
Le trouble déficit de l’attention-hyperactivité (TDAH) touche 6 % des enfants et 3 % des adultes. Pourtant, la stratégie nationale 2023–2027 pour les troubles du neurodéveloppement souligne l’absence de filière de soin dédiée, des difficultés d’accès au repérage, au diagnostic et au traitement, ainsi qu’un besoin de formation des professionnels de santé sur l’ensemble du territoire français. L’Équipe de Coordination Lyonnaise des troubles de l’Attention et de l’Hyperactivité (ECLAH), créée en novembre 2023, est une équipe pluridisciplinaire visant à répondre à ces enjeux. Elle coordonne le réseau de soin, offre des formations, et propose des consultations spécialisées pour des cas complexes. L’ECLAH collabore avec divers acteurs pour structurer un réseau de soins, fournit des informations aux professionnels et aux institutions, et organise des Réunions de Concertation Pluridisciplinaires (RCP). Elle participe également à des projets de recherche sur divers aspects du TDAH. ECLAH se distingue par sa mission de complément aux dispositifs existants, sans s’y substituer, en apportant une expertise spécialisée.
IntroductionLa particularité identitaire de l’enfant de migrants vient révéler une certaine vulnérabilité lors du processus identitaire à l’adolescence qui peut venir réveiller des transmissions inconscientes inter- et transgénérationnelles capables de se nicher au sein des symptômes de l’adolescent. L’objectif de l’étude présentée dans cet article est de mettre en évidence, à partir du dispositif thérapeutique des consultations transculturelles, les leviers thérapeutiques permettant une mise en récit et une transmission consciente de l’histoire familiale et culturelle et de penser à leur transposition vers d’autres dispositifs.Discussion et conclusionL’étude montre le soutien qu’apporte la consultation transculturelle afin de permettre aux familles de mettre des mots sur l’histoire familiale. Même si certaines spécificités du dispositif transculturel ne sont pas exportables à d’autres, des espaces thérapeutiques groupaux ou individuels peuvent se saisir des leviers thérapeutiques mis en lumière.
Si le terme de transphobie est aujourd’hui discuté dans les médias comme dans la littérature scientifique à ce sujet, c’est souvent pour renvoyer aux questions de discriminations, de stigmatisations et, plus rarement, d’agressions. En France, notamment, la notion d’« homicide transphobe » est très peu discutée. L’objet de cet article sera d’en définir les contours et d’en proposer un panorama comparatif à travers le monde.
Les distorsions cognitives sont des processus mentaux qui agissent sur l’individu et qui régissent en partie son rapport au monde. Elles s’installent de manière très précoce et dépendent directement des premières expériences de vie desquelles un apprentissage implicite sur le monde et sur soi va avoir lieu. Ces apprentissages sont personnels et biaisés. De ces derniers vont dépendre les filtres cognitifs que l’individu va renforcer à la manière d’un cercle vicieux. Les informations sélectionnées dépendent de ces filtres, et les processus de traitement de ces informations vont dépendre des distorsions du sujet. Ces processus mentaux se retrouvent chez tout un chacun ; néanmoins, certaines populations présentent des spécificités de par leur expérience de vie. C’est le cas des patients ayant une symptomatologie anxio-dépressive, des victimes ou des personnes souffrant de Trouble Stress Post-Traumatique. À la lumière des différentes approches thérapeutiques et des différents traitements qui sont accordés à la dimension cognitive, nous proposons une modélisation sous forme de syllogisme du mode de penser le monde et de s’y confronter des patients ayant un statut de victime. Deux vignettes cliniques permettent d’illustrer cette modélisation. Cette dernière s’enracine dans la philosophie, la psychopathologie cognitive, mais se veut transthéorique et peut être utilisée, peu importe l’obédience du thérapeute.
La fonction de juré d’assises n’est pas sans conséquence sur la santé mentale. En effet, l’exposition à divers types de preuves, ou encore la responsabilité qui leur est conférée, peut faire émerger de grandes difficultés d’ordre psychique chez les jurés. L’objectif de cet article est ainsi d’effectuer un état des lieux des conséquences du rôle de jurés d’assises sur la santé mentale et de ce qui est actuellement proposé en termes d’accompagnement en France. Une revue de la littérature française et internationale a ainsi été effectuée, permettant de mettre en lumière les principales conséquences du rôle de jurés d’assises sur la santé mentale ; mais également les méthodes de prises en charge actuellement proposées. Plusieurs études ont mis en évidence l’impact de cette fonction sur la santé mentale, notamment en matière de stress, trouble anxieux et/ou symptomatologie post-traumatique. Bien que des dispositifs se déploient au fur et à mesure en France, cette possibilité de prise en charge n’est pas présente sur tout le territoire et n’est pas systématique. De plus, le type d’intervention proposé (prévention, intervention post-procès) diffère selon le département. Au regard des données disponibles dans la littérature, une piste de proposition d’accompagnement généralisée des jurés d’assises sera proposée. Enfin, sera discutée la nécessité de systématiser l’évaluation des effets produits par les dispositifs d’accompagnement, autrement que par la seule satisfaction des participants.
