Stress exposure during the sensitive period of early development has been shown to program the brain and increases the risk to develop cognitive deficits later in life. We have shown earlier that early-life stress (ES) leads to cognitive decline at an adult age, associated with changes in adult hippocampal neurogenesis and neuroinflammation. In particular, ES has been shown to affect neurogenesis rate and the survival of newborn cells later in life as well as microglia, modulating their response to immune or metabolic challenges later in life. Both of these processes possibly contribute to the ES-induced cognitive deficits.Emerging evidence by us and others indicates that early nutritional interventions can protect against these ES-induced effects through nutritional programming. Based on human metabolomics studies, we identified various coffee-related metabolites to be part of a protective molecular signature against cognitive decline in humans. Caffeic and chlorogenic acids are coffee-polyphenols and have been described to have potent anti-oxidant and anti-inflammatory actions. Therefore, we here aimed to test whether supplementing caffeic and chlorogenic acids to the early diet could also protect against ES-induced cognitive deficits.We induced ES via the limited nesting and bedding paradigm in mice from postnatal(P) day 2-9. On P2, mice received a diet to which 0.02% chlorogenic acid (5-O-caffeoylquinic acid) + 0.02% caffeic acid (3’,4’-dihydroxycinnamic acid) were added, or a control diet up until P42. At 4 months of age, all mice were subjected to a behavioral test battery and their brains were stained for markers for microglia and neurogenesis. We found that coffee polyphenols supplemented early in life protected against ES-induced cognitive deficits, potentially this is mediated by the survival of neurons or microglia, but possibly other mechanisms not studied here are mediating the effects. This study provides additional support for the potential of early nutritional interventions and highlights polyphenols as nutrients that can protect against cognitive decline, in particular for vulnerable populations exposed to ES.
Over the past few decades, numerous environmental chemicals from solvents to pesticides have been suggested to be involved in the development and progression of neurodegenerative diseases. Most of the evidence has accumulated from occupational or cohort studies in humans or laboratory research in animal models, with a range of chemicals being implicated. What has been missing is a systematic approach analogous to genome-wide association studies, which have identified dozens of genes involved in Alzheimer's disease, Parkinson's disease and other neurodegenerative diseases. Fortunately, it is now possible to study hundreds to thousands of chemical features under the exposome framework. This Perspective explores how advances in mass spectrometry make it possible to generate exposomic data to complement genomic data and thereby better understand neurodegenerative diseases. Nongenetic factors contribute to the onset, progression and severity of neurodegenerative diseases. Here, the authors describe how exposomics, the systematic analysis of environmental factors, can help neuroscientists understand these diseases.
La dépression est un problème majeur de santé publique, particulièrement chez les personnes âgées. La nutrition est un mode de vie modifiable qui pourrait potentiellement prévenir le risque de dépression. Dans le cadre d'une alimentation saine, un apport plus élevé en caroténoïdes a déjà été associé à une réduction du risque de dépression, mais les études prospectives sur les niveaux circulants de caroténoïdes chez les personnes âgées font défaut. L'objectif de cette étude était d'évaluer l'association prospective entre les caroténoïdes plasmatiques et l'incidence de la symptomatologie dépressive (SD) chez des adultes âgés. L'échantillon d'étude était basé sur la cohorte prospective des Trois cités (3C), composé d'adultes âgés de 65 ans et plus habitant Bordeaux ou Montpellier, exempts de symptomatologie dépressive (SD) à l'inclusion en 1999. Les caroténoïdes plasmatiques ont été mesurés à l'inclusion par méthode analytique de chromatographie liquide à haute performance et les ratios caroténoïdes plasmatiques/(triglycérides + cholestérol total) ont été calculés. La SD a été évaluée tous les 2 à 3 ans pendant le suivi d'une durée maximale de 17 ans et définie comme un score ≥ 16 sur l'échelle Center for Epidemiologic Studies-Depression et/ou par la prise d'un traitement antidépresseur. Les associations entre caroténoïdes ou ratios caroténoïdes/lipides et l'incidence de SD ont été évaluées par des modèles de régression logistique à effets aléatoires ajustés sur les potentiels facteurs de confusion, dont l'âge, le statut tabagique, l'activité physique, l'indice de masse corporelle et les comorbidités. Les données de 1010 participants (860 à Bordeaux et 150 à Montpellier, 585 femmes, âge moyen 74 ans [±4,9]) avec un suivi médian de 13,8 années ont été analysés. La concentration plasmatique moyenne des caroténoïdes totaux était de 1085 μg/L (±545) et une SD a été identifiée chez 436 participants au cours du suivi. La zéaxanthine plasmatique et les ratios de zéaxanthine/lipides, de β-carotène/lipides et de lutéine + zéaxanthine/lipides étaient indépendamment associés à une réduction du risque de SD au cours du temps après prise en compte des potentiels facteurs de confusion (rapport de côte (RC) = 0,81, intervalle de confiance à 95 % [0,67 ; 0,99], RC = 0,79 [0,67 ; 0,94], RC = 0,79 [0,64 ; 0,98] et RC = 0,80 [0,66 ; 0,97] respectivement pour une augmentation d'un écart-type de zéaxanthine, du ratio de zéaxanthine/lipides, de β-carotène/lipides et de lutéine + zéaxanthine/lipides). En se concentrant sur les niveaux circulants, les résultats suggèrent une association inverse entre la zéaxanthine plasmatique, le β-carotène et la combinaison lutéine + zéaxanthine et le risque de SD au cours du temps chez les personnes âgées en utilisant une méthode pertinente pour des données répétées sur un long suivi. Une meilleure compréhension des mécanismes sous-jacents mérite des recherches supplémentaires.
