
Les puces multi-allergéniques représentent une avancée récente importante dans le domaine du diagnostic allergologique, en permettant une analyse multiplex étendue des IgE spécifiques réactives vis-à-vis d’un large panel d’allergènes. Basée sur une technique de type ELISA, la puce ALEX (Allergy Xplorer) permet la détection simultanée de plusieurs centaines d’allergènes, incluant à la fois des extraits allergéniques et des composants moléculaires, et ce à partir d’un très faible volume de sérum, avec un rendu semi-quantitatif. Cette technologie s’inscrit dans l’évolution des stratégies diagnostiques en allergologie, en complément de la démarche classique reposant sur l’interrogatoire, l’examen clinique et les tests cutanés. Elle trouve particulièrement sa place dans des situations complexes, telles que les polysensibilisations, les anaphylaxies inexpliquées ou les discordances entre les données cliniques et les résultats des explorations conventionnelles. L’approche moléculaire permet notamment de distinguer les sensibilisations primaires des réactions croisées, contribuant ainsi à une prise en charge plus ciblée et personnalisée. Cependant, malgré ses performances, ces puces multiplex présentent certaines limites, notamment une sensibilité variable selon les allergènes et une complexité d’interprétation liée à la fréquence de positivités multiples, dont la pertinence clinique peut être incertaine. Son utilisation doit donc rester raisonnée et strictement guidée par le contexte clinique, conformément aux recommandations de la Société française d’allergologie. En pratique, cet outil constitue un complément aux méthodes conventionnelles, dont la valeur repose sur une interprétation croisée entre clinicien et biologiste.
Les fièvres récurrentes chez l’enfant exigent une démarche diagnostique rigoureuse afin d’éliminer rapidement les causes urgentes, comme les déficits immunitaires ou les maladies inflammatoires chroniques. Les syndromes auto-inflammatoires, dont le PFAPA (Pharyngitis, Fever, Aphtous, Poly-Adenitis – syndrome de Marshall) et la fièvre méditerranéenne familiale, sont souvent responsables de ces accès fébriles stéréotypés. Leur diagnostic repose sur l’anamnèse, l’examen clinique et des bilans biologiques ciblés simples en première intention, en période de crise et hors crise. D’autres pathologies, beaucoup plus rares, telles que les autres fièvres récurrentes auto-inflammatoires héréditaires, peuvent également être envisagées. La prise en charge varie selon l’étiologie, allant du traitement symptomatique à la prescription de biothérapies ou immunosuppresseurs. Il convient souvent d’assurer un suivi pluridisciplinaire, d’encourager l’activité physique adaptée, et de mettre en place un projet d’accueil individualisé (PAI) pour favoriser la scolarisation et le bien-être des enfants concernés.
Les infections oto-rhino-laryngologiques (ORL), ou infections respiratoires hautes, sont les plus fréquentes des infections de l’enfant et les premières causes de prescriptions d’antibiotiques. Dans l’immense majorité des cas, elles sont dues à des virus, et même lorsqu’elles sont d’origine bactérienne, elles guérissent le plus souvent spontanément. L’abstention de prescription d’antibiotique est donc de rigueur dans de très nombreuses situations d’infections des voies aériennes supérieures : rhinopharyngites, angines érythémateuses ou érythémato-pultacées non streptococciques, laryngites, otites congestives, otites séreuses. Le traitement antibiotique des angines repose essentiellement sur la positivité des tests de diagnostic rapide du streptocoque du groupe A (SGA). Concernant les otites, seules les otites moyennes aiguës purulentes (OMAP) chez des enfants de moins de 2 ans et les formes compliquées ou les plus symptomatiques chez des enfants plus grands doivent être traitées par antibiotiques. Le traitement de première intention est l’amoxicilline dans l’immense majorité des cas. Les infections ORL graves (mastoïdites, épiglottites, abcès rétro- et para-pharyngés, sinusites frontales, ethmoïdites) sont des urgences thérapeutiques en pédiatrie, justifiant fréquemment une hospitalisation et une antibiothérapie intraveineuse initiale.
