Introduction Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) regroupent la maladie de Crohn (MC) et la rectocolite hémorragique (RCH). Toutes deux se caractérisent par une inflammation de la paroi d’une partie du tube digestif. La physiopathologie des MICI est complexe mais comprend une dérégulation du système immunitaire intestinal. Sur ce terrain, des maladies auto-immunes peuvent être associées aux MICI. L’objectif de notre étude était de décrire la prévalence des maladies auto-immunes présentes chez les patients atteints de MICI et de comparer le génie évolutif de leur MICI aux autres. Patients et méthodes Nous avons mené une étude rétrospective, descriptive et comparative, incluant les patients hospitalisés pour MICI, sur une période de 9 ans [janvier 2011–janvier 2020]. Les patients qui avaient un suivi de moins de 2 ans ont été exclus. Nous avons recherché la présence d’au moins une maladie auto-immune associée et nous avons comparé ces patients (groupe 1) aux autres (groupe 2). Les données ont été saisies et analysées au moyen du logiciel SPSS dans sa version 26. Résultats Nous avons inclus un total de 452 patients dont 225 hommes et 227 femmes. Il s’agissait d’une MC chez 341 patients et d’une RCH chez 111 patients. L’âge moyen au diagnostic était 36,15±12,74 ans. Vingt-cinq patients présentaient une maladie auto-immune associée. Il s’agissait : des dysthyroïdies (n=7), du psoriasis (n=4), du diabète type 1 (n=4), de l’anémie auto-immune (n=2), de vascularite (n=2), de la maladie de Biermer (n=2), de la maladie cœliaque (n=1), du syndrome SLA-like (n=1), du vitiligo (n=1) et de la dermatite à IgA (n=1). Le tabagisme était noté chez 34,1 % des patients et 15,9 % étaient des consommateurs d’alcool, sans qu’il n’y ait de différence significative entre les deux groupes (p de 0,16 et 0,18 respectivement). Le diabète était observé chez 6,4 % et l’hypertension artérielle chez 3,7 %, sans différence entre les deux groupes (p de 0,21 et 1 respectivement). Le délai entre l’apparition des symptômes et le diagnostic de la MICI était significativement inférieur chez les patients du groupe 1 (5 mois) par rapport au groupe 2 (20 mois) avec un p<0,001. Cependant, il n’y avait pas de différence entre les deux groupes quant au génie évolutif de la maladie, jugé sur les caractéristiques suivantes : le type de la MICI (p=0,21), l’étendue de l’atteinte de la maladie (p=0,7), l’apparition d’une colite aiguë grave (p=0,57), la durée d’hospitalisation maximale (p=0,4), le rapport années de suivi/nombre d’années durant laquelle la maladie était active (p=0,45), le recours à la chirurgie (p=0,15), le recours à la corticothérapie (p=0,9) le recours aux immunosuppresseurs à type de thiopurines (p=0,9) et le recours aux biothérapies à type d’anti-TNF α (p=0,8). Conclusion Les patients ayant une maladie auto-immune associée aux MICI présentaient un délai plus raccourci entre le début des symptômes des MICI et le diagnostic mais sans différence sur le génie évolutif de la MICI.
Abstract Background IBD patients are at risk of active tuberculosis,given the use of immunosuppressive treatments.Our country is an endemic region for tuberculosis,which may increase this risk. The aim of our study was to estimate the prevalence of active tuberculosis in IBD patients with prior screening and to investigate associated risk factors. Methods This was a retrospective and descriptive study,including all IBD patients admitted in the department,who had a screening for latent tuberculosis,over a 10-year period[2012-2022].Patients with less than 12 months' follow-up were excluded. Results We included 100 patients, 52 men and 48 women.Crohn's disease(CD)was present in 86% of cases,and ulcerative colitis in 14%.CD was predominantly ileocolic (47%).The phenotype of luminal CD was inflammatory, stenosing and fistulizing in 36.6%,28% and 35.4% of cases respectively.Anoperineal involvement was present in 41.9% of CD patients.At the time of screening, patients were on salicylates, steroids and thiopurines in 13%,27% and 22% of cases respectively.Body mass index median was 22.7kg/m².Two-thirds of patients(65%)were in a flare-up at the time of screening,with 50.8% in moderate severity, and 3.1% in severe acute colitis.Ninety patients had a negative TST.The quantiFERON test was positive in 9 patients and indeterminate in one,in four of them, the TST was also positive. There were no abnormalities on chest X-rays in all patients.Fifteen patients received chemoprophylaxis, mainly because of suspected latent tuberculosis, but also because of severe undernutrition despite a negative workup in 3 patients.Chemoprophylaxis was isoniazid monotherapy for 9 months,except for 3 patients who received isoniazid and rifampicin dual therapy for 3 months.The prevalence of active tuberculosis in our patients was 11%.The median time from onset of tuberculosis to screening was 12 months.Almost all patients were on anti-TNFα monotherapy(n=4) or combotherapy(n=6).One patient was on azathioprine only. Chest CT scans showed signs suggestive of tuberculosis in only 2 patients.Among patients who developed active tuberculosis, 2 had previously received chemoprophylaxis for a positive TST. In a univariate study,we analyzed all variables for risk factors associated with the occurrence of tuberculosis in our patients.Apart from the use of anti-TNF drugs(p=0.03),no statistically significant associations were found:severity of relapse during screening(p=0.3),undernutrition as evidenced by a low BMI(p=0.92),albuminemia(p=0.77),C reactive protein(p=0.8). Conclusion The median delay to onset of active tuberculosis suggests post-screening transmission.This is further evidence of the need to shorten the time required for systematic updating of the tuberculosis work-up in endemic countries.
