
Cette contribution propose de comparer les traductions du Petit Prince à l’aide d’une approche plurilingue. L’analyse fine des versions en hongrois, russe, grec moderne, japonais et ciluba permet de relever les spécificités du texte original et de mieux comprendre sa complexité. La lecture dans des langues éloignées du français nous invite à considérer l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry sous le prisme de l’ancrage historique et, parallèlement, à comparer les différentes éditions afin de dégager le contexte sous-jacent à leurs modalités textuelles. Il s’agira de montrer comment l’approche plurilingue permet de comparer les différentes modalités iconotextuelles, génériques et énonciatives, afin de mettre en évidence les spécificités culturelles des traductions qui éclairent ainsi, à leur tour, le texte original.
Cet article synthétise la thèse de doctorat intitulée Frame-basierte Rechtsübersetzung, qui élabore une traductologie juridique fondée sur la sémantique des cadres. Partant des particularités jurilinguistiques et juritraductologiques identifiées, l’étude examine dans quelle mesure le fait d’envisager les concepts juridiques comme des cadres de connaissances complexes et interconnectés permet de transposer des textes juridiques entre différents systèmes de droit. Cette approche cognitivo-épistémique est illustrée à travers les langues juridiques française et allemande.
Le verbe « falloir » ne dispose pas d’équivalent propre en anglais et laisse une grande liberté au traducteur. Équilibrer la contrainte plus ou moins forte qu’il exprime dans le passage à l’anglais, que celle-ci provienne de l’énonciateur ou de circonstances extérieures, est un exercice périlleux. Cet article présente une micro-analyse de trois occurrences de traduction de falloir dans la première traduction du Petit Prince (par Katherine Woods), pour tenter de mieux saisir les enjeux de la structure impersonnelle « il faut ».
Cette recherche a pour objectif d’étudier la traduction algérienne en arabe classique du Petit Prince sous la loupe de l’approche interculturelle en traduction. Pour qu’il y ait communication interculturelle, il faut d’abord que l’« Autre », celui qu’on traduit, soit présente au « Même », le lecteur de la traduction. Avant l’analyse, nous avons cherché à savoir quelle est la place de l’œuvre dans le système éducatif algérien et quelles maisons d’éditions la publient, avec quelles caractéristiques et s’il est disponible et en quelles langues. La traduction algérienne en arabe classique est littérale et explicite. On identifie des emprunts, des équivalents et l’utilisation de la forme négative, en plus des sur-traductions et des sous-traductions avec l’emplois fréquent des adjectifs qualificatifs. Les références culturelles et religieuses sources sont gardées. La subjectivité du traducteur est visible dans un passage ayant subi omission et sous-traduction.
Dans cette contribution, on s’intéresse à un ensemble de variations et de reformulations qui parcourent le texte du Petit Prince, et qui portent sur les trois thèmes de l’unicité, de l’apprivoisement et de la fragilité. On montre que chaque reprise est l’occasion d’avancer dans la compréhension de ce que ces thématiques recouvrent. L’étude conduit à analyser un certain nombre de dispositifs linguistiques comme l’énoncé de grands nombres, l’usage de passés composés particuliers en ceci qu’ils marquent non pas l’accomplissement mais la rémanence, et différents modes de construction de structures alternantes.
Best-seller mondial, Le Petit Prince est un vecteur d’uniformisation mais aussi de dialogue interculturel. Son système énonciatif aide le lecteur à renouer avec son inner child et le classe parmi les cross-over fictions. Son statut de livre illustré le rend accessible au jeune public et aux non-francophones. Combinant le périple éducatif propre à la littérature jeunesse et une dénudation des procédés fictionnels qui annonce le Nouveau Roman, sa structure poétique transforme les lecteurs en scripteurs. La narratologie, la linguistique du discours et l’analyse littéraire peuvent aider le traducteur à baliser le chantier qui l’attend. Pour Berman (1999 : 76) la traduction est « la manifestation d’une manifestation ». Depuis Hölderlin, sa vérité ne dépend plus de son adéquation à l’original mais de sa capacité à le faire redécouvrir dans un « accouplement différenciant » où « chaque langue manifeste sa pure différence » (ibid. : 84). Revenir sur les points névralgiques du texte en comparant leurs rendus dans différentes langues permet de mieux lire l’œuvre tout en explorant le génie des langues et la régénération du texte par ses traductions.