Les infections des voies respiratoires inférieures recouvrent un large éventail de syndromes cliniques, dont les bronchiolites, les bronchites, les laryngo-trachéobronchites et les pneumonies. Elles représentent la deuxième cause de prescription d’antibiotiques. La grande majorité de ces infections sont dues à des virus (ou déclenchées par eux) et/ou sont des infections spontanément résolutives. Cependant, les pneumonies chez l’enfant sont responsables d’une morbidité et d’une mortalité importantes dans le monde. Pour les cliniciens, l’une des principales difficultés est de poser le diagnostic de pneumonie chez les enfants fébriles avec (ou sans) toux. En effet, le diagnostic doit être établi sur la base de l’anamnèse, de l’examen clinique et parfois d’examens complémentaires (comme la radiographie ou l’échographie thoraciques et les marqueurs biologiques d’inflammation). Depuis l’implémentation des vaccins antipneumococciques, l’épidémiologie bactérienne des pneumonies et des empyèmes pleuraux a évolué : outre la diminution de l’incidence des pneumonies, ont été observées une réduction de l’implication du pneumocoque, ainsi qu’une baisse de la résistance aux ß-lactamines. En 2025, selon les données du Centre national de référence des pneumocoques, 6 % des souches isolées à partir d’hémocultures chez l’enfant sont résistantes à l’amoxicilline. Les choix thérapeutiques proposés dans cet article respectent les recommandations officielles françaises antérieures.
Le programme de vaccination français contre les principales bactéries responsables des méningites communautaires est un des plus complet au monde : en effet, les vaccinations contre Haemophilus influenzae de sérotype b et les méningocoques des sérotypes B, ACYW sont obligatoires chez les nourrissons avec d’excellent taux de couvertures vaccinales diminuant de façon considérable l’incidence des méningites bactériennes. La vaccination pneumococcique conjuguée (7- puis 13 et 15 valences, l’extension au vaccin 20- valent étant en cours d’évaluation) est également obligatoire et a permis de diminuer l’incidence des méningites liées à ce germe mais surtout a considérablement modifié le profil des méningites à pneumocoque en faisant disparaître transitoirement les souches les plus résistantes aux bêta-lactamines en France. L’Observatoire national des méningites bactériennes de l’enfant du Groupe de pathologie infectieuse pédiatrique (GPIP) de la Société française de pédiatrie ainsi que le Centre national de référence des pneumocoques n’ont pas répertorié de cas de méningites dues à des pneumocoques résistants aux céphalosporines de troisième génération (C3G), même si des souches de profil moins favorable (sérotypes 11A, 15BC et A) ont émergé en 2021. Ces données récentes justifient globalement de reconduire les recommandations de 2016 et à limiter l’usage de la vancomycine à la phase secondaire de traitement des méningites à pneumocoque lorsque la CMI de la souche isolée vis-à-vis des injectables est >0,5 mg/L. Cette recommandation est susceptible d’évoluer si le pourcentage de souches résistantes devait ré-augmenter et une vigilance particulière est nécessaire sur ce point. Une alternative pourrait être, pour les souches de CMI>0,5 mg/L pour les C3G, d’utiliser la ceftaroline dont les CMI restent actuellement basses. Néanmoins, les données PK/PD pour cette molécule sont encore peu précises, notamment chez l’enfant et en présence d’une inflammation méningée. L’observatoire national des méningites de l’enfant est un outil précieux en raison de sa bonne exhaustivité et de sa pérennité depuis 20 ans. Le maintien de la surveillance épidémiologique permettra d’adapter si nécessaire, les nouveaux schémas thérapeutiques à l’évolution des profils de sensibilité des pneumocoques et aux changements sérotypiques éventuels à venir. Les abcès et empyèmes cérébraux communautaires sont des maladies rares, mais leur prise en charge nécessite une approche rigoureuse et spécifique, différente de celle des méningites. Une imagerie de qualité, un prélèvement bactériologique avant l’antibiothérapie dans la mesure du possible, et un traitement antibiotique incluant le métronidazole en plus du céfotaxime sont recommandés. Ces abcès cérébraux nécessitent toujours une collaboration multidisciplinaire, incluant les professionnels des maladies infectieuses et un avis neurochirurgical.