Aims The aims of this study were to describe the clinical, paraclinical, and outcome features of disorders with esophagogastric junction (EGJ) outflow obstruction (encompassing achalasia and EGJ outflow obstruction) and to identify predictive factors for response to different therapeutic modalities.
Aims Esophagogastric junction outflow obstruction (EGJOO) shares symptomatic similarities with achalasia, a well-recognized condition marked by dysregulated esophageal motility. This study aims to examine the clinical and paraclinical aspects of EGJOO while drawing relevant comparisons with achalasia.
Introduction La tuberculose constitue un problème de santé publique dans les pays en voie de développement. La lymphopénie présente un des troubles hématologiques retrouvés au cours de la maladie tuberculeuse.L’objectif de notre travail était d’étudier la prévalence et la valeur pronostique de la présence d’une lymphopénie au cours de la tuberculose abdominale de l’adulte. Patients et méthodes Il s’agissait d’une étude rétrospective, descriptive, s’étendant sur une période de 11 ans (de 2010 à 2021), colligeant tous les patients présentant une tuberculose abdominale du service. Les données épidémio-cliniques, radiologiques, thérapeutiques et évolutives étaient recueillies et analysées au moyen du logiciel SPSS dans sa version 26. La présence d’une lymphopénie était définie par un taux de lymphocytes<1500 cellules par microlitre de sang. Le diagnostic était retenu par une preuve bactériologique et/ou anatomopathologique. Résultats Au total, 86 cas de tuberculose abdominale étaient colligés. Il s’agissait de 19 hommes et 67 femmes (sex-ratio H/F=0,28). L’âge moyen de nos patients était de 49,5 ans. L’IMC moyen était de 24,4kg/m2. Sept patients (8,1 %) avaient un antécédent personnel de tuberculose. La notion de contage tuberculeux était retrouvée chez 8 patients (9,3 %). Les symptômes cliniques étaient variables dominés par la distension abdominale associée à une altération de l’état général dans 37,2 % des cas, une ascite isolée dans 25,6 % des cas, et une diarrhée dans 6 cas (6,9 %). Un tableau pseudo-chirurgical a révélé la maladie chez 4 patients (4,6 %). La localisation abdominale était péritonéale dans 72 cas (83,7 %), intestinale dans 21 cas (24,4 %), hépatique dans 5 cas (5,8 %) et splénique dans 2 cas (2,3 %). L’IDR à la tuberculine était positive dans 61,4 % des cas. La biologie avait montré un syndrome inflammatoire biologique dans 74,1 % des cas et une lymphopénie dans 67,4 % des cas. La présence de la lymphopénie était comparable chez les deux sexes (p=0,8). La lymphopénie était associée à la présence d’un syndrome inflammatoire biologique (p=0,001). Nous avons également noté que les patients ayant une lymphopénie au diagnostic présentaient une moins bonne tolérance clinique à l’introduction du traitement (p=0,03) et présentait un profil d’acétyleur lent au test d’acétylation à l’isoniazide (p=0,007). En revanche, la lymphopénie n’était pas associée à l’apparition d’effets indésirables biologiques secondaires au traitement, représentés par l’hématotoxicité (p=0,3) et l’hépatotoxicité (p=0,2). Le taux d’évolution favorable sous traitement de première ligne était de 84 %. Il n’était pas associé à la présence de lymphopénie (p=0,12). Conclusion Dans notre série, une lymphopénie était observée chez 2/3 des patients porteurs de tuberculose péritonéale. Sa présence n’avait pas d’influence sur le pronostic de la maladie sous traitement.
