
Contexte/Objectif Les douleurs chroniques représentent un coût majeur pour la société et entraînent souvent une forte détresse psychologique ainsi qu’une dégradation de la qualité de vie. Plusieurs travaux suggèrent que le stress post-traumatique contribue à l’émergence du syndrome de sensibilisation centrale, notamment chez les personnes fibromyalgiques présentant des douleurs nociplastiques. D’autres études soulignent le rôle protecteur de l’autocompassion, qui favorise l’auto-gestion d’états de santé dégradés et le maintien d’une bonne qualité de vie. Nous avons examiné les effets de l’autocompassion lorsque le stress post-traumatique s’accompagne d’une sensibilisation centrale. Méthode Trente-quatre patients consultant dans un centre de la douleur chronique ont complété des auto-questionnaires évaluant l’intensité douloureuse (échelle numérique), le stress post-traumatique (Post-traumatic stress disorder CheckList Scale V), la sensibilisation centrale (Central Sensitization Inventory) et l’autocompassion (Self Compassion Scale). Résultats Les régressions simples montrent que la sensibilisation centrale est fortement prédite par les symptômes de stress post-traumatique (β=0,87 ; p ≤ 0,001), expliquant 63,29 % de sa variabilité totale. Dans une moindre mesure (18,85 % de variance expliquée), plus les personnes souffrant de douleurs chroniques sont bienveillantes envers elles-mêmes, moins elles risquent de présenter une sensibilisation centrale (β=–11,22, p>0,01). En revanche, l’autocompassion ne modère pas la relation entre stress post-traumatique et sensibilisation centrale. Conclusions Afin de confirmer nos résultats préliminaires, en partie cohérents avec la littérature, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour examiner les effets potentiellement protecteurs de l’autocompassion face au stress post-traumatique et à la sensibilisation centrale, idéalement au moyen d’études longitudinales menées auprès d’échantillons plus larges de personnes souffrant de douleurs chroniques. Nos résultats soutiennent l’intégration de psychothérapies centrées sur l’autocompassion et le traitement des psycho-traumatismes afin d’aider les personnes souffrant de douleurs chroniques à mieux réguler leur système nerveux central.
Cet article analyse les lettres écrites entre 1923 et 1925 par Marthe L., internée à l’hôpital Sainte-Anne, afin de comprendre l’évolution de son délire et de mettre en lumière la valeur historique, clinique et humaine de ces écrits. Il montre comment son système délirant passe d’un délire d’influence fondé sur l’électricité, les voix et les technologies modernes à une mystique religieuse où Dieu devient une figure d’amour et de salut, avant de se transformer en une interprétation globale de son existence. Malgré son trouble, Marthe L. conserve une écriture rigoureuse, une argumentation élaborée et une réflexion critique sur la psychiatrie de son époque. L’article souligne que ces lettres dépassent la simple documentation médicale : elles témoignent de la tentative d’une femme de préserver son identité, de donner un sens à sa souffrance et de faire entendre sa propre voix face à l’institution psychiatrique.
After a long history of under-recognition, autism in females is now increasingly documented. Nevertheless, autistic females still tend to be diagnosed later than males, due in part to persistent gender biases in clinical practice and diagnostic overshadowing, which often lead to alternative diagnoses. These diagnostic disparities may contribute to increased mental health difficulties. Delayed recognition may also be partly attributable to subtler presentations of autism in female compared to male individuals. Specifically, autistic females might be better at camouflaging their autistic characteristics and have enhanced socio-communicational skills, which can be influenced by gendered social expectation. Their specific interests, repetitive behaviors and sensory experiences may also differ in form from those common of autistic males. While some of these specificities are now acknowledged in the DSM-5 and ICD-11, further improvements in clinical practice are needed to ensure autistic females, especially those with nuanced autism profiles, are accurately identified and supported.
