
Résumé : Cet article traite de l’importance économique des travailleurs détachés pour le marché du travail belge. A l’aide des micro-données LIMOSA, qui ont récemment été intégrées à la Banque-carrefour de la sécurité sociale, nous estimons le volume de main-d’œuvre généré par le détachement. Le phénomène du détachement a pris de l’importance au fil des ans. En 2020, 212,000 travailleurs détachés sont entrés en Belgique pour fournir des services temporaires. Les 212,000 travailleurs détachés en Belgique en 2020 représentaient 105,000 équivalents temps plein, soit environ 3,2% de l’ensemble des travailleurs employés en Belgique. L’importance économique du travail détaché varie considérablement d’un secteur économique à l’autre. Le secteur de la construction occupe la plus grande part avec 25% de l’emploi total en 2020. Le secteur de la construction est suivi de près par le secteur des transports, où les travailleurs détachés représentaient environ 23% du volume total de main-d’œuvre. Les résultats montrent que le travail détaché fait pleinement partie intégrante du modèle économique de nombreux secteurs d’activité en Belgique, avec une forte dépendance aux travailleurs détachés dans certains secteurs. Nous discutons des raisons de cette utilisation importante de travailleurs détachés.
Résumé : La littérature empirique s’intéressant au chômage de long terme montre généralement une forte concentration de celui-ci sur une partie de la population active et l’importance du début de la carrière pour expliquer celle-ci. La littérature qui s’intéresse au lien entre immigration et marché du travail montre quant à elle les nombreux obstacles auxquels font face les personnes d’origine immigrée sur le marché du travail, et montre également que l’immigration n’a pas forcément d’impact néfaste sur le salaire et l’emploi des autochtones. Cet article tente de relier ces deux littératures en analysant l’importance du statut de travailleur d’origine étrangère sur le nombre de jours chômés au cours d’une carrière (entre 30 et 50 ans) pour plusieurs cohortes d’individus entre 1955 et 2010. Nous avons pu montrer que parmi d’autres variables influençant l’incidence du chômage, le fait d’être né en Afrique et au Moyen-Orient joue un rôle important. En outre, grâce à une analyse multivariée, nous avons pu analyser si le pays de naissance augmentait ex-ante la proportion de jours passés au chômage entre 30 et 50 ans. Les résultats montrent que le pays de naissance joue effectivement un rôle ex-ante pour expliquer le nombre de jours chômés entre 30 et 50 ans.
Résumé : Cet article analyse de façon détaillée les performances en matière d'emploi des immigrés de première et de deuxième génération en Belgique par rapport à celles des natifs. Les résultats montrent notamment que les immigrés de la première génération subissent une pénalité substantielle en matière d’emploi par rapport à leurs homologues natifs, mais aussi que leurs descendants continuent de rencontrer de graves difficultés pour accéder au marché du travail. Le rôle d’un grand nombre de variables modératrices, telles que le genre, l’éducation, le pays d’origine des immigrés et de leurs parents, la maîtrise de la langue nationale, la naturalisation, la durée de résidence et la raison de migration, est également discuté dans l’article.
Dans toute l’Europe, l’intégration des immigrés sur le marché du travail a tendance à être plus lente que celle des natifs. Cet article analyse empiriquement le rôle joué par les politiques d’intégration dans la réduction de cet écart dans les pays de l’Union européenne (UE). En nous appuyant sur l’indicateur de politique d’intégration pour migrants (MIPEX), nous constatons que les pays ayant des politiques plus développées en faveur de l’intégration des immigrés ne disposent pas nécessairement d’un taux d’emploi des personnes immigrées plus élevé. Cette constatation est due au fait que différents types de politiques ont des effets opposés : alors que les politiques favorisant le regroupement familial, luttant contre la discrimination et permettant la participation politique semblent augmenter l’intégration des personnes d’origine étrangère sur le marché du travail, une plus grande mobilité sur le marché du travail, ainsi qu’un accès plus large à la résidence permanente et à la nationalité sont négativement liés au taux d’emploi des immigrés. En outre, nos résultats confirment que l’intégration des immigrés sur le marché du travail varie en fonction de la composition des compétences de la population immigrée. Un plus haut niveau d’éducation favorise l’intégration. La composition de la population immigrée au sein d’un pays en termes de niveaux de qualifications, pourrait toutefois être également influencée par les politiques d’intégration dans les pays de destination potentiels, une hypothèse que nous testons également. Nous montrons que les politiques d’intégration agissent effectivement comme un facteur d’attraction. Cependant, il semble que les politiques d’intégration plus élaborées affectent principalement le nombre d’immigrés hautement qualifiés entrant sur le territoire, mais pas le nombre d’immigrés moyennement ou faiblement qualifiés. Des facteurs différents semblent donc être en jeu pour les personnes faiblement et moyennement qualifiées, mais une fois déplacées, nos résultats montrent que ce sont elles qui bénéficient le plus des politiques d’intégration.
