
Cet article analyse le lien entre les émotions et la catastrophe à partir des productions visuelles de la pop culture. Il propose une réflexion sur l’imaginaire social en montrant comment les perceptions des catastrophes sont amplifiées par les produits culturels et créent une atmosphère émotionnelle dans laquelle baigne l’individu contemporain.
Le changement climatique (CC) est le problème de notre époque, bien que les enquêtes montrent qu'il n'y a pas de préoccupation décisive avec des effets pratiques clairs sur celui-ci, mais plutôt un paradoxale souci insouciant. Pour le dissoudre et le rendre cohérent et puissant en termes pragmatiques, de multiples propositions théoriques ont été faites. Dernièrement, la pertinence des émotions qui favorisent ou bloquent l'inquiétude a été soulignée. Après avoir souligné la faiblesse de cette proposition, ce travail opte pour les propositions interprétatives de Kari Nosgaard, en particulier pour l'accent qu'elle met sur le rôle du négationnisme dans ses versions grises mais plus pertinentes sur le plan pragmatique. À l'appui de cette proposition, l'esquisse d'un projet de recherche qui unit les problèmes du souci pour le CC avec les différentes variantes du négationnisme climatique contemporain est proposée.
L’étude de l’évolution de la place des Fontaines de Montauban, sur plus de 200 ans, a pointé la notion de « respirabilité » et ses imaginaires, en interrogeant la capacité des personnes à habiter ce lieu. Au XIX e siècle, l’imaginaire sensible tourne autour de la pollution olfactive de la rivière-poubelle que la mairie recouvre pour désodoriser et assainir. Au XX e siècle, pour accroître l’attractivité de la nouvelle place commerciale, la ville développe l’accessibilité des automobiles avec de grands axes routiers, et densifie l’habitat collectif avec des immeubles modernes en béton, provoquant la pollution de l’air qui devient irrespirable. Cette pollution crée des îlots de chaleur invivables. Au XXI e siècle, pour attirer à nouveau des habitants, la ville développe une politique écologique qui limite l’accès des automobiles, et réhumanise la place. Dans un second temps, elle replante de la végétation pour créer une ville tempérée, respirable, où il fait bon vivre.
Cet article analyse la mutation de la catastrophe contemporaine en un « fait médiatique total » conçu pour administrer l’impact émotionnel des populations. Sous le terme de « design de l’effroi », nous explorerons comment les dispositifs médiatiques saturent l’espace public d’images-chocs pour instaurer une forme d’ingénierie sociale par l’émotion. L’article vise également à illustrer que la suprématie de l’image sur le texte, en permettant de court-circuiter les facultés critiques du citoyen par un mécanisme de sidération, peut être utilisée dans l’industrie du consentement.
Remettre en question la redéfinition du sensible dans la ville, c’est remettre en question les possibilités de régénération matérielle et spirituelle du corps-esprit, des atmosphères et des environnements, à travers des réorientations existentielles opposées aux impasses consuméristes et anthropocentriques, mais aussi en réponse à la domination de la technosphère. Une ville de tous les sens stimule et répond à la fois aux sensibilités, aux imaginaires et aux pratiques. L’objectif est de s’inspirer des métamorphoses revitalisantes — ce qui vient après — en résonance avec le travail mené par les sciences humaines écologiques, qui envisagent d’autres sensibilités nature-culture et de nouveaux horizons de soins.
À travers des fragments, cet article propose une approche chronotopique de l’urbain. L’imaginaire en constitue le cœur, entendu comme une construction symbolique qui rend pensables ses cycles et ses variations dans le temps. Des premières formes urbaines aux environnements structurés par des interfaces numériques, la démarche met en lumière les relations complexes et dialectiques entre les figures de représentation et leurs schèmes de signification. Plutôt qu’une histoire linéaire, elle propose une relecture de la ville à partir de l’imaginaire, en contrepoint de l’historicisme du mythe du progrès.
Ce numéro spécial examine le rôle des cultures populaires dans la médiation des imaginaires reproductifs au sein de sociétés à basse fécondité. Mobilisant la convergence culturelle, l’économie affective et les études médiatiques critiques, nous soutenons que les récits pop -- du manga shōjo aux jeux otome et célébrités transnationales -- constituent une infrastructure affective qui façonne activement les attitudes face à l’intimité et à la reproduction. Les quatre contributions analysent comment les médias transforment le report en marchandise esthétique, comment les publics négocient ces scripts, et comment les performances extimes révèlent les tensions reproductives. Nous documentons un paradoxe : en période de crise démographique, les médias vendent l’esthétique du report comme divertissement, participant d’une boucle où les imaginaires culturels redéfinissent les horizons reproductifs.
Cet article rend compte d’un processus de recherche iconographique qui, à partir d’un ensemble d’images photographiques, a permis une réflexion sur les relations entre les corps, les espaces habités et la matérialité, centrée sur l’architecture populaire à Marabá, Pará, dans la région nord du Brésil. Ce processus a commencé par une recherche sur la plateforme collaborative ARQUIGRAFIA < www.arquigrafia.org.br > avec le mot-clé : architecture populaire. Parmi les quelques 83 images présentées à l’issue de cette recherche, certaines se sont imposées comme formant un ensemble cohérent et visuellement homogène. Cet ensemble de 25 images d’« architecture populaire » a été localisé dans la ville de Marabá, dans l’État du Pará. Ces images sont devenues le point de départ de la réflexion iconographique qui suit.