Contexte Le tabagisme demeure un problème majeur de santé publique, et la rechute reste fréquente malgré l’efficacité des prises en charge combinant traitements pharmacologiques et accompagnement comportemental. Une cible potentiellement modifiable est la perspective temporelle, c’est-à-dire la manière dont une personne relie ses choix présents à des conséquences futures et investit un futur souhaité. Objectif Évaluer l’effet d’une intervention immersive en réalité virtuelle (RV) intégrant le cadre TIM-E sur des indicateurs de perspective temporelle dans un contexte de sevrage tabagique, et documenter la faisabilité et l’acceptabilité. Méthode Étude pilote contrôlée à deux groupes avec mesures à l’inclusion (T1) et environ trois semaines plus tard (T2). Vingt-huit fumeurs engagés dans un sevrage ont été inclus (RV : n=13 ; contrôle : n=15). L’intervention comprenait trois séances de RV centrées sur un plan de vie (présent, passé, futur). La perspective temporelle a été évaluée par l’auto-questionnaire TIM-E (MC-FLY), incluant notamment l’orientation vers le futur (ORVF), l’orientation vers le présent (ORVP) et la maîtrise/vision du futur (MSV). Les analyses ont reposé sur des tests non paramétriques. Résultats Dans le groupe RV, ORVF (W=9 ; p=0,035), ORVP (W=13 ; p=0,022 ; diminution) et MSV (W=7 ; p=0,011) évoluaient significativement entre T1 et T2, sans changement significatif dans le groupe contrôle. Les comparaisons intergroupes des variations (T2−T1) étaient significatives pour ORVF (p=0,026) et MSV (p=0,004). À T1, la flexibilité cognitive (Modified Card Sorting Test) était positivement associée à ORVF (ρ=0,610 ; p=0,027). L’acceptabilité de la RV était élevée, avec des items d’expérience utilisateur majoritairement autour de 4/5. Conclusion Cette étude pilote suggère qu’une RV structurée autour de la perspective temporelle peut renforcer la projection dans l’avenir au cours d’un sevrage tabagique. Des études confirmatoires, mieux contrôlées et incluant des critères standardisés d’abstinence, sont nécessaires.
Introduction Le chemsex désigne la consommation intentionnelle de substances psychoactives dans un contexte sexuel, pour en améliorer l’expérience. Ce phénomène, touchant initialement les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), connaît une expansion majeure depuis une trentaine d’années et concerne désormais des populations plus larges. Ses complications médico-légales – décès et violences sexuelles sont sous-documentées malgré leur prévalence croissante. Matériel et méthodes Une revue de la littérature conduite selon une démarche inspirée des recommandations PRISMA a été réalisée dans PubMed/MEDLINE, sans restriction de langue ni de période, à l’aide de trois équations de recherche ciblant respectivement les complications générales, les violences sexuelles et les décès associés au chemsex. Sur 796 références identifiées, 30 articles répondant aux critères d’inclusion ont été retenus. Résultats Les articles inclus, publiés entre 2017 et 2026, provenaient majoritairement d’Europe occidentale et d’Australie. Les victimes étaient principalement des HSH, d’âge moyen (30-40 ans), présentant des antécédents de consommation de substances. Les décès ont le plus souvent résulté d’une poly-intoxication aiguë, impliquant au premier plan le GHB/GBL, devant les psychostimulants (cathinones, cocaïne, méthamphétamine), survenant en milieu privé, avec un délai de découverte prolongé. Une proportion notable des décès était en rapport non pas avec une intoxication accidentelle mais avec un suicide. Sur le plan analytique, la courte demi-vie du GHB, l’instabilité des cathinones et l’absence fréquente des nouveaux produits de synthèse (NPS) dans les panels de détection constituaient des obstacles à leur identification. Environ un tiers des pratiquants de chemsex ont rapporté des expériences sexuelles non consenties, le GHB/GBL jouant un rôle central comme agent incapacitant. Discussion et conclusion La littérature médico-légale consacrée au chemsex reste émergente et fragmentaire, résultant d’un manque de définition consensuelle, d’une hétérogénéité des pratiques toxicologiques à travers le monde et d’une sous-déclaration systématique. Une standardisation des analyses et une formation des acteurs judiciaires apparaissent indispensables pour améliorer la caractérisation médico-légale prospective des décès et des violences sexuelles en contexte de chemsex.