Il est de plus en plus admis aujourd’hui que certains facteurs psychiques sont susceptibles d’influencer la santé somatique et le contrôle de maladies chroniques. L’objectif principal de cette étude est de mieux comprendre les relations et les effets des facteurs psychologiques tels que l’alexithymie, la dépression et l’anxiété sur la maladie asthmatique, concernant sa symptomatologie et la survenue d’exacerbations. Soixante-dix patients asthmatiques (82 % de femmes, âge moyen : 54 ± 13,7 ans) ont répondu à une série de questionnaires visant à évaluer le contrôle de l’asthme (ACT), de l’alexithymie (TAS-20), de l’anxiété et de la dépression (HADS). Deux épreuves projectives (dessin de l’arbre et dessin de la personne) leur ont également été proposées. Les principaux résultats mettent en évidence une présence plus importante de troubles anxieux et dépressifs chez les patients asthmatiques qui sont alexithymiques, comparativement à ceux qui n’ont pas de difficulté quant à l’expression et la verbalisation de leurs émotions. De plus, le contrôle de l’asthme est moins satisfaisant chez les patients alexithymiques, ainsi que chez ceux présentant un trouble anxieux sévère. Les résultats de cette étude invitent à prendre davantage en considération et en charge les facteurs psychologiques et émotionnels dans le parcours de soin des patients asthmatiques. Ils constituent de réels facteurs aggravants de la maladie asthmatiques, qui compromettent l’obtention de son contrôle. It is increasingly recognized today that certain psychological factors can influence somatic health and chronic disease control. The main objective of this study was to better understand the relationships and effects of psychological factors such as alexithymia, depression and anxiety on the occurrence of asthma symptoms and exacerbation. In the context of this study, which is a mixed approach including quantitative and qualitative methods, 70 asthmatics (82% female, mean age 54 ± 13.7 years) responded to a series of questionnaires for the assessment of asthma (the Asthma Control Test: ACT), of alexithymia (the Twenty-Item Toronto Alexithymia Scale: TAS-20), of depression and anxiety (the Hospital Anxiety and Depression Scale: HADS). Two drawing tests (one of a tree and one of the person him/herself) were also given to them. The main results show a greater occurrence of anxiety and depressive disorders in asthmatics who are alexithymic, compared to those who have no difficulty expressing and verbalizing their emotions. In addition, asthma control is less satisfactory in alexithymic patients, as well as for those with a severe anxiety disorder. The results of this study suggest that psychological and emotional factors should be given greater consideration in the care and management of asthma patients. They constitute real aggravating factors for asthma and can compromise the successful control of the disease.
L’objectif de ce travail est d’analyser les liens qui existent entre image du corps, estime de soi et honte corporelle (variables dépendantes) chez les patients atteints par le VIH, en fonction de l’âge, du sexe, du niveau d’étude, du statut sérologique et de l’année de dépistage. Nous voulions voir aussi comment ces variables indépendantes (genre et âge) influent sur l’estime de soi, l’image du corps et la honte corporelle. Les participants étaient 158 patients VIH (hommes et femmes) qui ont rempli une batterie de mesures d’autoévaluation : échelle d’estime de soi de Rosenberg (1965), échelle de l’image corporelle (QIC) de Bruchon-Schweitzer (1990) et la sous-échelle de honte corporelle de l’échelle d’expérience de la honte (ESS) d’Andrews et al. (2002). La première hypothèse qui teste le lien entre estime de soi, image du corps et honte corporelle et les variables sociodémographiques (âge, sexe, niveau d’étude, statut sérologique et année de dépistage) montrent un lien significatif chez les patients VIH gabonais. La seconde hypothèse qui évalue l’influence de l’âge et le genre sur toutes nos variables dépendantes (estime de soi, image du corps et honte corporelle) montre que les femmes n’expriment pas davantage une insatisfaction corporelle et de la honte par rapport à leur corps et que leur niveau d’estime de soi n’est pas moins élevé que celui des hommes. Pour finir, les résultats montrent qu’en s’appuyant sur la comparaison intergroupes, l’estime de soi est plus faible chez les jeunes dans certains groupes d’âge. Il existe des liens significatifs entre estime de soi, image du corps et honte corporelle. Aussi, l’estime de soi est plus faible chez les jeunes patients VIH. Pour les cliniciens engagés dans la prise en charge des patients VIH, la connaissance du niveau d’estime de soi, d’insatisfaction corporelle et de honte corporelle permettrait d’élaborer des prises en charge adaptées et des objectifs d’interventions thérapeutiques appropriés (groupe thérapeutique, groupe ponctuel pour accroître efficacité personnelle). The study proposes the analysis of the relationship between body image, self-esteem and body shame (dependent variables) in HIV patients according to their age, gender, level of education, HIV status and year of their HIV screening. We also wanted to see how independent variables (gender and age) affect self-esteem, body image and body shame. Participants included 158 HIV patients (men and women) who completed a battery of self-report measures: the Rosenberg Self-Esteem Scale (1965), the Bruchon-Schweitzer Body Image Scale (BIS) (1990), and the body shame subscale from the Shame Experience Scale (ESS) by Andrews et al. (2002). The first hypothesis, which tests the link between self-esteem, body image and body shame and the sociodemographic variables (age, gender, level of education, HIV status and year of screening), showed a significant relationship among Gabonese HIV patients. The second hypothesis, which evaluates the influence of age and gender on all our dependent variables (self-esteem, body image and body shame), indicated that women are no more likely to express more body dissatisfaction and shame about their bodies and their level of self-esteem is no lower than that of men. Finally, an intergroup comparison demonstrated that self-esteem is lower among youth in certain age groups. There are significant links between self-esteem, body image and body shame with a lower level of self-esteem in young HIV patients. For clinicians involved in the management of HIV patients, knowledge of the level of self-esteem, body dissatisfaction and body shame would allow for the development of appropriate care and therapeutic intervention goals (therapeutic group, self-efficacy group).
