
L’égalité de genre et l’implication des pères sont le produit de politiques familiales qui leur sont favorables. En Suède, le congé parental partagé et neutre en termes de genre est introduit dès les années 1970. Cependant, si la politique fixe les conditions de l’ engagement des pères, elle ne dit pas tout de leur enrôlement , c’est-à-dire de leur expérience d’entrée dans le rôle. Bien que peu étudiée pour cela, la Suède est aussi un cas intéressant pour ses dispositifs d’activation concrète de la parentalité. L’article, appuyé sur une enquête par observations, montre comment les öppna förskolor , des structures destinées à accueillir les parents en congé parental avec leurs enfants, contribuent à la socialisation et à la mise en pratique de la parentalité des pères.
Chez les humains, avortement, abandon et infanticide font partie d’un continuum et le néonaticide semble avoir été au cours de l’histoire et du fait de l’inefficacité des méthodes d’avortement l’un des principaux moyens de ruptures de soins parentaux. Or il est intimement lié à l’écologie qui explique son origine comme les processus environnementaux qui, couplés à certaines institutions, participent de sa manifestation. Cet article vise à esquisser quelques schémas d’interactions entre dégradations écologiques et certaines institutions ayant entraîné la recrudescence des néonaticides dans l’histoire européenne.
Les liens entre parenté et environnement, largement étudiés au xx e siècle par des historiens et anthropologues, ont été laissés de côté par l’anthropologie sociale ces dernières décennies. La crise écologique mondiale remet sur le devant de la scène l’importance de l’environnement dans l’étude des modes de vie des groupes humains. Plusieurs travaux montrent que la parenté, lieu de reproduction du biologique et du social, est liée de différentes façons à son milieu. Cette contribution présente des pistes de recherche et d’analyse destinées à ethnographier les relations entre territoires en transformations et changements dans la parenté. Dans un premier temps, l’article revient sur l’irruption inattendue de la question environnementale lors d’un terrain exploratoire parmi des familles hétérodoxes. Ensuite, il présente une synthèse d’évolutions théoriques récentes en anthropologie environnementale et en anthropologie de la parenté. Sur cette base, est formulé un ensemble de questions de recherches, identifiant quelques terrains d’enquête où pourrait s’ethnographier l’entrelacement d’enjeux écologiques à des enjeux de parenté.
S’appuyant sur une étude de cas, cet article montre qu’un écolieu spirituel, dont l’organisation communautaire est fondée sur la solidarité entre des habitant-es de plusieurs générations, rend possibles des pratiques d’entraide au quotidien. Parce que l’autrice était enceinte lors de son travail de terrain, elle a pu observer des pratiques qui adoucissent les vécus parentaux durant la grossesse et la petite enfance. Le soutien logistique et affectif, notamment autour des naissances, passe aussi par des partages d’expériences plurielles au sujet des pratiques parentales – en contraste avec la normativité du soutien institutionnel à la parentalité.
La famille, la parentalité et l’éducation des enfants, fortement investies politiquement en vue d’un avenir plus écologiste et égalitaire, occupent une place centrale dans les modes de vie (néo)ruraux alternatifs agricoles, ici abordés par une ethnographie menée lors de séjours en wwoofing dans vingt-cinq fermes du sud-est de la France, incluant des lieux collectifs, familiaux ou individuels. Pour autant, l’éphémérisation des relations de couple, les liens avec la parentèle et les rapports de genre affectent ces idéaux de vie, qui en retour engendrent certaines pratiques de parenté.
En s’appuyant sur une étude qualitative menée auprès de 25 primo-pères et futurs primo-pères hétérosexuels (âgés de 24 à 43 ans), cet article analyse l’entrée en paternité du point de vue de la sociologie des masculinités et du cycle de vie. Après avoir montré comment les interviewés composent avec les tensions normatives traversant la promotion d’un idéal égalitaire de couple et la reproduction d’asymétries de genre concernant les rôles procréatifs parentaux, le texte analyse les formes d’expression d’une « masculinité domestique » à travers laquelle ces hommes construisent une nouvelle autorité parentale et sociale.
La « précarité énergétique » est une catégorie de l’action publique qui désigne la situation où un ménage ne parvient pas à suffisamment chauffer – ou rafraîchir – son logement, ni à disposer de l’énergie nécessaire pour la cuisson, l’eau chaude sanitaire, etc. Cette situation frappe de manière disproportionnée les ménages monoparentaux. Nous analysons les données disponibles sur ce problème en France ainsi que l’expérience d’acteurs associatifs qui les accompagnent.
À partir d’une ethnographie menée auprès d’alternatif-ves récemment installé-es dans un espace rural français, cet article explore les raisons qui les poussent à choisir ce territoire isolé. L’analyse montre que la recherche d’un « biotope stable » conditionne leur devenir parent, plaçant l’environnement et les chocs écologiques futurs au cœur de leur démarche. Elle interroge également ce que provoque la mise en place de ces modes de vie écologiques en matière de mutualisation du soin aux enfants et de parenté.
Le monde agricole français fait face à des changements démographiques, économiques et écologiques conjoints. Dans le même temps, des personnes en reconversion professionnelle aspirent à l’installation en collectif agricole. L’analyse du matériau de deux enquêtes ethnographiques permet de formuler des hypothèses sur les conditions de possibilité de la modalité collective d’acquisition et d’exploitation en agriculture. L’échec de la coopération pratique mène notamment au retour de la logique conjugale, tandis que le projet collectif change d’échelle.
À partir d’une enquête ethnographique de longue durée dans un village minier cévenol, cet article explore ce que signifient hériter et transmettre dans un territoire abîmé par une pollution industrielle au plomb causée par l’exploitation minière aux xix e et xx e siècles. Il décrit comment des pratiques quotidiennes telles que la commensalité, le partage de ressources potagères ou l’allaitement deviennent des pratiques de transmission du plomb d’une génération à l’autre, et montre que toxicité et parenté sont co-constituées au sein de « biologies locales » marquées par la contamination.