Adherence to the Mediterranean-DASH Intervention for Neurodegenerative Delay (MIND) diet, which combines higher consumption of vegetables, berries, nuts, whole grains, olive oil, fish, beans and poultry, with lower consumption of meat, sugars and saturated fats, is a promising strategy to prevent dementia. However, evidence in populations with non-US food culture, especially from Europe, is limited. OBJECTIVES: To evaluate the association of a French-adapted MIND diet score with gray matter volumes, white matter microstructure and incident dementia. This longitudinal study included participants from the population-based Three-City Bordeaux cohort (≥65 years), with a follow-up from June 2001 to February 2018. Dementia-free participants at dietary assessment, in 2001–2002, who underwent systematic detection of incident dementia (over up to 7 visits). A subset of the cohort was included in an ancillary MRI study in 2010–2011. A French-adapted MIND diet score (range, 0–15) was computed from a 148-item Food Frequency Questionnaire and a 24-hour recall administered at home. Incident dementia and its subtypes were adjudicated by an expert committee; and gray matter volumes and white matter microstructure were assessed by 3D-T1 MRI and diffusion-MRI. RESULTS: Among 1,412 participants (mean age, 75.8 [SD, 4.8]; 63
Le microbiote intestinal (MI) participe à la digestion et au métabolisme de nombreux nutriments en libérant des métabolites dans le tube digestif, dont certains gagnent la circulation sanguine et traversent la barrière hémato-encéphalique, interagissant ainsi directement avec le cerveau. Cependant, les connaissances sur le lien entre MI et santé cérébrale sont en grande partie précliniques, et peu d’études ont porté sur les métabolites microbiotiques circulants et le vieillissement cognitif chez l’homme. L’objectif de cette étude était d’analyser et de valider, dans un cas-témoin niché dans une grande cohorte de sujets âgés, l’association entre des dizaines de métabolites sanguins dérivés du MI et le déclin cognitif au long cours. Cette étude met à profit les données de la cohorte des trois-cités (3C, Bordeaux, Dijon et Montpellier) chez des personnes âgées de 65 ans ou plus à l’inclusion. Les participants non déments au moment du prélèvement sanguin et dont la cognition a été mesurée de façon répétée au cours des 12 années suivantes étaient éligibles pour le cas-témoin niché. Un échantillon de découverte a été défini dans 3C Bordeaux, incluant les 209 participants avec la pente de déclin cognitif la plus importante, appariés à 209 témoins avec une cognition plus stable (pente > pente médiane) et de même âge, sexe et niveau d’études. Un échantillon de validation a été défini de façon similaire dans 3C Dijon (210 paires cas-témoin). Une analyse en métabolomique ciblée a permis de quantifier 76 métabolites liés à l’alimentation et potentiellement dérivés du MI. L’association entre chaque métabolite et le déclin cognitif a été étudiée dans l’échantillon de découverte en utilisant des régressions logistiques conditionnelles. Les métabolites dont la P-valeur corrigée pour les tests multiples (FDR) était ≤ 0,15 ont été testés pour réplication. 7 métabolites étaient associés au déclin cognitif avec une P-FDR ≤ 0,15 dans l’échantillon de découverte : la phénylacétylglutamine, l’acide indole-lactique, l’acide kynurénique, la bétaïne, la vitamine B5, le propionate et le 3,4-DHPV-S. Seul le propionate était répliqué (OR = 1,26, 95 % IC [1,02 ;1,55]). Cette association était atténuée de façon importante après ajustement sur les facteurs de risque cardiométaboliques dans l’échantillon de validation (une population à risque vasculaire plus important que la population de découverte). Cette étude suggère une relation délétère entre l’acide propionique circulant et le déclin cognitif. Le rôle de la santé cardiométabolique dans cette relation mérite d’être approfondi.