Abstract Background The management of isolated colonic Crohn's disease (CDc) is often modeled on that of Ulcerative Colitis (UCc). The aim of our study was to compare epidemiological and evolutive profiles of CDc and UCc. Methods We conducted a retrospective, descriptive and comparative study, including patients diagnosed with CDc as well as UCc, who were hospitalized in our department over a 9-year period [January 2011 - January 2020]. The group 1 included patients with CDc and group 2 included patients with UCc. Patients with less than 2 years of follow-up were excluded. Data were recorded and analyzed by SPSS software version 26. Results We included 130 patients with a sex ratio M/F= 0.68. The mean age at diagnosis was 34.85 years [6-68 years]. Sixty-three patients had CDc, while 67 patients had UCc. The two groups were comparable for age (p=0.56) and sex (p=0.54). The percentage of patients with smoking and alcoholism was also comparable between the two groups (p=0.4 and p=0.8 respectively). The presence of at least one autoimmune disease and a family history of Inflammatory Bowel Disease were more noted in patients in group 1 than in group 2 (p= 0.011 and p=0.046 respectively). The mean BMI at diagnosis was 22.28 kg/m² and was comparable between the 2 groups. The main phenotype was inflammatory (93.6%) in group 1. Twenty-five patients in group 1 (39.6%) and 22 patients (32.8%) in group 2 had associated extra-intestinal involvement (p=0.41), represented mainly by rheumatological involvement (n=39, 30%). The mean albumin level at diagnosis was 29.21 g/L and 30.96 g/L in groups 1 and 2 respectively. The occurrence of Severe Acute Colitis during follow-up was more frequent in group 2 than in group 1 (58.2% vs. 46%), although the difference was not significant (p=0.13). However, the rate of colectomy was significantly higher in group 2 (p=0.029). The use of anti-TNF therapy was significantly higher in group 1 (p=0.046). The maximum duration of hospitalization and the number of relapses were not statistically different between the 2 groups (p=0.81 and p=0.8 respectively). Finally, there was no significant difference between the 2 groups considering the use of corticosteroid or immunosuppressive therapy (p=0.88 and p=0.96 respectively). The main limit of our study is that it was conducted only in hospitalized patients who had relatively severe disease. Conclusion CDc is more prone to intensive medical treatment, whereas colectomy is more noted in UCc.
Les anti-TNFα ont révolutionné la prise en charge de la maladie de Crohn. Ils sont associés à la cicatrisation muqueuse et à la diminution du recours à la chirurgie. Environ 40 % des patients développent une perte de réponse. Les objectifs de notre étude étaient d’estimer la fréquence de la perte de réponse, identifier les facteurs prédictifs et décrire les attitudes thérapeutiques adoptées. Nous avons mené une étude rétrospective au service de gastro-entérologie A de l’hôpital La Rabta de 2008 à 2019 colligeant les patients suivis pour une maladie de Crohn luminale et traités par anti-TNFα. Ces patients avaient reçu un traitement d’induction et au moins une prise d’anti-TNFα en traitement séquentiel. Ont été exclus les patients traités pour une atteinte ano-périnéale ou extra-intestinale, ceux ayant une non-réponse primaire et ceux ayant un suivi inférieur à six mois. Cinquante-sept patients ont été inclus avec un âge moyen de 34,9 ans. La maladie de Crohn était de localisation iléocolique dans 48 % des cas et de phénotypes inflammatoires et fistulisants dans respectivement 39 % des cas. Quarante-deux pour cent des patients ont été mis sous infliximab et 58 % sous adalimumab. Une perte de réponse a été notée chez 33 % des patients avec un taux cumulé de 53 % à 12 mois. En analyse univariée, les facteurs associés à la perte de réponse (PDR) étaient : la présence de manifestations extra-intestinales (p = 0,003), la corticorésistance (p = 0,01), le taux de GB et PNN avant la mise sous anti-TNFα (p = 0,03 et 0,016 respectivement), le taux de CRP, GB, PNN, plaquettes et albuminémie après traitement d’induction (p < 0,05). L’attitude thérapeutique immédiate consistait en une optimisation chez 12 patients et un switch vers un autre anti-TNF chez deux patients. Le taux cumulé de chirurgie après la PDR était de 63 % à 36 mois. La PDR aux anti-TNF survient chez un tiers des malades et entraîne un recours à la chirurgie presque inéluctable. L’identification des facteurs prédictifs de PDR dès l’initiation des anti-TNF et le suivi de l’évolution des paramètres biologiques permettrait d’adopter une attitude proactive et de diminuer ce recours à la chirurgie.