Ces dernières semaines, de nombreux psychiatres et psychologues français se sont inquiétés que le suicide assisté et l’euthanasie puissent être proposés à des patients souffrant de maladie psychiatrique ou de trouble psychopathologique. Cela confère à un renversement de paradigme du « on doit tout faire pour sauver la vie du patient » à « dans certains cas, on doit accompagner le patient s’il souhaite sa mort ». Ces nouvelles dispositions qui se développent à nos frontières s’inscrivent dans un dispositif plus large concernant la fin de vie en général où la psychiatrie et la psychologique clinique, sans tenir compte de leurs spécificités, se retrouvent sur le même plan que la santé physique. Nous rappelons l’évolution des idées concernant le suicide comme fait historique, anthropologique, sociologique et de plus en plus souvent médiatique… au risque de la diffusion suicidaire. Puis nous clarifions les différences entre les souffrances suicidaires non pathologiques inhérentes à l’existence humaine, et les souffrances suicidaires constitutives d’un symptôme ou d’un processus pathologique. Entre ces deux extrémités que d’aucuns apprécieront comme évidentes, il existe une multitude de situations cliniques complexes. Pensons au patient souffrant de schizophrénie qui, dans ses hallucinations, entend une voix lui enjoignant de mourir alors que, quelques semaines plus tard, sous un traitement adapté, ses hallucinations sont taries. Pensons au patient présentant un trouble bipolaire qui, dans une phase dépressive, ne verrait plus aucun intérêt à la vie alors que, quelques mois plus tard, sous traitement ou suivant plus simplement l’évolution spontanée de son trouble, il est en pleine forme à l’occasion d’une phase hypomaniaque. Mais il existe aussi des souffrances schizophréniques ou bipolaires résistantes aux traitements et conduisant à la chronicité avec une mortalité par suicide élevée (en dehors de toute « aide médicale à mourir »). Nous préciserons le phénomène des idées et comportements suicidaires comme un continuum à risque de ruptures, puis nous détaillerons l’exemple de la situation des personnes présentant des troubles post-traumatiques. Tandis que le traumatisme psychique résulte d’une confrontation à la mort, plutôt que de s’en éloigner par la suite le sujet blessé psychique restera souvent accaparé, envahi par cette répétition de la mort, parfois au point de vouloir la rejoindre par des conduites suicidaires, actant ainsi une forme de dernière reviviscence du trauma. Il nous faudra donc veiller à ce qu’une « aide médicale à mourir » ne devienne pas le prolongement du symptôme, symptôme éventuellement favorisé par le contexte sociétal. Nous aborderons enfin quelle pourrait être la forme d’une mission d’expertise médicopsychologique dans le cadre d’une demande d’« aide médicale à mourir » en proposant une liste de questions posées à l’expert.
Le « développement personnel » renvoie à un ensemble hétéroclite de savoirs syncrétiques, délivrés sous forme de livres, de vidéos ou de formations. Ces contenus sont recherchés par de nombreuses personnes dont l’objectif manifeste est la quête d’un soi authentique, dans une société où vacillent les étayages identitaires. Au-delà d’une considération critique, notre étude vise à mieux comprendre les motivations de ceux qui investissent ces savoirs et dispositifs non conventionnels. Au sein d’une revue de littérature sous forme d’anthropologie clinique, trois vignettes cliniques sont présentées à partir d’entretiens de recherche. L’un des participants est dans une pratique articulée autour de deux mentors ; un autre poursuit uniquement une réflexion nourrie par ses lectures ; et le dernier combine ses lectures à la consultation d’une psychologue. Tous poursuivent un désir de transformation intérieure en lien avec un questionnement identitaire. La lecture de tels ouvrages peut favoriser des formes de symbolisation médiatisée par la lecture. L’identification à des mentors constitue un étayage comparable aux préceptes religieux. Selon la perspective des participants à l’étude, le développement personnel stimule un travail auto-thérapeutique dont les limites sont dépassées par une ouverture progressive vers un autre, selon un processus de pré-engagement thérapeutique. S’il est possible de localiser les coordonnées de l’engouement actuel pour le développement personnel dans certaines mutations du lien social, il paraît nécessaire de développer une approche attentive et rigoureuse de cette forme de pluralisme thérapeutique sollicitée par une portion de la population générale. “Self-help” refers to a heterogeneous collection of syncretic knowledge, delivered in the form of books, videos or training courses. This content is sought after by many people whose obvious objective is the quest for an authentic self, in a society where identity supports are wavering. In addition to being a critical consideration, our study aims to better understand the motivations of those who invest in this knowledge and who feed their preferences for these non-conventional approaches. Within the framework of a literature review in the form of clinical anthropology, three clinical vignettes are presented, based on clinical research interviews conducted with volunteers engaged in a personal development process. One of the participants is involved in a practice that includes two mentors; another pursues only a reflective approach nourished by his readings; and the last one supplements his readings with psychological consultations. All of them pursue a desire for inner transformation in connection with a questioning of identity. Reading such works can promote forms of symbolization mediated by reading. The first vignette provides a clinical illustration of the concept of “apérité” developed by Nicolas Marquis. It demonstrates that the possibility for the subject to identify himself with the contents of the self-help book, which allows him to develop new representations, linked to his personal life history, thereby helping him to move towards a clearer representation of his internal world and the functioning of his identity. The second subject is more motivated by the hope of the existence of an ideal of life that he could implement with the help of the concrete application of certain key factors. He is trying to rebound from a complex family situation that has pushed him to break with his family. By adopting a self-help approach, he is attempting to find the support and backing that he did not have in his family environment. The identification with mentors constitutes a support comparable to a religious precept. The practice of mentoring embodies a real system of reference and support in the life of the third subject interviewed. Over time, this practice enabled him to establish a new relationship with his parents and to gradually emancipate himself. The mentor is often assigned to accompany the individual in the development of a mindset that favors his or her empowerment. This practice also underpins a path towards self-awareness, by inviting the subject to consciously reconnect with his internal world and the different sensations that run through it at various moments of daily life. From the perspective of the participants in the study, personal development stimulates a self-therapeutic work whose limits are exceeded by a gradual openness towards another, in a process of therapeutic pre-commitment. If it is possible to locate the coordinates of the current tendency to strive for personal development in certain mutations of the social bond, it seems necessary to develop a careful and rigorous approach to this form of therapeutic pluralism sought out by a portion of the general population.