Malgré la diversité des résistances décrites chez les staphylocoques, les véritables impasses thérapeutiques demeurent exceptionnelles. Même en présence de souches résistantes à la méticilline, des alternatives actives existent dans l’immense majorité des situations, qu’il s’agisse de molécules anciennes ou d’antibiotiques plus récents. L’enjeu, pour le clinicien, n’est donc pas de trouver une option thérapeutique, mais de sélectionner la plus pertinente en fonction du site infectieux, de la gravité de l’infection, des paramètres pharmacocinétiques et pharmacodynamiques, des possibilités de relais oral, des contraintes organisationnelles et du profil de tolérance. Dans les infections à staphylocoques sensibles à la méticilline, les bêtalactamines doivent impérativement rester le traitement de référence. S’en écarter sans justification solide, y compris au profit de molécules plus récentes, expose à une perte de chance pour le patient. Par voie parentérale, les pénicillines M et les céphalosporines de première génération occupent une place centrale ; par voie orale, l’amoxicilline–acide clavulanique et les céphalosporines de première génération constituent les principales options. Dans les infections à Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM), la vancomycine conserve une place majeure dans le traitement initial des formes systémiques. Pour autant, cette position centrale ne doit pas masquer l’intérêt, dans des situations bien ciblées, d’alternatives telles que la clindamycine, le cotrimoxazole, le linézolide, la daptomycine, la dalbavancine, la ceftaroline ou le ceftobiprole. Leur place respective dépend du site de l’infection, de l’âge de l’enfant, de la possibilité d’un relais oral, des contraintes logistiques et, dans certaines situations, de la composante toxinique de l’infection. Les indications d’une stratégie anti-toxinique, fondée en pratique sur la clindamycine ou le linézolide, concernent le syndrome de choc toxique staphylococcique, les pneumonies nécrosantes dues à un S. aureus toxinogène, ainsi que certaines infections fulminantes dans lesquelles la production toxinique paraît jouer un rôle central. La durée optimale de ce traitement adjuvant n’est pas définie par des données robustes. En pratique, une administration brève, de l’ordre de quelques jours, est généralement privilégiée, jusqu’au contrôle hémodynamique et infectieux, à la régression franche de l’inflammation systémique et à la maîtrise du foyer infectieux.
La plupart des infections ostéoarticulaires (IOA) surviennent par voie hématogène, touchent majoritairement les enfants de moins de 5 ans et comprennent l’ostéomyélite, l’arthrite septique, l’ostéoarthrite et la spondylodiscite. Un diagnostic précoce et un traitement rapide sont nécessaires pour éviter les complications initiales (sepsis, foyers de suppuration) et les séquelles orthopédiques à plus long terme. Les enfants chez lesquels on suspecte une IOA doivent être hospitalisés pour le diagnostic et le début du traitement. Le drainage chirurgical est le plus souvent indiqué chez les patients présentant une arthrite septique ou un abcès sous-périosté. Staphylococcus aureus est responsable d’IOA chez les enfants de tous âges. Kingella kingae est un agent pathogène très fréquent chez les enfants de 6 mois à 4 ans. Le Groupe de pathologie infectieuse pédiatrique (GPIP) de la Société française de pédiatrie (SFP) et la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF) recommandent dans la plupart des situations une antibiothérapie empirique avec une couverture appropriée contre S. aureus sensible à la méticilline (SASM) et K. kingae avec de fortes doses (150mg/kg/j) de céfazoline intraveineuse. Chez les enfants présentant une IOA non compliquée et dont l’évolution est favorable (disparition de la fièvre et de la douleur), une antibiothérapie intraveineuse courte pendant 3jours peut être relayée par un traitement oral. En l’absence d’identification bactériologique, le relais oral se fait avec l’association amoxicilline/clavulanate (80 mg/kg/j d’amoxicilline) ou la céfalexine (150mg/kg/j). Si l’espèce bactérienne est identifiée, l’antibiothérapie est adaptée à la sensibilité aux antibiotiques de ces bactéries. La durée totale de l’antibiothérapie est de 14jours pour les arthrites septiques, de 3 semaines pour les ostéomyélites et de 4 à 6 semaines pour les ostéoarthrites du bassin, les spondylodiscites et les IOA plus graves, évoluant lentement sous traitement ou chez les patients avec terrain sous-jacent (âgés de moins de 3 mois, immunodéprimés, drépanocytaires…). Le traitement de l’arthrite septique, de la spondylodiscite et des IOA graves ou compliquées nécessite un avis orthopédique systématique.
