
La tradition millénaire de la doctrine de la guerre juste est remise en question en 1917, lorsque Benoît XV qualifie la Grande Guerre de « massacre inutile ». Cependant, le magistère continue à proposer cette doctrine jusqu’à Jean XXIII, pour qui l’emploi possible des armes atomiques rend inacceptable toute guerre d’agression. Il reste toutefois le problème de l’autre circonstance de guerre juste : le recours aux armes pour légitime défense. Il est résolu par le pape François qui établit un lien entre l’adhésion à l’Évangile et la non-violence active. Mais l’actuelle multiplication des guerres d’agression a fait ressurgir la doctrine traditionnelle.
Depuis la fin du monde bipolaire, la résolution des conflits est un champ pluriel investi par une variété d’acteurs non régaliens. Parmi ceux-ci, la communauté catholique de Sant’Egidio est régulièrement sollicitée par les diplomates. L’article interroge cette demande politique : elle procède d’un contexte international, et de l’histoire militante et religieuse du groupe. Cette histoire dote la communauté de ressources comparables à celles d’autres acteurs confessionnels, mais elle inscrit aussi son action dans un répertoire sécularisé et politique. Elle rencontre enfin des limites, internes comme contextuelles.
L’article étudie les transformations du contexte international et leur effet sur les formes contemporaines de conflictualité. Il analyse la manière dont les transformations de l’architecture, de l’infrastructure et de l’écologie du système international altèrent les possibilités de conflit armé et de leur résolution, et présente le caractère des conflits armés contemporains, avant d’étudier le cas de la guerre en Ukraine comme révélateur des dynamiques analysées.
Depuis la perte des États pontificaux, le Saint-Siège a été périodiquement désigné comme médiateur dans des conflits internationaux. Si ces interventions qui sortent du champ de son activité religieuse, encore qu’elles aient à voir avec la singulière autorité dont le pape est revêtu dans l’opinion publique mondiale, ont été freinées sous le pontificat de Pie XII, elles ont connu un extraordinaire développement entre le pontificat de Paul VI et celui de Jean-Paul II, dont l’intervention entre l’Argentine et le Chili au sujet du canal de Beagle a fait date. Ce mouvement ne n’est pas interrompu par la suite, comme en témoigne la médiation de François entre les États-Unis et Cuba qui a préludé au rapprochement entre Washington et la Havane. La médiation du Saint-Siège constitue donc l’une des modalités par lesquelles il promeut la paix dans un monde polycentrique et interconnecté.