The health crisis brought on by the Covid-19 pandemic has resulted in a particularly severe impact on the mental health of students. This period of their lives, between adolescence and adulthood, is fraught with decisive issues: changes in familial relationships, self-reliance, involvement in romantic and erotic relationships, essential choices: profession, partner. For some students, we could add to the list mobility or exile when studies require it, as well as economic concerns. It is therefore a pivotal period, which for the most part is productive, but also one of great psychological vulnerability. This vulnerability was heightened by the isolation and disruption of their education. These were the most striking effects of the health crisis on students. BAPU FSEF Paris V's mission is to provide students with access to psychodynamic psychotherapy. The team had to adapt its protocols to the qualitative and quantitative changes in demand during the health crisis. We discuss these changes by illustrating them with a clinical example. The long-term effects of the crisis are also discussed. (C) 2023 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.
Traumatisme et psychose sont depuis longtemps liés dans la littérature psychiatrique, bien qu’aucune relation de cause à effet n’ait pu être établie. En effet, la pratique clinique quotidienne confronte psychiatres et psychologues à des configurations psychopathologiques dans lesquelles la distinction entre états post-traumatiques et symptômes psychotiques s’avère peu claire, et génère des doutes quant au diagnostic et au devenir des jeunes traités. Après avoir établi une revue de la littérature à propos des interactions entre expériences traumatiques/traumatogènes et symptômes de type psychotique, nous nous appuierons sur cinq études de cas d’adolescents ayant une histoire de vie traumatique et hospitalisés pour des troubles aigus ou subaigus de type psychotique. Notre méthodologie d’analyse sera qualitative, afin de mieux articuler les points d’incertitude et les éléments de diagnostic différentiel entre des troubles psychotiques brefs liés à des traumatismes complexes, et la décompensation potentielle d’un trouble psychotique plus chronique, par exemple la schizophrénie. Ces éléments pourront aider le clinicien à distinguer des ensembles cliniques en apparence similaires, afin d’orienter la prise en charge et d’éviter l’aggravation de ces troubles à l’âge adulte. Dans le cas de traumatismes extrêmes, nous proposons de ne pas nous focaliser sur la recherche de symptômes prépsychotiques dans le cadre d’une potentielle décompensation d’une psychose chronique, et de considérer davantage les délires et hallucinations comme des symptômes transitoires à l’adolescence, qui permettent de faire face à des événements de vie traumatiques. Au-delà de la question de la nature des symptômes, nous évoquerons le type de prise en charge de ces jeunes, dont l’avenir dépend d’un diagnostic précis et non stigmatisant.
Contemplating suicide, suicide attempts, and successful suicides represent the suicidal behavior accompanied by depression and hopelessness. Suicide is among the major causes of death worldwide. According to obtained data, it has been reported that approximately 800,000 suicide deaths occur worldwide every year and the frequency of suicide varies from country to country. Many suicide attempts or the contemplation of suicide are associated with psychological disorders such as depression and schizophrenia as well as alcoholism and drug abuse. It has been demonstrated that depression, which affects nearly 350 million people worldwide is strongly linked to suicidal behavior, as it is the most common disorder in people who die from suicide. There are several major hypotheses in the pathogenesis of depression. One of them is the monoamine hypothesis and the insufficiency of monoamine neuromediators such as serotonin, norepinephrine, and dopamine in the central nervous system is considered to be a triggering factor for the development of depression. Another hypothesis is the stress hypothesis, and chronic stress and stressful life events are accepted as a predictor in the onset of depression. The third one is the disturbance of neurogenesis and neuroplasticity caused by especially brain-derived neurotrophic factors (BDNF) in nervous tissue. Another depression development related theory is the cytokine theory explained by the activation of the inflammatory response system inducing the various behavioral, neuroendocrine, and neurochemical alterations. Finally, the circadian rhythm theory that is responsible for regulating many physiological and behavioral processes and sleep disorders are reported to occur in most of the individuals suffering from depression. The findings about physiological roles or normal functions of the prion protein are very limited but there are several studies showing the possible role of prion protein in circadian rhythm, sleep deprivation and development of depression using mice devoid of prion protein. Relying on these findings, we sequenced the prion protein coding genes in a cohort of individuals who had successfully committed suicide (n=75) and compared allele and genotype frequencies with a control group (n=44). We also applied bioinformatics analysis to detect the interaction between the prion protein Met/Val allele and DRD2, PER2, PER3, and COMT proteins, which are very present in the brain and related to depression, stress, and circadian rhythm. Among the individuals who died by suicide, although the frequency of the homozygous Met/Met genotype (45/75; 60%) was higher compared to the control group (20/44; 45.45%), no statistically significant difference was found (X2=2.530; P=0.282). Parallel to this, the frequency (76.6%) of Met allele detected in the individuals who died by suicide was also higher than that of (67%) the control group, but no statistically significant difference was found (X2=4.338; P=0.114). Docking analysis also showed that the prion protein with Val allele had a higher binding affinity with proteins analyzed according to the Met allele. In conclusion, the Met/Met genotype and Met allele frequencies were detected to be higher in the completed suicidal group. Also, the interaction between the prion protein with the M allele and proteins analyzed was lower. Based on these findings, it was thought that carriers of the prion Met allele may be more prone to suicide.