Les maladies infectieuses demeurent un enjeu majeur de santé publique à l’échelle mondiale. Les connaissances relatives à ces pathologies et à leurs traitements progressent régulièrement, parallèlement aux avancées technologiques, telles les techniques de biologie moléculaire avec l’extension des PCR (Polymerase Chain Reaction), le séquençage à haut débit, la métagénomique et la spectrométrie de masse. Les capacités de détection, d’identification et de caractérisation des micro-organismes ont ainsi été améliorées permettant une meilleure compréhension de l’épidémiologie des infections et l’optimisation de leur prise en charge thérapeutique. L’épidémiologie de ces maladies évolue quant à elle, sous l’influence de multiples déterminants : programmes de vaccination, usage inapproprié des antibiotiques, facteurs environnementaux… Ainsi, la résistance bactérienne aux antibiotiques représente aujourd’hui l’un des défis principaux pour la santé publique mondiale. L’Organisation mondiale de la santé qualifie ce phénomène de « pandémie silencieuse », susceptible d’entraîner, à terme, une mortalité supérieure à celle engendrée par la pandémie de COVID-19. Ce constat est d’autant plus préoccupant que peu de nouvelles molécules antibactériennes ont été commercialisées au cours des dernières années ; celles qui le sont, doivent rester limitées aux infections sévères causées par des bactéries multirésistantes et leur prescription doit être réservée aux infectiologues. L’optimisation et la rationalisation de l’antibiothérapie sont indispensables pour freiner l’apparition de nouvelles résistances bactériennes et réduire leur dissémination dans la population. Dans ce guide, pour chaque situation clinique, seront précisés : première colonne : les espèces bactériennes les plus probablement impliquées ; deuxième colonne : le ou les antibiotique(s) de première intention ; troisième colonne : les alternatives thérapeutiques à considérer en cas de contre-indication, d’intolérance ou d’allergie confirmée ou fortement suspectée. Ce ne sont en aucun cas des traitements de rattrapage en cas d’échec ; dernière colonne : les commentaires essentiels concernant le diagnostic, le choix de l’antibiotique et les particularités de la prise en charge. Cette colonne constitue, selon nous, un élément central pour comprendre la logique scientifique guidant nos recommandations.
Ce chapitre expose le traitement antimicrobien empirique des espèces bactériennes moins fréquemment responsables d’infections, qu’elles soient d’origine communautaire ou liées aux soins de santé. Il y est précisé la place qu’occupent ces bactéries, les antibiotiques recommandés en tenant compte de leur résistance naturelle, des résistances acquises les plus courantes, et de leurs paramètres pharmacocinétiques et pharmacodynamiques. L’avis d’un infectiologue ou d’un microbiologiste est le plus souvent nécessaire.
