
Dans le champ de la santé mentale, l’expression d’un besoin et le recours aux soins sont des phénomènes complexes. Cet article mobilise l’enquête Épidémiologie et conditions de vie sous le Covid-19 (Epicov) pour estimer la part de la population résidant en France hexagonale, Martinique, Guadeloupe et à La Réunion, qui exprime un besoin de soins de santé mentale et, parmi les personnes concernées, celles qui n’ont pas consulté de professionnel de santé ou de psychologue. Partant d’une revue de la littérature dédiée à ces questions, nous avons utilisé des statistiques bivariées et des modélisations multivariables pour identifier les principaux facteurs associés à l’expression d’un besoin et le non-recours à la consultation. D’après cette étude, l’expression d’un besoin de soins de santé mentale touche 14 % de la population. Parmi ces personnes, un cinquième déclare ne pas avoir consulté de professionnel de santé ou de psychologue, une situation qui concerne plus particulièrement les jeunes, les personnes d’origine extra-européenne et celles ayant peu de soutien social. Les disparités constatées dans l’expression du besoin et le recours à la consultation semblent surtout liées à des différences de capital culturel, plutôt qu’à des inégalités économiques.
Le covid long est une affection chronique émergente dont les symptômes sont plus souvent rapportés par les femmes. À partir des données de l’enquête socio-épidémiologique en population générale Epicov menée en France entre 2020 et 2022, cet article étudie la dimension genrée des symptômes persistants rapportés après un Covid‑19 et de l’autodéclaration du covid long. En cas de symptômes persistants pendant deux mois ou plus, les femmes rapportent plus fréquemment des troubles neuropsychologiques (fatigue, difficultés de mémoire, de concentration), et les hommes des douleurs thoraciques. À l’inverse, l’autodéclaration du covid long est plus fréquente en cas de douleurs chez les femmes, et en cas d’anxiété ou de dépression chez les hommes, même après contrôle des variables liées au statut socio-économique et à l’origine. Parallèlement à des phénomènes physiopathologiques, ces différences pourraient en partie s’expliquer par l’effet sur la santé des disparités de conditions de vie entre femmes et hommes. Elles pourraient aussi traduire une perception genrée des symptômes renvoyant au corps affectif ou au corps machine. Ces symptômes seraient plus facilement dicibles, mais aussi plus souvent normalisés ou attribués à des pathologies connues, lorsqu’ils seraient en concordance avec les rôles sociaux de genre. À l’inverse, les symptômes en discordance avec ces rôles seraient plus souvent rapportés au covid long.
En France, la surmortalité des immigré·es et descendant·es d’immigré·es lors des premières vagues de la pandémie de Covid-19 a été documentée et expliquée par les conditions matérielles de vie. Ces dernières ont, certes, joué un rôle prépondérant, mais le risque de décès par Covid-19 parmi les minorités ethnoraciales a également pu être accentué par des prévalences plus élevées du diabète et de l’obésité. À notre connaissance, il n’existe pas de données disponibles en France sur les différentiels de prévalence du diabète et de l’obésité selon l’origine. En nous appuyant sur les données de l’enquête Épidémiologie et conditions de vie sous le Covid-19 (Epicov), une enquête représentative de la population de France hexagonale, nous souhaitons contribuer à une meilleure connaissance de la prévalence du diabète et de l’obésité dans la population et des dynamiques d’inégalités sociales de santé qui sont en jeu. Nous mettons en évidence des disparités importantes selon l’origine, avec une approche démographique par les taux standardisés par âge qui met en lumière non seulement le surrisque des immigré·es d’Afrique et d’Asie, mais également celui des descendant·es d’immigré·es des mêmes régions et des personnes originaires des départements et régions d’outre-mer, par rapport à la population majoritaire. Ces différences observées ne s’expliquent pas entièrement par la position sociale des individus, ce qui suggère que d’autres facteurs entrent en ligne de compte.