Abstract Background Phenotype progression in patients with Crohn’s disease (CD) is common, but its risk factors vary between studies. The knowledge of these factors at diagnosis help to identify patients with high risk to progression. These patients should be given aggressive treatments given early in the disease course. The aim of our study was to evaluate the long-term behavioral course of Crohn's disease and to determine predictive factors for phenotypic progression. Methods We conducted a retrospective, descriptive study including patients with Crohn's disease that were managed at our department, over a 9-year period [January 2011 - January 2020]. Patients with less than 2 years of follow-up were excluded. We screened for factors associated with phenotypic progression during follow-up by a univariate study. By binary logistic regression, we sought for factors independently related to phenotypic progression, including variables that had a p <0.2 in univariate study. Results We included 341 patients with a sex ratio of 1.05. The median age at diagnosis of CD was 31 years. Smoking was observed in 36.4% of patients and 16.5% were alcohol users. Forty-four patients (12.9%) had a family history of Inflammatory Bowel Disease and 5.3% had associated autoimmune diseases. The mean BMI of the patients was 20.57 ± 4.5 kg/m². Seventy-six patients were at least overweighted at the time of diagnosis. The disease was classified as ileal, colonic and ileocolic in 150, 86 and 99 patients respectively. The involvement of the upper gastrointestinal (GI) tract was noted in 49 patients (14.36%) and 84 patients (24.6%) had perineal lesions mainly complex fistulas (17.3%). CD was initially classified as inflammatory, stricturing and fistulizing in 71%, 17% and 11% respectively. Phenotypic progression during follow-up was observed in 33 patients (9.6%), finally classifying the disease as inflammatory in 41%, stricturing in 22% and fistulizing in 35% of cases. In univariate study, the factors associated with phenotypic progression were represented by isolated ileal location (p=0.028, OR=2.28), the presence of perineal fistulas (p=0.006, OR=3.07) and hypoalbuminemia at diagnosis of less than 27.94g/L (p=0.035). Extensive ileal involvement and the presence of granuloma on histology were not associated with phenotypic progression. In multivariate study, only initial upper GI tract’s involvement was an independent predictor of phenotypic progression (p=0.024. OR=0.11, IC[0.18-0.75]). Conclusion Our study showed that upper GI tract’s involvement was the main predictor of phenotypic progression in CD.
Aims We aimed to report the prevalence of hiatal hernia (HH) and to compare the epidemioclinical profiles of patients with manometric and endoscopic HH to those with manometric HH only.
Abstract Background The incidence of Inflammatory Bowel Disease (IBD) is increasing in parallel with overweight and obesity. Contrary to conventional belief, a considerable number of IBD patients are at least overweighted. This may contribute to the development of IBD. The objectives of our study were to estimate the prevalence of overweight and obesity in IBD and to compare the epidemiological, evolutive and therapeutic profiles in these patients with those of a BMI (Body Mass index) of less than 25 kg/m². Methods We conducted a retrospective, descriptive and comparative study including patients hospitalized for IBD over a 9-year period [January 2011-January 2020]. Patients with less than 2 years of follow-up were excluded. Patients with a BMI of less than 25kg/m² represented group 1 and patients with a BMI ≥ 25kg/m² represented group 2. Results We included 225 men and 227 women. We enrolled 341 patients diagnosed with Crohn’s disease (CD) and 111 patients with ulcerative colitis (UC). BMI was less than 18.5kg/m², between 18.5 and 25kg/m², between 25 and 30kg/m² and ≥30kg/m² in 27.1%, 48.3%, 19.1% and 5.5% of the patients respectively, resulting in 340 patients in group 1 and 112 patients in group 2. The mean age at diagnosis was 36.15 ± 12.74 years. It was significantly lower in group 1 (32.24 years vs 40.06 years, p<0.001). Smoking was noted in 34.1% of patients and 15.9% were alcohol users, the difference in these habits was not significant between the two groups. Diabetes and hypertension were significantly higher in group 2 (p<0.001 and p=0.002 respectively). The percentage of patients followed up for UC was higher in group 2 (31.8% vs 20.54%, p=0.04). For CD, patients with upper GI tract involvement were more numerous in group 1, without a significant difference between the two groups (16.22% vs. 7.8%, p=0.068). The mean level of albumin was lower than normal in both groups (31.57g/L in group 1 and 34.02g/L in group 2) with a significantly lower level in group 1 (p=0.002). The use of surgical treatment was significantly higher in group 1 (p=0.003). However, there was no significant difference between the two groups in the use of corticosteroid, immunosuppressive agents, anti-TNFα therapy and the responses to these different treatments. The maximum duration of hospitalization was statistically longer in group 1 compared to group 2 (20.95 days vs. 15.32 days, p=0.003). The ratio of years of follow-up to years of active disease was significantly higher in group 2 (5.8 vs. 4.7, p=0.014), reflecting a better disease course in group 2. Conclusion In our series, one fifth of the patients were either overweighted or obese. IBD in these patients was, overall, less severe.