Depuis quelques années, le terme Usage Sexualisé des Drogues (USD) est de plus en plus retrouvé dans la littérature scientifique. Il s’agit d’un terme parapluie qui désigne la consommation de drogues dans le but d’améliorer ou de faciliter les relations sexuelles. Il concerne toute identité de genre ou orientation sexuelle, mais celle-ci est disproportionnellement répandue parmi les minorités sexuelles et de genre. En effet, une catégorie d’USD, plus connue sous le terme « chemsex », est pratiquée au sein de la communauté HSH et revêt une importance croissante en matière de santé. La pratique du chemsex et l’USD de par leur définition, « usage de substances psychoactives spécifiquement à visée sexuelle », peuvent produire dans certain cas, un contexte à risque d’agression. Les USD sont de fait entre deux ou plusieurs personnes consentantes. Cependant la notion de consentement sous substance, pour celui qui le reçoit ou celui qui le donne, reste un sujet qui pose question et représente un enjeu majeur d’éducation et de Santé Publique. Les agressions facilitées par les substances (AFS) se déclinent en deux modes opératoires que sont la soumission chimique (prise d’une substance à l’insu ou sous la menace à des fins criminelles ou délictuelles) et la vulnérabilité chimique (état de fragilité induit par la consommation volontaire de substance rendant une personne plus vulnérable à une agression). L’objectif de cet article est de définir les types de violence et leurs risques en lien avec les usages sexualisés des drogues à la fois au sens large et plus particulièrement dans le cadre du chemsex à travers les données d’addictovigilance tout en apportant un regard clinique. Les résultats montrent que les agressions facilitées par les substances existent aussi bien dans la pratique du chemsex que dans l’usage sexualisé des drogues : vol, viol, agression physique, injection de force (pratique de slam non désiré), exploitation sexuelle sont autant d’agressions retrouvées. L’importance de porter le sujet du consentement sous substances en première ligne et d’interroger les AFS est aujourd’hui pertinent. Il convient d’évaluer la santé sexuelle en addictologie et d’interroger les dysfonctions sexuelles et les AFS chez les personnes ayant des troubles de l’usage ou des difficultés avec la pratique du chemsex. Malgré leur plus grande probabilité de victimisation, la violence subie par les personnes LGBTQI+ reste sous-étudiée. Pour les femmes, la question de la sexualité et de la santé sexuelle est très peu abordée en addictologie ou en psychiatrie, laissant beaucoup de situations de non-consentement, de violence sans réponse car peu interrogée. Il est nécessaire de continuer de rapprocher les acteurs de réduction des risques des drogues et les acteurs de la santé sexuelle quels que soient le genre et l’orientation sexuelle. Enfin il semble que les consultations de sexologie soient mises en lumière, notamment avec un objectif donné (consultation tout genre et toute sexualité) afin de sortir du tabou de l’usage de substance dans la sexualité et ce pour tous.
Introduction A wide range of psychotherapies is now available for patients with psychiatric disorders. The proliferation of therapeutic approaches has led to overlap and redundancy among techniques, making it difficult for clinicians to integrate them effectively — particularly when they are rooted in different theoretical frameworks. This study aims to identify shared therapeutic processes, as conceptualized by experts, as well as semantic themes of techniques, using natural language processing. Method We recruited 13 French experts representing different therapeutic orientations. Each participated in a semi-structured interview to describe the techniques used in their practice. Interview data were analyzed using an embedding-based BERTopic approach to extract high-level thematic patterns across psychotherapeutic techniques. Results Analysis yielded 28 distinct topics. These were linked to core therapeutic principles such as behavioral modification, cognitive restructuring, emotion identification and regulation, and interpersonal processes. Notably, most topics encompassed techniques drawn from multiple therapeutic traditions, underscoring the presence of shared therapeutic processes across approaches. Discussion Our findings highlight common therapeutic processes that transcend theoretical orientations. These results support the notion of therapeutic processes shared across diverse psychotherapies. This is particularly promising for implementing a multidimensional psychological care framework that integrates the full spectrum of therapeutic processes while taking individual-specific characteristics into account. Future research should expand this work with larger and more diverse datasets, and further computational developments are needed to refine the automatic extraction and classification of shared therapeutic processes.
