
Les données sur l’emploi du temps font progresser l’égalité des sexes en révélant les inégalités entre travail rémunéré et non rémunéré. Pourtant leur traduction en politiques reste inégale. Cet article examine comment le programme « Women Count » d’ONU Femmes mobilise ces données pour éclairer les politiques, renforcer les statistiques nationales et soutenir la transformation des économies du soin. S’appuyant sur ce programme, il analyse le passage de l’évaluation des besoins à la mesure, puis à l’impact sur les politiques. Il met en avant des innovations méthodologiques, des mesures harmonisées, de nouveaux indicateurs (pauvreté en temps, tâches multiples) et des applications telles que les comptes satellites qui valorisent le travail non rémunéré. Des données sur l’emploi du temps provenant d’Afghanistan, d’Ouganda, du Kenya, du Bangladesh, de Géorgie et du Sénégal montrent que, lorsqu’elles s’inscrivent dans le cadre des priorités politiques et s’appuient sur des capacités institutionnelles, elles peuvent orienter les réformes du marché du travail, les politiques en matière de soins, les processus de planification et les cadres de comptabilité nationale.
Cet article estime la valeur économique du travail domestique non rémunéré au Burkina Faso par la méthode des comptes nationaux de transferts de temps. Les résultats indiquent que cette production invisible représente 32,2 % du PIB en 2018, assurée à 92 % par les femmes, ce qui traduit un déséquilibre qui se répercute sur leur faible participation au marché du travail et leur part dans le revenu national. L’intégration de cette production dans les comptes nationaux donnerait enfin une image plus réaliste du bien-être économique, enjeu particulièrement important dans les pays africains. Par conséquent, en milieu rural ouest-africain, et particulièrement au Burkina Faso, réduire cette charge exige d’investir dans les infrastructures de base et les services publics pour libérer du temps de travail des femmes et renforcer leur participation au marché du travail. Classification JEL : D13, J16, J22, O55, C81
Cet article étudie les implications du changement récent de la définition internationale de l’emploi sur les écarts de genre mesurés sur le marché du travail. La nouvelle définition restreint l’emploi au travail effectué contre rémunération ou profit, excluant ainsi l’emploi lié à la production pour autoconsommation du périmètre de l’emploi. Utilisant des données de l’OIT, nous montrons que ce changement de définition de l’emploi réduit davantage le taux d’emploi des femmes : dans les pays à faible revenu, environ une femme sur trois est reclassée hors de l’emploi, contre un homme sur cinq. À l’aide de microdonnées harmonisées, nous établissons que les femmes ont une probabilité significativement plus élevée que les hommes d’être reclassées dans le non-emploi, même à caractéristiques observables comparables. Notre décomposition révèle que cet écart provient avant tout d’effets spécifiques au genre et de différences dans les rendements des caractéristiques individuelles et non de différences dans la composition des caractéristiques entre hommes et femmes.