
Choisir des livres pour les lire à haute voix avec de jeunes enfants, c’est à la fois prendre en compte la polyphonie de leurs intelligences (curiosité, multisensorialité, sens de l’observation, du décodage et de l’interprétation, sensibilité...) et la diversité, la richesse infinie des véritables œuvres artistiques que constituent les albums aujourd’hui si nous les regardons, les interrogeons, les lisons et les relisons avec attention. Les tout-petits qui les découvrent dans le plaisir d’un partage contribuent à l’exigence de nos choix tant ils s’approprient les histoires, manifestent leur intérêt, expriment leurs émotions, jouent avec les mots et les images, sont partie prenante, corps et âme, des aventures vécues par les personnages.
Dans mes créations, je privilégie une écriture synchronique et non narrative proche du regard sur le monde de cet être en devenir qu’est le tout-petit, je lui offre la possibilité de venir cueillir/prendre des fragments d’émotions qui se construisent peu à peu pour former le tout de la « re-présentation ». Entre ma vision du monde et sa perception s’engage une communication horizontale, d’être à être : un plaisir partagé pour un son, un mot, un geste, une lumière... Un plaisir esthétique.
Après avoir resitué le concept de transitionnalité que l’on doit à D.W. Winnicott, l’auteur distingue le registre de l’être (préobjectal) et le registre de l’existence (objectal). Pour être progressif et non traumatique, le passage de l’être à l’existence dans le cours du développement du tout-petit doit se faire de manière douce, progressive et médiatisée. C’est là que l’accès à la culture intervient, et trois exemples sont alors évoqués : lire avec les bébés, les activités de modelage et la place du cinéma, enfin, dans la vie des tout-petits.
Après des études centrées sur les corrélations entre le temps passé par un jeune enfant devant un écran et les troubles possibles du développement, les études actuelles ciblent trois autres problématiques. Tout d’abord, l’importance du temps passé devant un écran est relativisé par la prise en compte du mode de vie des enfants en lien avec leur entourage, et les alternatives aux écrans dont ils disposent. C’est l’ensemble de ces circonstances, et pas seulement le temps passé devant un écran, qui influencerait les résultats ultérieurs des enfants dans tous les domaines. Ensuite, ces études font apparaître des disparités sociales considérables entre les enfants qui bénéficient d’un environnement adapté à leurs attentes et ceux qui n’en bénéficient pas. Enfin, l’utilisation par les parents de leurs propres outils numériques en situation de communication avec leur enfant est pointée comme une cause importante de retards de socialisation et de troubles de l’attachement.
Les bébés, ces petits sémiologues par nécessité, sont d’étonnants lecteurs d’images. Ils s’emparent avec subtilité et singularité du contenu sensible des albums qui leur sont proposés. La profondeur de cette « lecture » est pour moi, autrice, un incitant formidable à laisser se traduire en images, en mots, tout ce qui affleure et fait écho aux éprouvés de la vie. Dans cette démarche de création se trament sans doute ces fils invisibles, en lien avec les débuts de ma propre histoire… Mais au-delà s’y entrelacent avec certitude ces brins de pensée aigus et abondants que m’inspirent les bébés et leur surprenante sagacité.
Témoigner de l’importance de l’art et de la culture dans l’environnement du jeune enfant, c’est mettre l’éclairage sur la bien-traitance de l’émerveillement partagé entre lui et les adultes qui l’entourent. Encore faut-il que ces derniers, loin de toute recherche de précocité, sachent accueillir, à l’aube de ses premières émotions, la curiosité et l’appétence du jeune enfant envers ces nouvelles expériences, fondatrices de sa curiosité à venir et de sa propre créativité.