Background Metabolic syndrome (MetS) is a complex condition encompassing a constellation of cardiometabolic abnormalities. Integratively phenotyping the molecular pathways involved in MetS would help to deeply characterize its pathophysiology and to better stratify the risk of cardiometabolic diseases. Oxylipins are a superfamilly of lipid mediators regulating most biological processes involved in cardiometabolic health. Methods A high-throughput validated mass spectrometry method allowing the quantitative profiling of over 130 oxylipins was applied to identify and validate the oxylipin signature of MetS in two independent case/control studies involving 476 participants. Results We have uncovered and validated an oxylipin signature of MetS (coined OxyScore) including 23 oxylipins and having high performances of classification and replicability (cross-validated AUC ROC of 89%, 95% CI: 85%-93% and 78%, 95% CI: 72%-85% in the Discovery and Replication studies, respectively). Correlation analysis and comparison with a classification model incorporating both the oxylipins and the MetS criteria showed that the oxylipin signature brings consistent and complementary information supporting its clinical utility. Moreover, the OxyScore provides a unique mechanistic signature of MetS regarding the activation and/or negative feedback regulation of crucial molecular pathways that may help identify patients at higher risk of cardiometabolic diseases. Conclusion Oxylipin profiling identifies a mechanistic signature of metabolic syndrome that may help to enhance MetS phenotyping and ultimately to better predict the risk of cardiometabolic diseases via a better patient stratification.
Une faible concentration plasmatique en certains nutriments, notamment les acides gras polyinsaturés omega-3 à longue chaine (AGPI n-3 LC), la vitamine D et les caroténoïdes, a été associée au risque de développer une démence. Il est suggéré que les déficiences micro-nutritionnelles pourraient mutuellement se potentialiser, et très peu d’études observationnelles ont caractérisé le statut biologique multi-micro-nutritionnel en population âgée et son lien avec le vieillissement cérébral. L’objectif de cette étude était de développer un indice pratique et reproductible évaluant le statut biologique micro-nutritionnel (SMN) associé au risque de démence dans une grande étude de cohorte de personnes âgées. Nous avons analysé 629 participants du centre bordelais de l’étude des trois-cités (3C), non déments au moment du prélèvement sanguin à l’inclusion et suivis pour l’incidence de la démence pendant 17 ans. Les AGPI n-3 LC, les 6 principaux caroténoïdes et la 25(OH)D ont été dosés dans le plasma, et à partir de la littérature et de nos travaux antérieurs, nous avons défini a priori trois expositions (biomarqueurs) d’intérêt : la somme des 3 principaux AGPI n-3 LC (EPA + DPA + DHA), la somme des 6 caroténoïdes et la concentration en 25(OH)D. Nous avons utilisé des splines pénalisés dans des modèles de Cox pour étudier les relations dose-réponse entre chacun des 3 biomarqueurs d’intérêt et le risque de démence, et pour définir des seuils pertinents pour la construction d’un indice SMN global du risque de démence combinant les 3 marqueurs. Les valeurs plasmatiques moyennes des AGPI n-3 LC, des caroténoïdes et de la 25(OH)D étaient respectivement de 4,4 % des acides gras totaux, 1695,2 μg/L et 44,1 nmol/L dans le groupe de participants présentant l’indice SMN de risque de démence le plus faible ([min ; moyenne – 1 écart-type]) ; et de 2,8 %, 784,8 μg/L et 25,1 nmol/L dans le groupe présentant l’indice de risque le plus élevé ([moyenne + 1 écart-type ; max]). Chaque augmentation d’un écart-type de l’indice SMN était associée à un risque de démence 46 % plus élevé (HR = 1,46, IC 95 % 1,23 ; 1,73) après ajustement sur de multiples covariables. Les participants présentant l’indice de risque le plus élevé avaient un risque de démence 4 fois plus élevé que ceux avec un indice faible (HR = 4,17, IC 95 % 2,30–7,57). Une fois reproduit dans des populations externes, cet indice d’évaluation du statut biologique micro-nutritionnel pourra être utilisé comme un outil pour identifier les populations dont le statut nutritionnel est inadéquat pour maintenir la santé cérébrale dans le vieillissement. Il pourrait ainsi servir à dépister les individus éligibles à la prévention nutritionnelle dans les soins primaires ou bien à cibler les individus pouvant bénéficier d’une supplémentation dans les essais préventifs de la démence.