Depuis plus d’un demi-siècle, de nombreuses études ont démontré la valeur des paramètres pharmacocinétiques/pharmacodynamiques (PK/PD) sériques pour prédire l’éradication bactérienne ou le succès thérapeutique, d’abord dans des modèles animaux, puis chez l’homme. Ces paramètres sont désormais la pierre angulaire du développement des antibiotiques, de la détermination de la posologie et de l’intervalle d’administration. Ils sont également utiles pour l’établissement des concentrations minimales inhibitrices (CMI) dites « critiques » permettant de classer les souches dans la zone sensible ou résistante à un antibiotique donné. Les premières études qui ont conduit à la détermination de paramètres PK/PD prédictifs ont utilisé des modèles animaux dans lesquels les CMI des antibiotiques contre la souche infectante étaient connues, ainsi que les concentrations sériques à différents moments après l’administration. Dans tous ces modèles, la concentration de la forme libre de l’antibiotique, qui correspond le plus souvent à la forme active, était mieux corrélée à l’efficacité que la concentration totale. Depuis, les données fournies par ces modèles animaux ont été confirmées dans diverses infections rencontrées en pratique clinique : infections respiratoires hautes et basses, bactériémies, infections de la peau et des tissus mous, infections intra-abdominales, infections ostéoarticulaires acquises dans la communauté. Pour d’autres infections (osseuses ou des voies urinaires supérieures), sans avoir le même niveau de preuve, il est indispensable de prendre en compte les paramètres PK/PD sériques. Dans le cas d’infections de tissus dans lesquels les antibiotiques diffusent mal (liquide cérébrospinal, œil…) et pour les infections de prothèses, les paramètres PK/PD locaux sont les plus prédictifs. Le choix des antibiotiques, ainsi que les doses journalières et la fréquence d’administration devraient être largement influencés par ces paramètres. Ils doivent être particulièrement bien connus des infectiologues et des pédiatres travaillant dans les services de soins intensifs pour une prise en charge optimale des patients infectés par des souches bactériennes moins sensibles ou présentant des caractéristiques susceptibles de modifier la pharmacocinétique des médicaments (mucoviscidose, drépanocytose, insuffisance rénale, infections sévères, etc.). En effet, pour ces patients, en particulier lorsque l’infection concerne des souches résistantes aux antibiotiques, la prescription ne peut pas être uniquement basée sur une médecine fondée sur les preuves en raison de la relative rareté de ces situations mais doit s’appuyer sur une solide connaissance des caractéristiques PK/PD des molécules administrées sur un plan individuel. L’intelligence artificielle peut contribuer à une meilleure intégration de ces paramètres pour le choix optimal des antibiotiques.
Les gastro-entérites sont le plus souvent d’origine virale, Rotavirus et Norovirus étant les virus les plus fréquemment en cause chez les jeunes enfants. Les PCR multiplex permettent de détecter de nombreuses espèces bactériennes, virales ou parasitaires, pas toujours responsables des symptômes observés et qui ne justifient pas de traitement anti-infectieux chez des patients sans pathologie sous-jacente. Parmi les causes bactériennes, très peu nécessitent un traitement antibiotique en dehors des shigelloses, des formes graves de salmonellose et une partie des infections à Campylobacter sp. L’évolution de la résistance aux antibiotiques des Salmonelles, Shigelles et Campylobacter est préoccupante dans le monde, limitant les options thérapeutiques. Les antibiotiques proposés dans ce guide sont en accord avec les recommandations communes de l’European Society of Pediatric Infectious Diseases et l’European Society of Pediatric Gastroenterology and Nutrition. L’azithromycine est préférentiellement utilisée pour traiter les infections à Shigella sp. ou à Campylobacter sp. La ceftriaxone est recommandée pour traiter les salmonelloses nécessitant une antibiothérapie. Les traitements empiriques, sans identification bactérienne, ne sont pas indiqués en dehors d’un sepsis sévère ou chez des sujets à risque (drépanocytose par exemple). La prescription de métronidazole pour une amibiase intestinale aiguë ne doit être faite qu’après confirmation parasitologique.
La résistance des bactéries Gram négatif aux antibiotiques, en particulier aux β-lactamines, est considérée comme un problème majeur de santé publique. Les principaux mécanismes de résistance aux β-lactamines chez les entérobactéries sont la production de β-lactamases à spectre étendu (BLSE) ou de carbapénémases, qui hydrolysent pratiquement toutes les β-lactamines. Cependant, une proportion substantielle de bacilles Gram négatif résistants aux carbapénèmes ne produit pas de carbapénémases mais combine la surproduction de β-lactamases à large spectre hydrolysant très faiblement les carbapénèmes (céphalosporinase et/ou BLSE) avec une diminution de la perméabilité de la membrane externe limitant l’entrée des carbapénèmes. La mise sur le marché de nouveaux agents antibactériens, dont les associations β-lactamines/nouveaux inhibiteurs de β-lactamases, a marqué un tournant dans le traitement des infections causées par les bacilles à Gram négatif multirésistants. Bien que ces nouvelles molécules soient globalement plus actives contre les souches résistantes aux antibiotiques dits « classiques », leur spectre d’activité ne couvre pas l’ensemble des mécanismes de résistance ni la totalité des espèces bactériennes pouvant être impliquées dans des infections polymicrobiennes. Par conséquent, la connaissance approfondie des mécanismes de résistance est devenue cruciale pour choisir la molécule qui sera la plus appropriée pour le traitement du patient. Leur prescription nécessite plus que jamais une collaboration étroite entre microbiologistes, infectiologues et médecins de soins intensifs. Globalement, l’utilisation de ces nouveaux composés ne modifie pas les schémas antibiotiques en termes de durée et d’indication de l’antibiothérapie combinée, qui restent très limités.
