du franc CFA face aux défis de la souveraineté monétaire, de l’intégration régionale et du développement économique. Il met en évidence les obstacles structurels et politiques qui entravent la transition vers une nouvelle monnaie, notamment les divisions entre États francophones et anglophones et les contraintes extérieures.
Cet article propose une relecture des relations monétaires franco-africaines à l’orée des indépendances à partir de l’analyse d’un instrument central, mais souvent négligé : le compte d’opérations. À rebours des approches macro-structurelles centrées sur la zone franc, il s’appuie sur des archives diplomatiques et financières pour montrer comment cet instrument a été reconverti en outil de coopération dans le cadre de la continuation de la politique impériale française. Loin d’être neutre, le compte d’opérations a permis d’organiser une double tutelle monétaire – institutionnelle et normative – sur les anciennes colonies. L’article revient sur les controverses qu’il a suscitées en Afrique de l’Ouest, puis analyse les stratégies discursives de légitimation mises en œuvre par les élites administratives françaises, fondées sur la technicisation et la dépolitisation. Ce faisant, il éclaire la manière dont les instruments peuvent être mobilisés pour produire de la légitimité, masquer des rapports de pouvoir et stabiliser un ordre postcolonial sous couvert de coopération.
Dans cet entretien, Ndongo Samba Sylla analyse les acteurs et la temporalité de la controverse autour du franc CFA dans les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Critiquée par des économistes depuis les années 1970, la dénonciation de cette monnaie, souvent qualifiée de « coloniale », a été investie par des cercles plus larges d’acteurs politiques et militants dans la seconde moitié des années 2010. Si les économistes universitaires ont participé au débat, bien que de manière inégale, les avantages de cette monnaie, comme la stabilité économique et politique qu’elle est supposée autoriser, ont surtout été mis en avant depuis les institutions économiques et monétaires. Dans ce contexte, les tensions liées à l’imposition de sanctions aux régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel ont, ces dernières années, fragmenté le paysage institutionnel et remis en question la solidarité économique et politique au sein de l’espace régional. Le franc CFA fait désormais l’objet de critiques en raison du rôle qu’il joue dans l’établissement d’un ordre politique au sein de la région ouest-africaine.
La consommation de biens européens, à Abidjan ou à Ouagadougou, relève-t-elle de l’imitation des dominants ou de l’autonomie des subalternes ? Cet article aborde la question en analysant les réseaux de distribution des marchandises dites France-au-revoir . L’appréciation de ces produits ne se réduit ni à une dépendance des Africains vis-à-vis du marché global, ni à une résistance face aux élites (post-)coloniales. La consommation des France-au-revoir répond, au contraire, à des pratiques distinctives ambivalentes, ainsi qu’à la transmission de connaissance des sociétés ouest-africaines sur leur place dans le monde globalisé.