
Cet article s’intéresse à la dimension foncière des politiques de restauration écologique des cours d’eau et zones humides de tête de bassin versant. À partir d’approches exploratoires menées dans le bassin de la Loire, trois cas d’études détaillent les conditions de négociations et de mise en œuvre d’un domaine d’action publique discret qui s’opère sur des espaces agricoles privés, des franges microfoncières. L’étude met en évidence et questionne les modalités de la maîtrise foncière opérée pour la réalisation de ces opérations. Les résultats soulignent aussi la prégnance de temporalités de la négociation foncière et des arrangements locaux avec les propriétaires et exploitants agricoles .
L’article propose une lecture du foncier agricole dans son rapport à la ville depuis la discipline géographique en dialogue avec d’autres, notamment l’anthropologie, la sociologie, l’économie et le droit. Prenant appui sur des thèses et articles, il traite de la confrontation du rural et de l’urbain mais aussi des transactions foncières qui s’établissent entre ces catégories spatiales durant la période où s’affirme la question périurbaine, soit depuis les années 1950 à aujourd’hui. Le foncier agricole, d’abord réserve, devient ressource puis progressivement agriurbain. Il s’inscrit dans le temps long des structures agraires qui portent les grands paysages agricoles tout en étant le support d’attentes environnementales et climatiques fortes qui s’accélèrent et s’intensifient .
Les problématiques de sécurité et d’indépendance alimentaire normées par les institutions internationales du développement permettent aux pays qui les suivent d’avoir accès à des financements. Les investissements dans l’agriculture sont ainsi fortement encouragés. Mais la stratégie des réformes foncières qui doivent les accompagner pour favoriser l’implantation et le succès de projets agro-industriels est infructueuse. Tandis que les systèmes agraires locaux, résilients, perdurent. Ce travail propose une analyse du revirement des stratégies agricoles et foncières à travers la comparaison en République du Congo et au Gabon des conséquences de l’implantation dans les territoires de deux types de systèmes agraires, correspondant à l’agroindustrie et à l’agriculture familiale .
Les droits fonciers sont des constructions spatio-temporelles complexes que le pouvoir cherche à rendre lisibles et maîtrisables. Au-delà de la réduction spatiale par la cartographie, le foncier est aussi simplifié par des constructions temporelles produites par l’État. À travers l’exemple de la Birmanie contemporaine, nous examinons trois modalités d’action temporelle permettant à l’État de simplifier le foncier afin de mieux contrôler les ressources, le territoire et ses périphéries : 1) nier les dimensions temporelles des droits sur la terre pour ne reconnaître que l’agriculture permanente ; 2) produire des représentations spécifiques de l’histoire afin de renier les droits coutumiers, et 3) imposer des rythmes irréalistes aux politiques foncières pour perpétuer un statu quo ou exclure des populations marginalisées .
Au sud-est de l’Inde, les villages ruraux se fragmentent sous l’effet des transformations du foncier agricole depuis le début des années 2000. Au-delà du front d’urbanisation de l’agglomération de Pondichéry, les projets de lotissements résidentiels se multiplient, disséminés entre les rizières. Ces terrains sont subdivisés puis laissés en friche et revendus comme parcelles à bâtir à des fins résidentielles ou d’épargne. Cet article examine les temporalités de ces conversions foncières ordinaires. L’objectif est de suivre les transferts de propriété et les changements de statut et d’usage des terres agricoles en retraçant la biographie des parcelles, tout en analysant comment ces processus redéfinissent les limites entre l’urbain et le rural. Ces transactions participent à la marchandisation d’un foncier agricole encore productif dans l’anticipation de l’arrivée de la ville .