Une antibioprophylaxie vise à s’opposer à la prolifération bactérienne afin de réduire le risque d’infection chez un patient. L’émergence des bactéries multirésistantes pouvant aboutir à des impasses thérapeutiques amène la communauté médicale internationale à proposer régulièrement des programmes d’optimisation de l’utilisation des antibiotiques. Le GPIP a mis à jour en 2026 les recommandations de bonne pratique en antibioprophylaxie chirurgicale de l’enfant (APC) hors néonatalogie, en collaboration avec la Société française d’anesthésie réanimation (SFAR), et l’antibioprophylaxie médicale courte (APM). Ces recommandations proposent un cadre général issu de l’analyse de données nationales et internationales, voire le plus souvent d’avis d’experts, et entendent servir de support à la mise en place de protocoles locaux d’antibioprophylaxie propres à chaque équipe.
Les infections urinaires représentent les infections bactériennes les plus fréquemment documentées chez les enfants hospitalisés. Les traitements proposés dans ce guide sont issus des recommandations publiées par le groupe de pathologie infectieuse pédiatrique (GPIP), la Société française de pédiatrie (SFP) et la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). En dehors de situations particulières (nouveau-né, neutropénie, sepsis), une bandelette urinaire positive pour les leucocytes et/ou les nitrites doivent précéder la réalisation d’un examen cytobactériologique des urines (ECBU) et toute antibiothérapie. Si les techniques bactériologiques pour les ECBU sont bien standardisées et fiables, les méthodes de recueil des urines chez les nourrissons et les petits enfants non continents sont variables d’un centre à l’autre, les poches à urines classiques exposant à de très nombreux faux positifs. Après avoir augmenté régulièrement entre 2000 et 2012, la proportion de souches de Escherichia coli résistantes par production de ß-lactamases à spectre étendu (E-BLSE) est restée stable pendant ces dix dernières années : entre 5 et 10 % en pédiatrie. Cependant, il n’est pas exceptionnel qu’aucun antibiotique administrable par voie orale ne soit actif, conduisant soit à prolonger le traitement parentéral, soit à utiliser une association non-orthodoxe comme céfixime+acide-clavulanique. Dans l’objectif d’épargner les pénèmes afin de ne pas accentuer l’émergence de souches plus résistantes et de favoriser la prise en charge ambulatoire, ce guide privilégie un traitement initial des infections urinaires fébriles par l’amikacine en cas de suspicion ou d’infection à E-BLSE. Celle-ci reste active sur la majorité des souches d’Enterobacterales productrices de ß-lactamases à spectre étendu. Elle est administrée en monothérapie par voie IV sur 30min pour les patients pris en charge aux urgences pédiatriques ou hospitalisés.
