
Cet article montre qu’il n’y a pas de bonnes raisons de maintenir qu’il existe des degrés de responsabilité morale. Les quatre voies argumentatives possibles pour admettre que la responsabilité morale existe par degrés dépendent toutes d’un modèle strawsonien de la responsabilité morale, et se concentrent sur des conditions nécessaires à cette responsabilité. La première voie argumentative porte sur la condition de contrôle, la deuxième sur la condition d’excusabilité, la troisième sur la « correctitude » et la quatrième sur la blâmabilité. Aucune n’est concluante. J’établis en effet que, d’une part, toutes ces voies argumentatives échouent à distinguer entre ce qui fonde la responsabilité et la responsabilité elle-même ; et d’autre part, elles s’appuient sur une identification incorrecte de ce qui est susceptible de degrés.
Cet article développe un argument contre la thèse néo-strawsonienne de l’équivalence entre responsabilité morale et caractère approprié des attitudes réactives (colère, blâme, ressentiment). Il soutient que la responsabilité dure éternellement, mais pas le caractère approprié des attitudes réactives, ni au sens de considérations morales ou prudentielles, ni au sens de la correction. L’article mobilise le débat sur la blâmabilité, qui est distinguée de la responsabilité, et le débat sur la correction des émotions tournées vers le passé, dont certaines, comme la culpabilité, le ressentiment ou la colère, sont des attitudes réactives.
On fait souvent l’éloge d’une personne qui a le « sens des responsabilités ». Mais comment définir précisément ce sens et faut-il le comprendre de manière affective ? Dans cette étude, nous proposons de concevoir le sens des responsabilités comme une disposition à agir en honorant certaines obligations ou choses dotées de valeur finale. Une telle définition permet alors de distinguer le sens des responsabilités du sens du devoir, qui n’en est qu’une version. Elle permet également de comprendre pourquoi de nombreuses émotions prenant pour objet certaines choses valorisées de manière finale jouent un rôle de premier plan dans l’émergence et l’exercice du sens des responsabilités.
Je peux être responsable d’une mauvaise action pour laquelle je suis entièrement excusé. Si cela est vrai, la responsabilité n’est pas la culpabilité (ou encore la blâmabilité ou la louabilité). Elle n’est pas non plus le fait d’être l’objet approprié du ressentiment (ou de la gratitude), malgré ce qu’en disent les soi-disant « strawsoniens ». Après avoir soutenu par trois arguments que la responsabilité et l’excuse sont compatibles, nous montrons que l’héritage de Peter Strawson sur la question de la responsabilité reste intact. Strawson n’est pas un conventionnaliste débridé, mais un anti-sceptique raisonnable, qui nous donne d’excellentes raisons de penser que le déterminisme est compatible avec la responsabilité.
Traditionnellement mobilisés en métaphysique, les cas de fission – qui mettent en scène la duplication d’états mentaux d’un individu afin qu’ils soient instanciés par d’autres individus – suscitent l’intuition suivante : une action accomplie avant une fission devrait être imputée aux individus qui en résultent dès lors que ces derniers héritent de la structure mentale de l’individu d’origine. Cette intuition entre toutefois en tension avec une autre, apparemment tout aussi forte, selon laquelle l’attribuabilité d’une action à une personne requiert qu’elle soit numériquement identique à celle ayant accompli cette action. Dans cet article, nous articulons d’abord ces deux intuitions puis montrons qu’aucune des principales théories de l’identité personnelle diachronique ne parvient à les rendre compatibles. Enfin, nous défendons l’abandon de l’exigence d’identité stricte portée par la seconde intuition, au profit d’un critère fondé sur la continuité psychologique. Cette approche, soutenons-nous, reflète plus fidèlement nos intuitions morales fondamentales en matière de justice.
Cet article défend la thèse de la responsabilité morale stricte, applicable aussi bien aux torts qu’aux biens : un agent peut être tenu de s’expliquer pour un tort ou un bien, même s’il n’est respectivement ni blâmable ni louable. Cela se produit par exemple lorsque l’agent a causé le tort ou le bien par ignorance ou par contrainte. Dans les deux cas, le devoir d’explication se fonde sur une exigence morale : rassurer les victimes dans le cas des torts, et éviter l’hypocrisie dans celui des biens.