
La Caisse des dépôts et consignations (CDC) a créé en 1955 la Société centrale d’équipement du territoire (SCET), filiale spécialisée dans le service aux Sociétés d’économie mixte (SEM). Cette filiale a joué un rôle majeur dans le développement des SEM dans les années 1960-70 dans le cadre de la politique des grands ensembles. Si la SCET a été un acteur-clé d’une politique très centralisée, la société a également soutenu l’autonomisation des pouvoirs locaux, surtout dans les années 1970. En prenant notamment appui sur le cas de Nantes, cet article explique ce paradoxe en distinguant d’une part le rôle opérationnel de la SCET et d’autre part les circuits de financements que la CDC met à la disposition de sa filiale et des SEM. La libéralisation progressive des circuits de financement du développement urbain à partir du milieu des années 1960 a poussé la SCET à développer des dynamiques partenariales avec les pouvoirs locaux. Ce cas montre ainsi le poids des dynamiques financières dans les mutations de l’économie mixte et de la gouvernance urbaine en France.
Les Entreprises Publiques Locales (EPL) ont été des acteurs clefs de l’aménagement urbain en France tout au long de la seconde moitié du xx e siècle. Cet article met en évidence leurs principales évolutions dans la période plus récente, depuis le début des années 2000. À partir d’entretiens et d’un travail documentaire, nous retraçons les grandes tendances de recomposition de ces entreprises, avec en particulier la création des Sociétés Publiques Locales (SPL) aux cotés des anciennes Sociétés d’Économie Mixte (SEM). Nous montrons que les évolutions de ces structures ont été marquées par un fort décloisonnement entre l’amont (la planification urbaine et l’aménagement) et l’aval (la construction et la gestion) de la filière. Nous montrons enfin que les transformations des Entreprises Publiques Locales reflètent la montée en puissance des dynamiques de structuration intercommunale sur la période, en même temps qu’elles restent paradoxalement des outils aux mains des maires pour contrôler l’aménagement de leur commune.
La SEM départementale SODÉDAT 93 mène de 1974 à 1994 une action significative dans l’aménagement des villes de la Seine-Saint-Denis, qualifié par son directeur, Jean-Pierre Lefebvre, de « laboratoire urbain ». Militant du parti communiste français (PCF) et originaire de Seine-Maritime, ce dernier est proche de Roland Leroy, dirigeant influent de l’organisation politique, qui agit, dans un souci de démocratie, en faveur de son ouverture, en y affirmant le rôle des praticiens et en particulier des artistes. « Don Quichotte » de l’architecture, comme il se raconte dans un livre en guise de bilan Une expérience d’écologie urbaine , Jean-Pierre Lefebvre en appelle en Seine-Saint-Denis à la liberté de création des architectes pour fonder une « nouvelle urbanité» dans ce département, marqué depuis les années 1960 par la construction des grands ensembles et l’urbanisme de dalle. Faisant le bilan de son action, le directeur de la SODÉDAT considère la zone d’aménagement concerté (ZAC) Basilique de Saint-Denis comme « exemplaire par la démarche et le résultat ». Cette ZAC témoigne du rôle à la fois politique et culturel que peut jouer ce type d’organisme au tournant des années 1980 dans les opérations d’urbanisme.
Le privilège donné par les historiens des techniques à la singularité de l’objet horloger a amené l’historiographie à voir dans l’horlogerie privée le moteur de la diffusion du temps mécanique à l’époque moderne, masquant les modes d’acquisition majoritaires de l’heure, dont les horloges de rue. Cet article entend interroger la géographie, la disponibilité et la gestion de celles-ci à Paris aux xvii e et xviii e siècles. En se fondant sur les archives des fabriques de paroisses, il argue que la production de l’information horaire ordinaire relève davantage de logiques pratiques de pouvoirs politiques locaux que d’un cadre technique et normatif. Les horloges de rue produisent une géographie signalétique et sont marquées par l’économie des fabriques qui en délèguent longtemps la gestion aux bedeaux et sacristains. Une approche urbaine de l’heure permet de concevoir sa relation à l’espace local, sa valeur signalétique pour des corps politiques concurrents, et rappelle que les vingt-quatre heures du jour, loin de former un cadre de vie anhistorique, sont le produit d’actions en société.