Une consommation élevée de poisson, source d’acides gras omega-3 à longue chaîne, a été associée à un moindre risque d’accident vasculaire cérébral, de démence et de déclin cognitif. Toutefois, les résultats épidémiologiques ne permettent pas d’inférer de façon univoque un nombre de portions par semaine à recommander pour la prévention. Le vieillissement cognitif résulte en partie d’une détérioration de la santé vasculaire cérébrale. En dehors des accidents vasculaires cérébraux manifestes, il existe des dommages cérébrovasculaires cachés qui font le lit de la démence, et qui pourraient être particulièrement sensibles aux bénéfices du poisson. La pathologie cérébrovasculaire infraclinique peut être caractérisée à l’imagerie par résonance magnétique (IRM) par la présence d’hypersignaux de la substance blanche (HSB), d’infarctus lacunaires ou encore une dilatation des espaces périvasculaires. Très peu d’études ont analysé la relation entre la consommation de poisson ou en omega-3 et ces marqueurs à l’IRM, et aucune n’a modélisé le fardeau cérébrovasculaire (FCV) dans son ensemble. Ainsi, l’objectif de cette étude était d’évaluer l’association transversale entre la consommation de poisson et le FCV infraclinique global chez le sujet âgé, dans la cohorte des 3-Cités Dijon. Au total, 1667 sujets non-déments et sans antécédent de maladies vasculaires cliniques ont répondu à un bref fréquentiel alimentaire et ont passé un examen IRM, à l’inclusion en 1999–2000. La charge en HSB ( % de la substance blanche), la présence d’infarctus lacunaires (oui/non) et la sévérité de la dilatation des espaces périvasculaires (3 degrés de sévérité) ont été évalués à l’IRM. Un indicateur du FCV global combinant ces trois marqueurs a été calculé par analyse factorielle de données mixtes (32,6 % de variance expliquée par la première dimension). L’association entre la consommation de poisson et l’indicateur FCV a été évaluée par régression linéaire ajustée sur l’âge, le sexe, le niveau d’études, le génotype APOE-ɛ4, le volume intracrânien total, les facteurs de risques cardiovasculaires et les autres habitudes alimentaires. Parmi les participants inclus (âge moyen = 72,3 [± 4,1] ans), 10,7 % consommaient du poisson < 1 fois/semaine, 36,8 % 1 fois/semaine, 46,7 % 2 à 3 fois/semaine et 5,8 % ≥ 4 fois/semaine. L’indicateur FCV défini par la première dimension de l’analyse factorielle contrastait les sujets avec un faible fardeau (charge en HSB faible, pas d’infarctus et dilation des espaces périvasculaires de faible sévérité) des sujets avec un fardeau important. Dans les modèles multivariés, les participants consommant plus de poisson avaient un moindre FCV comparé à ceux en consommant < 1 fois/semaine (rapport de Cotes [IC95 %] = −0,20 [−0,38 ; −0,02] pour 2–3 fois/semaine ; et −0,27 [−0,54 ; −0,01] pour ≥ 4 fois/semaine). Aucune autre composante alimentaire (fruits, légumes, légumineuses, viande, huile d’olive) n’était significativement associée. Dans cette grande cohorte de sujets âgés, la consommation de poisson était linéairement associée à un moindre fardeau cérébrovasculaire infraclinique. Ces résultats suggèrent un rôle bénéfique du poisson pour la préservation de la santé cérébrovasculaire avec le vieillissement.