Les thromboses veineuses splanchniques (TVS) désignent les thromboses du système veineux hépatique et celles du système porte extra-hépatique. Elles sont souvent la manifestation d’un ou de plusieurs états prothrombotiques sous-jacents et peuvent parfois engendrer des problèmes de prise en charge thérapeutique. Le but de notre travail était de décrire les caractéristiques épidémiologiques, clinicopathologiques et évolutives des TVS auprès des patients hospitalisés au service de gastro-entérologie. Il s’agissait d’une étude rétrospective, descriptive s’étendant sur une période de 12 ans (de 2010 à 2022), colligeant tous les malades présentant une TVS diagnostiquée au sein du service d’hépato-gastro-entérologie A de l’hôpital La Rabta. Les données épidémiologiques, cliniques, paracliniques, thérapeutiques et évolutives ont été analysées. Quarante-six patients ont été inclus dans notre étude. Le sex-ratio (H/F) était de 0,9 : 22 hommes et 24 femmes. L’âge moyen de nos patients était de 51,2 ans avec des extrêmes allant de 18 ans à 80 ans. L’IMC moyen de nos patients était de 23,7 kg/m2. Dix (21,7 %) parmi nos malades avaient un antécédent thromboembolique. La thrombose touchait le tronc porte (35 cas), la veine mésentérique supérieure (10 cas), les veines sus-hépatiques (8 cas), la veine splénique (7 cas), la veine cave inférieure (6 cas), le tronc spléno mésarraique (5 cas) et la veine mésentérique inférieure (2 cas). Les signes cliniques révélateurs étaient les douleurs abdominales dans 25 cas, une hémorragie digestive par rupture des varices œsophagiennes dans 3 cas, un ictère cholestatique (3 cas), une ascite associée ou non à des œdèmes dans 12 cas. La découverte était fortuite chez le reste des patients (3 cas). La TVS était secondaire à un carcinome hépatocellulaire sur foie de cirrhose dans 7 cas, un déficit en protéine C et S dans 9 cas, la présence d’un foyer inflammatoire de contiguïté dans 6 cas, une mutation JAK2 dans 3 cas, une ostéomyélofibrose dans 3 cas, un syndrome des anticorps antiphospholipides (SAPL) dans 1 cas, une hyperhomocystéinémie dans 1 cas, une maladie de Behçet (1 cas), une maladie cœliaque (1 cas), un lupus érythémateux systémique (1 cas). Le bilan étiologique était négatif chez les 13 autres patients soit 28,2 %. Un traitement anticoagulant était instauré dans 28 cas (60,8 %) et une reperméabilisation était notée chez 14 patients soit 30,4 %. La durée moyenne de suivi était de 23 mois durant laquelle 14 décès (30,4 %) ont été déplorés. Notre étude confirme que les TVS se caractérisent par une grande hétérogénéité, souvent multifactorielles. Elles traduisent souvent l’existence d’une pathologie et/ou d’un état prothrombotique sous-jacent qu’il faudra rechercher afin d’adapter le traitement et d’éviter des complications parfois fatales.
La maladie de Biermer (MB) est une affection auto-immune s’accompagnant d’une carence en vitamine B12, liée à la présence d’anticorps dirigés contre le facteur intrinsèque (FI) et à un manque de sécrétion de ce dernier en rapport avec une gastrite atrophique. L’objectif de notre travail était de préciser les différents aspects anatomocliniques et évolutifs de la MB dans un service de gastro-entérologie. Il s’agit d’une étude rétrospective, descriptive s’étendant sur une période de 10 ans (de 2012 à 2022), colligeant tous les malades présentant une maladie de biermer diagnostiquée au sein de notre service de gastro-entérologie. Nous avons étudié leurs caractéristiques démographiques, cliniques, biologiques et thérapeutiques. Cinquante-cinq patients éligibles ont été inclus dans notre étude. Il s’agissait de 34 hommes et 21 femmes (sex-ratio H/F = 1,6) d’âge moyen de 55,4 ± 14,6 ans. Le syndrome anémique constituait la principale circonstance de découverte, retrouvé chez 17 patients (30,9 %). Ailleurs, il s’agissait de : troubles neurologiques (25,5 %), de découverte systématique (23,6 %) et de manifestations gastro intestinales (20 %). À l’examen clinique, un syndrome anémique était présent chez 25 patients (45,5 %), une atteinte neurologique chez 17 patients (30, 9 %) et une atteinte digestive chez 13 patients (23,6 %). À la biologie, le taux moyen de l’Hémoglobine était de 10,4 ± 1,9 g/dL. La valeur moyenne du VGM était de 92,1 ± 14,4 fl. Le dosage de la Vit B12 était réalisé chez 51 patients et étaient diminués dans tous les cas, avec une valeur moyenne de 90,2 pg/mL. La recherche des anticorps anti-FI et anti-cellules pariétales était réalisée dans 44 cas et était positive chez 34 patients. Une endoscopie œsogastroduodénale avec biopsies fundiques a été réalisée chez tous nos patients objectivant une atrophie fundique dans 87,2 % des cas. Les maladies auto-immunes associées étaient le diabète de type 1 dans 16,3 % des cas, un vitiligo dans 12,7 % des cas, une maladie de basedow dans 9 % des cas, une thyroïdite autoimmune dans 7,2 % des cas, la polyarthrite rhumatoïde dans 3,6 % des cas, et une maladie d’addison chez un seul patient. Le traitement était à base d’une vitaminothérapie substitutive, Vitamine B12 par voie intramusculaire à vie. L’évolution était favorable dans 92,7 % des cas. Trois cas de tumeur neuroendocrine grade 1 ont été notés lors de la surveillance ultérieure. Notre étude montre que la MB pourrait avoir des aspects cliniques assez polymorphes pouvant parfois errer le diagnostic et retarder le traitement et suggère l’importance des tests sérologiques dans la rentabilité diagnostique de cette affection.
