
Cet article explore les effets psychologiques de l’utilisation d’Instagram chez une jeune femme libanaise, Anna, âgée de 22 ans, en se concentrant sur le concept de Fear of Missing Out (FoMO). À travers une analyse qualitative de son expérience, l’étude examine comment ce phénomène influence ses comportements en ligne et ses dynamiques relationnelles. Instagram devient pour Anna un espace ambivalent, oscillant entre quête de validation sociale et gestion des angoisses liées à l’exclusion. L’article met en lumière les dynamiques psychiques sous-jacentes, notamment la manière dont les interactions numériques façonnent sa perception de soi et des autres. Cette étude de cas propose une réflexion sur les impacts des réseaux sociaux sur la psyché et leur rôle dans la construction identitaire contemporaine.
La mort survient régulièrement dans les services de soin ; certains secteurs y sont même confrontés tous les jours, avec des sentiments divers selon notamment la durée de l’accompagnement, le lien au patient et la spécificité du service ; ainsi, un secteur de chirurgie y sera moins confronté qu’une unité de soins palliatifs ou de médecine. Néanmoins, la confrontation au corps mort, à la toilette mortuaire, à ce corps devenant cadavre, corps dont le soignant a pris soin, dont il prend soin jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’il ne soit plus dans le service d’hospitalisation, cette confrontation interpelle, fait émerger de vieux démons, de vieux souvenirs et peut déclencher des rires, des pleurs, des peurs et peut figer. C’est en tant qu’équipe mobile de soins palliatifs que nous avons pu recueillir les témoignages et réactions de soignants face au corps mort, à partir de cette question : « Sur le plan légal, combien de temps, un corps peut-il rester dans un service ? »…
Cette deuxième partie du dossier « Agirs à l’adolescence, avec ou sans fantasmes » poursuit l’exploration, non exhaustive, de différentes modalités, significations et théorisations psychanalytiques des agirs à l’adolescence.
L’article propose une analyse des stratégies psychologiques du terrorisme. À partir de son expérience de soins psychologiques apportés aux victimes, et dans la suite des travaux de T. Nathan et de F. Sironi, l’auteure soutient l’hypothèse que comprendre les mécanismes psychologiques mis en œuvre par le terrorisme, est ce qui permet de se libérer de son emprise. Un premier axe d’analyse consistera à démontrer que le terrorisme cible toujours un collectif à travers des individus, avec pour objectif de propager la terreur au sein du groupe tout entier, qu’il cherche à fragmenter et à paralyser en provoquant un choc émotionnel et en isolant les victimes frappées de sidération. Face à cette violence psychologique, une réponse collective est indispensable, comme l’ont montré les réactions en Israël après le 7 Octobre, où malgré la violence de l’attaque, la société a su se mobiliser.
Décryptage d’un temps de guerre où, pris entre le réel et l’impensable, les auteurs témoignent de leur propre vécu, pris à la fois dans la peur de l’effacement et la force d’exister en-corps. Le 7-Octobre apparaît comme une date suspendue dans le temps, une béance entre le silence et le cri, affectant profondément les vies individuelles et collectives. L’intensité du traumatisme empêche le passé de passer et, en l’absence de sentiment d’exister, pourrait bloquer la reconstruction psychique.
L’histoire des sagesses et des philosophies prétend maintenir, contre une évidence scientifique en constant progrès, que la mort reste fondamentalement une inconnue pour l’être humain. Cette observation du « non-savoir de la mort » est particulièrement surprenante dans des services de réanimation et de soins intensifs, des lieux où les connaissances et les techniques médicales sont précisément mises en avant mais où les décès de patients sont plus nombreux qu’ailleurs.
L’essor techno-scientifique du xxe siècle repousse la mort et entraîne des situations médicales aux enjeux éthiques inédits. Les services de réanimation, pensés pour soutenir voire sauver la vie, sont confrontés à de nombreux décès issus de la majorité de français·es qui meurent chaque année à l’hôpital. La thèse en psychologie clinique La subjectivité soignante à l’épreuve de la mort (Béchu, 2023) s’intéresse à ce que les soignant·es qui accompagnent ces fins de vie ont à dire de leur expérience face à la mort dans leur travail. Il s’agit par leur parole de mieux comprendre les processus psychiques en jeu et contribuer à un meilleur soutien de ces professionnel.les. Sur treize participant·es à cette recherche qualitative proposant deux entretiens semi-directifs aux infirmier·es et aide-soignant·es d’un Groupement Hospitalier de Territoire, cinq travaillent en réanimation. Que vivent ces soignantes de leur confrontation à la mort en soins intensifs ? Les données issues des rencontres avec ces professionnelles montrent que si les processus psychiques en jeu sont assez proches de ceux des autres services, la criticité de l’état des patient·es semble en majorer les répercussions. L’excitation intense de « l’adrénaline » rencontre la castration de l’impuissance, tiercéisée par les tensions éthiques et l’humanité du soin. Face au risque d’usure accru dans cette clinique de l’extrême, il y a à penser un soutien plurimodal spécifique porté par l’institution et la collaboration pluridisciplinaire, et une valorisation de l’étayage entre pairs comme soutien fondamental.