Les infections bactériennes néonatales précoces surviennent au cours des 7 premiers jours de vie. Elles sont devenues plus rares au fil du temps, même si leur incidence demeure plus élevée qu’à tout autre âge pédiatrique, en particulier chez le nouveau-né prématuré. Leur présentation clinique est souvent peu spécifique et peut rester discrète dans les premières heures d’évolution. Les infections bactériennes néonatales tardives surviennent, quant à elles, entre le 7e et le 90e jour de vie. Pendant des décennies, cette faible spécificité clinique a conduit à traiter un trop grand nombre de nouveau-nés par des antibiotiques à large spectre, souvent pour des durées prolongées. Aujourd’hui, l’enjeu est de mieux stratifier le risque infectieux afin de réserver l’antibiothérapie aux seuls nouveau-nés réellement à haut risque d’infection. Cette évolution est justifiée à la fois par les modifications de l’épidémiologie des infections néonatales précoces et par une meilleure connaissance des effets délétères d’une exposition antibiotique précoce, notamment la sélection de bactéries résistantes, l’altération de l’installation du microbiote et ses conséquences potentielles à long terme. Il est ainsi devenu essentiel de restreindre les indications des anti-infectieux, de privilégier les antibiotiques au spectre le plus étroit possible et de limiter les durées de traitement au strict nécessaire. Les hémocultures constituent l’examen biologique de référence pour confirmer le diagnostic. Au moins une hémoculture doit être réalisée avant toute antibiothérapie, dans des conditions rigoureuses d’asepsie, avec un volume de prélèvement suffisant (1 à 2mL) et à l’aide de flacons pédiatriques adaptés. Les bactéries responsables des infections bactériennes néonatales précoces ont peu évolué au cours des dernières années. Elles restent dominées par les streptocoques du groupe B et Escherichia coli, qui constituent les principales cibles du traitement probabiliste. Les infections à streptocoque du groupe B prédominent chez les nouveau-nés nés à terme, tandis que E. coli est plus fréquemment en cause chez les prématurés. Dans les infections bactériennes néonatales associées aux soins, les bactéries les plus souvent impliquées sont les staphylocoques à coagulase négative, suivis des entérobactéries. L’antibiothérapie probabiliste doit alors tenir compte du point d’appel infectieux, notamment cathéter veineux central, tube digestif ou poumon, de la gravité clinique et des résultats des prélèvements microbiologiques.
Les infections cutanées bactériennes sont fréquentes chez l’enfant et ne nécessitent pas toujours une antibiothérapie par voie générale notamment pour les formes superficielles : le lavage (à l’eau et au savon) et le rinçage soigneux de la lésion sont alors les points clés du traitement. Une analyse sémiologique doit précéder toute décision thérapeutique pour évaluer la pertinence de l’antibiothérapie, la nécessité ou non d’un drainage (spontané ou chirurgical) et l’existence éventuelle de signes de nécrose cutanée ou de signes toxiniques qui constituent toujours des signes de gravité. Les espèces bactériennes les plus fréquemment en cause chez l’enfant sont Staphylococcus aureus et Streptococcus pyogenes. En raison de la faible incidence des S. aureus résistants à la méthicilline en France (<10 %), l’antibiothérapie de première intention pour les patients justifiant une antibiothérapie est l’amoxicilline–acide clavulanique. Pour les patients présentant des signes toxiniques manifestes, l’ajout d’un traitement anti-toxinique comme la clindamycine peut être utile.
Les tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) occupent une place croissante en soins primaires dans la prise en charge des infections, chez l’enfant comme chez l’adulte. Introduits en France en 2001 avec les tests de détection du streptocoque du groupe A dans l’angine, leur diffusion s’est élargie depuis la pandémie de COVID-19. Depuis 2024, les nouvelles compétences des pharmaciens permettant la dispensation d’antibiotiques après TROD positif renforcent leur enjeu dans un contexte d’antibiorésistance, enjeu majeur de santé publique. Les TROD angine constituent un levier de réduction des prescriptions antibiotiques, l’angine étant fréquente et le plus souvent virale. Leur utilisation, en association avec le score de McIsaac, permettrait de diminuer jusqu’à 50 % les prescriptions inutiles. Toutefois, leur usage en médecine générale demeure insuffisant, tandis que leur déploiement en officine apparaît encourageant. Les bandelettes urinaires représentent également un outil dans la prise en charge des cystites simples chez la femme et dans la suspicion d’infection urinaire chez l’enfant. Utilisées dans des situations définies, elles permettent de réduire le recours aux examens et antibiotiques inutiles. Les tests antigéniques grippe/COVID/VRS pourraient réduire l’incertitude diagnostique dans les infections respiratoires basses. Des données supplémentaires sont nécessaires. La CRP capillaire, peu utilisée en France, a montré son efficacité sur la réduction des prescriptions antibiotiques dans d’autres pays européens. En conclusion, si certains TROD ont démontré leur intérêt pour le bon usage des antibiotiques, d’autres nécessitent des évaluations afin de préciser leur impact.