La tuberculose est un problème de santé publique majeur. Plusieurs pays sont encore des zones d’endémies, comme la Tunisie. La localisation abdominale est une forme extra-pulmonaire relativement fréquente. Le diagnostic est orienté par la clinique, les éléments biologiques et la radiologie mais repose essentiellement sur l’étude histologique. Le traitement est représenté par une quadruple antibiothérapie, dont l’isoniazide à une dose de 5 mg/kg/j. Il existe un polymorphisme génétique concernant l’acétylation de l’isoniazide (INH) ce qui permet de définir deux phénotypes d’acétylation : acétyleurs lents et acétyleurs rapides. Le but de cette étude était de décrire l’apport du test d’acétylation systématique dans la prise en charge de la tuberculose abdominale dans une d’une population tunisienne. Il s’agissait d’une étude rétrospective descriptive menée au sein service de gastroentérologie A de l’hôpital La Rabta, colligeant les patients ayant une tuberculose abdominale, sur une période de 11 ans (2010–2021). Tous les patients avaient réalisé un test d’acétylation dans les 3 jours du début du traitement. Un total de 70 patients ont été inclus avec un sexe-ratio H/F à 0,25. L’âge moyen des patients était de 49,5 ans. La majorité des patients consultait pour une ascite isolée (n = 22) ou une ascite accompagnée d’amaigrissement et de signes d’imprégnation tuberculeuse (n = 32). L’atteinte péritonéale a été retrouvée dans 85 % des cas. Elle était associée à une autre atteinte abdominale chez 12 cas, représentée par les atteintes iléo-cæcales, ganglionnaires, hépatiques et spléniques. Sur le plan biologique, 73 % des patients présentaient une lymphopénie et 77 % un syndrome inflammatoire biologique (SIB). Le diagnostic était confirmé par une étude anatomopathologique chez tous les patients, sauf pour un patient chez qui il était bactériologique. Nous avons observé une bonne tolérance ainsi qu’une bonne observance du traitement chez 94 % et 84 % des cas, respectivement. On avait réalisé un test d’acétylation chez tous les patients, sous 5 mg/kg/j d’Isoniazide. Une modification du traitement avait été nécessaire, selon le résultat du test, chez 34 patients (49 %). Parmi eux 27 patients (80 %) étaient des acétyleurs lents indiquant la diminution de la dose, et 7 patients (20 %) étaient des acétyleurs rapides qui nécessitaient une augmentation des doses. Aucun patient n’a présenté une hématotoxicité, par contre, on a observé une hépatotoxicité chez 12 patients, dont 5 acétyleurs lents malgré l’adaptation de la dose. Les 7 autres patients n’avaient pas subi de modification de dose. Nous avons comparé les 27 patients acétyleurs lents aux autres patients. Il n’y avait pas de différence significative en ce qui concerne le sexe (p = 0,39) et l’âge (p = 0,11). Les patients acétyleurs lents présentaient moins de lymphopénie et de SIB, d’une façon statistiquement significative, avec des p de 0,042 et 0,021 respectivement. L’évolution était bonne dans la majorité des cas (n = 59). Il n’y avait pas de différence entre les 2 groupes concernant la non réponse au traitement, l’apparition d’une complication ou la survenue de décès. Notre étude a montré que nos patients présentaient un polymorphisme pour l’acétylation de l’isoniazide dans 49 % des cas. Le test d’acétylation systématique permettrait une prise en charge plus adaptée à chaque profil génétique et diminuerait le risque de toxicité lié à l’INH.
