
Le manque de description linguistique de la LSF, l’absence d’outil d’évaluation et l’hétérogénéité de la population sourde ne nous permettent pas de caractériser et diagnostiquer un trouble du langage en LSF (TDL). Pour répondre à ce besoin, nous proposons un test qui évalue les compétences morphosyntaxiques chez des enfants sourds signeurs. En amont, nous avons introduit une nouvelle typologie des prédicats en LSF, mais également un Indice de Potentiel Langagier (IPL) nous permettant de rendre compte des facteurs environnementaux impactant le développement du langage chez ces enfants. Ainsi, nous avons observé l’effet du potentiel langagier sur les compétences réceptives et expressives : plus les enfants disposaient d’un IPL robuste (IPL fort), meilleures étaient les compétences morphosyntaxiques. Ce premier test et ces premiers résultats pourraient initier la mise en place d’un diagnostic de TDL en LSF.
La fluence verbale se développe progressivement avec la maturation des compétences motrices et cognitives, mais les disfluences sont courantes chez les enfants de 2 à 6 ans et diminuent avec le temps, sauf en cas de bégaiement. Sont interrogés le rôle des facteurs structuraux et pragmatico-discursifs, des activités sur la fluence verbale de 12 enfants avec ou sans bégaiement en situations dites « spontanées ». Les résultats montrent que les énoncés longs et/ou complexes, ainsi que les mots-outils et les mots monosyllabiques sont constitués de plus de disfluences. Au niveau des facteurs fonctionnels, les disfluences apparaissent davantage au sein d’assertions, de questions, d’ordres, et dans les évocations d’expériences personnelles. Pour une intervention orthophonique efficace et adaptée, il est crucial de comprendre l’impact de ces facteurs sur la fluence verbale des enfants qui bégaient.
Cet article porte sur la planification de la coordination respiration-parole chez des enfants avec et sans fente palatine, en se concentrant sur les stratégies respiratoires compensatoires liées à la présence et à la sévérité d’une déperdition nasale. 15 locuteurs témoins (8-11 ans) et 12 locuteurs porteurs de fente palatine (7-12 ans), de langue maternelle française, ont été enregistrés. Les données respiratoires, synchronisées au signal de parole, ont été recueillies à l’aide de ceintures électromagnétiques élastiques placées sur le thorax et l’abdomen. Les résultats montrent que les enfants présentant une déperdition nasale constante déploient des stratégies compensatoires, tant lors de l’expiration que de l’inspiration, cette dernière étant plutôt destinée à compenser les dépenses expiratoires antérieures.
L’objectif de cet article est d’examiner les capacités linguistiques des enfants tchétchènes pour pouvoir distinguer un éventuel trouble développemental du langage (TDL) d’un développement non pathologique. Nous analysons les erreurs et difficultés linguistiques de ces enfants pour mettre en lumière le rôle des influences inter-linguistiques dans leurs productions langagières et affiner le diagnostic des TDL dans cette population. Les données récoltées concernent douze enfants trilingues russe-tchétchène-français dont six suivis en orthophonie pour TDL et six à l’intérieur d’un groupe contrôle. Notre étude soulève la question du sur-diagnostic et du sous-diagnostic des troubles du langage dans les populations témoins et pathologiques.
Cette étude compare le développement syntaxique chez les enfants et la perte de capacité syntaxique dans la maladie d’Alzheimer. Le concept de rétrogenèse suggère que les mécanismes dégénératifs suivent l’ordre inverse du développement normal. Alors que la syntaxe est initialement préservée chez les patients atteints d’Alzheimer, les phrases deviennent progressivement simplifiées. L’étude inclut 60 enfants (3 à 11 ans), 60 patients atteints d’Alzheimer et un groupe témoin. Une tâche de répétition de phrases, comportant trois niveaux de complexité (ordre des mots non canonique, branchement à gauche, subordination), a été utilisée. Les résultats montrent que les patients et les enfants répètent moins de phrases que les témoins, suggérant que le déclin syntaxique dans la maladie d’Alzheimer reflète le développement syntaxique chez les enfants, soutenant ainsi l’hypothèse de la rétrogenèse.