De nombreuses personnes ont été infectées par le COVID-19 et pour une minorité d’entre elles, des symptômes multi-systémiques, fluctuants et impactant la qualité de vie, ont persisté au-delà de 20 jours. Le COVID long a été d’abord défini par les patients eux-mêmes au printemps 2020 pour décrire leurs parcours de non-récupération. Plus précisément, le COVID long est défini comme « une constellation de symptômes physiques et mentaux qui peut persister ou émerger par la suite, façonnant un syndrome multi-systémique et invalidant, qui varie d’un patient à l’autre et qui fluctue dans le temps ». La persistance des symptômes du COVID, la diminution de la qualité de vie, l’incertitude quant à l’avenir, assorties parfois d’un faible soutien social perçu dans l’entourage médical et personnel, ont pu favoriser la survenue d’un trouble dépressif chez les patients atteints de COVID-long. L’objectif de cette recherche a été d’étudier l’effet des symptômes du COVID-long, des incertitudes et de l’altération de la qualité de vie sur les symptômes anxiodépressifs, tout en identifiant l’impact de variables modératrices comme les stratégies de coping et le soutien social. Deux cent quatorze participants atteints de COVID long (âgés de 18 à 68 ans, M = 44 ans, ET = 11), dont 93 % de femmes (n = 200) et 7 % d’hommes (n = 14), ont participé à cette étude quantitative transversale entre les mois d’avril et de juin 2022. Ils ont décrit leurs symptômes et répondu à cinq échelles : l’échelle d’intolérance à l’incertitude (EII), l’échelle des stratégies de coping (WCC), l’échelle de mesure de la qualité de vie (MOS SF-36), l’échelle de soutien social perçu (QSSP), et l’échelle de mesure d’anxiété et de dépression (HADS). Les participants ont déclaré des symptômes de fatigue 91 % (n = 171), de perte de concentration 52 % (n = 111), de douleurs 51 % (n = 110), de troubles du sommeil 49 % (n = 104) et des difficultés de mémorisation 41 % (n = 88). En comparaison avec la population générale, ils présentaient une qualité de vie dégradée, ainsi que des scores d’anxiété, de dépression et d’intolérance à l’incertitude élevés. Les scores aux stratégies de coping étaient également supérieurs aux normes relatives à la population générale, et ceux de la satisfaction du soutien social étaient généralement bons. Il est également apparu que les variables de l’intolérance à l’incertitude, de la qualité de vie et de la dépression étaient toutes corrélées entre elles. Par ailleurs, l’analyse de régression a permis de mettre en évidence les prédicteurs de la dépression. Ainsi les domaines de la qualité de vie Bien être émotionnel (β = –0,41, t (199) = –6,23, p < 0,01) et Fatigue/énergie (β = –0,16, t (199) = –2,83, p < 0,01) étaient des prédicteurs négatifs de la dépression, tout comme le score de coping centré sur le problème (β = –0,14, t (199) = –2,84, p < 0,05). Les symptômes de la maladie en lien avec les difficultés de concentration (β = 0,27, t (199) = 5,16, p < 0,01) et ceux impactant les projets (β = 0,18, t (199) = 3,31, p < 0,01) étaient quant à eux des prédicteurs positifs de la dépression. Le deuxième constat de cette étude est que les personnes prises en charge spécifiquement pour leur COVID long présentaient des scores significativement moins élevés d’anxiété et d’intolérance à l’incertitude malgré des scores à certaines dimensions de la qualité de vie plus faibles. Également, les personnes prises en charge dans notre étude développaient davantage de stratégies de coping basées sur le problème et déclaraient davantage de disponibilité et de satisfaction liées au soutien social. Enfin, sur le plan de la qualité de vie, la population prise en charge a exprimé une meilleure santé psychique. L’étude a montré, outre l’influence des symptômes du COVID long, de la qualité de vie, et des stratégies de coping sur les symptômes dépressifs, que la prise en charge spécifique des patients atteints de COVID long semble constituer en elle-même un facteur de protection de la dépression et de l’anxiété. Il apparaît donc essentiel que tout patient présentant un COVID long puisse bénéficier d’une prise en charge pluridisciplinaire spécifique à cette pathologie. Many people were infected by COVID-19 and for a minority of them, symptoms persisted beyond twenty days. These symptoms are multi-systemic, fluctuating, and impact the quality of life. Long COVID was first defined by patients themselves in the spring of 2020 to describe their recovery problems. Specifically, long COVID is defined as “a constellation of physical and mental symptoms which can persist or emerge afterwards, generating a multi-systemic and disabling syndrome, which varies from patient to patient and fluctuates over time”. The persistence of COVID symptoms, the decrease in the quality of life, the uncertainly about the future sometimes accompanied by a low level of social support perceived in the medical and personal entourage may have triggered the occurrence of a depressive disorder in patients with long COVID. The objective of this research was to study the effect of long COVID