Intravenous steroids (IVS) remain the mainstay of therapy in severe colitis of inflammatory bowel disease (IBD), although 30 to 40% of patients will not respond. In such cases, rescue medical therapy with immunomodulators, or an early colectomy are considered. The aim of this study was to identify predictor factors of corticosteroid failure during severe colitis in IBD patients. We conducted a 5-year retrospective study (2014–2019), including all IBD patients with severe colitis. Diagnosis was based on clinical, biochemical markers and endoscopic criteria. All patients received conventional first-line therapy with IVS. Corticosteroid failure was defined according to Travis criteria. A total of 40 patients with a mean age of 36 ± 13.1 years and a sex ratio H / F of 0.6 were included. Twenty-three patients (57.5%) had ulcerative colitis (UC) while 17 patients (42.5%) had Crohn’s disease (CD). The average duration of IBD in all patients was 28.8 ± 52.1 months. Severe colitis was the first flare of the disease in fifteen patients (37.5%). Twenty-seven patients (67.5%) respond to IVS. Factors associated with steroid failure on admission were type of IBD (UC) (p = 0.03), presence of fever (T≥ 38°C) (p = 0.04) and blood transfusion (p = 0.02). Biochemical predictors of steroid failure were low hematocrit rate (<28%) (p = 0.03) and hypokalemia (K+<3.5mmol/l) (p = 0.004). Upon 3 days of IVS, a reduction less than 40% in stool frequency, thrombocytosis (platelets> 474000/mm3) (p < 0.001), high-CRP level (> 43mg/dl) (p = 0.026) are predictors of steroid failure. Upon 5 days of IVS, high-CRP level (> 12,1mg/dl)(p = 0.021) was significantly associated with steroid failure. In conclusion, stratification of risk in IBD patients with severe colitis should be considered early on admission and at the latest on day 3 of IVS in order to select patients at high risk of steroid failure and then decide to start rescue therapy.
Abstract Background The purpose of this study was to compare the dietary habits of patients with Crohn’s disease in remission with a control group. Methods This is a comparative cross-sectional descriptive study that took place over a period of one month including 45 patients already managed for Crohn’s disease (CD), who had been in stable clinical remission for at least 6 months at the time of the survey and had the same treatment for at least 6 months compared with a group of 40 healthy volunteers adjusted for age, sex and body mass index (BMI) recruited among health personnel. Questionnaires about dietary habits, patients’ attitudes and beliefs about diet and its impact on their illness, and a dietary history-type food survey were asked and completed for all subjects. Results Total energy and macronutrient intakes were comparable in both groups and adapted to the guidelines. Fibre and micronutrient intakes were significantly lower in CD group, as was the consumption of dairy products, legumes, vegetables and fruits, oleaginous fruit. There were multiple dietary restrictions among CD patients including milk and its derivatives, fruits, vegetables, and legumes. In fact, 11% of them continued to strictly follow the same residue-free diet prescribed at the time of flares and others had barely expanded their diet. The reasons were mainly represented by the fear of triggering digestive disorders in 77% of cases. Fifty-six per cent of patients believed that fibre and milk negatively affect their disease and could trigger digestive disorders. Forty-four per cent said that the avoided foods gave them digestive disorders. By stratifying patients by age, sex or disease characteristics (location, treatment, history of surgery), we found no predictive factor for these dietary restrictions. Moreover, in 23% of patients, the diet was totally obscured by the doctor during consultations. In addition, and despite the discussion with the doctor about food, 46% turned to other sources such as the entourage, other patients, media and internet to find information on their diet. Conclusion Our study shows that patients with Crohn’s disease in remission suffer from several deficiencies due to multiple dietary exclusions. The results suggest that an unbalanced diet should be identified to avoid the micronutrient deficiency observed and highlights the importance of communication about diet between Doctors and patients.
