
Der Dokumentarist Thomas Heise hat sich in seinem Werk intensiv mit der deutschen Geschichte und Gegenwart auseinandergesetzt. Ausgehend von der Frage nach der Darstellung und Funktion von Gewalt in zwei zentralen Filmen – Material (2009) und Heimat ist ein Raum aus Zeit (2019) – beleuchtet der Artikel Heises dokumentarfilmische Methode, die in ihrer Ästhetik ebenso radikal ist wie in ihrer Offenheit. Die detaillierte Analyse der gewaltsamen Szenen in Material, die in seinem Werk eine Ausnahme darstellen, zeigt, wie der bewusste Verzicht auf Kontextualisierung zum Konzept gehört. Dabei verortet Heise programmatisch die Gewalt in der deutschen Geschichte mit der kritischen Aneignung des Heimatbegriffs in seinem letzten Film Heimat ist ein Raum aus Zeit. Der Umgang mit Schlüsselmotiven der deutschen Gewaltgeschichte des letzten Jahrhunderts in dem Film zeigt, wie Heises dokumentarfilmischer Ansatz in einem benjaminschen Geschichtsverständnis gründet, das sich der Festschreibung von Geschichte und Biographien verweigert.
Le film d’Andres Veiel Leni Riefenstahl. Ombre et lumière (2024) est l’occasion de dresser un double portrait de Leni Riefenstahl (1902-2003), en tant que personnalité et en tant que cinéaste. Admirée par Hitler, qui lui a donné accès à d’immenses ressources techniques et financières, elle a su esthétiser le Troisième Reich en le magnifiant dans des films comme Triumph des Willens (Le Triomphe de la Volonté) sur le congrès du NSDAP à Nuremberg en 1934, et Olympia (en deux parties : Fest des Völker/Fête des peuples et Fest der Schönheit/Fête de la beauté) sur les Jeux olympiques de 1936 à Berlin. Dans l’adhésion au régime du peuple allemand, sa responsabilité (qui semble ne jamais l’avoir préoccupée) est écrasante : car, opportuniste et narcissique, elle a délibérément choisi de mettre son talent et son immense énergie au service d’un régime particulièrement cruel et abject.
Cet article s’attache à l’histoire singulière des Allemands du Banat, et plus particulièrement aux logiques politiques et identitaires à l’œuvre dans leur rémigration/rapatriement en Allemagne fédérale après 1945. Dans une perspective transnationale, l’analyse de cette minorité historique met en évidence un imaginaire national triséculaire. En témoigne l’ampleur temporelle d’une migration « de retour » dans la patrie quittée au xviiie siècle par les ancêtres colons, puis réinvestie à l’ère de la Guerre froide et surtout, massivement, au tournant des années 1980-90 après la chute de Nicolae Ceaușescu. L’analyse fait ressortir les fondements mythiques d’un véritable tropisme migratoire, se déployant au gré des bouleversements géopolitiques et des agendas politiques respectifs de la Roumanie et de l’Allemagne fédérale.
Dans cet article, nous partons du postulat que les nombreuses représentations médiatiques des populations lorraines/souabes de Roumanie, se manifestant actuellement dans l’espace public roumain, sont possibles en raison notamment d’une aptitude pérenne de ces populations ouest-occidentales à se signaler et se donner à voir, sur ce territoire, du début jusqu’à la fin de leur installation, cette aptitude s’incarnant en une importante sémiotisation spatiale, forcément localisée. Le but de cette contribution sera de montrer que la communauté des Lorrains/Alsaciens/Souabes, émigrée au xviiie siècle au Banat, s’est constituée en tant que communauté diasporique, tout au long de son existence triséculaire sur ce territoire d’accueil, certes, s’y adaptant et se l’appropriant constamment, mais elle n’aura de cesse de se réclamer de l’héritage culturel occidental dont elle était porteuse. Cette revendication est perceptible à travers tout un ensemble de mobilisations patrimoniales à différents niveaux dans l’espace public banatais, comme l’habitat, le vestimentaire, les fêtes traditionnelles, la signalétique langagière, etc. Nous nous donnons pour tâche dans cette contribution d’appréhender cette permanente mise en scène de soi, selon la notion goffmanienne que nous comptons mobiliser, des Lorrains/Alsaciens du Banat, très souvent toutefois amalgamés, comme on le sait, et assimilés aux colons germanophones installés simultanément dans la région, et de définir ce qui de la culture occidentale d’origine s’y rattache concrètement et nommément.