Dans les trente prochaines années, l’effectif théorique de personnes autistes âgées de plus de 60 ans devrait dépasser les 20 millions au niveau mondial, ce qui en fait une problématique de santé publique majeure. Les recherches actuelles suggèrent la possibilité d’un vieillissement accéléré et d’une vulnérabilité plus importante de développer un trouble neuro-évolutif tel que la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. Celles-ci sont cependant insuffisantes, avec des résultats contradictoires, soulignant la nécessité de poursuivre des études dans le domaine. D’un point de vue clinique, une vigilance reste nécessaire sur l’état de santé des adultes autistes, aussi bien au niveau somatique que neurocognitif.
Michel Bénézech (1942–2025) est considéré comme un des plus éminents experts français dans le domaine de la criminologie clinique. Après une triple formation initiale en médecine, droit et criminologie, il a été professeur associé de médecine légale puis de droit privé à l’université de Bordeaux. Il a consacré l’essentiel de sa carrière à promouvoir et développer une approche criminologique et médico-légale fondée sur des méthodes scientifiques et multidisciplinaires. Michel Bénézech a défendu les droits des patients impliqués dans des actes médico-légaux à bénéficier d’une évaluation standardisée et rigoureuse de leur responsabilité pénale et des risques de récidive. Il s’est engagé avec passion et détermination dans des œuvres mémorielles visant à préserver la mémoire et la dignité des personnes avec des troubles psychiatriques hospitalisées et décédées à l’hôpital de Cadillac-sur-Garonne. Michel Bénézech est l’auteur d’une œuvre scientifique et littéraire considérable, et a été un des plus actifs contributeurs aux Annales Médico-Psychologiques entre 1974 et 2022.
La recherche scientifique sur le milieu policier connaît un développement croissant, marqué par l’augmentation des publications et l’intensification des collaborations entre les milieux académique et policier. Malgré cette dynamique, les enjeux spécifiques d’intégrité et d’éthique associés à la recherche menée sur, avec, dans ou pour la police demeurent encore peu explorés. Cette revue de la littérature propose une analyse de ces enjeux en articulant une réflexion sur les fondements de la conduite responsable en recherche et une analyse historique de l’évolution de la recherche policière. Les notions d’intégrité et d’éthique jouent un rôle central pour garantir la rigueur, l’indépendance, la transparence et la crédibilité des travaux scientifiques. Néanmoins, l’évolution historique de la recherche sur le milieu policier met en évidence des tensions persistantes entre approches critique et pragmatique, ainsi que la diversité des positionnements des chercheurs selon leur degré d’affiliation avec l’institution policière. Cette analyse permet d’identifier les avantages et les limites de la recherche collaborative entre milieux académique et policier. Si celle-ci favorise notamment l’accès aux données, l’interdisciplinarité et l’intégration des résultats scientifiques dans les pratiques policières et les politiques publiques, elle comporte aussi des risques, comme la perte d’indépendance scientifique, l’instrumentalisation des résultats ou encore la fragilité des partenariats. Sur cette base, des recommandations sont proposées afin de renforcer les conditions éthiques, organisationnelles et scientifiques de la collaboration police–recherche.
Introduction Data on the mental health needs of long-term visitors, including seasonal workers and legally arrived migrant family members in France, are limited. After the 2018 law, screening for common mental disorders was integrated into the arrival medical visit conducted by the Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII). Our aim is to describe the process and outcomes for this population. Methods A 22-item self-administered paper questionnaire combining the MHSF-III and CAGE-AID screened for major mental disorders (psychotic, depressive, anxiety) and substance misuse (alcohol, medication, drugs). Cases were classified into three mutually exclusive groups: (1) severe symptoms requiring possible hospitalization (HR), with psychiatric referral; (2) less severe symptoms needing psychological support (excluding HR), with advice to seek care; and (3) no symptoms. Descriptive analyses were conducted on 2950 long-term visitors by sociodemographic characteristics. Multinomial logistic regressions assessed associations between symptoms presence and age, gender, language, and region of origin. Binomial logistic regression examined addiction, including both levels of mental health needs. Results Our results show that, 16.04% reported symptoms which are potentially severe enough to justify a psychiatric examination. Younger visitors (18–24 years) seemed particularly vulnerable. Men were more likely to present signs of possible addiction (8.31%), while women were more affected by anxious symptoms (17.19% for phobias, 17.26% panic anxiety symptoms). Participants from Central and South America, Sub-Saharan Africa and North America had a higher risk of having a need for psychiatric evaluation. Conclusions Our study provides unique information of French legal long term visitor's mental health potential disorders. It highlights the feasibility and usefulness to assess these symptoms upon their arrival to prevent and whenever possible to treat their mental health problems at an early stage.