Résumé : Au cours des dernières décennies, le nombre d’immigrés a fortement augmenté dans les pays de l’OCDE (World Migration Report 2020, 2020). L’effet de l’immigration sur l’emploi des travailleurs natifs a été évalué à maintes reprises (Edo, 2019). Les résultats, bien qu’hétérogènes, suggèrent globalement un effet faiblement négatif ou nul. Cependant, la plupart des études existantes ne distinguent pas les travailleurs natifs des immigrés de seconde génération, ce qui est de nature à biaiser les résultats. Notre article vise donc à fournir un aperçu de la littérature théorique et empirique concernant l’impact des immigrés de première et de deuxième génération sur l’emploi des natifs, ainsi que des méthodes d’estimation utilisées à cet effet. Une attention particulière est accordée aux résultats empiriques récents pour le marché du travail belge.
This article offers an analysis of the role played by short and local food supply chains in the overall performance of farms, based on a study conducted on forty-eight farms in the Nouvelle-Aquitaine region. It shows how producers’ engagement in such distribution chains contributes to the overall performance of farms selling their products locally and directly to consumers. Its approach consists in considering the point of view of producers and objectifying the elements highlighted in the literature through the discourse of farmers. The results show that the characteristics of relational and geographical proximity of short and local food supply chains impact farm performance for at least two of the three dimensions of sustainable development (economic and socio-territorial). They thus ensure good economic viability for farms and well-being at work for farmers, and they operate in interdependence with the dynamics of their territories.
Cet article propose une analyse du rôle que jouent les circuits courts et de proximité (CCP) dans la performance globale des exploitations agricoles, à partir d’une étude menée sur 48 exploitations de Nouvelle-Aquitaine. Il montre en quoi l’engagement des producteurs dans une démarche de vente en CCP contribue in fine à la performance globale des exploitations développant ce mode de commercialisation, en se plaçant du point de vue des acteurs de la production et en objectivant les éléments mis en avant dans la littérature grâce au discours des exploitants agricoles. Les résultats montrent que les caractères de proximité relationnelle et géographique des CCP impactent la performance des exploitations pour au moins deux des trois dimensions du développement durable (dimensions économique et socio-territoriale). Ils assurent ainsi une bonne viabilité économique des exploitations agricoles, un bien-être au travail pour les agriculteurs et fonctionnent en interdépendance avec la dynamique de leurs territoires. Codes JEL : Z00, Q19, Q56
In the last decades, decentralization reforms have often come to the fore of the policy debate in both OECD and non-OECD countries. In spite of the many theorised virtues, these reforms might fail to deliver when local institutions are too weak to guarantee higher accountability of local policy-makers to constituents. To support this argument, this paper analyses the political economics of decentralization reforms in three countries (Burundi, Brazil and Belgium) that differ in terms of their stage of development as well as the “intensity” of their decentralized institutions. In unstable political settings—like those characterising post-conflict countries—, decentralization may fail if leaders exploit entrenched rivalries to weaken local institutions and compete unfairly for power. In more stable settings, decentralization may entail coordination costs that prevent local leaders to jointly provide a decentralized public service and even create incentives for free-riding. Local political dynamics may exacerbate these coordination costs, with collusion among politically aligned leaders blurring their accountability to citizens and leading to lower-quality public services.