L’objectif de cet article est de montrer les enjeux, notamment typologiques, et les défis pratiques (ainsi que les problèmes plus généraux qu’ils soulèvent) liés à la traduction du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry dans des langues « minoritaires ». Ces langues sont le wolof, langue atlantique parlée au Sénégal, et les parlers du Croissant, variétés gallo-romanes de transition entre oc, oïl et francoprovençal. Les questions soulevées par les traductions du Petit Prince dans ces langues posent des problèmes similaires lors du processus de traduction, mais sollicitent généralement des solutions très différentes, soit en raison de la distance typologique avec le français, soit en raison des statuts sociolinguistiques respectifs de ces langues. Nous abordons dans cet article plusieurs points : le choix du dialecte, l’orthographe, les questions identitaires, ainsi que les difficultés rencontrées lors du processus de traduction. L’ensemble de ces traductions constitue un grand corpus parallèle dans lequel les traductions en wolof et en parlers du Croissant s’inscrivent pleinement. Un tel corpus permet d’effectuer de nombreuses recherches en linguistique, et notamment en typologie linguistique et en dialectologie.
Cette étude compare la reconnaissance de mots à l’écrit et à l’oral en anglais langue seconde (L2) entre un groupe de 17 étudiants universitaires lecteurs experts et 17 étudiants universitaires dyslexiques. Les deux groupes ont obtenu des performances similaires aux 4 tâches de décision lexicale, ce qui est lié à leur niveau similaire en anglais L2. Un effet de modalité, avec une reconnaissance de mots plus précise à l’écrit qu’à l’oral, a été répliqué et retrouvé de façon surprenante dans les deux groupes. Les étudiants français ont des représentations des mots en anglais L2 plus imprécises à l’oral, potentiellement en raison des différences interlangues dans les correspondances grapho-phonologiques, et de l’inconsistance de l’orthographe anglaise. Enfin, seuls les étudiants lecteurs experts présentaient un avantage à traiter les mots à l’oral après qu’ils ont été présentés à l’écrit, témoignant des difficultés des étudiants dyslexiques à faire des liens entre les représentations écrites et orales du langage.
La dyslexie, trouble de la lecture et de l’écriture, a été analysée ici à travers les mouvements oculaires de quarante étudiants (20 présentant une dyslexie, 20 contrôles) lisant à voix haute un texte avec et sans sens. L’objectif était d’étudier l’effet de variables psycholinguistiques : fréquence lexicale, longueur des mots et consistance orthographique. Les dyslexiques ont commis plus d’erreurs de lecture, lu plus lentement, surtout avec le texte sans sens, indiquant une forte dépendance au contexte sémantique. Ils ont aussi réalisé plus de fixations progressives et régressives. Ces résultats suggèrent des difficultés de reconnaissance de mots. Ils pourraient aussi refléter une stratégie de décodage plus sérielle (graphème-phonème), possiblement liée à une réduction de l’empan visuo-attentionnel, comme en témoignent également leurs performances aux tâches hors lecture. L’analyse globale n’a pas révélé de différence de durée des fixations entre les groupes. Toutefois, seuls les lecteurs non dyslexiques distinguaient les mots courts des mots longs. Aucune différence significative n’a été trouvée concernant la fréquence lexicale. En revanche, les dyslexiques semblaient insensibles à la structure phonologique des mots, reflétant des déficits phonologiques. Ces résultats suggèrent que les lecteurs dyslexiques mobilisent des stratégies de lecture différentes, en lien avec des difficultés de traitement phonologique et visuo-attentionnel. Ils éclairent la manière dont ces lecteurs exploitent (ou non) certaines propriétés des mots et le contexte sémantique, ce qui peut orienter des pistes d’intervention .
La présente étude se concentre sur le Grand dictionnaire chinois-français contemporain (GDCFC), un exemple représentatif dans le domaine de la lexicographie bilingue. En s’appuyant sur les expériences et les pratiques accumulées lors des première et deuxième éditions, elle met en lumière les réflexions de l’équipe de rédaction sur les méthodes de compilation des grands dictionnaires bilingues. Le GDCFC s’inspire de la théorie de la lexicographie cognitive. Il est spécialement conçu et rédigé pour ses lecteurs chinois et francophones en s’appuyant sur les mécanismes cognitifs de ces deux publics. Pour les lecteurs chinois, il se distingue par ses équivalents français variés, ses exemples contextualisés et ses définitions élaborées à partir d’un vocabulaire contrôlé. Pour les lecteurs francophones, il offre des étiquettes d’usage pour les caractères chinois utilisés comme morphèmes liés, propose des notes détaillées sur tout ce qui pourrait prêter à confusion, et explicite l’usage des quantificateurs. Pour les deux types d’utilisateurs, il propose une présentation détaillée des collocations potentielles ainsi qu’une mise en relief des différents registres de langue en chinois et en français. Enfin, une attention particulière est accordée à la diffusion de la culture chinoise et aux échanges interculturels. Ces conceptions spéciales renforcent la pertinence, l’aspect pratique et la dimension culturelle du GDCFC, répondant ainsi aux attentes de ses lecteurs chinois et francophones, tout en offrant une référence méthodologique pour la lexicographie bilingue.