La notion de causalité est une question majeure en épidémiologie. Pourtant, la majorité des analyses statistiques classiques s'appuient sur des associations qui ne permettent pas nécessairement d'obtenir une interprétation causale. Pour estimer l'effet causal d'une exposition X sur un évènement d'intérêt Y, différentes méthodes existent comme les analyses pondérées et les régressions ajustées. Mais une des limites de ces méthodes est qu'elles ne prennent pas en considération les facteurs de confusion non-observés. Or, dans beaucoup d'études d'observation, les facteurs de confusion ne sont pas forcément tous mesurés voire certains ne sont pas encore identifiés. Par conséquent, les associations mises en évidence restent sujettes aux biais de confusion ou plus généralement aux problèmes d'endogénéité (ex. causalité inverse). La méthode par variables instrumentales permet de pallier ce biais grâce à l'utilisation d'une variable exogène Z qui, sous certaines hypothèses, permet de recréer le cadre de la randomisation. Lorsque la variable instrumentale est une donnée génétique, on parle alors de randomisation mendélienne. La méthode par variable instrumentale ou randomisation mendélienne a déjà été développée dans de nombreux contextes, toutefois très peu traitent de la situation où la variable d'intérêt Y est répétée. L'objectif de ce travail est d'introduire la méthode par variables instrumentales au cas d'une exposition transversale et d'une variable d'intérêt répétée dans le temps comme souvent rencontré dans l'analyse des données de cohorte. Deux méthodes d'estimation sont proposées et comparées, toutes deux considérant un modèle mixte pour la variable d'intérêt Y répétée. La première utilise l'estimation classique en deux étapes (modèle pour X en fonction de Z, prédiction de X, modèle pour Y en fonction de la prédiction de X). La deuxième estime simultanément les modèles pour X et pour Y à l'aide d'une vraisemblance jointe. Au travers de simulations, les deux méthodes sont évaluées et comparées aux méthodes naïves qui ne tiennent pas compte de la confusion non observée. Les méthodes sont aussi appliquées aux données de la cohorte 3C afin d'étudier la nature de la relation entre le statut diabétique des participants à l'inclusion dans la cohorte et leur évolution cognitive, en utilisant 42 polymorphismes génétiques comme variable instrumentale. Les résultats de nos simulations confirment qu'en présence de facteurs de confusion omis, la méthode naïve fournit des estimations biaisées de l'effet causal au contraire des méthodes par variables instrumentales. Cependant, nous montrons aussi les limites de ces dernières méthodes lorsqu'elles sont faiblement prédictrices de l'exposition. Appliquée à l'étude de l'association entre diabète et déclin cognitif, nous constatons des résultats opposés entre l'approche par variables instrumentales et les méthodes naïves pouvant être liés à de la confusion non observée ou à des possibles problèmes de causalité inverse. Les analyses par variables instrumentales sont une solution intéressante pour appréhender le problème d'endogénéité dans les études épidémiologiques. Elles doivent cependant être utilisées avec précaution car elles reposent sur des hypothèses fortes, notamment sur le caractère totalement exogène de la variable instrumentale et son pouvoir prédictif, qui ne sont pas toujours vérifiables en pratique.
La fragilité physique (FP) est caractérisée par une perte musculaire qui augmente les risques de chutes, d’hospitalisations et de décès. Le rôle des macronutriments a été exploré dans l’apparition de ce syndrome mais peu d’études se sont intéressées aux glucides. L’insulinorésistance, et l’exposition excessive au glucose qui en découle, a pourtant été décrite comme un mécanisme contribuant à la perte musculaire observée dans la FP. L’objectif de cette étude était d’investiguer l’association entre différents marqueurs de consommation glucidique et la FP au cours du temps chez le sujet âgé. Cette étude a inclus 1210 participants initialement non-fragiles et non-diabétiques de la cohorte des 3 Cités-Bordeaux ayant répondu à une enquête nutritionnelle à l’inclusion. La FP a été définie par un score d’au moins 3 sur 5 sur l’échelle FRAIL (pour Fatigue, Resistance, Ambulation, Illnesses, et Loss of weight) et a été évaluée tous les 2–3 ans pendant 15 ans. La consommation totale en glucides (g/j), la charge glycémique journalière et l’adhérence à un régime alimentaire pauvre en glucides (≤ 45 % des calories sont apportées par les glucides) ont été évaluées à partir des données recueillies par un rappel des 24 h. Les associations entre ces marqueurs de la consommation glucidique et le risque de développer une FP sur 15 ans ont été estimées par des modèles de régression logistique à effets aléatoires. Parmi les participants (76 ans en moyenne à l’inclusion), les hommes (38 %) adhéraient à un régime pauvre en glucides plus souvent que les femmes (49 % vs 42 %), malgré une consommation totale en glucides supérieure (médiane [Q1–Q3] : 232,3 g/j [185,2–287,1] vs 185,5 g/j [146,3–228,7]) et une charge glycémique plus élevée (117,5 [94,9–149,6] vs 94,2 [72,4–117,6]). Au cours du suivi, 17,9 % des hommes et 28,3 % des femmes ont été identifiés fragiles au moins une fois. Après ajustement, aucune association statistiquement significative n’a été mise en évidence entre la consommation totale en glucides (odds ratio [IC95 %] : 1,08 [0,86–1,37]), la charge glycémique (OR [IC95 %] : 1,10 [0,90–1,34]), ou l’adhérence à un régime pauvre en glucides (OR [IC95 %] : 0,88 [0,59–1,33]), et le risque de FP sur 15 ans. Les résultats restaient inchangés dans l’analyse de sensibilité considérant que les participants perdus de vue étaient fragiles et qu’un épisode de fragilité avait systématiquement précédé la survenue du décès et le passage vers la dépendance. L’absence d’association observée, malgré la considération de plusieurs mesures reflétant la consommation glucidique, pourrait suggérer qu’un équilibre se forme entre l’énergie fournie par les glucides, qui est bénéfique au maintien d’une masse musculaire saine, et leurs effets néfastes sur l’insulinorésistance.