L’alcoolisme est largement associé à une faible estime de soi ainsi qu’à des niveaux élevés d’auto-stigmatisation et de honte. Si l’abstinence peut être considérée comme la pierre angulaire du traitement de l’alcoolisme, très peu de recherches se sont intéressées aux effets de sa durée sur ces dimensions, dans le but d’améliorer la prise en charge. Quarante-huit personnes abstinentes, âgées de 23 à 77 ans, recrutées au sein du mouvement des Alcooliques Anonymes (AA), ont répondu à un questionnaire évaluant leur durée d’abstinence, leur estime de soi (Échelle de Rosenberg), leurs niveaux d’auto-stigmatisation (Échelle d’auto-stigmatisation) et de honte (Échelle d’expérience de la honte). Les résultats montrent une corrélation positive entre la durée d’abstinence et l’estime de soi, une corrélation négative entre la durée d’abstinence et l’auto-stigmatisation, et entre la durée d’abstinence et la honte. Un effet médiateur partiel de l’auto-stigmatisation dans la relation entre la durée d’abstinence et l’estime de soi a été observé, cependant aucun effet modérateur de la honte dans cette même relation n’a été trouvé. Les résultats suggèrent que l’abstinence peut être appréhendée dans une dynamique évolutive, et soulignent la nécessité de développer des interventions thérapeutiques ciblant l’amélioration de ces dimensions.
La psychiatrie médico-légale est caractérisée par une prévalence élevée de patients présentant une comorbidité entre troubles psychotiques et consommation problématique de cannabis. En Belgique, près de 40 % des patients médico-légaux présentent un diagnostic de trouble psychotique, tandis que le cannabis représente la substance la plus consommée par cette population (22,10 %). Cette cooccurrence soulève des enjeux cliniques et évaluatifs complexes, en raison des interactions entre la symptomatologie psychotique, la consommation de substances et le risque de comportements violents. Sur le plan pharmacologique, le tétrahydrocannabinol (THC) exacerbe les symptômes positifs à travers une hyperdopaminergie qui altère l’insight et favorise la non-compliance au traitement ayant pour conséquence une augmentation du risque de rechute et de comportements violents. L’association entre les symptômes Threat/Control-Override (TCO), caractérisés par des perceptions de menace et le sentiment de perdre le contrôle de ses pensées ou de ses actions, et le passage à l’acte violent est empiriquement documentée. Néanmoins, les instruments d’évaluation structurés actuels tels que la PANSS ou le HCR-20 v3 ne prennent pas spécifiquement en compte cette symptomatologie particulière ainsi que les motivations sous-jacentes à la consommation de substances. Face à ces lacunes, un projet de recherche doctorale propose un design mixte afin d’investiguer les relations entre la symptomatologie psychotique et, particulièrement TCO, la consommation de cannabis et le risque de comportements violents chez des patients internés en psychiatrie médico-légale. Ce projet vise à affiner les protocoles d’évaluation du risque et à soutenir le développement d’interventions thérapeutiques intégrées et adaptées aux spécificités des patients psychotiques.
Objectif L’objectif de cette étude est de mettre en lumière l’ambivalence de la nature et de l’héritage du feu. On imagine aisément l’impact de sa découverte initiale lorsque nos ancêtres ont compris qu’ils pouvaient le produire en frottant deux morceaux de bois. Cette découverte fut à la fois révolutionnaire et inquiétante, un pas de géant dans l’évolution créative de l’humanité, le progrès technologique et scientifique, ainsi que dans l’amélioration du confort de vie. Mais il nous faut aussi considérer son potentiel dévastateur considérable lorsqu’un comportement impulsif et libidinal pousse des criminels agissant dans l’ombre à être responsables, d’une part, importante des incendies qui causent des dommages environnementaux et sociaux, entraînant parfois la mort de personnes, d’animaux et de plantes en milieu rural. Plutôt que d’utiliser une échelle semi-structurée, sept questions relevant de l’expertise médico-légale ont été posées à des incendiaires potentiels afin de définir leur comportement compulsif. L’étude des rythmes existentiels pourrait s’avérer intéressante pour renforcer la procédure diagnostique et le suivi thérapeutique des incendiaires.L’analyse des données recueillies à partir des questionnaires souligne la nécessité de concevoir des moyens thérapeutiques concernant ces délinquants particuliers, qui sont en réalité très différents dans leur structure mentale. Bien qu’ils puissent partager le même comportement violent et dévastateur, ces individus sont parfois motivés par des sentiments négatifs et contre-artistiques.