Bien que la musique soit une activité retrouvée dans toutes les cultures humaines connues, il est compliqué de dégager des universaux de ses effets, au regard de la diversité des formes qu’elle peut prendre. Par ailleurs, dans une même culture, nous voyons bien que nous n’aimons pas tous les mêmes musiques. Et pourtant, les travaux des neurosciences cognitives démontrent, malgré ces différences interindividuelles, qu’il est possible d’identifier des effets assez universaux de l’impact neurocognitif de la pratique ou de l’écoute de la musique. Notamment, ces travaux ont permis d’étudier les mécanismes de neuroplasticité afin de rendre compte de l’effet de l’entraînement musical. Chez l’enfant, ces travaux concernent majoritairement l’impact de l’apprentissage musical en conservatoire, et montrent de manière récurrente un impact neurocognitif et des modifications de l’organisation structurale du cerveau au bout de quelques mois de pratique, comme cela a pu être retrouvé chez l’adulte. Par ailleurs, des études récentes s’intéressent aussi à la mesure des bénéfices cliniques des interventions musicales dans les services hospitaliers, que ce soit dans les services de néonatologie ou dans les institutions spécialisées accueillant des enfants porteurs de maladies neurodéveloppementales, apportant un appui sur l’impact objectif de ces pratiques qui ont été considérées pendant longtemps comme peu scientifiques.
Accueillir, prendre soin, nourrir. Des missions vers bébé et également vers vous, adultes, qui œuvrez en petite enfance. Votre éveil à l’art et à la culture doit être nourri, cultivé. Quand il s’agit de recevoir un spectacle dans sa crèche ou d’emmener bébé au spectacle, l’engagement des professionnel·les est essentiel. Pour l’autrice, médiatrice culturelle et passeuse d’art, cela passe par une fréquentation des œuvres entre adultes aussi. Et donc : vous accueillir dans un lieu de spectacle, prendre soin de notre relation, nourrir nos vies artistiques et culturelles.
Le texte aborde la relation entre les bébés et l’art sous une perspective peu conventionnelle, considérant le bébé comme un producteur d’art dès ses premières années. Il met en avant l’importance de la création artistique dans la formation cognitive et expressive du bébé, explorant sa capacité créative et interprétative. Il est argumenté que la création n’est pas une option pour le bébé, mais une condition nécessaire pour son appropriation de la réalité. La discussion inclut des réflexions sur la définition de l’art, reconnaissant les expressions esthétiques des bébés comme des formes légitimes de langage multimodal. Le texte conclut qu’il est essentiel de remettre en question les conceptions traditionnelles de l’art pour reconnaître la richesse des productions artistiques des bébés.
Cet article plaide en faveur du redoublement des efforts à consentir, aujourd’hui, pour renforcer les rencontres, précoces et diverses, avec l’art et la culture, partout, afin que personne ne soit exclu de l’humanisation nécessaire à son développement, sa créativité, son appartenance à la communauté humaine. Une série d’expériences (parmi tant d’autres) est évoquée, s’inscrivant dans une démarche de résistance, qui exige engagement et collaboration entre les différents protagonistes en présence et, pour ce faire, soutien, coordination et formation.
Comment favoriser l’émerveillement chez l’enfant, source de vie pour l’existence ? Illustrée par deux observations issues de la pratique de l’ ong Clowns sans frontières, et de l’expérience d’ateliers à médiation culturelle animés par une équipe transculturelle, l’émerveillement ouvre une voie vers une restauration des capacités psychiques de l’enfance à l’âge adulte, tout particulièrement dans des situations traumatiques. Émotion, capacité, faculté, mouvement vers le hors-soi, l’émerveillement côtoie des mondes aussi diversifiés que ceux de la philosophie, de la poésie, de la littérature ou du religieux. Il ouvre vers le désir de connaissance et favorise les mouvements d’émergence hors de l’« enténèbrement », de toutes formes de désespoir, d’enfermement, de vécus traumatiques pour aller vers la vie, voire la survie et le réenchantement. À travers l’art, source de créativité, l’émerveillement, comme facteur de résilience, est un facteur essentiel de la « santé culturelle ».
Les nourritures artistiques permettent de sensibiliser l’enfant à voir, entendre, sentir, parler, toucher, de s’approprier de multiples formes sensorielles et des modalités émotionnelles plurielles. Elles lui offrent tout un feuilleté d’affects, de cognition, d’émotions. Les pratiques artistiques, la fréquentation des œuvres, les expériences muséales…, induisent chez l’enfant tout autant un processus de réception qu’un processus de création. Les œuvres, les artistes qui entrent en résonance avec l’enfant participent à sa construction identitaire par le biais de « traces identitaires » engrammées et intériorisées que l’enfant gardera en lui comme ressources remobilisables en d’autres lieux et d’autres circonstances.