La Wallonie connaît un problème structurel d’accès au logement pour ses citoyens les plus précaires qui cherchent à louer un bien détenu par un propriétaire privé. Pour atténuer ce problème, le premier Plan wallon de Lutte Contre la Pauvreté a prévu une mesure de sécurisation du paiement des loyers. Cette mesure a fait l’objet d’une évaluation dont l’objectif a été de répondre aux questions suivantes : Comment cette mesure a-t-elle été conçue et comment s’est-elle mise en place ? Quels en sont les effets escomptés ? Pour ce faire, l’évaluation a mobilisé une analyse de contribution. Le présent article restitue les principaux enseignements tirés de cette analyse.
L’objectif de cet article est d’évaluer l’impact de la politique wallonne des pôles de compétitivité sur les performances des entreprises financées. Sont prises en considération les performances économiques (emploi, valeur ajoutée, etc.) mais également les performances de recherche, développement et innovation. L’angle d’approche est celui d’une analyse quantitative, recourant à des méthodes économétriques en doubles différences, sur la base de microdonnées d’entreprises couvrant la période 2003-2017. Classification JEL : C23, O25, O30, R10, R58
Alors que plusieurs années se sont écoulées depuis les chocs économiques de 2008 et 2012, les taux d’emploi jugés trop faibles persistent en dépit de la reprise d’autres indicateurs économiques, tels que le PIB. Ce phénomène a été nommé “reprise sans emploi” dans la littérature. Nous montrons que, non seulement il est plus difficile pour les chômeurs de retrouver un emploi, mais aussi que les travailleurs tendent à prester plus d’heures. Pour comprendre ce phénomène, nous adoptons successivement le point de vue de l’employeur et de l’employé quant à la détermination du temps de travail optimal. Nous montrons d’abord que les employeurs font face à d’importants coûts fixes du travail. Dans ce contexte, les employeurs ont d’importants incitants à augmenter le temps de travail afin de recouvrir ces coûts fixes, et ce même si un temps de travail plus long rend les travailleurs de moins en moins productifs. Nous montrons enfin que face à un choc négatif les travailleurs ont un incitant fort à augmenter leur effort au travail pour se prémunir d’un licenciement. Nous étudions de quelle manière cette augmentation de l’effort, qui peut prendre la forme de prestation d’heures supplémentaires non comptabilisées, affecte le niveau d’emploi général.
This dissertation seeks to contribute to the policy discussion on how to design efficient and sustainable energy policies. In three self-contained chapters, it applies microeconomic theory and empirical analysis to identify three market failures in European energy markets and to evaluate specific policy measures that strive to overcome these failures in order to increase market efficiency and to enhance environmental or societal sustainability. Chapter 1 and 2 study European electricity markets, which play an important role in the transition towards a carbon-neutral energy future. Overcoming barriers to efficient electricity markets is a crucial step to keep the costs of this transition as low as possible to society. Both chapters focus on obstacles to electricity market efficiency that have recently been highlighted by the European Commission. On the supply side, subsidies for renewable electricity may distort production incentives and competition in wholesale electricity markets. Chapter 1 applies a theoretical model to study the effect of different subsidies on producer strategies and competition in wholesale electricity markets. On the demand side, the European Commission seeks to overcome the reluctance of residential electricity consumers to switch electricity supplier in order to ensure effective competition in the retail electricity market. Chapter 2 empirically quantifies different reasons for switching inertia using a structural discrete choice model and performs counterfactual analysis to study the effect of different policy measures that seek to overcome switching inertia. Chapter 3 looks at the building sector, which accounts for 40% of final energy consumption in Europe and is a major emitter of carbon emissions. In the residential housing market information asymmetries hamper incentives to invest in energy efficiency improvements of rental property. This chapter empirically analyzes the effect of a European policy that mandates the use of energy performance certificates aiming at establishing an efficient market for energy efficient dwellings.