Problématique Les Internés Non en Ordre de Séjour (INOS) se trouvent à l’intersection des systèmes judiciaire, psychiatrique et migratoire, posant des défis spécifiques pour l’évaluation, la prise en charge et la libération. Objectifs Décrire leurs caractéristiques sociodémographiques, infractionnelles et cliniques, et comparer les INOS libérés et non libérés ainsi que leur profil par rapport aux internés en ordre de séjour. Méthode Étude quantitative sur 92 INOS (40 libérés, 52 non libérés) avec analyse comparative des INOS libérés par rapport à 168 internés libérés en ordre de séjour (Follow-up). Résultats Aucune différence n’a été observée sur les variables sociodémographiques ou les infractions actuelles entre INOS libérés et non libérés. Les INOS libérés ont moins d’antécédents judiciaires et des profils cliniques moins sévères. Comparés aux internés en ordre de séjour, les INOS sont plus jeunes, présentent davantage de violences non sexuelles, moins d’antécédents, et plus de troubles psychotiques mais moins de troubles de la personnalité. Conclusion Ces résultats montrent que les INOS présentent des spécificités cliniques et judiciaires importantes, soulignant la nécessité d’adapter l’évaluation, la prise en charge et les décisions de libération à cette population vulnérable.
Bien au-delà de l’acte sexuel, l’inceste résonne comme « un meurtre d’identité » (Green, 1983), une petite mort : la mort psychique d’un enfant victime, réduit à l’état d’objet, dépourvu de pensée propre et de désir, assujetti au pouvoir et aux désirs de l’agresseur – désirs de possession et de jouissance sexuelle. L’enfant choisi par l’auteur incestueux est enlisé dans une relation d’emprise qui l’enserre progressivement jusqu’à l’étouffer et l’assécher de toute forme d’émotion et de subjectivité. L’inceste anéantit les repères individuels et brouille les repères familiaux, attaquant les liens et les places de chacun dans la filiation. À partir d’une large étude épidémiologique réalisée en 2023 (François, 2025), auprès de 400 victimes d’inceste, nous mettrons en évidence la prédominance des manœuvres de séduction dans les stratégies utilisées par les auteurs incestueux. Loin de la représentation sociale encore largement répandue selon laquelle l’inceste est un acte de violence et de brutalité innommable, il nous faut reconnaître aux auteurs incestueux leur talent de séducteur et de manipulateur. L’inceste n’est pas une erreur, il est l’œuvre d’une stratégie. Et les auteurs incestueux sont les maîtres dans l’art de la séduction. La brutalité est rare, c’est principalement la séduction qui fait violence aux enfants victimes, une violence silencieuse et insidieuse, qui sème la confusion, la désorganisation et la dissociation. L’enfant pris au piège ne peut plus penser la chose, il ne peut pas la qualifier ni la dénoncer, il est prisonnier dans une relation prétendue d’amour, chosifié pour satisfaire les pulsions sexuelles de l’auteur incestueux. Plus largement encore, les manœuvres séductrices de l’incesteur s’étendent au système familial dans son ensemble, semant le doute et la confusion – jusqu’à l’aveuglement – et maintenant ainsi la jeune victime prise en piège, dans la solitude et le silence.
