
La diffusion par l’imprimé des textes scientifiques a confronté auteurs et éditeurs à des contraintes techniques et économiques jusque-là inconnues, tout en élargissant le public visé par ce type de publications. Cela a eu un effet sur l’écriture même de ces textes et la façon dont ils se présentaient à leurs lecteurs, avec la recherche de formules plus économiques et plus standardisées, et d’un langage visuel plus utile à la compréhension des textes. Cette étude, qui se rattache à la fois à l’histoire des sciences, à l’histoire culturelle du livre, et à la bibliographie matérielle, étudie d’abord comment les ateliers d’imprimerie se sont équipés du matériel typographique nécessaire (signes spéciaux, symboles), et s’interroge, à partir du cas de l’algèbre, sur l’influence du passage à l’imprimé sur l’adoption progressive (et très lente) d’un langage mathématique uniformisé dans toute l’Europe. Il aborde ensuite l’illustration, autre élément essentiel du langage visuel des sciences qui éclaire la relation à double sens entre la logique du marché et l’installation de nouveaux modes de lectures. L’exemple du « nouveau livre de sciences illustré », mis au point par Descartes, montre la forte interaction entre un projet d’auteur et les ressources et contraintes du monde du livre.
Cet article entend rendre compte de la manière dont les Éthiopiens présents à Rome au xvi e siècle s’approprient l’imprimerie, une technique et un mode de diffusion des connaissances qui sont complètement ignorés dans le royaume chrétien d’Éthiopie. Il s’agit d’étudier également comment l’édition de livres imprimés en caractères éthiopiens a profondément modifié les savoirs relatifs à la Corne de l’Afrique dans la Rome humaniste. Cette étude retrace les deux phases d’impression d’ouvrages en caractères éthiopiens entre 1511 et 1513 autour de Johannes Potken et du moine Tomās d’une part ; à la fin des années 1540, d’autre part, autour de Tasfā Ṣeyon, le maître d’études de l’hospice éthiopien de Santo Stefano dei Mori, et du réseau d’humanistes proches de la Curie (Pietro Paulo Gualtieri, Mariano Vittori) et d’imprimeurs typographes (les frères Dorico) qu’il met en relation. Ces différents acteurs relèvent les défis de l’édition d’une langue orientale qui était jusqu’alors totalement inconnue en Europe. Si les dossiers relatifs aux « incunables » éthiopiens produits à Rome, sont aujourd’hui bien documentés et bien connus, il s’avère nécessaire de resituer précisément les impressions éthiopiennes dans le contexte de la Rome typographique et humaniste et dans celui de Romā , lieu de résidence des pérégrins éthiopiens. Cet article dresse le bilan des recherches sur les imprimés éthiopiens dans la Ville en s’appuyant sur une documentation multilingue (guèze, latine, italienne) et en croisant les approches historiographiques. Il propose également de nouvelles perspectives d’analyse afin de mieux comprendre quelle était la place de ces entreprises typographiques, souvent considérées de manière isolée, à Rome au xvi e siècle.
La position spécialement délicate de l’ambassadeur du Troisième Reich Johannes von Welczeck (1878-1972), qui fut en poste à Paris d’avril 1936 à août 1939, justifie un intérêt particulier de la part de l’historien, notamment parce que les oppositions entre la France du Front populaire et l’Allemagne nazie sont évidentes, mais aussi parce que l’exposition universelle de 1937 tenue à Paris s’était néanmoins accompagnée d’une embellie des relations franco-allemandes. Cet article revient sur la sociabilité de l’ambassadeur d’Allemagne en France, en particulier sur sa fréquentation des milieux de la haute société parisienne. Aristocrate possessionné, diplomate en fin de carrière, Welczeck disposait d’atouts qui lui permirent d’entrer en contact avec l’élite sociale française. Loin d’avoir été marginalisé, il mena une vie publique à Paris qui ne souffrit guère des stigmates du régime dont il était l’émissaire. Grâce à son statut, Welczeck fut amplement en relation avec d’influents responsables politiques et économiques en dehors du cadre des cabinets de travail, et fut, avec sa femme et ses filles, une figure très remarquée et appréciée de la vie mondaine parisienne. Au-delà de l’étude des cercles avec lesquels il était en contact, cette étude éclaire la qualité des relations franco-allemandes à la veille de la Seconde Guerre mondiale et contribue à mesurer la force de l’espoir du développement de relations pacifiques avec l’Allemagne, eût-elle été nazie.
En 1586, le libraire lyonnais Guillaume Rouillé met en vente l’ Historia generalis plantarum in libros XVIII , ouvrage in-folio réparti en deux volumes, comptant 2034 pages et 2686 gravures sur bois. Le livre, réalisé notamment à partir des documents amassés sur plusieurs décennies par le médecin Jacques Daléchamps, constitue l’une des entreprises éditoriales les plus ambitieuses du libraire et une production incontournable des savoirs botaniques de son temps. L’ Historia generalis plantarum ne constitue toutefois qu’un échantillon des multiples productions naturalistes parues à Lyon dans la deuxième moitié du xvi e siècle, avec lesquelles elle entretient des liens de filiation. La compréhension des enjeux liés à l’élaboration de cette somme botanique ne peut se comprendre sans être replacée au sein des coordonnées éditoriales et savantes à partir desquelles elle émerge. Si la place de Lyon dans le panorama des éditions naturalistes en Europe est à la hauteur de son rang global en termes de production imprimée, son rôle dans ce domaine a été globalement négligé. L’étude des caractéristiques matérielles de l’imprimé permet d’ouvrir la boîte noire de l’économie des savoirs, afin de comprendre quels moyens et quelles contraintes ont permis la floraison de livres sur la Nature à Lyon dans la seconde moitié du xvi e siècle.