symptoms, of uncertainty and the impairment of quality of life on the development of depressive symptoms, while identifying the impact of moderating variables such as coping strategies and social support. Two hundred and fourteen participants with long COVID (aged 18–68, M = 44, SD = 11), including 93 % females (n = 200) and 7% males (n = 14), participated in this cross-sectional quantitative study between the months of April and June 2022. They described their symptoms and responded to five scales: the Evaluation of Intolerance of Uncertainty Scale (EII), the Coping Strategies Checklist (WCC), the Medical Outcome Study Short Form 36-item health survey (MOS SF-36), the Perceived Social Support Questionnaire (QSSP), and the Hospital Anxiety and Depression Scale (HADS). 91% of the participants reported symptoms of fatigue (n = 171), 52% a loss of concentration (n = 111), 51% pain (n = 110), 49 % trouble sleeping (n = 104), and 41% memory problems (n = 88). Compared with the general population, they presented a poorer quality of life, as well as high scores for anxiety, depression, and intolerance of uncertainty. Scores on coping strategies were also higher than the norms for the general population, and scores on satisfaction with social support were generally good. It was also found that the variables of intolerance of uncertainty, quality of life, and depression all correlated with each other. Furthermore, the regression analysis revealed predictors of depression. The areas of quality of life and emotional well-being (β = –0.41, t(199) = –6.23, P < 0.01) and fatigue/energy (β = –0.16, t(199) = –2.83, P < 0.01) were negative predictors of depression, as was the problem-focused coping score (β = –0.14, t(199) = –2.84, P < 0.05). Symptoms of the disorder related to concentration difficulties (β = 0.27, t(199) = 5.16, P < 0.01) and those impacting projects (β = 0.18, t(199) = 3.31, P < 0.01) were positive predictors of depression. The second finding of this study is that people treated specifically for their long COVID had significantly lower scores for anxiety and intolerance of uncertainty despite lower scores for certain dimensions of quality of life. The individuals who took part in our study also developed more problem-based coping strategies and reported more availability of and satisfaction with social support. Lastly, in terms of quality of life, the treated population expressed better mental health. The study showed that, in addition to the effects of long COVID symptoms, quality of life, and coping strategies on the onset of symptoms of depression, the specific treatment of patients with long COVID seemed to constitute in itself a protective factor against depression and anxiety. It therefore would seem essential that any patient suffering from long COVID should receive multidisciplinary care specific to this pathology.
Nous développerons l’hypothèse que si la violence est inhérente à la vie c’est parce qu’à l’origine, la psyché du sujet est soumise à une violence irreprésentable. Cette violence est à l’origine une violence sensorielle dont on peut établir qu’elle a comme paradigme la violence sonore en raison des deux principales caractéristiques du sensoriel sonore : l’absence de limite et l’absence de concrétude. Le mythe du dieu Pan nous aide à penser dans quelle mesure la violence sonore, lorsqu’elle n’est pas intégrée, se situe à l’origine des mouvements de violence agie. Les actes violents de Pan sont à entendre comme la répétition de la violence sonore subie précocement du fait de l’abandon maternel. Ainsi, le mythe de Pan nous invite à penser qu’à l’aube de la vie, le sonore doit être intégré afin que l’espace psychique de l’enfant puisse se former. Mais à ce moment-là, c’est à l’environnement de lui prêter sa propre enveloppe sonore afin d’endiguer la violence inévitable du sonore. La rencontre de Pan avec le musical lui permettra de métaboliser quelque peu son expérience sonore et de ne pas sombrer complètement dans la folie.
L’exigence de l’opérativité guerrière mène à l’expression d’une agressivité qui fait des sujets des individus, du latin « individuus », c’est-à-dire des hommes non divisés par la parole. Le projet de l’augmentation technologique du soldat intéresse de nos jours la France et ne peut être inhibé, au risque d’un décrochage capacitaire des armées. Toutefois, un comité d’éthique de la défense s’est réuni en 2020 pour en limiter les risques et compte sur l’expertise du Service de santé des armées pour assurer l’appréciation des risques, l’information au commandement et au militaire ainsi que le suivi psychologique continu. Quels seront les effets de tout processus d’augmentation sur le sujet ? De quel malaise en est-il le signe ? Et que devrons-nous répondre dans le champ de la psychiatrie ? L’enjeu premier sera de ne pas confondre l’éthique que revendiquent les comités avec celle du sujet de la psychanalyse, c’est-à-dire de l’inconscient. À ne pas s’y repérer, nous ne ferons qu’assujettir notre travail à l’efficacité opérationnelle, loin de la défense des malades.