Rationale: Dairy products (DP) that encompass various sub-types, i.e. milk, fresh DP (yoghurts, fermented milks and petit-suisse) and cheese are part of the French dietary habits. Characteristics of DP consumers can vary across the type of DP consumed. The aim of the present study was to describe the socio-demographics, health and dietary habits of elderly DP consumers.
Rationale: The objective of this longitudinal study was to examine the association between a Mediterranean-type diet with the risk of depressive symptomatology (DS), among elderly of the Bordeaux 3-City (3C) study.
Les acides gras polyinsaturés oméga-3 (AGPI n-3) à longue chaîne, en particulier les acides eicosapentaénoïque (EPA) et docosahexaénoïque (DHA), sont des constituants importants des membranes neuronales. Les études épidémiologiques ont mis en évidence des associations entre la consommation ou le statut biologique en AGPI n-3 et un moindre risque de démence et d’évènements associés (déclin cognitif, atrophie cérébrale). Toutefois, des résultats contradictoires ont été observés selon l’AGPI n-3 considéré (AGPI n-3 totaux ou EPA + DHA versus EPA ou DHA) et la source d’exposition (consommation versus statut sanguin) et les études antérieures ont porté sur un temps de suivi relativement court (souvent inférieur à 5 ans). L’objectif de cette étude observationnelle était de s’appuyer sur le long suivi d’une cohorte populationnelle de sujets âgés, la cohorte des 3-Cités (3 C), pour évaluer les associations entre le statut sanguin en AGPI n-3 et l’évolution au long cours de trois évènements complémentaires : l’incidence de la démence, le déclin cognitif et l’atrophie du lobe temporal médian (LTM, un biomarqueur de la démence). Dans la cohorte 3C-Bordeaux (âge ≥ 65 ans), 1279 sujets initialement non-déments ont eu des mesures plasmatiques d’AGPI n-3 à l’inclusion. Des tests cognitifs réalisés à l’inclusion et aux différentes visites de suivi (7 suivis, durée maximum : 17 ans) ont permis l’évaluation du déclin cognitif global (n = 1185) et du déclin de la mémoire (n = 1039). Une étude ancillaire avec des examens répétés en Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) (3 examens, durée maximum de suivi : 10 ans) a permis l’évaluation de l’atrophie du LTM (n = 467). Des modèles conjoints ajustés ont été utilisés pour évaluer les associations entre EPA + DHA et les trajectoires d’évolution de la cognition globale, de la mémoire et des volumes du LTM en tenant compte de la sortie d’étude. L’association entre les taux plasmatiques en EPA + DHA et le risque de démence sur 14 ans a été étudiée par modèle de Cox multivariable. Des taux plasmatiques en EPA + DHA plus élevés étaient significativement associés à un moindre risque de démence (HR pour 1 écart-type = 0,87 ; IC95 % = [0,79–0,98]), à un moindre déclin des performances cognitives globales et de la mémoire (p = 0,04 et 0,06 pour chacune des deux pentes respectivement) et à une moindre atrophie du LTM (p = 0,02 pour la pente). La concordance des associations trouvées entre les taux plasmatiques en EPA + DHA et les trois évènements d’intérêt en lien avec la démence, sur un long temps de suivi, apporte des arguments supplémentaires en faveur d’un rôle bénéfique des AGPI n-3 pour la prévention de la démence et du déclin cognitif.
Rationale: The objective of this study was to examine the associations between dietary patterns and depressive symptomatology (DS), among elderly of the Bordeaux 3-City (3C) study.