Dans cette contribution, nous présentons une base de données lexicale, la base LST-SHS, élaborée pour l’aide à la rédaction scientifique en français. Cette ressource, librement disponible en ligne, inclut des mots simples et des expressions polylexicales scientifiques transdisciplinaires, accompagnés d’explications et d’exemples authentiques. Elle a été adaptée aux apprenants sinophones, par l’intégration d’un accès aux données par la traduction en chinois, dédié aux apprenants sinophones, ce qui en fait un outil lexical semi-bilingue spécialisé en lexique scientifique. La base représente une aide précieuse pour ce public confronté aux difficultés de rédaction face au genre scientifique, mais dépourvu d’outil spécialisé concernant le lexique scientifique entre le chinois et le français.
Notre article plaide pour un dictionnaire d’unités lexicales de la langue chinoise, en partant des réflexions sur la lexicologie et la lexicographie. Le statut hybride et parfois confus du caractère, cher aux dictionnaires chinois, pourrait nuire à la compréhension des lecteurs qui tentent d’observer l’usage de la langue. Dans une perspective contrastive, nous mettons en lumière la spécificité du caractère chinois, capable de fonctionner tour à tour comme mot, comme morphème ou comme unité hybride, ce qui le distingue profondément des unités de base retenues dans les dictionnaires occidentaux. Plutôt que de proposer la création d’un nouveau type de dictionnaire, notre réflexion consiste à repenser l’organisation des dictionnaires de manière à ce que la fonction du caractère se distingue de celle de l’unité lexicale du chinois, en prenant cette dernière comme point de départ pour expliquer le fonctionnement et l’usage de la langue. Nous avançons plusieurs pistes en faveur de l’élaboration d’un dictionnaire à visée communicative, dont la pertinence est prouvée par les pratiques en traduction assistée par ordinateur et le savoir-faire de certains dictionnaires bilingues centrés sur l’emploi, en alliant différents types de dictionnaire et le corpus dont le traitement devient de plus en plus accessible techniquement.
L’objectif de cet article est de présenter une application permettant aux orthophonistes de caractériser les propriétés lexicales des mots utilisés par des patients présentant une dyslexie-dysorthographie. Des études récentes en France (Mazur-Palandre, Quignard et Witko, 2021 ; Mazur, Quignard et Witko, 2022) révèlent : 1- que les étudiants présentant une dyslexie utilisent, à l’écrit, les mêmes types de mots en termes de longueur, de fréquence, de classe grammaticale ou de cohérence orthographique, que les étudiants contrôles ; 2- mais font beaucoup plus d’erreurs d’orthographe ; et 3- produisent un sous-ensemble inattendu d’erreurs concernant les mots à la fois courts et homophones. Pour les besoins des études mentionnées, une chaîne de traitement lexical a été développée (ALEX, Quignard, M.) pour attribuer des propriétés linguistiques à chaque mot écrit par les étudiants. Cette chaine et les analyses qu’elle a permis de réaliser ont été exploitées pour développer l’application AnaliDys. AnaliDys peut orienter la remédiation des patients présentant des troubles du langage écrit en spécifiant les mots corrects et erronés produits, en délivrant des analyses et cartographies des mots utilisés et erronés, ainsi qu’une visualisation des pratiques écrites de l’individu .
L’omniprésence des métaphores dans le langage quotidien, bien que reconnue par les linguistes cognitifs, demeure largement négligée dans les dictionnaires contemporains français-chinois. Cet article analyse le lexique des émotions pour explorer les mécanismes de formation des métaphores multimodales, en s’appuyant sur la théorie de la catégorie schématique. Il propose un modèle de définition multimodale, centré sur les mécanismes de métaphore et de métonymie, ainsi que sur leurs manifestations lexicales et syntagmatiques. L’étude examine également les schémas conceptuels liés à la force, au récipient et à l’entité, afin de comprendre leur rôle dans la conceptualisation des émotions. Le modèle de définition multimodale qui intègre les modalités verbale, cognitive et relationnelle, est illustré par l’exemple des emplois du terme de « colère ». Cette approche favorise l’acquisition du lexique émotionnel par les apprenants et améliore leur compétence communicative, tout en offrant des perspectives d’enrichissement pour l’enseignement des langues étrangères.
Les dictionnaires dialectaux chinois-français, comme ceux de mandarin-français, ont été élaborés pour répondre aux besoins linguistiques des missionnaires venus évangéliser l’Empire du Milieu. Rédigés en grande partie par des lexicographes apostoliques, ces ouvrages témoignent d’un lien étroit entre les langues étudiées et la présence du pouvoir de l’état français au sein de l’Empire Qing. L’arrivée en masse des Français laïcs sur le territoire chinois au début du xixe siècle stimula la création de dictionnaires portatifs, tandis que les avancées technologiques dans l’impression des caractères chinois en rendirent la production possible.