Malgré un intérêt sociétal croissant et un enrichissement progressif de la description séméiologique des troubles psychiques post-traumatiques dans les mondes anglophones et francophones contemporains, le sous-diagnostic et les diagnostics tardifs, au stade des souffrances intenses, restent nombreux. En effet, les origines post-traumatiques des troubles sont le plus souvent tues, du fait même de leurs caractéristiques cliniques souvent entendues comme « indicibles », tel que le dit la littérature. Comment parler de son trauma ? Est-ce vraiment possible ? Après explicitation des données linguistiques d’intérêt concernant la production verbale normale, nous étudions les récits d’événements traumatiques produits par des personnes rescapées des attentats de Paris (attentat au Bataclan) et par des militaires souffrant de trouble de stress post-traumatique (guerre en Afghanistan) afin d’authentifier leurs dysfluences langagières (pauses non démarcatives, répétitions, énoncés incomplets) comparativement à un groupe témoin. Vers l’objectif de remédier aux ruptures discursives, nous précisons les stratégies spontanément utilisées par les patients pour franchir les difficultés de dicibilité de leur expérience traumatique (recours aux périphrases, métaphores, mots génériques). Considérant les dysfluences, notre hypothèse est partiellement vérifiée : les récits traumatiques contiennent significativement davantage de répétitions et d’énoncés incomplets que les récits contrôles, mais aucune différence n’a été observée eu égard aux pauses silencieuses ou remplies. Concernant les stratégies adaptatives, les récits traumatiques contiennent davantage de périphrases et de métaphores, tandis que le recours à des mots génériques n’est pas plus important que dans les récits témoins. La non-significativité des données concernant les pauses pourrait être conséquentielle à la taille de nos corpus, car une augmentation du nombre d’occurrences de chaque dysfluence étudiée se sensibilise progressivement des témoins aux personnes blessées psychiques d’attentats, puis de guerre, en suivant graduellement : énoncés incomplets, répétitions, pauses silencieuses, et enfin, pauses remplies. Cette majoration peut s’expliquer par la chronicisation des symptômes du trouble de stress aigu correspondant au corpus « Bataclan », jusqu’à un trouble psychique post-traumatique chronique présent depuis plusieurs années, comme chez les militaires interrogés. Nous pouvons donc faire l’hypothèse d’une typologie des dysfluences en fonction du degré de chronicité du syndrome de répétition traumatique. Eu égard aux stratégies palliatives, certaines métaphores utilisées par les patients blessés psychiques restent des métaphores au sens linguistique du terme, sans nécessairement devenir des métaphores au sens psychologique de la pleine accession au second degré, à la symbolisation, à l’association de dimensions initialement dissociées par le trauma. Toutefois, dans le discours de certains patients, un gradient de métaphorisation, de l’image traumatique littérale à la construction symbolique, semble exister, comme une voie vers la guérison. La métaphorisation apparaît constituer un outil permettant de surpasser les reviviscences. Ce n’est ainsi pas tellement la thématique de la métaphore qui s’avère psychothérapiquement importante mais le processus même de sa formation. Du défusing au débriefing vers les soins subséquents lorsque nécessaire, les principes classiquement promus par les psychothérapies concourent à un objectif commun : la symbolisation du traumatisme. L’étude psycholinguistique apparaît ici un espace de recherche heuristique afin d’expliciter l’étiopathogénie, les formes cliniques et l’offre de soins efficiente proposée aux patients souffrant de troubles psychiques post-traumatiques. Tandis que le syndrome psycholinguistique traumatique (SPLIT) témoigne de l’atteinte du langage constitutive du trauma, inversement, c’est le langage déployé au cours de la psychothérapie qui permet de s’extraire des reviviscences. À l’heure où différentes « écoles » s’annoncent concurrentes dans l’univers des psychothérapies (protocoles comportementaux et cognitifs, traitements par l’hypnose, thérapies par mouvements oculaires, thérapies narratives, etc.), l’analyse de la restauration du langage pourrait unifier une conception spécifique de l’apaisement des conséquences traumatiques tout en définissant des marqueurs linguistiques offrant d’évaluer l’efficacité des traitements recommandés. Despite a growing societal interest and a progressive enrichment of the semiological description of post-traumatic psychic disorders in the contemporary English and French-speaking literatures, under-diagnosis and late diagnosis, at the stage of intense suffering, remain numerous. Indeed, the post-traumatic origins of the disorders are most often kept silent, due to their clinical characteristics which are often understood as “unspeakable” as the literature says. How to talk about one's trauma? Is it really possible? After clarifying the linguistic data of interest concerning normal verbal production, we study the accounts of traumatic events produced by survivors of the Paris attacks (Bataclan attack) and by military personnel suffering from post-traumatic stress disorder (war in Afghanistan) in order to authenticate their language dysfluencies (pauses, repetitions, incomplete utterances) compared to a control group.We specify the strategies spontaneously used by the patients to overcome the difficulties in describing their traumatic experience (use of periphrases, metaphors, generic words). Regarding dysfluencies, our hypothesis was partially verified: the traumatic narratives contained significantly more repetitions and incomplete utterances than the control narratives, but no difference was observed with respect to silent or filled pauses. Regarding adaptive strategies, the trauma narratives contained more periphrases and metaphors, while the use of generic words was not greater than in the control narratives. The non-significance of the data concerning pauses could be consequential to the size of our corpus because an increase in the number of occurrences of each dysfluency studied is gradually sensitized from control to psychically injured people of attacks, then of war, following gradually: incomplete statements, repetitions, silent pauses, and finally filled pauses. This increase can be explained by the chronicisation of the symptoms of the acute stress disorder corresponding to the “Bataclan” corpus, up to a chronic post-traumatic psychic disorder present for several years as in the military interviewed. We can therefore hypothesize a typology of dysfluencies according to the degree of chronicity of the traumatic repetitive syndrome. With regard to palliative strategies, many metaphors used by psychically injured patients remain metaphors in the linguistic sense of the term, without necessarily becoming metaphors in the psychological sense of full access to the second degree, to symbolization, to the association of dimensions initially dissociated by the trauma. However, in the discourse of certain patients, a gradient of metaphorization, from the literal traumatic image to the symbolic construction, seems to exist, as a path towards healing. Metaphorization appears to be a tool for overcoming trauma re-experiencing. It is not so much the theme of the metaphor that is psychotherapeutically important but the process itself of its formation. From defusing to debriefing to subsequent care when necessary, the principles classically promoted by the psychotherapies work towards a common goal: the symbolization of the trauma. The psycholinguistic study appears here as a heuristic research space in order to clarify the etiopathogeny, the clinical forms and the efficient care offered to patients suffering from post-traumatic psychic disorders. While the traumatic psycholinguistic syndrome (SPLIT) reflects the damage to language that is constitutive of the trauma, conversely, it is language rebuilt during psychotherapy that allows one to escape from the intrusions. At a time when different “schools” of psychotherapy (behavioral and cognitive protocols, hypnosis treatments, eye movement therapies, narrative therapies, etc.) are competing with each other, the analysis of language restoration could unify a specific conception of the alleviation of traumatic consequences while defining linguistic markers that would allow us to evaluate the effectiveness of the recommended treatments.