Cette étude cherche à évaluer les capacités langagières du sujet âgé bilingue dialectophone (alsacien/français). Bien que l’alsacien soit la langue « régionale » la plus pratiquée sur le territoire national français, aucun test d’aptitude langagière n’est disponible. L’adaptation de protocoles existant pour d’autres langues a été entreprise afin de tester les aptitudes langagières dans le vieillissement normal du sujet bilingue dialectophone. Les dialectes alsaciens sont caractérisés par l’oralité et dépourvus de norme orthographique stricte, ce qui complique l’élaboration de protocoles d’évaluation standardisés. Les résultats préliminaires indiquent que les participants ont de meilleures capacités langagières en alsacien qu’en français, ce qui renforce l’importance de disposer d’un test langagier standardisé en alsacien pour évaluer les compétences préservées du patient dans le cadre des pathologies neurodégénératives.
La fréquence fondamentale intrinsèque I f o est étudiée en français en parole, déclamation et chant chez des femmes normophoniques, dysphoniques et chanteuses. Moins importante que dans la littérature, elle est maximale pour /u/, puis /i/ et /o/, mais négative pour /ɛ/ et /ɛ̃/ en parole et déclamation pour les normophoniques. Elle est plus élevée en contact avec des consonnes non voisées, et moins élevée pour le chant et les chanteuses. Les dysphoniques montrent des données plus variables en déclamation, et plus contrastées entre les voyelles de I f o maximale (/u/) et minimale (/ɛ̃/) en parole et chant, suggérant une variabilité adaptative dans la production de ces voyelles. Il en résulte une adaptation du protocole phonétique utile en rééducation vocale.
Hummel (2024 & 2026) propose une typologie de l’adverbe dans les langues romanes. L’adverbe de Type A – l’adjectif utilisé en tant qu’adverbe – serait privilégié dans les langues ayant subi moins de pression des forces standardisantes, dont le français de Louisiane. Notre examen de l’adverbe dans cette variété confirme la place prépondérante du Type A, tout en accordant un rôle important au Type B.
L’adjectif adverbal solide est polysémique et se présente dans une large gamme d’emplois syntaxiques au Québec et en Acadie. Cette distribution en fait un diatopisme pancanadien. Cet article entend décrire l’emploi adverbial récent de solide en français canadien (1 re attestation 1974, mais fréquent depuis 1990) en micro-diachronie. Il s’appuie sur des données orales. L’hypothèse défendue est que l’origine de l’emploi adverbial de solide diffère dans ces deux variétés. Au Québec, il a été obtenu à partir de contextes « métanalytiques » (Corminboeuf 2023) ouvrant la voie à un changement de catégorie grammaticale. En Acadie, il est dû au contact avec l’anglais nord-américain, où le Type A « monocatégoriel » (Hummel & Kröll, 2015 : 41) est fréquent. Cette influence a parfois été évoquée (Neumann-Holzschuh & Mitko, 2019 : 265), sans avoir jamais fait l’objet d’une démonstration.
Dans la présente étude, nous examinons la variation diamésique en créole de Louisiane, en comparant l’emploi des adjectifs-adverbes (Type A dans le classement de Hummel 2026) et des adverbes en -ment (Type B dans ce même classement), dans un corpus oral et un corpus de textes écrits. Les résultats montrent que le créole suit la tendance générale des langues romanes à préférer, à l’oral, les adverbes de Type A, alors que le nombre et la fréquence des adverbes de Type B augmentent dans le corpus écrit. Les textes écrits étant le produit de néo-locuteurs qui prennent le relais de la dernière génération de locuteurs natifs du créole, on peut se demander si, en plus de refléter la variation diamésique, les traits particuliers de leur créole annoncent la forme que prendra aussi la langue orale dans cette étape post-vernaculaire de son évolution.
Les adverbes en -ment constituent une classe homogène du point de vue de la forme mais très hétérogène du point de vue des fonctions, du sémantisme et des rôles syntaxiques. Par ailleurs, bon nombre de ces adverbes présentent un fort degré de polyfonctionnalité, résistant ainsi à toute tentative de classification. Cependant, ces formes adverbiales, pour diverses qu’elles soient, se caractérisent par des similitudes frappantes dans leur développement diachronique. Fort de ce constat, nous proposons une méthode de clustering pour reconstruire des catégories pertinentes sur la base de leur contribution à la fréquence du paradigme. Ce résultat révèle l’existence de fortes cohérences structurales dans la dynamique diachronique, un phénomène qui n’a pas fait jusqu’ici l’objet d’une investigation systématique.