Rationale: Rich carbohydrate diet may promote insulin resistance through inflammatory processes, leading to loss of muscle mass and physical frailty (PF). While numerous studies have highlighted the role of diet, including energy and protein intakes, in the occurrence of PF, few studies were interested in other macronutrients, such as carbohydrates. The aim of this study was to investigate the association between carbohydrate intake and the risk for PF among elderly community-dwellers.
Épidémiologie. Le vieillissement cognitif et les maladies associées, comme la démence, représentent une charge sociétale majeure, pour lesquels la prévention primaire est une piste à privilégier. Parmi les facteurs de risque à cibler pour la prévention, la nutrition, pilier de la santé vasculaire et métabolique, est prometteuse. Alors que l’alimentation apporte environ 30 000 composés (et près de 100 000 métabolites dérivés), très peu de bioactifs ont été étudiés dans le vieillissement cognitif. L’analyse du métabolome, notamment celui en lien avec l’alimentation, pourrait permettre d’identifier de nouvelles cibles préventives. Notre objectif était d’investiguer, par une approche métabolomique non ciblée (profilage agnostique de tous les métabolites quantifiables dans un biofluide) une signature métabolique précoce du déclin cognitif chez le sujet âgé–avec un intérêt particulier pour les métabolites dérivés de l’alimentation. Nous avons construit un cas témoin niché dans la cohorte des 3 cités, Bordeaux (taille ciblée ∼ 400 participants), parmi les 1293 participants ( ≥ 65 ans) non déments ayant accepté un prélèvement sanguin à l’inclusion en 1999–2000 et suivi sur le plan cognitif jusqu’à 12 années. Nous avons : – estimé les pentes individuelles de déclin cognitif en appliquant un modèle linéaire mixte aux mesures répétées d’un score composite incluant 5 tests cognitifs ; – identifié les 220 sujets avec les pentes les plus importantes (cas) ; – appariés, avec succès, 209 d’entre eux à 209 témoins avec une cognition plus stable (pente > pente médiane) et de même âge, sexe et niveau d’études. L’analyse métabolomique non ciblée a été réalisée par spectrométrie de masse (301 ions après prétraitement des données). Le profil métabolique le plus associé au déclin cognitif a été identifié par régression LASSO pour données appariées (ajustée sur les facteurs d’appariement, l’IMC, le nombre de médicaments régulièrement consommés, et le niveau cognitif à l’inclusion) combinée à un ré-échantillonnage bootstrap. Nous avons identifié une vingtaine de métabolites associés au déclin cognitif ; ajoutés à un modèle de facteurs cliniques standards, ces métabolites amélioraient la capacité discriminante d’un AUC cross-validé de 62 % (IC 95 % : 56–67 %) à 75 % (IC 95 % : 70–80 %). La confrontation des métabolites aux bases de données existantes et/ou standards a permis l’identification formelle ou probable de : – trois biomarqueurs du café, notamment l’atractyligenin glucuronide associé à un moindre déclin ; – un biomarqueur du jus d’orange, la proline bétaine, associé à un plus fort déclin ; – un marqueur possible du chocolat, le cyclo (prolyl-valyl), associé à un moindre déclin. De plus, la signature incluait plusieurs métabolites endogènes. Nous avons identifié des métabolites précocement associés au déclin cognitif, dont plusieurs marqueurs du métabolome alimentaire. Ces résultats nécessitent d’être validés dans une population externe. Néanmoins, ils offrent des pistes intéressantes pour établir de nouvelles formulations préventives du déclin cognitif.