Cette recherche explore la cartographie sensible comme méthode de saisie et de restitution des ambiances urbaines, en continuité avec les approches topographiques classiques. À la croisée de la phénoménologie et des démarches situationnistes, elle interroge la capacité de la carte à restituer l’expérience vécue, en mobilisant les principes de la dérive de Guy Debord, de la promenadologie de Lucius Burckhardt et les pratiques artistiques de Mathias Poisson, David Bond et Julien Rodriguez. L’hypothèse centrale postule que la cartographie sensible permet de révéler les micro-ambiances, ces intensités perceptives qui façonnent notre rapport à l’espace. La méthodologie combine une analyse épistémologique des pratiques cartographiques et une expérimentation de terrain à Tunis, fondée sur la marche, l’observation et la représentation sensible. Les ateliers participatifs ont produit des cartes mentales, des partitions rythmiques et des récits sensoriels, traduisant les dimensions invisibles du milieu urbain. Les résultats montrent que cette approche enrichit la perception, favorise une lecture inclusive du territoire et ouvre des perspectives pour un urbanisme attentif aux qualités sensibles de l’espace public.
L'existence est à la fois assurée et fragile, toujours quelque peu sur le fil du rasoir, l’individu est voué à une part d'incertitude. Chaque jour qui vient dévoile son lot inégal d'événements attendus et de surprises. La condition affective et sociale n'est jamais donnée une fois pour toutes, elle impose un débat permanent avec les autres, avec les choses, au risque d'en être meurtri. Le risque est ambivalence. Mais le risque délibérément choisi ou accepté est une échappée belle hors des routines, une recherche d’intensité d’être.
Les émotions éprouvées par les migrants à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, avec Tijuana en toile de fond d’une catastrophe humanitaire persistante, ne sauraient être réduites à des expériences privées ou exceptionnelles. Elles dessinent un régime émotionnel normatif qui façonne la vie quotidienne. Des normes affectives, des rituels, ainsi que des structures de soin et de contrôle régissent les interactions quotidiennes et donnent sens à la longue attente. Dans cette étude, nous mobilisons le modèle FEI (émotions ressenties, exprimées et identifiées), qui nous permet d’analyser, sous un angle sociologique, l’écologie des affects. Notre démarche s’appuie sur des sources variées — images et récits — ainsi que sur des analyses documentaires et situationnelles. Nous présentons ici une partie de l’analyse, fondée sur un échantillon de trajectoires qui débordent l’individuel et mettent en évidence des inégalités structurelles, des dynamiques géopolitiques et la liminalité de la vie frontalière.
La peur, la sécurité, la confiance, la supériorité, l’invulnérabilité et d’autres émotions et convictions sont transmises ou perçues à travers les armes. Que ce soit l’une ou l’autre dépend de la position que l’on occupe dans le conflit : porteur ou observateur. Pour les armes anciennes, preuves matérielles du passé, leur étude actuelle s’intéresse à la compréhension des émotions et au décodage des messages qu’elles exprimaient et à la manière dont ce langage pouvait être et était manipulé. Ce renouveau méthodologique implique la conjonction de disciplines telles que l’archéologie et la sociologie comme voie inévitable pour approfondir les connaissances.
L’espoir a surgi avec force dès le début de la Première Guerre mondiale, période de crise et de catastrophe. La guerre représentait alors une véritable catharsis, un remède pour les jeunes artistes d’avant-garde – ainsi que pour les sociologues de l’époque – qui croyaient qu’elle les libérerait de la crise culturelle et de la misère de leur temps, ou leur offrirait une échappatoire à la monotonie du quotidien. Cependant, en moins de deux ans, l’enthousiasme des soldats mobilisés a fait place au découragement et au désespoir, entraînant la « défaite de la conscience », la « mort d’une certaine idée de l’Europe » et la critique de la théorie de la modernisation.À la lumière de la sociologie interprétative wébérienne et de l’analyse iconologique, nous examinerons dix œuvres d’art représentatives et significatives de cette période, illustrant cette évolution.
Pour appréhender tout phénomène ou dimension de la vie et son lien avec les catastrophes de tout nature, il est essentiel d’identifier et d’analyser le paradigme dominant d’attribution causal. Celui-ci constitue le cadre culturel plus large qui favorise les formes d’action, d’intervention, de participation et d’expression de la subjectivité au sein d’un contexte et d’une structure sociale donnés. Ce texte propose donc une brève exploration historique des paradigmes précédents et un développement plus élargi du paradigme dominant, qui, dans le contexte actuel de transition, peut être qualifié de socio-politique.
Ce texte aborde la thématique du sensible en ville sous l’angle des plaines fluviales urbaines. L’étude explore les imaginaires et modes de vie marginalisés liés à l’eau dans certains quartiers de deux villes de l’État de São Paulo : Bauru et la capitale, São Paulo. Ces spatialités échappent aux cartes conventionnelles et demandent une approche sensible articulant l’expérience corporelle, l’imaginaire et les atmosphères, ces dernières prises au sens que leur donne Gernot Böhme, qui les conçoit comme des manifestations de l’extase des choses. Invisibles à l’œil pressé et absentes de la cartographie officielle, certaines plaines inondables — qu’elles soient associées à des cours d’eau à ciel ouvert ou bien asséchés — continuent d’accueillir des usages et des choses que la ville rejette, tout en préservant et révélant des signes de cours d’eau que l’urbanisation a masqués.