Julien est un soldat. Il a ouvert le feu au cours d’un acte guerrier, héroïque. Cet acte est toutefois devenu insupportable face au regard de ses pairs et au syndrome de répétition traumatique dont il souffre depuis. Cette vignette clinique vient illustrer dans sa dimension la plus dramatique l’engagement mortifère du soldat, à savoir dans son rapport à la mort, celle qu’il est susceptible de donner comme celle qu’il est prêt à recevoir. Ainsi le soldat se situe-t-il « au cœur de la dialectique de la vie et de la mort » : la vie des populations civiles à protéger quoi qu’il en coûte, la mort de l’ennemi, celle qu’il doit infliger, ou encore sa propre mort, celle qu’il est prêt à recevoir dans ce même engagement qui est le sien [1]. Il en découle le culte de la bravoure, l’« héroïsation » de celui qui transgresse une loi inconditionnelle de la vie humaine, celle de ne pas tuer son prochain. Pour y survivre, le soldat se plie corps et âme au sens même de l’éthique militaire, qui s’illustre par une discipline rigoureuse, un aguerrissement sans faille visant l’acquisition d’un corps et d’un psychisme inébranlables… Et pourtant la chute du héros n’est pas sans fracas. La question traumatique, dont sont victimes nombre de soldats au retour de missions éprouvantes, pointe le retour du sujet à cette question essentielle de la mort, celle ressentie dans son propre corps, ou en miroir de celle qu’il inflige à son agresseur. La réalité du coup reçu ou du coup porté vient alors saisir l’individu dans une douleur insupportable, innommable, le figeant dans un vécu de déshumanisation qu’il n’avait pas anticipé. Aussi la concrétisation de la conduite guerrière, pourtant « banalisée » dans ses représentations habituelles, vient-elle surprendre le militaire dans la réalisation de l’acte pour lequel il s’est pourtant préparé avec tant d’efforts, interrogeant son bien-fondé tout comme sa portée morale.
The Strasbourg University Medical and Psychological Healthcare Center (CAMUS) provides students consultations with psychologists and psychiatrists, as well as social workers, with a particular focus on proximity and free care. Its partnerships, its strong local roots and its knowledge of the specific mental health needs of young adult students have enabled it to adapt rapidly on an institutional and organizational level to the developing increase in mental care needs. Well in advance of other similar entities, CAMUS had developed with its partners specific prevention and treatment protocols, such as the recourse to student peers, a mobile unit dedicated to eating disorders or coordination with the CUMP (Medico-psychological emergency units) for acute cases of a potentially psychotraumatic nature. These different plans proved to be particularly relevant during and after the health crisis brought on by the COVID-19 pandemic.
La Thérapie Comportementale Dialectique (TCD) vise à diminuer la dysrégulation émotionnelle, notamment par l’apprentissage en groupe de compétences. En mars 2020, le confinement dû à la COVID-19 a interrompu brutalement ces groupes. Nous avons poursuivi cet apprentissage par vidéos YouTube. Notre objectif est d’évaluer la faisabilité de ce format pendant le confinement. Tous les participants à des groupes d’entraînement aux compétences TCD réalisés à Strasbourg ont été inclus (n = 37). Les vidéos psychoéducatives ont été publiées, de façon bihebdomadaire, durant le confinement sur la chaîne YouTube « GREMO HUS ». Les participants ont été encouragés à visionner ces vidéos par appels/messages. Un mois après la fin du confinement, un questionnaire en ligne a évalué la satisfaction. Au total, 92 % des patients ont répondu. Sur les 34 répondeurs, 28 (82 %) avaient regardé au moins une vidéo, et 32 % plus de 6 vidéos. Une très large majorité des utilisateurs étaient satisfaits des vidéos. Au total, 79 % se disaient fortement aidés dans la compréhension des compétences, et 77 % pensaient avoir utilisé plus fréquemment les compétences TCD. Tous sauf un se sont dit aidés par les compétences pour mieux surmonter les difficultés en période de confinement. Notre étude est la première à interroger directement des patients concernant des vidéos YouTube. Ces vidéos sont jugées pertinentes par les participants en période de confinement. Leur utilisation pourrait être un complément des groupes hors confinement, ainsi que pour la formation des thérapeutes. Dialectical Behavior Therapy (DBT) aims to decrease emotional dysregulation, particularly through psychoeducation groups targeting skills learning. In March 2020, the confinement due to COVID-19 abruptly interrupted these groups. We continued skills training through YouTube videos. Our objective is to evaluate the feasibility of this format during the confinement. All the participants in the DBT skills group carried out in Strasbourg were included (n = 37). The psychoeducational videos were published biweekly during the confinement on the YouTube channel “GREMO HUS”. Participants were encouraged to view these videos by calls/messages. One month after the end of the confinement, an online questionnaire assessed satisfaction. In total, 92% of patients responded. Of the 34 respondents, 28 (82%) had watched at least one video, and 32% had watched more than 6 videos. A very large majority of users were satisfied with the videos. Seventy-nine percent said they were very helpful in understanding the skills, and 77% thought they had used the DBT skills more frequently. All but one said that the skills helped them to overcome difficulties in times of confinement. Our study is the first to interview patients directly regarding DBT YouTube videos. These videos were considered relevant by participants during the confinement period. Their use could compliment DBT skills training groups, and serve as a training support for therapists.