
Inscrit dans une recherche doctorale en chantier, cet article contribue à l’analyse des Eurobaromètres en réinscrivant leur fabrique dans le contexte des luttes bureaucratiques au sein de la Commission européenne. La perspective est double : épistémologique d’abord, puisque l’étude explore les transactions à l’œuvre et les ressorts de légitimation des eurocrates dans l’instrument ; mais aussi méthodologique. En effet, l’article interroge les conditions d’exploitation de matériaux ethnographiques, quand l’enquêtrice est chargée de produire ce qu’elle est venue observer. Le système de places dans le terrain, la manière dont la présence d’un tiers chercheur l’affecte sont autant d’éléments évoqués.
Les élections du Parlement européen tendent à être considérées comme un ensemble de vingt-sept élections nationales concurrentes organisées séparément dans chaque État membre de l’Union européenne, ce qui permet aux chercheurs d’analyser à part les élections du Parlement européen dans chaque État membre de l’Union européenne par le biais d’études de cas portant sur un seul pays. En conséquence, la présente étude de cas fournit une analyse contextuelle approfondie des résultats des élections du Parlement européen de 2024 en Tchéquie selon différentes perspectives de recherche, à savoir une perspective institutionnelle, une perspective politico-communicationnelle et une perspective spatiale.
Cet article analyse le gouvernement des régions ultrapériphériques (RUP) françaises au prisme de leur politique agro-industrielle. À partir d’une sociologie politique attentive aux coalitions élitaires et à leur travail politique, il met au jour les processus multi-échelles déterminant le gouvernement européen des RUP. Nous revenons d’abord sur l’institutionnalisation historique de l’architecture de ce gouvernement, avant de montrer comment les élites sectorielles se saisissent de ces espaces pour y déployer leur travail politique et façonner l’action publique. Dans ce cadre, la politique agro-industrielle des RUP françaises est le résultat d’un travail de légitimation politisé et dépolitisé des « spécificités » ultramarines.
Cet article prend les européennes de 2024 en Espagne comme observatoire privilégié d’une décennie de recompositions politiques (2014-2024). Le scrutin de 2024 établit la clôture du cycle « anti-establishment » ouvert par l’irruption de Podemos en 2014, et le retour d’une polarisation durable gauche-droite. À partir d’une méthodologie mixte, nous montrons la reconfiguration du système autour de clivages idéologiques classiques. Le scrutin de 2024 confirme également un multipartisme désormais structuré en deux blocs dominés par le PP et le PSOE ; il consacre la résilience de la social-démocratie, la fragmentation et l’affaiblissement de la gauche radicale, la disparition du centre droit, ainsi que la fragmentation et la droitisation du camp conservateur.
Quels sont les effets d’un handicap moteur sur une enquête de terrain dans les institutions européennes et les données recueillies ? L’inaccessibilité de la ville de Bruxelles place le chercheur handicapé en position de liminalité, réduisant les observations possibles. L’internalisation de normes validistes entretient la liminalité, qui peut être mobilisée stratégiquement. L’« hypermobilité » valorisée dans la littérature européaniste étudiant les pratiques conduit à quitter Bruxelles. La norme d’autonomie présente dans l’enseignement supérieur n’est pas sans incidence sur le dévoilement du handicap et la confiance entretenue avec les acteurs. Cet article invite à davantage de réflexivité à propos du corps dans les enquêtes européanistes.