Cette étude présente une approche interdisciplinaire de la reformulation sous-phrastique médicale en linguistique et les enjeux dans le contexte actuel du Traitement Automatique des Langues (TAL) et de la génération automatique de textes avec des Grands Modèles de Langues (LLMs). Nous mettons en avant les difficultés d’identification automatique de la reformulation sous-phrastique et l’importance de l’équivalence sémantique entre le terme médical et sa reformulation. Les outils d’IA générative de type chatGPT sont utilisés par le grand public pour obtenir des explications à des questions de santé, ce qui attire l’attention sur le risque de considérer des textes incorrects, dits « hallucinatoires », comme étant la vérité médicale. Dans le TAL, des méthodes hybrides de recherche d’information de type Retrieval Augmented Generation (RAG) peuvent assurer l’accès à une reformulation médicale correcte.
Cet article est une réflexion sur les possibilités d’une analyse socio-discursive de l’efficacité des énoncés. Je montre qu’une analyse exclusivement pragmatique ne suffit pas à rendre compte de la force sociale et politique des discours ; je cherche alors à explorer diverses pistes afin de rendre compte de cette efficace sans sacrifier l’analyse linguistique. Pour cela, je me base sur un corpus d’étiquettes de vin naturel, issues de « Cuvées militantes » : il s’agit de bouteilles de vin conçues notamment pour le militantisme féministe et LGBTQI. C’est en les analysant au prisme des notions d’ agir représenté et de périperformatif , que l’on peut esquisser les possibilités d’une réflexion linguistiquement ancrée de l’efficacité des discours du genre.
L’article analyse les verbes modaux yīnggāi en chinois et devoir en français, en mettant en évidence leurs valeurs déontiques (obligation) et évidentielles (inférence et reportif). Leurs valeurs déontiques dérivent de leurs sens lexicaux : ‹devoir, être endetté› pour devoir et ‹se conformer à la discipline militaire› pour yīnggāi . Leurs valeurs évidentielles résultent de l’affaiblissement de la source énonciative liée à l’obligation initiale. Cependant, yīnggāi a une force de validation moyenne, contrairement à devoir . Yīnggāi n’est jamais suivi par une particule d’aspect aoristique et est compatible avec les marqueurs de modalisation en assertion seconde (MAS) ou les expressions de temps futur. L’analyse syntaxique de yīnggāi dans le corpus ccl révèle quatre traits distinctifs, soulignant sa complexité contextuelle.
Dans les textes versifiés (métriques), les relations entre structure syntaxique et structure métrique sont très largement gouvernées par un principe de congruence. Ce principe participe avec d’autres de la situation que l’on appelle généralement concordance , dans laquelle l’association des expressions linguistiques avec la forme métrique est décrite comme « naturelle ». Après avoir donné une définition de la congruence , cet article explique pourquoi deux propriétés liées à la congruence – la localité et la coextensivité des constituants métriques finaux –, permettent de produire un tel effet de « naturel ».
Cet article propose une étude comparative des démonstratifs adnominaux mémoriels en français et en chinois mandarin dans un corpus oral informel. Nos analyses quantitatives et qualitatives montrent que la fréquence des démonstratifs mémoriels en chinois est largement supérieure à celle des démonstratifs mémoriels en français. Si le démonstratif ce en français peut être mémoriel, le mémoriel en mandarin taïwanais est seulement réservé au démonstratif distal nà . Bien que le référent du démonstratif mémoriel puisse être spécifique ou générique, l’appariement référentiel se réalise toujours par les connaissances générales ou privées partagées des interlocuteurs, lesquelles étant souvent condensées dans une subordonnée relative ou un modifieur à valeur déterminative. Les démonstratifs avec subordonnée relative peuvent aussi être non mémoriels et déictiques, soit situationnels, soit discursifs.
Les « Serments de Strasbourg » de 842 constituent la plus ancienne attestation conservée en langue française et possèdent, à ce titre, une valeur historique et linguistique reconnue. Toutefois, plusieurs phénomènes d’ordre à la fois discursif et matériel ont contribué à faire de ce texte, connu par un unique manuscrit, un monument. Après avoir rappelé les principales caractéristiques des Serments de Strasbourg en tant que document, on met en évidence trois processus à l’œuvre entre les xvi e et xxi e siècle : d’abord, l’insertion du texte dans des dispositifs divers de citation et de reproduction ; ensuite, sa traduction en différents états de langue, du latin au français, et le développement de commentaires ; enfin, la nomination, qui fixe la désignation et atteste de la valeur patrimoniale des Serments de Strasbourg .