Ce propos est l’objet de réflexions clinico-théoriques de psychologues cliniciens œuvrant à l’hôpital dans des services de médecine somatique. Il s’agit ici de questionner la relation de soin et les traversées émotionnelles souvent complexes des soignants face à la mort. En effet, la confrontation aux situations difficiles, à la fin de vie, à la mort, et ce parfois de manière récurrente, vient impacter les soignants de différentes manières. Comment cela entre-il en résonance avec l’histoire personnelle, le vécu propre ? Comment cette résonance chez le soignant entre en ligne de compte dans la relation et dans le prendre soin avec les patients ? Comment soutenir ces professionnels ? Oser éprouver la tension éthique, investir une juste proximité, autant de pistes de réflexions qui sont ici envisagées afin d’identifier individuellement ou collectivement des ressources mobilisables chez les soignants permettant ainsi de diminuer la souffrance lors de la confrontation à la fin de vie.
La temporalité psychique est un processus métapsychologique qui se rapporte à la perception et la représentation du temps. La littérature scientifique démontre que la temporalité psychique est altérée dans différentes psychopathologies. Cependant, la temporalité psychique n’a jamais été étudiée dans le contexte d’une pathologie duelle. Une pathologie duelle correspond à la coexistence chez un même patient d’un trouble psychiatrique et d’une addiction. L’objectif de notre recherche qualitative est de décrire la structuration de la temporalité psychique des individus souffrant d’une pathologie duelle associant trouble de l’usage de l’alcool et trouble de la personnalité limite. Il s’agit d’une recherche préliminaire composée de six participants recrutés au sein d’un service d’addictologie. Pour répondre à notre objectif nous utilisons le test projectif TAT couplé à des entretiens semi-directifs. Pour l’analyse des données nous utilisons la grille d’analyse du TAT développée par Chantepie (2020) et une méthode d’analyse thématique des entretiens. Nos résultats montrent que nos participants souffrent d’un défaut de structuration de la temporalité psychique. Ils vivent une temporalité qui oscille entre figée et désorganisée, prisonniers d’un présent sans frontière qui recouvre toute possibilité de penser et d’investir un passé et un futur. La consommation d’alcool figure une tentative de relance d’une continuité temporelle. Cependant, elle participe aussi paradoxalement à l’immobilisation de la temporalité. Malgré un certain nombre de limites, nos résultats semblent indiquer que la temporalité psychique possède un caractère transdiagnostique. Par ailleurs, ils soulignent l’intérêt clinique d’accompagner les patients dans un travail réflexif autour de leur vécu de l’expérience du temps.
Cet article évoque les questions d’écoute et de contre-transfert qui se posent aux analystes confrontés aux récits des souffrances de leurs patients, avec qui ils partagent les mêmes évènements traumatiques. L’analyste doit gérer à la fois la détresse de ses patients et ses propres affects, face à un trauma-en-cours marqué par l’incertitude et l’impossibilité de se projeter. Neutralité et objectivité deviennent illusoires dans une guerre prolongée, où la fatigue psychique des patients résonne avec celle des cliniciens. De plus, le 7-Octobre réactive des mémoires collectives, notamment celles de la Shoah, et renforce la difficulté pour les analystes de rester neutres. L’écoute analytique, effractée elle-aussi par la réalité du traumatisme, doit s’adapter pour maintenir un cadre protecteur et signifiant, ainsi qu’un équilibre entre empathie et distance thérapeutique. Mais une question essentielle se pose : faut-il avoir vécu un événement similaire pour accompagner ces patients ? La psychanalyse invite à explorer l’intime étranger en soi, mobilisant une régression psychique qui permet d’accéder à ces expériences archaïques et violentes, et l’écoute analytique doit alors s’articuler entre le respect des mécanismes de défense des patients et la création de ponts psychiques entre trauma et reconstruction. L’objectif est de ranimer les forces de vie pour que le patient puisse survivre psychiquement à l’épreuve. Face à cet enjeu collectif, la psychanalyse doit repenser son approche du trauma en « temps de guerre », et devenir un espace d’élaboration des résonances individuelles et collectives. Le travail du contre-transfert est crucial pour garantir un accompagnement pertinent et efficace.
Cet article retrace l’élaboration de la XVIIIe Conférence de Psychiatrie de l’Enfant et de l’adolescent de Langue Française en Israël (COPELFI) qui s’est tenue, un an après les massacres de 7 octobre 2023, auprès de collègues psychiatres et psychologues israéliens confrontés, tout autant que leurs patients, aux conséquences des attentats démocides. Face aux atteintes à la psyché et au corps mis à mal par la violence et la destruction, nous avons tenté, lors de cette conférence, de travailler à une élaboration collective qui permette, au plan individuel comme collectif, de se penser et de se re-panser. Il s’agit aussi de qualifier les crimes commis le 7 Octobre comme crimes contre l’Humanité et d’en étudier les effets politiques et sociétaux en France.
La clinique et les méthodes projectives ont mis en évidence la pertinence d’utiliser dans le cas de Morgane le modèle freudien du dédoublement du moi, ainsi que la théorie sur l’homoérotisme féminin afin de saisir les enjeux psychiques dans les procédés paranoïaques de la personnalité. L’analyse de la dynamique transférentielle est apparue comme un moyen privilégié pour aider le sujet à élaborer quelque chose de sa subjectivité.
L’auteur témoigne de rencontres et d’échanges particulièrement intenses entre psys israéliens et français en Israël, lors des Conférences Copelfi à l’automne 2024. Le trauma sans fin et l’incertitude du temps de guerre se reflètent en miroir chez les patients et les analystes, dans un réel effractant. Il n’y a pas de place pour l’après-coup, et peu pour l’élaboration psychique. Des mécanismes de défense, (clivages multiples et poreux, dissociation, hypervigilance…) permettent de continuer à fonctionner, à travailler. Les brisures, les fractures des patients et des analystes résonnent avec celles de la société israélienne. La persévérance, mise à rude épreuve et soumise aux questions du politique et du temps, se transforme et évolue… mais elle tient.