L’itinéraire de la SEMAEC montre certains aspects originaux de l’Économie mixte dans les années 1960-1970. Alors que dans le reste de la France, c’est la Caisse de dépôts et consignations qui soutient financièrement ce type de montage, c’est avec l’appui important du capital bancaire privé que cette société est créée en 1966 pour réaliser l’opération d’urbanisme de Créteil, nouvelle préfecture du Val-de-Marne, en région parisienne. Sa trajectoire jusqu’au début des années 1980 montre comment ses hommes et principes fondateurs traversent la conjoncture : une intense activité programmatique puis d’aménagement durant les dix premières années, puis un effondrement d’activité lié à la crise de l’immobilier déclenchée par la crise des années 1970, avant une redéfinition sous la tutelle d’une municipalité passée à gauche en 1977, équilibre persistant encore aujourd’hui. L’urbanisme et les paysages du Nouveau Créteil sont durablement marqués par ces événements. Si la singularité originelle de la SEMAEC, associant ancrage local et capital privé, est forte, le soutien constant de l’État donne aussi à cette trajectoire une certaine ambiguïté.
Si l’importance du groupe public de la Caisse des dépôts et consignations dans le développement massif des opérations d’urbanisme en France à partir des années 1950 est reconnue, l’implication d’un autre groupe financier, la Banque de Paris et des Pays Bas, nom officiel de Paribas, l’est beaucoup moins. Acteur privé majeur de l’histoire bancaire, il a participé dès l’entre-deux-guerres à la naissance de l’économie mixte locale. Après la guerre, les archives de Paribas montrent que la banque se lance dans un développement frénétique de filiales spécialisées dans l’immobilier. Parmi celle-ci, elle constitue un réseau pionnier de sociétés d’économie mixte municipales ou intercommunales s’occupant d’abord de construction de logement avant que certaines soient spécialisées en aménagement. Le réseau de Paribas a ainsi piloté des opérations d’aménagement publiques dans plus d’une vingtaine d’agglomérations de tailles très différentes mais très majoritairement de droite. Comme le montre les cas de Vélizy, Dijon et Tours, sa force était d’être très intégré et de pouvoir s’appuyer sur les autres filiales de Paribas, notamment les bureaux d’études en construction ou en aménagement.
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L’objet de cet article, basé sur une revue de littérature en écologie et sur l’écologie, est de dresser à grands traits l’histoire de la relation des naturalistes à la ville. La curiosité naturaliste pour la ville depuis le xvii e siècle est attestée par la production d’inventaires floristiques. Cependant, la naissance de l’écologie comme champ disciplinaire va radicalement les éloigner de la ville. Trop souillée, trop perturbée et en définitive trop humaine, la nature en ville n’est plus un objet légitime de recherche en écologie pendant une partie du xx e siècle. L’écologie urbaine, dans sa version naturaliste, naît dans les années 1970, mais ne prend son essor que récemment dans un contexte d’urbanisation croissante. Elle va amorcer une redécouverte de la ville qui va de pair, dans les dernières décennies, avec le développement d’approches interdisciplinaires et de travaux orientés vers la définition de stratégies pour rendre la ville plus écologique.
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Emprisonné puis contraint de s’exiler à Tunis au début des années 1360, Ibn Marzūq (m. 781 H/1379) choisit de mettre par écrit la vie de ses ancêtres les plus illustres et d’ancrer leur biographie dans un espace urbain, celui de Tlemcen. Ces biographies contrastent avec la situation précaire de leur auteur qui leur fait porter un message politique : en tant qu’héritier, son appartenance urbaine dépasse les allégeances politiques et le placent au-dessus de l’affrontement entre Abdelwadides et Mérinides autour de Tlemcen. Par-delà les vies singulières des biographiés et de son auteur, les Manāqib donnent à voir les changements à l’œuvre dans l’écriture de l’histoire dans l’Occident musulman de la seconde moitié du VIII e H/ xiv e siècle et la place privilégiée que les villes y occupent.
L'étude porte sur un registre atypique des archives de Saint-Omer, communément appelé Gros registre du greffe (Ms. 1389), et qui rassemble, sans ordre apparent, 461 pièces dont les datations s'étalent entre 1166 et 1778. Sans ordre chronologique, passé entre les mains de plusieurs scribes, le registre accumule autant de copies de documents et de sentences que la ville est impliquée dans des conflits internes à son périmètre d'autorité, ou emportée dans une grande histoire qui l'oblige à prendre position. L'originalité de cette compilation permet de reconsidérer l'écriture urbaine en son contexte d'expression et de réinterroger les notions aujourd'hui encore très controversées des prétentions historiennes ou mémorielles des administrateurs municipaux dont les productions sont surtout marquées par un présentisme assumé.