L’hypertension intracrânienne bénigne est définie par les critères diagnostiques suivants : présence de céphalées, absence de signe neurologique de focalisation, normalité de l’examen neuroradiologique, normalité de la biologie du liquide céphalorachidien avec augmentation de la pression à la ponction. Nous décrivons ici la prise en charge diagnostique et thérapeutique des cas d’hypertension intracrânienne bénigne suivis dans le service d’ophtalmologie du CHRU de Lille. Dans cette étude rétrospective, nous avons recherché pour chacun des patients un surpoids ainsi que la prise d’un traitement favorisant. L’aspect du fond d’œil, les clichés de papilles, le champ visuel et l’angiographie à la fluorescéine ont été analysés. Le traitement prescrit, son efficacité sur l’œdème papillaire et la notion de récidive ont été recherchés. Quinze patients répondaient aux critères diagnostiques, dix femmes et cinq hommes. Douze présentaient un surpoids, trois prenaient un traitement potentiellement favorisant. Tous se plaignaient de céphalées, la moitié d’une baisse d’acuité visuelle et deux d’une diplopie par paralysie oculomotrice. Dans tous les cas, on constatait un œdème papillaire et un champ visuel perturbé. Le traitement médical comportait, outre la ponction lombaire déplétive, la prise d’acetazolamide par voie orale, associée parfois à une corticothérapie. L’arrêt du medicament potentiellement en cause et la perte de poids venaient compléter ce traitement. Une patiente dut bénéficier d’un traitement chirurgical devant la persistance de céphalées et une aggravation fonctionnelle progressive. Deux patients ont présenté une ou plusieurs récidives après arrêt de l’acetazolamide. L’atrophie optique par œdème papillaire chronique est la complication majeure de l’hypertension intracrânienne bénigne. L’analyse de la papille et du champ visuel permet donc de juger de la gravité de l’affection et de l’efficacité du traitement.
Le bevacizumab est un anticorps monoclonal de type IG1 qui se lie au VEGF et inhibe de ce fait son action au niveau de la surface endothéliale. Son utilisation sous forme d'injection intravitréenne est devenue pratique courante, bien qu'utilisé hors AMM, dans le traitement de certaines formes exsudatives de DMLA mais aussi comme traitement d'appoint de la rétinopathie diabétique proliférante notamment en cas de glaucome néovasculaire. Nous rapportons un cas de nécrose conjonctivale après chirurgie combinée de cataracte et trabéculectomie sans mitomycine chez une patiente de 64 ans présentant un glaucome néovasculaire dans le cadre d'une rétinopathie diabétique proliférante. La chirurgie a été précédée d'une injection intravitréenne de bevacizumab deux semaines auparavant. Les suites opératoires immédiates ont été marquées par une désunion de la cicatrice conjonctivale avec nécrose localisée. Une autogreffe conjonctivale a été initialement réalisée sans succès, la conjonctive n'ayant pas cicatrisé au niveau de la bulle de filtration contrairement au site de prélèvement. Finalement, une greffe de membrane amniotique a permis d'obtenir l'étanchéité de la bulle. Nous pensons que le bevacizumab, injecté 15 jours auparavant, est responsable de ce défaut de cicatrisation par diffusion continue à travers la trappe.
Le granulome cholestérolique orbito-frontal est une pathologie rare : il correspond à une réaction inflammatoire entourant des cristaux de cholestérol. Nous rapportons le cas d'un patient de 24 ans, victime d'un traumatisme orbitaire droit un an auparavant, adressé pour ptôsis droit. Il présentait du même côté une baisse d'acuité visuelle, une exophtalmie, une hypotropie, une limitation de l'élévation et un ptôsis. Un scanner était demandé pour orienter le diagnostic. La tomodensitométrie retrouvait une masse intra-orbitaire extra-conique droite, supéro-externe, refoulant le globe en bas et en dedans. Cette lésion était bien limitée, spontanément isodense et hétérogène, peu modifiée après injection. Il existait de façon associée une ostéolyse du toit orbitaire. Une exérèse chirurgicale était décidée, retrouvant une tumeur brune non liquidienne adhérente à l'os, réséquée en totalité. L'étude anatomopathologique montrait des cristaux de cholestérol associés à une réaction inflammatoire giganto-cellulaire à corps étranger et des dépôts hémosidériques, compatible avec un granulome cholestérolique. L'évolution était très favorable avec remontée de l'acuité visuelle, normalisation du test de Lancaster et disparition des signes orbitaires. Aucun signe de récurrence n'est intervenu au cours de l'année de suivi. Environ cent vingt cas de granulomes cholestéroliques orbito-frontaux ont été décrits dans la littérature. L'origine en serait une hémorragie intra-diploïque de l'os frontal, peut-être due à un traumatisme préalable (retrouvé dans environ un tiers des cas) et/ou à une anomalie osseuse préexistante. Le tableau clinique et les caractéristiques radiologiques sont évocateurs mais le diagnostic est anatomopathologique. Les principaux diagnostics différentiels sont les tumeurs de la glande lacrymale et les kystes dermoïdes et épidermoïdes. Le traitement est systématiquement chirurgical avec des résultats très satisfaisants. Le granulome cholestérolique orbito-frontal représente une cause rare d'exophtalmie unilatérale. Sa physio-pathogénie reste imparfaitement connue et son traitement est chirurgical.
La cyclodialyse est une complication classique mais rare des contusions oculaires ou de certaines chirurgies du segment antérieur. À partir de quatre cas cliniques, nous rappelons les caractéristiques de cette lésion traumatique particulière. Nous rapportons les cas de quatre hommes victimes de traumatismes oculaires avec cyclodialyse (contusion par choc direct ou par explosion, chirurgie de la cataracte). Les analyses cliniques, échographiques et angiographiques des patients sont présentées. Les trois patients victimes d'une contusion oculaire directe présentaient un hyphéma au décours immédiat de l'accident. Tous les patients présentaient une hypotonie chronique et son cortège de complications postérieures (décollement choroïdien, maculopathie liée à l'hypotonie…). La cyclodialyse touchait de un à quatre quadrants. Le traitement d'épreuve aux corticoïdes s'avérait insuffisant pour normaliser la situation locale. Chacun des quatre patients bénéficiait alors d'une cyclopexie chirurgicale. Après l'élévation post-opératoire transitoire de la pression intra-oculaire, tous les patients ont eu une amélioration fonctionnelle significative. Certaines hypotonies post-traumatiques se prolongent et se compliquent d'une effusion uvéale avec présence de plis maculaires et de décollements choroïdiens. Dans ces cas, la découverte d'une cyclodialyse permet de proposer une solution chirurgicale pour fixer le corps ciliaire à la sclère. Il s'en suit néanmoins très fréquemment une élévation transitoire mais importante de la pression intra-oculaire qu'il faut prévenir et gérer pour préserver au mieux le résultat obtenu. Il faut savoir rechercher une cyclodialyse devant toute hypotonie chronique survenue au décours d'un traumatisme oculaire ou d'une chirurgie du segment antérieur, car son traitement chirurgical permet de normaliser la situation dans la plupart des cas.