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Résumé − L’article tente d’analyser les effets d’un investissement de sécurisation du processus de production sur la dynamique des dividendes distribués. Il s’agit de répondre à la question de savoir si une industrie à risque a intérêt à investir dans la sécurité indépendamment de la baisse de la probabilité d’accident générée par la sécurisation. Bien qu’il existe une tension évidente entre sécurité et rentabilité, il apparaît que la firme peut, dans certains cas que nous identifions, avoir intérêt à investir dans la mesure où l’accumulation du capital et la distribution de dividendes ne sont pas durablement affectées par la sécurisation.
This paper is the first to estimate the impact of a direct measure of firm-level upstreamness on productivity, wage costs and profits (i.e. productivity-wage gaps). To do so, we merged detailed Belgian linked panel data, covering all years from 2002 to 2010, to a unique data set developed by Dhyne et al. (2015), which contains accurate information on the position of (almost) each commercial firm in the value chain at each year. We rely on the methodological framework that has been pioneered by Hellerstein et al. (1999) to estimate dynamic panel data models at the firm level. Our estimates show that if upstreamness increases by one step (that is, by approximately, one standard deviation), productivity rises on average by 5%. They also indicate that productivity gains associated to upstreamness are shared almost equally between wages and profits. However, upstreamness is found to be more beneficial for workers' wages in less competitive environments, where the price-elasticity of demand for firms' products is typically smaller. Overall, these findings are compatible with the assertion that firms should move up the value chain to be more productive and profitable, but also that being higher in the value chain is likely to facilitate firms' control over strategic downstream activities.
More profitable firms tend to share part of their profits with their workers in the form of higher wages. This phenomenon is called rent-sharing and is found to exist in a multitude of countries. A number of studies have advanced the analysis by examining the roles played by different moderating factors (e.g., gender, education, tenure, level of collective bargaining, country of birth). The aim of this paper is to provide a short summary of the literature devoted to rent-sharing, with a particular focus on the Belgian labor market, and to assess the differences in this phenomenon according to the worker’s country of birth.JEL Classification: D31, J31, J61, J71
While the impact of information and communication technologies (ICTs) has been extensively studied in agricultural production techniques, their use in short food supply chains (SFSCs) remains little studied up to now. This is particularly the case for transport and logistics organizations (TLOs), which are nevertheless strategic for off-farm sales. Shaped in response to the needs of product exchanges between producers and consumers, TLOs come in many different forms. This article proposes an interpretation of the diversity of logistics needs in terms of the economics of convention on the one hand, and the multiplicity of TLO forms studied in terms of the economics of services on the other, leading to the hypothesis of a diversity of modalities of the inclusion of ICTs in the TLOs of SFSCs. A study conducted in the Hauts-de-France region in 2018 corroborates this hypothesis.
In recent years, production processes have become fragmented both internationally and domestically. While the international dimension of this phenomenon has been widely documented in the literature, the domestic dimension, beyond the intersectoral relations documented in input-output matrices, is less often analyzed due to the scarce availability of microeconomic data documenting the relations between firms. The purpose of this article is to document these B2B relationships at the microeconomic level in Belgium and to identify the direct and indirect integration of Belgian firms in global value chains. Our analyses show that this fragmentation and direct or indirect participation in international trade generate productivity gains.JEL Codes: D22, F61, L23
Résumé − L’objectif de cette contribution est d’élaborer une méthode de calcul des contributions alimentaires dans le contexte belge. Notre méthode se base sur une estimation du coût de l’enfant. Nous nous basons sur l’enquête budget des ménages de 2016 pour estimer « le coût global » et « les coûts spécifiques » de l’enfant. Les résultats de l’estimation ont montré que le coût théorique de l’enfant diminue entre ]0-2,5 ans] et ]2,5-6 ans] et augmente à partir de 6 ans jusqu’à 25 ans. Concernant les coûts spécifiques de l’enfant, nos résultats montrent que les postes ayant le plus de poids dans le coût de l’enfant sont ceux relatifs à « l’habillement et les effets personnels » (34 %), « l’alimentation et les soins corporels » (26 %), « culture, loisirs et éducation » (16 %) et « transport et communication » (12 %).