Les mineurs auteurs de violences sexuelles (MAVS) suscitent des préoccupations importantes concernant le risque de récidive et l’évolution vers une délinquance sexuelle persistante. Cette revue vise à synthétiser les données scientifiques récentes relatives aux taux de récidive et aux facteurs de risque spécifiques à cette population. Une revue de littérature a été réalisée entre décembre 2024 et avril 2025 à partir des bases PubMed, ScienceDirect, PsycNet et Cochrane. Les publications des dix dernières années (2015–2025) portant sur les taux et facteurs de récidive des MAVS ont été sélectionnées. Trente et une études ont été retenues selon des critères d’inclusion ciblés. Les taux de récidive sexuelle apparaissent faibles (3,7 % à 17,4 %), comparativement aux récidives violentes (11,9 % à 25 %) et générales (33,6 % à 55,5 %). La récidive sexuelle survient majoritairement durant l’adolescence et devient rare à l’âge adulte. Les facteurs de risque sont multifactoriels : antécédents délinquants et comportements sexualisés précoces (criminologiques), impulsivité, traits antisociaux et déviance sexuelle (psychopathologiques), ainsi que difficultés scolaires, relationnelles et isolement (sociaux). Les MAVS présentent globalement moins de facteurs antisociaux que les autres délinquants, mais davantage d’antécédents de victimisation. Les auteurs d’agressions sur pairs ou adultes présentent un risque plus élevé. Ces résultats confirment la faible probabilité d’une trajectoire sexuelle persistante et soulignent le caractère hétérogène et multifactoriel de la récidive. Les interventions montrent un effet limité sur la récidive sexuelle mais modéré sur les autres formes. Une prise en charge intégrée, combinant facteurs spécifiques et généraux, apparaît nécessaire.
Background The optimal dosing strategy for atypical antipsychotics in bipolar mania remains unclear because clinicians must balance symptom reduction against dose-dependent adverse effects. This meta-analysis synthesized placebo-controlled efficacy and examined whether higher doses provide additional benefit over lower or flexible-dose regimens. Methods We searched PubMed, Embase, and Cochrane (inception to January 2026) for randomized controlled trials (RCTs) comparing quetiapine, aripiprazole, olanzapine, or risperidone with placebo in acute mania. Random-effects meta-analysis estimated mean differences (MDs) in Young Mania Rating Scale (YMRS) score change, and pre-specified subgroup analyses compared fixed low/medium-dose, fixed high-dose, and flexible-dose regimens. Results Ten RCTs comprising 2437 unique randomized participants (1395 active treatment; 1042 placebo) were included in the final analysis and contributed 13 treatment-arm comparisons. The pooled analysis demonstrated that atypical antipsychotics were significantly superior to placebo in reducing YMRS scores (mean difference [MD]=−4.60; 95% CI: −6.15 to −3.06; P<0.0001), with substantial heterogeneity across studies (I2=73.1%). Critically, subgroup analysis revealed no statistically significant difference between high-dose (MD=−4.68; 95% CI: −8.97 to −0.39) and low-dose (MD=−4.66; 95% CI: −10.06 to 0.75) fixed-dose regimens (test for subgroup differences: χ2=0.00, df=2, P=0.9992). Risk of bias assessment indicated low overall risk, and funnel plot inspection suggested no substantial publication bias. Conclusion Atypical antipsychotics are effective for acute mania. The similar effect estimates across dose categories support initiating treatment at the lower end of the therapeutic range and titrating according to response and tolerability.
This study investigates the relationship between psychopathic traits and length of stay in a forensic psychiatric hospital in French-speaking Belgium. Long-term stays are a growing concern in forensic settings, with Belgium reporting particularly long average durations of internment (around 10 years). The focus is on Psychopathic Personality Disorder (PPD), a major public health issue often considered primarily from a legal perspective. The present study examines this relationship using a sample of 567 male forensic patients. All participants had been declared not criminally responsible. The mean age at admission was 36.25 years, and the average length of stay was 9.06 years. Data analyses included descriptive statistics and Pearson correlations between PCL-R scores and length of stay. Results indicate that borderline personality disorder is negatively associated with length of stay, possibly due to more manageable symptoms in terms of community reintegration. In contrast, the only significant positive correlation with length of stay concerns the Affective facet of psychopathy, which includes deficits such as lack of empathy, remorse, and guilt. These findings suggest that emotional deficits may play a key role in prolonged institutionalization. One explanation is that clinical and judicial decision-makers emphasize these traits when assessing risk and eligibility for release. Since affective traits are less responsive to treatment than antisocial behaviors, they may hinder progress toward discharge. In conclusion, the study highlights the importance of affective deficits in psychopathy as a factor associated with longer stays and calls for further research using more advanced statistical methods.