Épidémiologie. Les recommandations nutritionnelles actuelles accordent une place majeure à la consommation de produits laitiers (PL) chez les personnes âgées, grâce notamment à leur richesse en macronutriments. L'objectif de cette étude était d'identifier, parmi un échantillon de personnes âgées de la population générale, les consommateurs réguliers de PL et de décrire leurs apports en macro- et micronutriments ainsi que leurs caractéristiques sociodémographiques et cliniques. L'échantillon d'étude était constitué des participants bordelais de la cohorte Trois-Cités, âgés de 65 ans et plus à l'inclusion, ayant répondu à un fréquentiel alimentaire et à un rappel des 24 h. Les consommateurs réguliers déclaraient consommer des PL au moins une fois par jour. L'IMC, la présence d'une hypertension, d'une hypercholestérolémie, d'un diabète, les performances cognitives globales et la symptomatologie dépressive étaient mesurés, alors que les autres caractéristiques cliniques étaient auto-déclarées (tabagisme, angine de poitrine, troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque, artérite, infarctus du myocarde, ostéoporose, dyspnée, asthme et maladie de Parkinson). L'analyse portait sur 1596 participants âgés de 74,2 ans en moyenne, dont 62 % de femmes. Parmi eux, 94 % étaient considérés comme des consommateurs réguliers de PL. Ces derniers avaient un âge moyen et un niveau d'étude comparables aux non-consommateurs réguliers, et étaient plus souvent mariés (57 % vs 45 %). Concernant les apports nutritionnels, les consommations journalières de calcium (877 mg vs 691 mg) et de phosphore (1119 mg vs 1013 mg) étaient significativement plus élevées chez les consommateurs réguliers de PL vs les autres. Concernant les caractéristiques cliniques, les consommateurs réguliers de PL déclaraient significativement moins souvent souffrir d'insuffisance cardiaque (6 % vs 11 %) et de dyspnée (13 % vs 20 %) que les autres. Il n'y avait pas de différence significative pour les autres comorbidités. Cette étude transversale souligne qu'une consommation régulière de PL contribue significativement aux apports en calcium et phosphore chez les personnes âgées. La consommation quotidienne de PL est associée à moins de désordres cliniques chez les personnes âgées mais des analyses longitudinales sont nécessaires pour évaluer l'intensité de cette relation. De même, l'étude des sous-types de PL et des profils alimentaires clarifiera la part des bénéfices des PL dans l'alimentation globale.
Épidémiologie. Le tissu cérébral est constitué à 60 % de lipides, en particulier de lipides polyinsaturés. Des anomalies lipidiques du tissu cérébral ont été rapportées dans la maladie d’Alzheimer et lors du vieillissement. Des variations du pool de lipides circulants, qui peuvent refléter, à la fois, des facteurs étiologiques (expositions environnementales et métabolisme) et les désordres neurobiologiques sous-jacents (comme la neuro-dégénérescence) ont également été associés au déclin cognitif. Le développement de la lipidomique offre de nouvelles perspectives pour mieux comprendre les perturbations lipidiques impliquées dans le vieillissement cérébral. À ce jour, la plupart des études, de par leur caractère transversal ou leur suivi court, ont plus vraisemblablement capturé des conséquences des désordres neurobiologiques plutôt que des facteurs étiologiques. Notre objectif était d’identifier, chez des personnes âgées non-démentes de la cohorte des 3 cités (3 C), une signature lipidique précoce d’un déclin cognitif survenant dans les 12 années suivant le dosage sanguin. Nous avons construit un cas témoin niché dans la cohorte 3 C Bordeaux (taille d’échantillon ciblée ∼ 400 participants), parmi les 1293 participants ( ≥ 65 ans) non déments et ayant accepté un prélèvement sanguin à l’inclusion en 1999–2000 et suivis sur le plan cognitif jusqu’à 12 années. Nous avons estimé les pentes individuelles de déclin cognitif en appliquant un modèle linéaire mixte aux mesures répétées d’un score composite incluant 5 tests cognitifs, et nous avons identifié les 220 sujets avec les pentes les plus importantes ; parmi eux, 209 participants ont été appariés avec succès à 209 témoins avec une cognition plus stable (pente > pente médiane) et de même âge, sexe et niveau d’études. L’analyse lipidomique a permis de quantifier 752 espèces de lipides appartenant à une quinzaine de classes différentes. Le profil lipidique le plus associé au déclin cognitif a été identifié par régression LASSO pour données appariées (ajusté sur l’IMC, le nombre de médicaments régulièrement consommés, et le niveau cognitif à l’inclusion) combinée à un ré-échantillonage bootstrap. Nous avons identifié une signature lipidique du déclin cognitif incluant 31 lipides, principalement des glycérophospholipides (phosphatidylcholines (PC), phosphatidylethanolamines (PE), phosphatidylinositols (PI) et leurs dérivés -éthers), quelques sphingolipides, glycérolipides et esters de cholestérol. Malgré quelques espèces divergentes, nous avons observé une tendance à des niveaux sanguins augmentés en PE et PI et diminués en PC chez les cas avec déclin cognitif substantiel par rapport aux témoins. La signature lipidique améliorait la performance de discrimination cas/témoin d’un modèle clinique standard ; l’AUC cross-validé passait de 68 % (IC 95 % 63–73 %) avec les facteurs cliniques standards à un AUC de 83 % (80–87 %) en incluant en plus la signature lipidique. Nous avons identifié une signature lipidique précoce d’un déclin cognitif ultérieur chez les personnes âgées non-démentes, suggérant une altération précoce des glycérophospholipides dans le vieillissement cognitif. Ce travail est en cours de validation dans une population externe (3 C Dijon).