La tuberculose et la carcinose péritonéale sont les deux étiologies les plus fréquentes et les premières à évoquer devant une ascite isolée. La première vue son endémicité dans notre pays et la deuxième devant sa gravité et son mauvais pronostic. Le but de cette étude est de chercher les éléments cliniques, biologiques et morphologiques permettant de distinguer entre une tuberculose et une carcinose péritonéale et ceci afin de rationaliser la demande d'examens complémentaires menant au diagnostic en orientant le clinicien. Il s'agit d'une étude rétrospective qui a inclus tous les patients hospitalisés dans notre service entre janvier 2007 et septembre 2019 pour exploration d'une ascite isolée. Cette étude a inclus 67 patients avec un sex-ratio H/F de 0,3. L'ascite était en rapport avec une tuberculose péritonéale chez 34 patients et une carcinose péritonéale chez 33 patients, le diagnostic étiologique a été retenu en se basant sur l'examen anatomopathologique des biopsies péritonéales, pleurales et de la tumeur ou ses métastases en cas du carcinose péritonéale. Sur le plan clinique, la fièvre vespérale et les sueurs nocturnes étaient significativement plus fréquentes chez les patients atteints d'une tuberculose péritonéale par rapport à ceux atteints d'une carcinose péritonéale (p = 0,001 et p = 0,022, respectivement). Une IDR à la tuberculine positive était corrélée au diagnostic de tuberculose péritonéale (p = 0,002). Les perturbations biologiques associées d'une façon significative au diagnostic de tuberculose péritonéale étaient une tendance à la leuconeutropénie (p = 0,0001), un taux bas de monocytes (p = 0,014) et une hypergammaglobulinémie (p = 0,003). Par ailleurs, les taux de CA-125 étaient élevés dans les 2 groupes, cependant l'élévation était plus marquée dans le groupe des patients atteints d'une carcinose péritonéale (d'origine ovarienne) (p = 0,0006). Après avoir construit la courbe de ROC, un taux de CA-125 supérieur à 900 UI/mL était le cut-off retrouvé et qui était statistiquement corrélé à une carcinose péritonéale. En analysant les résultats de la ponction exploratrice de liquide d'ascite, un taux de protides et d'éléments blancs élevés étaient retrouvés chez les patients ayant une tuberculose péritonéale avec une différence statistiquement significative par rapport au groupe carcinose péritonéale. (p = 0,011 et p= 0,01 respectivement). En analysant les courbes de ROC, un taux de protides > 50 g/L et un taux d'éléments blancs > 650/mm3 étaient les cut-offs déterminés et statistiquement corrélés au diagnostic de tuberculose péritonéale. Enfin, l'association à une pleurésie et la présence d'adénopathies profondes nécrosées à l'imagerie étaient corrélées au diagnostic de tuberculose péritonéale (p = 0,023 et p = 0,019, respectivement). Plusieurs éléments cliniques, biologiques et morphologiques étaient corrélés de manière statistiquement significative soit au diagnostic de tuberculose soit à celui de carcinose péritonéale dans cette étude. En effet, la présence de signes d'imprégnation tuberculeuse, des anomalies évocatrices de la numération sanguine, des données de la ponction exploratrice de liquide d'ascite (un taux de protides > 50 g/L et un taux d'éléments blancs > 650/mm3), des CA 125 < 900 UI/L, l'association à une pleurésie et la présence d'adénopathies profondes nécrosées à l'imagerie sont des éléments simples qui étaient significativement corrélés au diagnostic de tuberculose péritonéale. Ceci pourrait renforcer l'orientation étiologique et diminuer le recours à un bilan exhaustif préalable à la pratique du prélèvement biopsique qui fournira la confirmation anatomopathologique indispensable.
Introduction. - Mesenteric lymph node cavitation is an exceptional complication of celiac disease. We report four original observations of this syndrome, completed by a literature review. Discussion. - The analysis of 38 cases showed that this complication occurred exclusively in adults, with a mean age at diagnosis of 54 years. It revealed the celiac disease in the majority of cases. Hyposplenism was almost systematically associated. The risk of lymphoma appeared higher, especially enteropathyassociated T-cell lymphoma. The prognosis was poor with nearly 50% mortality and seemed related to the clinical response to the gluten-free diet. Conclusion. - The severity of this complication deserves to be known and should lead to its research in celiac patients, especially in cases diagnosed in adulthood or in case of refractory disease. (C) 2019 Societe Nationale Francaise de Medecine Interne (SNFMI). Published by Elsevier Masson SAS. All rights reserved.
La cavitation ganglionnaire mésentérique est une complication exceptionnelle de la maladie cœliaque. Nous rapportons ici quatre observations originales de ce syndrome, ainsi qu’une revue complète de la littérature. L’analyse de 38 cas révélait que cette complication survenait exclusivement chez des adultes, avec un âge moyen de 54 ans. Elle était révélatrice de la maladie cœliaque dans la majorité des cas. Un hyposplénisme était quasi-systématiquement associé. Le risque de lymphome semblait majoré, notamment de type T intestinal associé aux entéropathies. Le pronostic était sombre avec près de 50 % de mortalité et paraissait corrélé à la réponse clinique au régime sans gluten. La sévérité de cette complication mérite d’être connue et doit amener à sa recherche chez les patients atteints de maladie cœliaque, notamment en cas de diagnostic à l’âge adulte ou de pathologie réfractaire. Mesenteric lymph node cavitation is an exceptional complication of celiac disease. We report four original observations of this syndrome, completed by a literature review. The analysis of 38 cases showed that this complication occurred exclusively in adults, with a mean age at diagnosis of 54 years. It revealed the celiac disease in the majority of cases. Hyposplenism was almost systematically associated. The risk of lymphoma appeared higher, especially enteropathy-associated T-cell lymphoma. The prognosis was poor with nearly 50% mortality and seemed related to the clinical response to the gluten-free diet. The severity of this complication deserves to be known and should lead to its research in celiac patients, especially in cases diagnosed in adulthood or in case of refractory disease.